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Le fardeau de la dépression (1)Dr. Peter Masters1 Il est étrange et paradoxal de constater que la dépression - qui est le plus commun des malaises inorganiques - reçoive une attention si mince dans la plupart des livres de relation d'aide écrits d'un point de vue chrétien. Même les meilleurs ouvrages n'échappent pas à cette observation. Ceci est sûrement dû à l'incertitude largement répandue quant à la cause de la dépression, et aussi aux multiples formes de mélancolies qui défient les théories les plus courantes du traitement de cet état d'abattement psychologique. Cet article n'est pas un essai d'identification des causes ou une liste de remèdes à appliquer au traitement de la dépression -pour des raisons évidentes - mais une offre de suggestions pour aider les personnes atteintes à sortir de leur état. 1. Aux sources de la dépressionQuelques écrivains spécialisés dans la question de la relation d'aide se donnent un mal fou pour trouver exactement les causes de chaque maladie de l'humeur. Ils espèrent ainsi qu'une fois l'origine du mal mise en évidence, ils pourront le traiter de façon appropriée. Parmi les raisons de l'accablement soudain, on trouve des problèmes liés à la culpabilité, à la colère, au chagrin, à la pensée négative, aux difficultés de relation à autrui, aux traumatismes de l'enfance, à une estime de soi réduite à zéro et à l'épuisement physique. Des époques de stress prolongé comme la maladie et le deuil sont aussi regardées comme des états menant à la dépression. Il n'y a pas de doute qu'une accumulation de tels facteurs peut déclencher et aggraver le découragement et la mélancolie, mais les regarder simplement comme la cause est sûrement trop simple. «Une colère refoulée est le point de départ de presque toutes les dépressions cliniques» a déclaré un psychiatre chrétien. «Le but inaccessible» est une école de pensée défendue par les docteurs Paul Meier, Frank Minirth et quelques autres. Une personne déprimée peut tenir compte de tels points de vue, mais il faut reconnaître qu'une frustration ou une colère rentrée ne conduisent pas fatalement à la dépression. Pourquoi une minorité de gens brusquement soumis à une tension intérieure plongent-ils dans des états d'âme frisant le désespoir profond alors que la plupart des autres ressortent indemnes d'un bref passage à vide? En outre, il y a des moments où les chrétiens sont pressés de toutes manières... dans la détresse... persécutés... abattus comme l'apôtre Paul (2 Cor 4.8-9) sans que la «colère censurée» n'entre en ligne de compte. Quelques auteurs citent le texte du Psaume 32.4 où David décrit une grande lassitude, semblable à une dépression, reconnaissant qu'elle est le résultat d'un péché non confessé. On prétend alors très vite que la plupart des crises d'abattement sont motivées par un sentiment de culpabilité. Il est clair, selon l'Ecriture, que la désobéissance et le péché conduisent au châtiment et au chagrin, mais voir ces comportements comme la seule source de découragement est tout à fait injustifié, car il y a beaucoup d'autres exemples dans la Bible de gens abattus et accablés sans raisons spécifiques. Rappelons-nous de quelques grands héros de la réformation ou des réveils qui ont souffert de sévère mélancolie, parfois même dans leurs plus belles heures de service. IL est évident que plusieurs ont une tendance innée à la lassitude et la tristesse, mais les phases dépressives peuvent provenir des causes les plus diverses. En vérité, et le plus souvent, il n'y a pas de cause clairement apparente. Le voile pénible de la mélancolie tombe bien des fois de façon inattendue et inexplicable. Dès que l'humeur morose s'installe, elle entraîne une succession de lamentations et ceux qui les entendent en déduisent forcément qu'elles sont vraiment la source de la tristesse. Mais le problème de base est sans doute une prédisposition constitutive à la dépression, dans la plupart des cas. Les circonstances aggravantes viennent parfois de la propre expérience du conseiller spirituel qui, s'il a lui-même souffert d'un méchant assaut de mélancolie dans le passé, peut suggérer que la dépression doit toujours être complètement guérie. Il fera peut-être valoir qu'il a été libéré de toute rechute pendant des années. 2. Conseiller spirituel ou psychiatre: que choisir ?Pour un grand nombre de personnes, la dépression ne s'abat qu'une seule fois sur elles, entre 18 et 25 ans et ne réapparaît plus, sinon après une grossesse ou dans l'âge avancé. Bien des gens ne se montrent vulnérables qu'à ces époques de la vie, alors que beaucoup d'autres restent fragiles et proches de cet état pathologique jusqu'à la mort. Bien qu'une minorité seulement souffre durement et à plusieurs reprises d'un tel délabrement psychique, c'est néanmoins un mal très commun, si commun même que dans toute Eglise d'une centaine de membres, cinq à dix de ceux-ci en sont touchés à divers degrés. il a été maintes fois affirmé par les médecins que les femmes en sont affectées deux fois plus que les hommes, mais les pasteurs en exercice n'appuient pas ce point de vue. Une assez grande proportion de serviteurs de Dieu certifient avoir connu l'angoisse et la dépression; c'est un fait que l'on retrouve dans beaucoup de biographies de chrétiens. il n'y a pas très longtemps, un magazine évangélique publiait un article sur la dépression dans le service de Dieu et dévoilait que les pasteurs ne sont pas étrangers à ses atteintes. Peut-être que le Grand Médecin a voulu qu'il en soit ainsi afin que ses aides s'équipent d'une bonne dose de compréhension et de compassion pour les autres (voir 2 Cor 1.4). il va sans dire que le secours pastoral seul ne peut pas toujours remédier à toutes les manifestations de souffrance intérieure. La force du désespoir du coeur est parfois si intense, que celui qui en souffre ne peut tout simplement plus faire face à la vie et doit recourir aux médicaments. Dans ce cas, la règle de 1 Cor 10.13 ne peut pas être appliquée parce que la personne se trouve dans l'incapacité de supporter l'épreuve et ne peut plus prier ni faire appel aux promesses de Dieu. Si des idées noires se sont fermement installées, il faut reconnaître que nous ne sommes plus dans notre élément et le secours médical devient pressant. Si une personne dépressive présente d'autres problèmes sérieux et tente de s'enlever la vie, le meilleur spécialiste en relation d'aide est incompétent, il ne doit même pas essayer d'agir seul. Le dépressif a besoin du soutien préventif de la médecine. Mais la plupart des manifestations de la dépression ne vont pas si loin, malgré le profond désespoir et le dégoût. il faudrait être en mesure de porter secours à notre prochain sans intervention psychiatrique tant que possible - les avantages de la mise à l'écart de la médecine seront mentionnés plus tard. 3. Les formes de la dépressionAvant de considérer les mesures d'aide que nous pouvons prendre, nous voulons décrire rapidement les symptômes de cette expérience. La dépression survient sous la forme d'une tristesse marquée et continue qui, bien des fois, imprègne toute la personnalité. Lorsque nous sommes en dépression, nous envisageons les choses d'une manière extrêmement pessimiste, allant jusqu'à la perte totale de l'assurance du salut. Il peut arriver que la dépression entraîne une hypersensibilité à l'état de révolte et de péché du coeur humain et à une perception inhabituelle de notre déchéance, vision dévastatrice qui se transforme en auto-accusation. Notre but, dans la relation d'aide, c'est d'épauler un croyant qui traverse le désert brûlant de la dépression. Si nous tendons la main à quelqu'un qui souffre de ce vide intérieur et de cette extrême lassitude, c'est pour le convaincre que la dépression peut être vaincue grâce à l'application des règles de l'Ecriture. Cette découverte achevée, le dépressif est préparé pour repousser les vagues de tristesse. L'objectif pastoral, par conséquent, est d'enseigner à composer de la meilleure façon avec cet état de manière à tenir le coup aux pires moments. Dans le prochain numéro de Promesses, l'auteur fournira quelques outils pour dépister, comprendre, définir et affronter la dépression. 1 Pasteur au Metropolitan Tabernacle à Londres. C'est dans cet édifice que C.H. Spurgeon prêcha avec fruit de 1861 à 1892. L'article que nous publions ici paraîtra en trois fois. Il est emprunté à la revue «Sword and Trowel» (No 111989) et adapté. P.M.
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