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L'église : une famille
La responsabilité que l'homme exerce dans la famille lui revient également dans l'Eglise: pourquoi ?
Vern Poythress
Cet article de V. Poythress, professeur de Nouveau Testament au Westminster
Seminary à Philadelphie
(Etats-Unis), est une traduction adaptée du chapitre 13 du livre Recovering
Biblical Manhood and Womanhood : A response to evangelical feminism (Crossways
Books Wheaton, 1991), publiée avec autorisation dans la Revue Réformée.
Dans une situation sociale où la vie de famille est dévalorisée
et où; dans l'Église, on ne sait plus comment définir
le rôle des responsables, v. Poythress estime que «la vie de l'Eglise
offre une forme exaltée, et non l'inverse, de la vie de famille, sur
la base du dessein de Dieu depuis la création.» «Les rôles de
l'homme et de la femme dans le mariage sont irréversibles, non interchangeables.» Qu'en
est-il dans l'Eglise ?
La Bible enseigne que Dieu est «notre Père» (Mat
6.9) et qu'en Jésus-Christ, nous sommes ses enfants (Gal.1-7). Ces
deux affirmations choisies parmi beaucoup d'autres établissent une
analogie entre la famille et l'Église, précisant ainsi certaines
des promesses les plus précieuses concernant l'amour de Dieu, notre
relation avec lui et notre héritage futur (par exemple: Rom 8.12-17
; Héb
12.5-11; Apoc 21.7).
Les implications pratiques de cette analogie sont trop
profondes et variées
pour en faire le tour, ici, de façon exhaustive. Dans le texte, nous nous
intéressons seulement au comportement à avoir les uns envers les
autres à l'intérieur présent de la communauté chrétienne
et, plus particulièrement, aux rôlles
respectifs des hommes et des femmes dans l'Eglise.
En bref, l'objectif est
de montrer que de même que les maris et les pères sont appelés à exercer
une responsabilité devant Dieu au sein de leur famille humaine, de même
des hommes d'expérience doivent être désignés dans
l'Église pour assumer une fonction analogue (1 Tim 3.1-7). Une fonction
particulièrement importante appartient également aux femmes d'
expérience (1 Tim 5.9-16 Tite 2.3- 5), à qui il revient de former
des filles spirituelles par leur exemple et leurs paroles. Cependant, comme dans
le mariage (Eph5 .22- 33), les fonctions respectives des hommes et des femmes
ne sont pas interchangeables à tous égards. Seuls les hommes, en
effet, ont vocation pour assumer ultimement une autorité de
type paternel.
1. Le caractère éphémère des doutes modernes
Aujourd'hui, beaucoup dans l'église s'interrogent à ce sujet et
certains vont jusqu'à s'opposer ouvertement aux principes bibliques. Ces
doutes et ces oppositions correspondent à des aberrations éphémères
et aux faiblesses, qui entachent la vie de l'église et celle de la société dans
laquelle elle se trouve, plutôt qu'à la rigueur de la vérité.
En premier lieu, l'Eglise en Occident est profondément contaminée
par le modernisme théologique ou libéralisme. Dès lors
que l'on ne reconnaît plus que la Bible est la Parole de Dieu, on oublie
qu'il existe une Loi divine à laquelle l'église doit obéir,
et l'amour pour le Christ (si encore il subsiste) se refroidit.
En second
lieu, les changements rapides intervenus dans les domaines technologique
et social au sein des sociétés post-industrielles, ont rendu
méfiant vis-à-vis des solutions trouvées par les générations
précédentes, et des interrogations surgissent concernant
chaque aspect de la société et de la vie de l'Eglise. De
plus, les modifications apportées à l' éducation des
filles et la nature des travaux domestiques, comme le fait pour un grand
nombre de
femmes de travailler hors de chez elles, ont suscité bien des questions
nouvelles et épineuses sur la nature des rôles
respectifs de l'homme et de la femme dans la famille et dans l'Eglise.
En
troisième lieu, l'égalitarisme philosophique et politique,
joint au péché et à l'envie, ont engendré une
aversion pour toutes les différences et différenciations
entre les êtres humains. Nombreux sont ceux qui, de nos jours,
pensent que les riches, les puissants, les doués et les détenteurs
des pouvoirs politique, administratif, etc. devraient être rabaissés
au niveau médiocre de la masse, que leur situation ou fonction
ait été obtenue
de manière honnête ou pas. Un tel égalitarisme, lorsqu'il
atteint la famille et l'église, se refuse à reconnaître
une quelconque différence
entre hommes et femmes.
En quatrième lieu, beaucoup sont choqués
par l'oppression dont la femme a été et est encore l'objet,
par les injustes limitations mises à l'épanouissement de
ses dons. De telles injustices existent réelle- ment et doivent être
combattues, mais elles ne justifient pas les positions radicalement égalitaires.
En
dernier lieu, de nombreuses Eglises «évangéliques» apparaissent
de nos jours comme étant surtout des salles de cours ou des lieux
où l'on écoute une prédication. On assimile l'église
au bâtiment, alors que, selon l'enseignement biblique, l'Eglise
est l'ensemble des personnes unies à Christ. D'ailleurs, l'édifice
est considéré comme un lieu pour écouter une prédication
ou pour assister à des spectacles chrétiens. Une telle
façon de voir appauvrit la vie communautaire des chrétiens.
Certes, la prédication est importante puisqu'elle est un des moyens
de fixer l'attention de l'église sur la Parole de Dieu. Mais Dieu
veut que l'église soit beaucoup plus que cela. Si l'on ne retient
que les prédications, on a perdu de vue les richesses dues au
fait que l'église est le corps du Christ (1 Cor 12.12-27). Chacun
de ses membres doit exercer ses dons au profit des autres. Tous sont
appelés à s'exhorter et à s' encourager mutuellement à cause
de l'amour du Christ (Col 3.12-17). Nous devons avoir une tendresse réciproque
comme des enfants bien-aimés de Dieu (Eph 4.32- 5.1).La communion
fraternelle n'est pas une relation sociale superficielle, mais un partage
fondé sur une relation avec Dieu le Père et avec Jésus-Christ
(1 Jean 1.3- 4).
Dans trop d'églises « évangéliques »,
les gens ne mettent guère en pratique l'enseignement biblique
dans leur vie de famille ordinaire. On n'éprouve pas non plus
la nécessité d'une discipline au sein de l'Eglise. Les
responsables de l'église ne sont que des personnes douées
pour parler ou pour conseiller (des ministres rémunérés),
ou bien des gestionnaires des biens immobiliers de l'église, ou
encore des animateurs ( quel que soit le titre qu'ils portent: conseiller,
ancien, diacre). De tels «leaders» ne le sont devenus qu'en raison de
l'utilité de leurs dons. Aussi peut-on comprendre que certains
s'étonnent que des femmes ayant la formation appropriée
ne puissent pas exercer les mêmes fonctions d'autorité.
Ces chrétiens seront incapables de faire leur la démarche
logique qui aboutit à réserver aux hommes l'exclusivité des
fonctions d'autorité dans l'église tant qu'ils n'auront
pas perçu clairement l'église comme étant
la famille de Dieu.
2. Le Nouveau Testament compare le peuple de Dieu à une famille
Considérons, d'abord, les divers enseignements du Nouveau Testament. Dieu
est appelé « Père » dans de très nombreuses occasions, notamment
dans la prière modèle de Jésus du Sermon sur la montagne
(Mat 6.9). La Bible ne se borne jamais à dire que Dieu est seulement le
Créateur de tout être humain. Dieu est un Père, ce qui implique
une relation familiale étroite avec lui (Rom 8.14-17) et le souci de refléter
sa sainteté (1 Pi 1.14-17). Seul Christ, le Fils unique de Dieu, a Dieu
pour Père d'une façon spéciale. Avec lui, seuls les chrétiens,
c'est-à-dire ceux qui ont reçu l'Esprit du Christ, peuvent légitimement
s'écrier Abba, Père (Rom 8.16). En dehors de Christ, les hommes
ont le Diable pour père et cherchent à lui plaire (Jean 8.44 ;
cf. 1 Jean 5.19).
Ainsi les chrétiens sont appelés « fils de Dieu » et « enfants
de Dieu » , à la différence des non-chrétiens, qui n'appartiennent
pas à la famille de Dieu (1 Jean 5.1-5). Etre enfant de Dieu a de
nombreuses conséquences: une relation étroite avec Dieu, le
Père (Rom
8.15); notre frère aîné est Jésus-Christ (Rom
8.29); nous sommes adoptés légalement et affranchis de toute
servitude (Ga14.1-7). Nous ne sommes plus des esclaves (GaI 4.7-Rom 8.15).
Co-héritiers
de Christ, nous recevons dans sa totalité l'héritage de Dieu
(Rom 8.17). En Christ, nous sommes renouvelés (Rom 8.11-13). Nous
participons à l'Esprit,
bien commun de tous les membres de la famille (Rom 8.14-15). Nous sommes
recréés à l'image
de Dieu (Rom 8.29), nés de Dieu (I Jean 5.4; Jean 1.12-13). Comme
des enfants obéissants, nous avons à imiter notre Père
(Eph 5.1; 1 Pi 1.14-17).
Ainsi Dieu est notre Père au sens profond
du terme; Jésus-Christ est notre frère et notre avocat auprès
du Père. Aussi n' avons-nous besoin d'aucun autre intermédiaire
humain pour entrer en contact avec Dieu. Cette relation avec Dieu le Père
nous fait frères de tous les autres chrétiens. Nous sommes
serviteurs les uns des autres, et n'avons pas à vouloir être
dominateur (Marc 10.40-45). C'est pourquoi Jésus critique l'abus de
titres honorifiques qui peuvent contredire notre statut d'enfants et portent
atteinte à notre
relation avec Dieu.
Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi,. car un seul est votre
Maître, et vous êtes tous frères. Et n'appelez personne
sur la terre père, car un seul est votre Père, celui qui
est dans les cieux. Ne vous faites pas appeler directeurs, car un seul
est votre Directeur, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur.
Qui s'élèvera sera abaissé, et qui s'abaissera sera élevé.
(Mat 23.8- 12).
Jésus insiste sur l'humilité et le service,
comme l'indique le contexte de Matthieu 23 où Jésus censure
les pharisiens; il exclut tout légalisme dans l'usage des mots « père » et « maître » ;
il dénonce une attitude du coeur .Reconnaître le caractère
fondamental de la communion chrétienne et notre statut de frères
implique une attitude de soumission au Christ et de service.
Cet enseignement
de Jésus est en harmonie avec d'autres enseignements des épîtres
du Nouveau Testament, qui assignent un rôle spécifique aux
pasteurs et aux docteurs (Eph 4.11, par exemple). La relation par excellence
entre Dieu et les chrétiens est du type père-fils. Et l'amour
paternel de Dieu doit transparaître dans celui que les chrétiens
se manifestent les uns aux autres dans l'Eglise. Par exemple, Christ
est notre Maître au sens le plus fort qui soit (Mat 23.10; Jean
13.13-14). De la plénitude de sa sagesse et de ses capacités
pour l'enseignement, il a doté certains membres de l'Eglise, afin
qu'ils soient, en quelque sorte, des maîtres auxiliaires soumis à l'autorité du
Souverain Maître (Eph 4.7,11). Christ est un berger unique en son
genre (Jean 10:11-16), qui appelle certains êtres humains afin
qu'ils deviennent à leur tour des bergers sous son autorité (1
Pi 5.4). Dieu le Père et Christ sont des modèles à imiter
(1 Pi 1.14-15); par extension, nous avons également à suivre
les bons exemples donnés par des croyants plus avancés
dans la foi (1 Cor 11.1; Ph 3.17; 1 Tim 4.12; Tite 2.4,7).
3. La famille de Dieu selon 1 Timothée
Le thème de la relation familiale est particulièrement
important dans la première épître de Paul à Timothée.
Paul évoque inlassablement l'image de la famille pour aider Timothée
à comprendre comment ordonner les choses et les responsabilités
de façon convenable dans l'Eglise. Paul appelle Timothée
son
« fils » manifestant ainsi l'affection qu'il lui porte et marquant sa qualité
de disciple (1 Tim 1.2,18). Il lui conseille de se comporter envers un
aîné
comme (envers ) un père, d' exhorter les jeunes gens comme des frères,
les femmes âgées comme des mères, celles qui sont
jeunes comme des soeurs (1 Tim 5.1-2). Si une veuve a des enfants ou
des petits-enfants,
ceux-ci doivent s'occuper d'elle (I Tim 5.4); si elle n'en a pas, la famille
chrétienne le fera 1 Tim 5.5,16).
Les pasteurs ou les anciens
doivent être de respectables chefs de famille(1).
Il faut donc que l'évêque ( episkopos ) soit
irréprochable, mari d'une seule femme, sobre, sensé,
sociable, hospitalier, apte à l'enseignement, qu'il ne soit
ni adonné au vin, ni violent, mais conciliant, pacifique, désintéressé qu'il
dirige bien sa propre maison et qu'il tienne ses enfants dans la soumission,
avec une parfaite dignité, car si quelqu'un ne sait pas diriger
sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l'église
de Dieu ? (1 Tim 3:2-5).
Bien diriger sa propre maison est particulièrement
important, puisque la même sagesse et les mêmes dons sont nécessaires
pour diriger l'Eglise de Dieu. Finalement, l'apôtre Paul exprime de façon
explicite, en 1 Timothée 3.14-15, comment la structure de la famille
se retrouve dans l'église.
Je t'écris ceci, avec l'espoir d'aller bientôt chez
toi; mais si je tarde, tu sauras ainsi comment il faut se conduire
dans la maison de Dieu, qui est l'église du Dieu vivant, la
colonne et l' appui de la vérité.
Ces versets constituent
un résumé de toute la lettre, dont l'objet est d'indiquer « comment
chacun doit se comporter dans la maison de Dieu ». La référence à « la
maison de Dieu » peut, en théorie, s'entendre comme évoquant
soit l'idée de la communion avec Dieu dans la «maison» ou le «temple» de
Dieu, soit l'idée d'une famille dirigée par Dieu. Dans
certains passages de la Bible, l' accent est mis sur la présence
de Dieu au sein de son peuple, dans un temple (I Cor 3.10-17). Mais
en 1 Timothée, l'idée dominante est celle de tenue de
la maison. L'organisation de l'église est analogue à celle
d'une maisonnée. Les membres de l'église ont à agir
les uns envers les autres comme ils le font dans leur propre famille (I
Tim 5.1-2), notamment en prenant soin de ceux qui sont dans le besoin
(1 Tim 5.5,16).
Ayant montré leur aptitude à diriger
leur propre famille, les pasteurs-responsables pourront l'être à conduire
la maison de Dieu (1 Tim 3.1-7).
4. Les implications du concept de famille dans l'Eglise
En 1 Timothée, l'analogie de l'église avec la famille
ne se limite pas à quelques illustrations fortuites ou à des
fleurs de rhétorique colorées. Elle sert de base à
une argumentation et permet de tirer des conclusions relatives aux responsabilités
chrétiennes, comme on le voit clairement en 1 Timothée
3.4-5; ce passage se termine ainsi: Car si quelqu'un ne sait pas
diriger sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l'église
de Dieu ? Pour Paul, savoir bien diriger sa famille est l'un des
critères
obligatoires à retenir pour la nomination d'un ancien puisque les
mêmes aptitudes et compétences sont nécessaires.
Paul ne s'attend pas à ce que Timothée accepte les yeux
fermés
ce qu'il dit au sujet de la nomination d'un ancien. Il souhaite plutôt
qu'il comprenne que ce critère est la sagesse même, étant
donné le bien-fondé de l'analogie. Il est permis de penser
que Paul invite indirectement Timothée à raisonner de
la même
manière avec les personnes qui auraient des doutes à ce sujet.
De même, en 1 Timothée se trouve une nouvelle argumentation: Ne
réprimande pas rudement le vieillard, mais exhorte-le comme un
père; exhorte les jeunes gens comme des frères, les femmes âgées
comme des mères, celles qui sont jeunes comme des soeurs, en
toute pureté. Le mot clef « comme » pourrait être considéré comme
introduisant seulement des illustrations, si celles-ci n'avaient pas
en commun d'établir une analogie entre l'église et la
famille. Ces comparaisons aident à mieux comprendre ce qu'implique
l'appartenance à la
famille de Dieu dans la perspective de 1 Timothée 3.14-15, et à en
bien discerner le caractère contraignant, non seulement pour
obéir
au commandement général d'aimer, mais pour marquer l'
appartenance à la
même famille spirituelle. La seule différence d' attitude
acceptable tient aux différences de statut au sein de la famille:
les uns doivent être traités comme des pères, les
autres comme des frères, des mères ou encore des soeurs.
1 Timothée 5.1-2 présuppose que l'Eglise ressemble à une
famille, ce qui implique que les frères dans l'église
doivent être
traités comme des frères le sont dans une famille. [...]
Comment sait-on quel ordre convient à la vie de la communauté chrétienne
? On le sait, notamment, par les explications de Paul dans ses épîtres.
Comment Paul l'a-t-il su lui-même ? Et comment veut-il que nous
appliquions son enseignement, alors que nos circonstances sont quelque
peu différentes de celles des destinataires de ses lettres ?
La sagesse de Paul tient en partie à ce qu'il a profondément
assimilé la doctrine de Christ, à savoir que Dieu est
notre Père et que Christ nous sauve par son oeuvre sur la croix.
L'oeuvre de Christ nous a réconciliés avec Dieu et nous
a donné une communion familiale intime avec Dieu, celle de fils
(Gal 4.1- 7). Nous sommes membres de la famille de Dieu. Le fait que
la structure de l'église de Dieu soit calquée sur le modèle
de la famille a des implications spécifiques sur la manière
d'aimer (1 Tim 3.1- 7), sur celle de répondre
aux besoins de la famille (1 Tim 3.8-13), etc.
La quasi-totalité de la
première épitre à Timothée peut être considérée
comme un catalogue de comportements et de dispositions propres à assurer
une vie harmonieuse dans la famille. La saine doctrine est nécessaire
parce que la famille a besoin de connaitre les principes qui la gouvernent (1
Tim 1.3-11, 18-20). Elle est à la base de tous les aspects particuliers
de l' organisation de la famille et des relations mutuelles en son sein. La miséricorde
et le pardon soudent les membres de la famille (1 Tim 1.12-17) qui doit être
protégée des influences extérieures destructives en vue
d'un bon développement des relations avec le monde environnant(2. 1-7).
Les membres masculins de la famille sont invités à ne pas avoir
de différends entre eux, mais à s'accorder pour prier (2.8). Les
membres féminins se consacrent au service de la famille; ils se détournent
des choses superficielles (2.9-10) et visent à ne pas prendre autorité sur
l'homme (2.11-14). La famille a besoin de gérants sages et compétents
(3.1.7) qui agissent avec soin (3.8-13). A tous égards, la famille doit
se conformer à l'ordre divin (3.14-16). Les règles émises
et les exemples donnés par les responsables revêtent une grande
importance (4.1-16). Au sein de la famille, les comportements des uns envers
les autres ont à être empreints de respect, d'attention et de sensibilité selon
la place de chacun (5.1-6:2). Les personnes dans le besoin doivent être
prises en charge, de préférence par leurs proches (5.3-10). L'argent
sert à accomplir les objectifs familiaux (6.6-10,17-19).En bref, le thème
de la famille de Dieu est présent partout dans la première épître à Timothée
et fonde le comportement chrétien;
il ne constitue pas une simple illustration.
5. Les conducteurs-responsables de l'Eglise
L'analogie avec la famille met en évidence comment la responsabilité
de l'autorité doit être exercée dans l'église.
Dans la famille c'est le mari et le père qui l'exercent (Eph 5.22-6.4).
L'Eglise en tant que famille de Dieu a besoin, elle aussi, de chefs sages
et compétents, c'est-à-dire d'hommes qui ont déjà
montré leurs capacités dans leur propre famille (1 Tim 1.7).
Les femmes, par contre, n'ont pas à exercer l'autorité dans
l'église, car un tel exercice ne serait pas en harmonie avec leur
propre position dans le couple, dont l'institution remonte à la
création
(1 Tim 2.11-14). Ainsi, les différences observées dans les
rôles respectifs de l'homme et de la femme dans le couple et la
famille se retrouvent dans l'Eglise.
Ceci n'a rien d'étonnant
si l'on reconnaît l'analogie entre la famille naturelle et l'église,
considérée comme une famille spirituelle. Mais cette reconnaissance
est-elle fondée ? Suivons pas à pas la démonstration.
Premièrement, Dieu a-t-il réellement établi une
structure d'autorité dans la famille, dont le mari serait le
premier responsable ? Selon éphésiens 5.22-6.4 et Colossiens
3.18-21, la réponse
est oui.
Deuxièmement, les relations de direction et de soumission dans
l'église sont-elles irréversibles? Assurément. Le titre
même d' « évêque » utilisé en 1 Timothée 3.1 évoque
une fonction qui implique l'exercice de l'autorité. Ces évêques
sont aussi appelés anciens en Tite 1.5,1 Pierre 5.1-4 et Actes 20.28-31.
ils sont dignes d'honneur, surtout s'ils dirigent bien (1 Tim 5.17). En Hébreux
13.17, il est très clair que nous leur devons obéissance: Obéissez à vos
conducteurs et soyez-leur soumis. Car ils veillent au bien de vos âmes,
dont ils devront rendre compte. Faites en sorte qu'ils puissent le faire avec
joie et non en gémissant, ce qui ne serait pas à votre
avantage.
A vrai dire, les principes de soumission devraient s'appliquer
sur le plan le
plus large des relations entre les aînés et les plus jeunes. Chacun
devrait faire preuve d'humilité (1 Pi 5.5b-6) mais les jeunes gens sont
tout particulièrement appelés à être soumis aux plus âgés
(1 Pi 5.5). Paul recommande à Timothée d'exhorter le vieillard «comme
un père» (1
Tim5.1). Manifestement il importe de se comporter envers les autres en tenant
compte de ce qu'ils sont.
Ne réprimande pas rudement le vieillard, mais exhorte-le comme
un père, les jeunes hommes comme des frères, les femmes âgées
comme des mères,
les jeunes comme des soeurs, en toute pureté.
En ce qui concerne
un point aussi fondamental que notre relation avec le Seigneur, nous
jouissons tous des mêmes privilèges. Nous sommes tous justifiés
par la foi (Rom 5.1). Nous sommes tous devenus un sacerdoce royal et
avons part à un héritage céleste (1 Pi 2.9-10; Eph
1.3-14).Nous avons tous revêtu Christ et sommes enfants d'Abraham
(Gal 3.27-29). Nous sommes tous membres de la famille ou maison de Dieu.
Ces privilèges,
loin d'éliminer nos dons, ne font qu'en souligner la diversité (1
Cor 12.12-31) et nous incite à nous comporter envers chaque membre
de l'Eglise avec tout le respect et l'attention qui lui sont dus en raison
de ses dons, de son âge, de son sexe, de son rôle et de sa
personnalité. Tel est le sens du texte cité plus haut (1
Tim 5.1- 2). Paul n'exhorte pas Timothée à adopter un comportement
mécaniquement identique envers tous, mais à tenir compte
des facteurs personnels qui structurent les relations familiales. Personne
dans la famille de Dieu n'est un être abstrait, sans visage, nécessitant
un traitement stéréotypé; chacun est bien plutôt
une personne à part entière, qu'il s'agisse d'un homme
ou d'une femme, d'une personne âgée
ou d'un jeune, d'un adulte ou d'un enfant.
Les chefs et les pasteurs
doivent-ils obligatoirement être des hommes dans l'église?
L'apôtre Paul le présume
lorsqu'il les appelle mari d'une seule femme (1 Tim 3.2). (...)
La vie de l'Eglise offre une forme exaltée, et non l'inverse,
de la vie de famille, sur la base du dessein de Dieu depuis la création.
C'est dans cette perspective qu'il convient de placer l' enseignement
de Paul
en 1 Timothée 2.8- 15 pour le comprendre. Paul fait ressortir les responsabilités
respectives des hommes (2.8) et des femmes (2.9-15). Ces différences tiennent
essentiellement au fait que les rôles
de l'homme et de la femme ne sont pas plus interchangeables dans la famille
de Dieu que dans la famille humaine. (...)
En résumé, Paul fonde
son raisonnement sur des principes généraux en remontant jusqu'au
récit biblique de Genèse 2 et 3. Paul comprend pourquoi et dans
quelle intention Dieu a institué le mariage et la famille. Il enseigne
que dans l'église, la famille de Dieu, les femmes n'ont pas plus à exercer
l'autorité sur les hommes que, dans la famille humaine, sur leurs maris.
Paul considère que la charge de pasteur implique la dispensation de soins
paternels envers la famille de Dieu. La femme est donc exclue de cet office au
nom des principes généraux bibliques relatifs à la famille
et non par suite de quelque circonstance passagère.
6. Conséquences obligatoires de la différence des rôles
La conception ci-dessus décrite ne va pas manquer de susciter
une certaine opposition. Pourtant, elle correspond à une vie d'église
où se pratiquent l'obéissance et l'amour chrétiens.
Seules, les circonstances temporaires et des dif ficultés dans
le corps de Christ comme dans la société environnante
conduisent
à estimer que des pratiques véritablement bibliques ne sont
ni si contraignantes, ni si contraires aux intuitions courantes. La démarche
est la suivante.
Un christianisme solide commence par une foi fervente
en Christ. Si par la foi,
on contemple le Christ dans sa vraie beauté et dans son amour, on se
met à l'aimer
en retour de façon vigoureuse et cet amour se manifeste et se reflète,
par la suite, dans l'amour porté aux autres chrétiens (1 Jean
4.20-21).
C'est ainsi que cet amour transforme la famille. Les maris et les
femmes
commencent à mettre en pratique la Parole de Dieu, en Ephésiens
5.22-23, en imitant le Christ dans son amour pour son Eglise, et l'église
dans sa soumission au Christ. L'amour chrétien véritable n'est
pas un simple sentiment plutôt vague ou même une impulsion mal
définie à faire
le bien. C'est un amour enraciné en Christ. Cet amour doit être
inspiré par l'exemple suprême du Christ, fortifié par sa
résurrection, concrétisé dans la famille en suivant l'enseignement
du Christ. Un tel amour ne pourra jamais évacuer l'analogie christologique
d'éphésiens; 5.22-23) et les discours de l'Ancien Testament présentant
Dieu comme l'époux d'Israël (par exemple Os 2; Ez 16; Es 54.5-6).
D'après éphésiens 5.22-23, le mari a des responsabilités à l'image
de celle du Christ alors que la femme en a l'image de celles de l'Eglise. Ces
responsabilités ne sont pas plus interchangeables que celles du Christ
et de l'église. La Bible nous détourne de toute identité ou
confusion entre les rôles respectifs de l'homme et de la femme. Les maris
ont à faire des progrès dans leur manière d'imiter l'
amour du Christ et les femmes dans celle d'imiter la soumission de l'église.
Leurs rôles ne sont pas interchangeables. La Bible s'oppose à la
philosophie radicalement « égalitaire », c'est-à-dire à la
philosophie qui prône que l'homme et la femme sont pratiquement interchangeables à tous égards
et que leurs rôles n'ont pas à dépendre
de leur sexe.
Il existe assurément des responsabilités communes à l'homme
et à la femme. Bien qu'éphésiens 5 ne le formule pas
ainsi, il est néanmoins vrai que les maris ont à servir leurs épouses
comme le Christ sert l'Eglise et les épouses à aimer leurs
maris comme l' Eglise aime le Christ. Mais les obligations et les actes des
maris
et des épouses ne sont pas identiques et réversibles pour la
simple raison qu' ils sont exactement calqués sur les modèles
bibliques immuables que la rédemption accomplie en Jésus-Christ
valide de façon
permanente.
Ainsi la pratique du mariage chrétien déborde peu à peu
l'égalitarisme pur des uns et l'autoritarisme inconsidéré des
autres.
Des différences existent entre les couples chrétiens
selon les dons et les personnalités des deux conjoints. Mais,
au fur et à mesure que Christ transforme un mariage, le mari se
met à assumer
la responsabilité de
chef de famille et se distingue ainsi de sa femme.
L'amour chrétien
sonde tous les membres de l'église universelle. Puisque Dieu est
notre Père, nous sommes au sens profond du terme une seule famille.
Le Saint-Esprit, qui unit la famille, suscite une grande tendresse entre
les membres de la famille. A la longue, les chrétiens ne peuvent
pas se contenter d'une seule grande rencontre impersonnelle par semaine.
Les liens d'affection exigent des relations plus fréquentes et
plus étroites que celles que l'on développe, le dimanche
matin, dans une grande assemblée.
Peu à peu, les chrétiens
voient grandir leur sens de la famille et ils se mettent à agir
les uns envers les autres comme Paul le recommande: les aînés
comme des pères ou des mères, les jeunes comme des frères
ou des soeurs (I Tim 5.1-2). L'anonymat disparaît; chaque personne
est liée aux autres par les liens de la famille. La logique qui
a cours dans les relations de la famille naturelle se met à l'avoir également
dans l'église, la famille de Dieu, et chacun veille à se
comporter envers les autres en respectant les différences d' âge,
de sexe et de personnalité.
La présence du Christ et du
Saint-Esprit dans la famille de Dieu le Père, exige le respect
d'un certain ordre. Les disputes, les hérésies et les comportements
déraisonnables doivent être l'objet de soins et non pas
ignorés ou négligés. En cas de péchés
ou de difficultés, l'affection qui lie les membres de la famille
de Dieu rend impossible l'inattention ou l'indifférence.
Dans
de telles circonstances, les « pères » de l'église se démarquent.
Ces hommes mûrs, sobres, solides et pieux, pères de famille
(ou célibataires) exemplaires, sont naturellement les chefs de
cette famille élargie, qui leur en reconnaît la capacité.
Le rôle de chef de l'Eglise consiste non pas d'abord à imposer
des règles de façon formelle, mais à donner un bon
exemple qui suscite la considération et l'envie de faire de même.
Paul lui-même sert d'exemple en se soumettant au Christ qui est
l'exemple par excellence (I Cor Il.1). Il exhorte Timothée à donner
un bon exemple (1 Tim4.12). La sainteté de vie des pasteurs, et
pas seulement leur orthodoxie ou leur éloquence, a du prix aux
yeux de Paul. Il est évident que les personnes âgées,
hommes ou femmes, devraient servir d'exemples à tous égards
(Tite 2.2,3-5). Pourtant, dans le cas particulier des anciens, il convient
qu'ils soient exemplaires en tant que chefs de famille, à la fois
dans l'Eglise et dans leur propre maison. Cette qualification particulière
est un obstacle à la désignation de femmes à la
fonction d'anciens, que seuls les hommes peuvent exercer .
Enfin, remarquons
que l'église est composée surtout de familles complètes
dont tous les membres viennent ensemble aux réunions de l'église.
Comme l'Eglise se réunit régulièrement en petits
groupes chez les uns ou chez les autres, une ambiance familiale s'instaure
facilement dans toute l' assemblée, et les pères continuent à y
exercer l'autorité sur leur propre famille. En Tite 1.6, Paul
précise que les anciens doivent être des hommes « ayant
des enfants fidèles »; dans ce cas, la famille complète
venant aux réunions, l'obéissance ou la désobéissance
des enfants envers leur père s'y manifeste (cf. Tite 1.6; 1 Tim
3.4). A vrai dire, dans une assemblée de l'Eglise, la démarcation
entre la famille et l'Eglise n'est pas très claire puisque la
famille est présente en tant que famille et pas seulement en tant
que personnes isolées. Le culte de famille et le culte d'adoration
d'un groupe plus important peuvent se ressembler, puisque celui-ci est
une famille élargie, c'est-à-dire
la famille de Dieu.
Tout ceci concourt à rendre hautement souhaitable
que les pères ayant de l'expérience soient reconnus comme
pères en un sens plus officiel et plus large, dans la famille élargie
et spirituelle qui est l'Eglise. Si l'Eglise est aussi vivante et chaleureuse
qu'elle doit l'être - comme une famille normale - elle ne manquera
pas de nommer des hommes comme anciens, même si, simple hypothèse,
elle ne disposait pas des consignes de l'apôtre Paul en 1 Timothée
3.1-7 et en Tite 1.5-9.
7. L'organisation de la famille ne se réduit pas à la communication
L' analogie famille/église aide aussi à clarifier ce
qui distingue la fonction du pasteur-responsable des autres fonctions dans
l'Eglise. Dans une famille, le mari et le père, s'il est sage,
encouragera chacun à utiliser pleinement ses dons, capacités
et compétences.
Sa fonction de chef, si elle est correctement exercée, loin d' être
menacée par l' épanouissement de sa famille, s'en trouvera
plutôt rehaussée.
Par exemple, la conversation familiale
est normalement une communion riche, dans
laquelle chacun donne et reçoit. Même les enfants y ont un rôle
actif. Au fur et à mesure qu' ils s' instruisent sur Dieu et qu'ils
acquièrent
des connaissances à l'extérieur, à l'école ou avec
leurs copains de jeu, ils peuvent même apprendre à leurs parents
des choses qu'ils ignorent. L'épouse, qui est une adulte, est particulièrement
bien placée pour seconder et informer son mari en conversant avec lui.
Ainsi la responsabilité du mari ne fait pas obstacle à une communication à multiples
facettes entre les membres de la famille.
De même, chacun dans la famille
a, dans une certaine mesure, une responsabilité de gestion. C'est
le cas même pour le plus jeune lorsque, par exemple, il met la table,
fait la vaisselle ou bien s'occupe du chat. Les épouses ont autorité sur
leurs enfants; elles peuvent également mener à bien des entreprises
qui dépassent les limites de leur propre famille et impliquent la
société environnante
(Prov 31.10-31; cf. 1 Tim 5.14). Ainsi, gérer au sens large relève
de la responsabilité de tous. Le père, pourtant, exerce une
autorité globale
sur la famille en tant qu'entité.(...)
Puisque la notion de gestion
revêt une importance capitale dans ce raisonnement, soyons plus précis
dans l'analyse. Le texte de Proverbes 31.10-31 évoque plusieurs
aspects de gestion: l'habillement, l'alimentation, l'argent, la propriété immobilière,
la diaconie, le commerce. Toutes ces tâches sont celles d'un gérant,
puisque le monde entier appartient à Dieu. Nous n'agissons jamais
en propriétaires au sens absolu du terme, mais seulement en gérants à qui
Dieu a temporairement confié une partie de ses biens. De plus, l'autorité exercée
sur les personnes ne doit pas négliger le fait que tout être
humain est créé à l'image de Dieu; elle ne peut donc
qu'être fort différente de celle qui concerne le reste de
la création.(...)
A l'intérieur de la famille, la diversité des
compétences préside au partage des tâches. Chacun
- le mari, l'épouse et les enfants - se voit confier des responsabilités
particulières. Il en va de même pour les petits-enfants
ou autres parents vivant, de façon permanente, dans un foyer.
Tous s'instruisent réciproquement et peuvent s'imiter. Il est
des charges qui doivent être portées par la famille tout
entière
et ne peuvent pas être confiées à une
seule personne.(...)
En bref, un mari, s'il est sage, mènera sa
famille en la consultant au maximum et en communiquant avec elle; il
ne craindra pas de déléguer une part de son autorité.
Ce faisant, il imitera Christ dans le soin qu'il prend de son église.
Christ a établi avec nous une communication réciproque
et il nous délègue des responsabilités. Christ est
néanmoins
l'autorité ultime dans tous les domaines de la vie; et le mari,
sous l'autorité du Christ, a été désigné pour être
le chef de sa famille.
Si les consignes de Paul sont mises de côté et
si un mari abuse de son autorité de façon égoïste
et tyrannique, une réaction ne peut manquer de se produire. De
nos jours, beaucoup déplorent l'oppression dont sont victimes
bien des femmes et la bêtise qui consiste à les empêcher
de développer et d'exercer leurs dons. Dans la mesure où il
n'existe pas de réalisations entièrement conformes à la
volonté de Dieu, on peut comprendre qu'on en arrive à la
conclusion que la seule solution, compatible avec la liberté acquise
en Christ, soit de préconiser qu'hommes et femmes exercent des
responsabilités
interchangeables. Pourtant l'Ecriture vise quelque chose de meilleur.
(...)
Les avocats du ministère pastoral féminin font également
référence aux actions de qualité accomplies, dans
le passé, par des chrétiennes, en particulier en exerçant
une autorité. L'évaluation de cet argument nécessite
la prise en compte de plusieurs facteurs. Premièrement, Proverbes
31.10-31 montre que, dans certains cas, l'exercice de l'autorité et
celle de responsabilités de gestion par une femme ne gomment pas
l'autorité ultime du mari (Prov 31.23). Deuxièmement, le
fait pour une femme de donner à son mari un avis avec franchise
et vigueur, tout en y mettant les formes, sur des questions fondamentales
ne porte pas forcément atteinte à l'autorité de
celui-ci, pas plus du reste que les appréciations négatives
de Paul à l'encontre de certains représentants de l'état
ne minent l'autorité qu'il reconnaît à celui-ci (voir
Act 16.37; 22.25; 23.3-5; 25.10-11). Troisièmement, dans les familles
confiées à des veuves, des divorcées, ou dont le
père est absent, il revient aux femmes d'exercer l'autorité,
faute de meilleure solution mais de telles situations sont loin d'être
idéales.
8. Les mauvais effets du bouleversement intervenu dans l'ordre établi pour la famille de Dieu
La question de l' autorité de l'homme dans l'Eglise n'est pas
indifférente. S'écarter de l'ordre établi par Dieu
a forcément des conséquences fâcheuses; c'est l'envers
du tableau que nous avons esquissé. A cause de la relation étroite
entre la famille et l'église, une vie de famille pieuse stimule
la reconnaissance de Dieu comme le Père céleste, et ceci
conduit
à une vie de famille plus consacrée. Les deux bénéficient
de l' exemple donné par les responsables d'expérience et
paternels de l'église. A l'inverse, l'abandon de la structure
familiale dans l'église a une double influence négative,
en incitant à
l'oubli que l'église est la famille de Dieu et en affectant la qualité
de l'amour au sein des familles chrétiennes.(...)
L'ordre dans l'Eglise
peut s'écarter de l'idéal soit parce qu'il y manque des
pasteurs, soit parce qu'on nomme des femmes à la fonction de pasteur,
soit parce qu'on reformule la définition de cette fonction. Chacune
de ces situations tend à rendre encore plus vague la notion que
l'église
est une famille. L'analogie famille/ Eglise s'estompe, en effet, parce
qu'il n'y a pas de correspondance réelle et pratique entre l'Eglise
et la famille naturelle respectueuse de l'enseignement biblique. L' importance
d'une relation et d'un soutien de type familial dans l'Eglise est perdue
de vue et on ne comprend plus que la paternité de Dieu s'exprime
dans l'autorité qu'il exerce sur nous, et que cette autorité se
concrétise, en partie, dans le ministère d'anciens expérimentés
et agissant comme des pères.
L' égalitarisme philosophique
radical, qui prône des comportements identiques envers tous, détourne
les chrétiens de diversifier leurs attitudes selon l'âge,
le sexe et la fonction, comme Paul le recommande (1 Tim 5.1-2,17). Les
relations prennent un tour plus impersonnel et les chrétiens perdent
conscience, en théorie et en pratique, d' appartenir à la
famille de Dieu. (...)
La préoccupation majeure du mouvement féministe
est de libérer la femme de l'oppression dont elle est l'objet. Mais
la liberté au sens profond ne s'obtient que par le pouvoir divin de
libération
et par l'amour qui sont en Jésus-Christ. La vraie liberté a pour
fondement l'obéissance au Christ; tout autre chemin n'aboutit qu'à l'esclavage
du péché.
Plus que tout autre institution dans la société moderne,
la famille a désespérément besoin d'être libérée
et renouvelée par l'amour de Jésus-Christ. Cette liberté existe
lorsque, sous le regard de Dieu, nous devenons capables d'utiliser les riches
ressources qu'il dispense. Nous avons surtout à enseigner que les familles
doivent ressembler au modèle de Christ que présente Ephésiens
5.22-23. Plus encore, il faudrait que la vie de l'église ressemble à une
vraie vie de famille avec des responsables d'une grande maturité spirituelle,
les anciens. C'est se détourner de la vraie libération que d'abandonner
le principe selon lequel le pasteur est un homrne. Quelle ironie ce serait
si, en voulant sincèrement libérer la femme, on aboutissait en
pratique à l'effet inverse en faisant obstacle à la puissance
libératrice de Dieu, qui est à l'oeuvre
dans sa famille.
Conclusion
Certains chrétiens pensent que le mariage chrétien devrait
offrir un modèle rigoureusement égalitaire: les deux époux
étant, à tous égards, interchangeables. Si cela était
exact, on pourrait conclure, selon l' analogie famille/Eglise, que l'homme
et la femme ont également des rôles interchangeables dans
l'Eglise.
Mais cela est faux. éphésiens 5.22- 23 s'oppose à cela,
de même que les autres textes qui comparent le mariage à la
relation qui existe entre Dieu et son peuple. A la longue, il faut espérer
que le Saint-Esprit utilisera la puissance de ces passages bibliques pour
susciter des mariages pieux et gommer les sentiments égalitaires
abstraits. S'il est bien vrai que ces textes bibliques assignent un «leadership» aux
maris et aux pères dans la famille, il faut admettre également
le même modèle dans l'église. Des hommes d'expérience
et non des femmes doivent être désignés comme anciens.
Cependant, une obéissance aveugle à une règle ne suffit
pas. Il convient d'incarner dans nos églises ce qui nous fait vivre.
Nous sommes enfants de Dieu, membres d'une famille divinement organisée.
Seule l'expression épanouie de l'amour de Christ dans la communauté chrétienne
favorisera la liberté, la puissance et la beauté, manifestations
de la gloire de Dieu dans l'Eglise (Eph 3.10).
Notes:
(1) Evêques ou responsables (episkopoi) et anciens (presbuteroi) désignent les mêmes personnes selon de nombreux exégètes du Nouveau Testament. Le pasteur doit aussi être considéré comme
un ancien-responsable.
V.P.
C'est pourquoi les dominations et les autorités dans les lieux célestes
connaissent aujourd'hui par l'Eglise la sagesse infiniment variée de
Dieu
Eph 3.10
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