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Sommaire du n° 110 oct - dec 1994

 



L'église : une famille

La responsabilité que l'homme exerce dans la famille lui revient également dans l'Eglise: pourquoi ?

Vern Poythress

Cet article de V. Poythress, professeur de Nouveau Testament au Westminster Seminary à Philadelphie (Etats-Unis), est une traduction adaptée du chapitre 13 du livre Recovering Biblical Manhood and Womanhood : A response to evangelical feminism (Crossways Books Wheaton, 1991), publiée avec autorisation dans la Revue Réformée.

Dans une situation sociale où la vie de famille est dévalorisée et où; dans l'Église, on ne sait plus comment définir le rôle des responsables, v. Poythress estime que «la vie de l'Eglise offre une forme exaltée, et non l'inverse, de la vie de famille, sur la base du dessein de Dieu depuis la création.» «Les rôles de l'homme et de la femme dans le mariage sont irréversibles, non interchangeables.» Qu'en est-il dans l'Eglise ?

La Bible enseigne que Dieu est «notre Père» (Mat 6.9) et qu'en Jésus-Christ, nous sommes ses enfants (Gal.1-7). Ces deux affirmations choisies parmi beaucoup d'autres établissent une analogie entre la famille et l'Église, précisant ainsi certaines des promesses les plus précieuses concernant l'amour de Dieu, notre relation avec lui et notre héritage futur (par exemple: Rom 8.12-17 ; Héb 12.5-11; Apoc 21.7).

Les implications pratiques de cette analogie sont trop profondes et variées pour en faire le tour, ici, de façon exhaustive. Dans le texte, nous nous intéressons seulement au comportement à avoir les uns envers les autres à l'intérieur présent de la communauté chrétienne et, plus particulièrement, aux rôlles respectifs des hommes et des femmes dans l'Eglise.

En bref, l'objectif est de montrer que de même que les maris et les pères sont appelés à exercer une responsabilité devant Dieu au sein de leur famille humaine, de même des hommes d'expérience doivent être désignés dans l'Église pour assumer une fonction analogue (1 Tim 3.1-7). Une fonction particulièrement importante appartient également aux femmes d' expérience (1 Tim 5.9-16 Tite 2.3- 5), à qui il revient de former des filles spirituelles par leur exemple et leurs paroles. Cependant, comme dans le mariage (Eph5 .22- 33), les fonctions respectives des hommes et des femmes ne sont pas interchangeables à tous égards. Seuls les hommes, en effet, ont vocation pour assumer ultimement une autorité de type paternel.

1. Le caractère éphémère des doutes modernes

Aujourd'hui, beaucoup dans l'église s'interrogent à ce sujet et certains vont jusqu'à s'opposer ouvertement aux principes bibliques. Ces doutes et ces oppositions correspondent à des aberrations éphémères et aux faiblesses, qui entachent la vie de l'église et celle de la société dans laquelle elle se trouve, plutôt qu'à la rigueur de la vérité.

En premier lieu, l'Eglise en Occident est profondément contaminée par le modernisme théologique ou libéralisme. Dès lors que l'on ne reconnaît plus que la Bible est la Parole de Dieu, on oublie qu'il existe une Loi divine à laquelle l'église doit obéir, et l'amour pour le Christ (si encore il subsiste) se refroidit.

En second lieu, les changements rapides intervenus dans les domaines technologique et social au sein des sociétés post-industrielles, ont rendu méfiant vis-à-vis des solutions trouvées par les générations précédentes, et des interrogations surgissent concernant chaque aspect de la société et de la vie de l'Eglise. De plus, les modifications apportées à l' éducation des filles et la nature des travaux domestiques, comme le fait pour un grand nombre de femmes de travailler hors de chez elles, ont suscité bien des questions nouvelles et épineuses sur la nature des rôles respectifs de l'homme et de la femme dans la famille et dans l'Eglise.

En troisième lieu, l'égalitarisme philosophique et politique, joint au péché et à l'envie, ont engendré une aversion pour toutes les différences et différenciations entre les êtres humains. Nombreux sont ceux qui, de nos jours, pensent que les riches, les puissants, les doués et les détenteurs des pouvoirs politique, administratif, etc. devraient être rabaissés au niveau médiocre de la masse, que leur situation ou fonction ait été obtenue de manière honnête ou pas. Un tel égalitarisme, lorsqu'il atteint la famille et l'église, se refuse à reconnaître une quelconque différence entre hommes et femmes.

En quatrième lieu, beaucoup sont choqués par l'oppression dont la femme a été et est encore l'objet, par les injustes limitations mises à l'épanouissement de ses dons. De telles injustices existent réelle- ment et doivent être combattues, mais elles ne justifient pas les positions radicalement égalitaires.

En dernier lieu, de nombreuses Eglises «évangéliques» apparaissent de nos jours comme étant surtout des salles de cours ou des lieux où l'on écoute une prédication. On assimile l'église au bâtiment, alors que, selon l'enseignement biblique, l'Eglise est l'ensemble des personnes unies à Christ. D'ailleurs, l'édifice est considéré comme un lieu pour écouter une prédication ou pour assister à des spectacles chrétiens. Une telle façon de voir appauvrit la vie communautaire des chrétiens. Certes, la prédication est importante puisqu'elle est un des moyens de fixer l'attention de l'église sur la Parole de Dieu. Mais Dieu veut que l'église soit beaucoup plus que cela. Si l'on ne retient que les prédications, on a perdu de vue les richesses dues au fait que l'église est le corps du Christ (1 Cor 12.12-27). Chacun de ses membres doit exercer ses dons au profit des autres. Tous sont appelés à s'exhorter et à s' encourager mutuellement à cause de l'amour du Christ (Col 3.12-17). Nous devons avoir une tendresse réciproque comme des enfants bien-aimés de Dieu (Eph 4.32- 5.1).La communion fraternelle n'est pas une relation sociale superficielle, mais un partage fondé sur une relation avec Dieu le Père et avec Jésus-Christ (1 Jean 1.3- 4).

Dans trop d'églises « évangéliques », les gens ne mettent guère en pratique l'enseignement biblique dans leur vie de famille ordinaire. On n'éprouve pas non plus la nécessité d'une discipline au sein de l'Eglise. Les responsables de l'église ne sont que des personnes douées pour parler ou pour conseiller (des ministres rémunérés), ou bien des gestionnaires des biens immobiliers de l'église, ou encore des animateurs ( quel que soit le titre qu'ils portent: conseiller, ancien, diacre). De tels «leaders» ne le sont devenus qu'en raison de l'utilité de leurs dons. Aussi peut-on comprendre que certains s'étonnent que des femmes ayant la formation appropriée ne puissent pas exercer les mêmes fonctions d'autorité. Ces chrétiens seront incapables de faire leur la démarche logique qui aboutit à réserver aux hommes l'exclusivité des fonctions d'autorité dans l'église tant qu'ils n'auront pas perçu clairement l'église comme étant la famille de Dieu.

2. Le Nouveau Testament compare le peuple de Dieu à une famille

Considérons, d'abord, les divers enseignements du Nouveau Testament. Dieu est appelé « Père » dans de très nombreuses occasions, notamment dans la prière modèle de Jésus du Sermon sur la montagne (Mat 6.9). La Bible ne se borne jamais à dire que Dieu est seulement le Créateur de tout être humain. Dieu est un Père, ce qui implique une relation familiale étroite avec lui (Rom 8.14-17) et le souci de refléter sa sainteté (1 Pi 1.14-17). Seul Christ, le Fils unique de Dieu, a Dieu pour Père d'une façon spéciale. Avec lui, seuls les chrétiens, c'est-à-dire ceux qui ont reçu l'Esprit du Christ, peuvent légitimement s'écrier Abba, Père (Rom 8.16). En dehors de Christ, les hommes ont le Diable pour père et cherchent à lui plaire (Jean 8.44 ; cf. 1 Jean 5.19).

Ainsi les chrétiens sont appelés « fils de Dieu » et « enfants de Dieu » , à la différence des non-chrétiens, qui n'appartiennent pas à la famille de Dieu (1 Jean 5.1-5). Etre enfant de Dieu a de nombreuses conséquences: une relation étroite avec Dieu, le Père (Rom 8.15); notre frère aîné est Jésus-Christ (Rom 8.29); nous sommes adoptés légalement et affranchis de toute servitude (Ga14.1-7). Nous ne sommes plus des esclaves (GaI 4.7-Rom 8.15). Co-héritiers de Christ, nous recevons dans sa totalité l'héritage de Dieu (Rom 8.17). En Christ, nous sommes renouvelés (Rom 8.11-13). Nous participons à l'Esprit, bien commun de tous les membres de la famille (Rom 8.14-15). Nous sommes recréés à l'image de Dieu (Rom 8.29), nés de Dieu (I Jean 5.4; Jean 1.12-13). Comme des enfants obéissants, nous avons à imiter notre Père (Eph 5.1; 1 Pi 1.14-17).

Ainsi Dieu est notre Père au sens profond du terme; Jésus-Christ est notre frère et notre avocat auprès du Père. Aussi n' avons-nous besoin d'aucun autre intermédiaire humain pour entrer en contact avec Dieu. Cette relation avec Dieu le Père nous fait frères de tous les autres chrétiens. Nous sommes serviteurs les uns des autres, et n'avons pas à vouloir être dominateur (Marc 10.40-45). C'est pourquoi Jésus critique l'abus de titres honorifiques qui peuvent contredire notre statut d'enfants et portent atteinte à notre relation avec Dieu.

Mais vous, ne vous faites pas appeler Rabbi,. car un seul est votre Maître, et vous êtes tous frères. Et n'appelez personne sur la terre père, car un seul est votre Père, celui qui est dans les cieux. Ne vous faites pas appeler directeurs, car un seul est votre Directeur, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s'élèvera sera abaissé, et qui s'abaissera sera élevé. (Mat 23.8- 12).

Jésus insiste sur l'humilité et le service, comme l'indique le contexte de Matthieu 23 où Jésus censure les pharisiens; il exclut tout légalisme dans l'usage des mots « père » et « maître » ; il dénonce une attitude du coeur .Reconnaître le caractère fondamental de la communion chrétienne et notre statut de frères implique une attitude de soumission au Christ et de service.

Cet enseignement de Jésus est en harmonie avec d'autres enseignements des épîtres du Nouveau Testament, qui assignent un rôle spécifique aux pasteurs et aux docteurs (Eph 4.11, par exemple). La relation par excellence entre Dieu et les chrétiens est du type père-fils. Et l'amour paternel de Dieu doit transparaître dans celui que les chrétiens se manifestent les uns aux autres dans l'Eglise. Par exemple, Christ est notre Maître au sens le plus fort qui soit (Mat 23.10; Jean 13.13-14). De la plénitude de sa sagesse et de ses capacités pour l'enseignement, il a doté certains membres de l'Eglise, afin qu'ils soient, en quelque sorte, des maîtres auxiliaires soumis à l'autorité du Souverain Maître (Eph 4.7,11). Christ est un berger unique en son genre (Jean 10:11-16), qui appelle certains êtres humains afin qu'ils deviennent à leur tour des bergers sous son autorité (1 Pi 5.4). Dieu le Père et Christ sont des modèles à imiter (1 Pi 1.14-15); par extension, nous avons également à suivre les bons exemples donnés par des croyants plus avancés dans la foi (1 Cor 11.1; Ph 3.17; 1 Tim 4.12; Tite 2.4,7).

3. La famille de Dieu selon 1 Timothée

Le thème de la relation familiale est particulièrement important dans la première épître de Paul à Timothée. Paul évoque inlassablement l'image de la famille pour aider Timothée à comprendre comment ordonner les choses et les responsabilités de façon convenable dans l'Eglise. Paul appelle Timothée son « fils » manifestant ainsi l'affection qu'il lui porte et marquant sa qualité de disciple (1 Tim 1.2,18). Il lui conseille de se comporter envers un aîné comme (envers ) un père, d' exhorter les jeunes gens comme des frères, les femmes âgées comme des mères, celles qui sont jeunes comme des soeurs (1 Tim 5.1-2). Si une veuve a des enfants ou des petits-enfants, ceux-ci doivent s'occuper d'elle (I Tim 5.4); si elle n'en a pas, la famille chrétienne le fera 1 Tim 5.5,16).

Les pasteurs ou les anciens doivent être de respectables chefs de famille(1).

Il faut donc que l'évêque ( episkopos ) soit irréprochable, mari d'une seule femme, sobre, sensé, sociable, hospitalier, apte à l'enseignement, qu'il ne soit ni adonné au vin, ni violent, mais conciliant, pacifique, désintéressé qu'il dirige bien sa propre maison et qu'il tienne ses enfants dans la soumission, avec une parfaite dignité, car si quelqu'un ne sait pas diriger sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l'église de Dieu ? (1 Tim 3:2-5).

Bien diriger sa propre maison est particulièrement important, puisque la même sagesse et les mêmes dons sont nécessaires pour diriger l'Eglise de Dieu. Finalement, l'apôtre Paul exprime de façon explicite, en 1 Timothée 3.14-15, comment la structure de la famille se retrouve dans l'église.

Je t'écris ceci, avec l'espoir d'aller bientôt chez toi; mais si je tarde, tu sauras ainsi comment il faut se conduire dans la maison de Dieu, qui est l'église du Dieu vivant, la colonne et l' appui de la vérité.

Ces versets constituent un résumé de toute la lettre, dont l'objet est d'indiquer « comment chacun doit se comporter dans la maison de Dieu ». La référence à « la maison de Dieu » peut, en théorie, s'entendre comme évoquant soit l'idée de la communion avec Dieu dans la «maison» ou le «temple» de Dieu, soit l'idée d'une famille dirigée par Dieu. Dans certains passages de la Bible, l' accent est mis sur la présence de Dieu au sein de son peuple, dans un temple (I Cor 3.10-17). Mais en 1 Timothée, l'idée dominante est celle de tenue de la maison. L'organisation de l'église est analogue à celle d'une maisonnée. Les membres de l'église ont à agir les uns envers les autres comme ils le font dans leur propre famille (I Tim 5.1-2), notamment en prenant soin de ceux qui sont dans le besoin (1 Tim 5.5,16).

Ayant montré leur aptitude à diriger leur propre famille, les pasteurs-responsables pourront l'être à conduire la maison de Dieu (1 Tim 3.1-7).

4. Les implications du concept de famille dans l'Eglise

En 1 Timothée, l'analogie de l'église avec la famille ne se limite pas à quelques illustrations fortuites ou à des fleurs de rhétorique colorées. Elle sert de base à une argumentation et permet de tirer des conclusions relatives aux responsabilités chrétiennes, comme on le voit clairement en 1 Timothée 3.4-5; ce passage se termine ainsi: Car si quelqu'un ne sait pas diriger sa propre maison, comment prendra-t-il soin de l'église de Dieu ? Pour Paul, savoir bien diriger sa famille est l'un des critères obligatoires à retenir pour la nomination d'un ancien puisque les mêmes aptitudes et compétences sont nécessaires. Paul ne s'attend pas à ce que Timothée accepte les yeux fermés ce qu'il dit au sujet de la nomination d'un ancien. Il souhaite plutôt qu'il comprenne que ce critère est la sagesse même, étant donné le bien-fondé de l'analogie. Il est permis de penser que Paul invite indirectement Timothée à raisonner de la même manière avec les personnes qui auraient des doutes à ce sujet.

De même, en 1 Timothée se trouve une nouvelle argumentation: Ne réprimande pas rudement le vieillard, mais exhorte-le comme un père; exhorte les jeunes gens comme des frères, les femmes âgées comme des mères, celles qui sont jeunes comme des soeurs, en toute pureté. Le mot clef « comme » pourrait être considéré comme introduisant seulement des illustrations, si celles-ci n'avaient pas en commun d'établir une analogie entre l'église et la famille. Ces comparaisons aident à mieux comprendre ce qu'implique l'appartenance à la famille de Dieu dans la perspective de 1 Timothée 3.14-15, et à en bien discerner le caractère contraignant, non seulement pour obéir au commandement général d'aimer, mais pour marquer l' appartenance à la même famille spirituelle. La seule différence d' attitude acceptable tient aux différences de statut au sein de la famille: les uns doivent être traités comme des pères, les autres comme des frères, des mères ou encore des soeurs. 1 Timothée 5.1-2 présuppose que l'Eglise ressemble à une famille, ce qui implique que les frères dans l'église doivent être traités comme des frères le sont dans une famille. [...]

Comment sait-on quel ordre convient à la vie de la communauté chrétienne ? On le sait, notamment, par les explications de Paul dans ses épîtres. Comment Paul l'a-t-il su lui-même ? Et comment veut-il que nous appliquions son enseignement, alors que nos circonstances sont quelque peu différentes de celles des destinataires de ses lettres ? La sagesse de Paul tient en partie à ce qu'il a profondément assimilé la doctrine de Christ, à savoir que Dieu est notre Père et que Christ nous sauve par son oeuvre sur la croix. L'oeuvre de Christ nous a réconciliés avec Dieu et nous a donné une communion familiale intime avec Dieu, celle de fils (Gal 4.1- 7). Nous sommes membres de la famille de Dieu. Le fait que la structure de l'église de Dieu soit calquée sur le modèle de la famille a des implications spécifiques sur la manière d'aimer (1 Tim 3.1- 7), sur celle de répondre aux besoins de la famille (1 Tim 3.8-13), etc.

La quasi-totalité de la première épitre à Timothée peut être considérée comme un catalogue de comportements et de dispositions propres à assurer une vie harmonieuse dans la famille. La saine doctrine est nécessaire parce que la famille a besoin de connaitre les principes qui la gouvernent (1 Tim 1.3-11, 18-20). Elle est à la base de tous les aspects particuliers de l' organisation de la famille et des relations mutuelles en son sein. La miséricorde et le pardon soudent les membres de la famille (1 Tim 1.12-17) qui doit être protégée des influences extérieures destructives en vue d'un bon développement des relations avec le monde environnant(2. 1-7). Les membres masculins de la famille sont invités à ne pas avoir de différends entre eux, mais à s'accorder pour prier (2.8). Les membres féminins se consacrent au service de la famille; ils se détournent des choses superficielles (2.9-10) et visent à ne pas prendre autorité sur l'homme (2.11-14). La famille a besoin de gérants sages et compétents (3.1.7) qui agissent avec soin (3.8-13). A tous égards, la famille doit se conformer à l'ordre divin (3.14-16). Les règles émises et les exemples donnés par les responsables revêtent une grande importance (4.1-16). Au sein de la famille, les comportements des uns envers les autres ont à être empreints de respect, d'attention et de sensibilité selon la place de chacun (5.1-6:2). Les personnes dans le besoin doivent être prises en charge, de préférence par leurs proches (5.3-10). L'argent sert à accomplir les objectifs familiaux (6.6-10,17-19).En bref, le thème de la famille de Dieu est présent partout dans la première épître à Timothée et fonde le comportement chrétien; il ne constitue pas une simple illustration.

5. Les conducteurs-responsables de l'Eglise

L'analogie avec la famille met en évidence comment la responsabilité de l'autorité doit être exercée dans l'église. Dans la famille c'est le mari et le père qui l'exercent (Eph 5.22-6.4). L'Eglise en tant que famille de Dieu a besoin, elle aussi, de chefs sages et compétents, c'est-à-dire d'hommes qui ont déjà montré leurs capacités dans leur propre famille (1 Tim 1.7). Les femmes, par contre, n'ont pas à exercer l'autorité dans l'église, car un tel exercice ne serait pas en harmonie avec leur propre position dans le couple, dont l'institution remonte à la création (1 Tim 2.11-14). Ainsi, les différences observées dans les rôles respectifs de l'homme et de la femme dans le couple et la famille se retrouvent dans l'Eglise.

Ceci n'a rien d'étonnant si l'on reconnaît l'analogie entre la famille naturelle et l'église, considérée comme une famille spirituelle. Mais cette reconnaissance est-elle fondée ? Suivons pas à pas la démonstration.

Premièrement, Dieu a-t-il réellement établi une structure d'autorité dans la famille, dont le mari serait le premier responsable ? Selon éphésiens 5.22-6.4 et Colossiens 3.18-21, la réponse est oui.

Deuxièmement, les relations de direction et de soumission dans l'église sont-elles irréversibles? Assurément. Le titre même d' « évêque » utilisé en 1 Timothée 3.1 évoque une fonction qui implique l'exercice de l'autorité. Ces évêques sont aussi appelés anciens en Tite 1.5,1 Pierre 5.1-4 et Actes 20.28-31. ils sont dignes d'honneur, surtout s'ils dirigent bien (1 Tim 5.17). En Hébreux 13.17, il est très clair que nous leur devons obéissance: Obéissez à vos conducteurs et soyez-leur soumis. Car ils veillent au bien de vos âmes, dont ils devront rendre compte. Faites en sorte qu'ils puissent le faire avec joie et non en gémissant, ce qui ne serait pas à votre avantage.

A vrai dire, les principes de soumission devraient s'appliquer sur le plan le plus large des relations entre les aînés et les plus jeunes. Chacun devrait faire preuve d'humilité (1 Pi 5.5b-6) mais les jeunes gens sont tout particulièrement appelés à être soumis aux plus âgés (1 Pi 5.5). Paul recommande à Timothée d'exhorter le vieillard «comme un père» (1 Tim5.1). Manifestement il importe de se comporter envers les autres en tenant compte de ce qu'ils sont.

Ne réprimande pas rudement le vieillard, mais exhorte-le comme un père, les jeunes hommes comme des frères, les femmes âgées comme des mères, les jeunes comme des soeurs, en toute pureté.

En ce qui concerne un point aussi fondamental que notre relation avec le Seigneur, nous jouissons tous des mêmes privilèges. Nous sommes tous justifiés par la foi (Rom 5.1). Nous sommes tous devenus un sacerdoce royal et avons part à un héritage céleste (1 Pi 2.9-10; Eph 1.3-14).Nous avons tous revêtu Christ et sommes enfants d'Abraham (Gal 3.27-29). Nous sommes tous membres de la famille ou maison de Dieu. Ces privilèges, loin d'éliminer nos dons, ne font qu'en souligner la diversité (1 Cor 12.12-31) et nous incite à nous comporter envers chaque membre de l'Eglise avec tout le respect et l'attention qui lui sont dus en raison de ses dons, de son âge, de son sexe, de son rôle et de sa personnalité. Tel est le sens du texte cité plus haut (1 Tim 5.1- 2). Paul n'exhorte pas Timothée à adopter un comportement mécaniquement identique envers tous, mais à tenir compte des facteurs personnels qui structurent les relations familiales. Personne dans la famille de Dieu n'est un être abstrait, sans visage, nécessitant un traitement stéréotypé; chacun est bien plutôt une personne à part entière, qu'il s'agisse d'un homme ou d'une femme, d'une personne âgée ou d'un jeune, d'un adulte ou d'un enfant.

Les chefs et les pasteurs doivent-ils obligatoirement être des hommes dans l'église? L'apôtre Paul le présume lorsqu'il les appelle mari d'une seule femme (1 Tim 3.2). (...) La vie de l'Eglise offre une forme exaltée, et non l'inverse, de la vie de famille, sur la base du dessein de Dieu depuis la création.

C'est dans cette perspective qu'il convient de placer l' enseignement de Paul en 1 Timothée 2.8- 15 pour le comprendre. Paul fait ressortir les responsabilités respectives des hommes (2.8) et des femmes (2.9-15). Ces différences tiennent essentiellement au fait que les rôles de l'homme et de la femme ne sont pas plus interchangeables dans la famille de Dieu que dans la famille humaine. (...)

En résumé, Paul fonde son raisonnement sur des principes généraux en remontant jusqu'au récit biblique de Genèse 2 et 3. Paul comprend pourquoi et dans quelle intention Dieu a institué le mariage et la famille. Il enseigne que dans l'église, la famille de Dieu, les femmes n'ont pas plus à exercer l'autorité sur les hommes que, dans la famille humaine, sur leurs maris. Paul considère que la charge de pasteur implique la dispensation de soins paternels envers la famille de Dieu. La femme est donc exclue de cet office au nom des principes généraux bibliques relatifs à la famille et non par suite de quelque circonstance passagère.

6. Conséquences obligatoires de la différence des rôles

La conception ci-dessus décrite ne va pas manquer de susciter une certaine opposition. Pourtant, elle correspond à une vie d'église où se pratiquent l'obéissance et l'amour chrétiens. Seules, les circonstances temporaires et des dif ficultés dans le corps de Christ comme dans la société environnante conduisent à estimer que des pratiques véritablement bibliques ne sont ni si contraignantes, ni si contraires aux intuitions courantes. La démarche est la suivante.

Un christianisme solide commence par une foi fervente en Christ. Si par la foi, on contemple le Christ dans sa vraie beauté et dans son amour, on se met à l'aimer en retour de façon vigoureuse et cet amour se manifeste et se reflète, par la suite, dans l'amour porté aux autres chrétiens (1 Jean 4.20-21).

C'est ainsi que cet amour transforme la famille. Les maris et les femmes commencent à mettre en pratique la Parole de Dieu, en Ephésiens 5.22-23, en imitant le Christ dans son amour pour son Eglise, et l'église dans sa soumission au Christ. L'amour chrétien véritable n'est pas un simple sentiment plutôt vague ou même une impulsion mal définie à faire le bien. C'est un amour enraciné en Christ. Cet amour doit être inspiré par l'exemple suprême du Christ, fortifié par sa résurrection, concrétisé dans la famille en suivant l'enseignement du Christ. Un tel amour ne pourra jamais évacuer l'analogie christologique d'éphésiens; 5.22-23) et les discours de l'Ancien Testament présentant Dieu comme l'époux d'Israël (par exemple Os 2; Ez 16; Es 54.5-6). D'après éphésiens 5.22-23, le mari a des responsabilités à l'image de celle du Christ alors que la femme en a l'image de celles de l'Eglise. Ces responsabilités ne sont pas plus interchangeables que celles du Christ et de l'église. La Bible nous détourne de toute identité ou confusion entre les rôles respectifs de l'homme et de la femme. Les maris ont à faire des progrès dans leur manière d'imiter l' amour du Christ et les femmes dans celle d'imiter la soumission de l'église. Leurs rôles ne sont pas interchangeables. La Bible s'oppose à la philosophie radicalement « égalitaire », c'est-à-dire à la philosophie qui prône que l'homme et la femme sont pratiquement interchangeables à tous égards et que leurs rôles n'ont pas à dépendre de leur sexe.

Il existe assurément des responsabilités communes à l'homme et à la femme. Bien qu'éphésiens 5 ne le formule pas ainsi, il est néanmoins vrai que les maris ont à servir leurs épouses comme le Christ sert l'Eglise et les épouses à aimer leurs maris comme l' Eglise aime le Christ. Mais les obligations et les actes des maris et des épouses ne sont pas identiques et réversibles pour la simple raison qu' ils sont exactement calqués sur les modèles bibliques immuables que la rédemption accomplie en Jésus-Christ valide de façon permanente.

Ainsi la pratique du mariage chrétien déborde peu à peu l'égalitarisme pur des uns et l'autoritarisme inconsidéré des autres.

Des différences existent entre les couples chrétiens selon les dons et les personnalités des deux conjoints. Mais, au fur et à mesure que Christ transforme un mariage, le mari se met à assumer la responsabilité de chef de famille et se distingue ainsi de sa femme.

L'amour chrétien sonde tous les membres de l'église universelle. Puisque Dieu est notre Père, nous sommes au sens profond du terme une seule famille. Le Saint-Esprit, qui unit la famille, suscite une grande tendresse entre les membres de la famille. A la longue, les chrétiens ne peuvent pas se contenter d'une seule grande rencontre impersonnelle par semaine. Les liens d'affection exigent des relations plus fréquentes et plus étroites que celles que l'on développe, le dimanche matin, dans une grande assemblée.

Peu à peu, les chrétiens voient grandir leur sens de la famille et ils se mettent à agir les uns envers les autres comme Paul le recommande: les aînés comme des pères ou des mères, les jeunes comme des frères ou des soeurs (I Tim 5.1-2). L'anonymat disparaît; chaque personne est liée aux autres par les liens de la famille. La logique qui a cours dans les relations de la famille naturelle se met à l'avoir également dans l'église, la famille de Dieu, et chacun veille à se comporter envers les autres en respectant les différences d' âge, de sexe et de personnalité.

La présence du Christ et du Saint-Esprit dans la famille de Dieu le Père, exige le respect d'un certain ordre. Les disputes, les hérésies et les comportements déraisonnables doivent être l'objet de soins et non pas ignorés ou négligés. En cas de péchés ou de difficultés, l'affection qui lie les membres de la famille de Dieu rend impossible l'inattention ou l'indifférence.

Dans de telles circonstances, les « pères » de l'église se démarquent. Ces hommes mûrs, sobres, solides et pieux, pères de famille (ou célibataires) exemplaires, sont naturellement les chefs de cette famille élargie, qui leur en reconnaît la capacité. Le rôle de chef de l'Eglise consiste non pas d'abord à imposer des règles de façon formelle, mais à donner un bon exemple qui suscite la considération et l'envie de faire de même. Paul lui-même sert d'exemple en se soumettant au Christ qui est l'exemple par excellence (I Cor Il.1). Il exhorte Timothée à donner un bon exemple (1 Tim4.12). La sainteté de vie des pasteurs, et pas seulement leur orthodoxie ou leur éloquence, a du prix aux yeux de Paul. Il est évident que les personnes âgées, hommes ou femmes, devraient servir d'exemples à tous égards (Tite 2.2,3-5). Pourtant, dans le cas particulier des anciens, il convient qu'ils soient exemplaires en tant que chefs de famille, à la fois dans l'Eglise et dans leur propre maison. Cette qualification particulière est un obstacle à la désignation de femmes à la fonction d'anciens, que seuls les hommes peuvent exercer .

Enfin, remarquons que l'église est composée surtout de familles complètes dont tous les membres viennent ensemble aux réunions de l'église. Comme l'Eglise se réunit régulièrement en petits groupes chez les uns ou chez les autres, une ambiance familiale s'instaure facilement dans toute l' assemblée, et les pères continuent à y exercer l'autorité sur leur propre famille. En Tite 1.6, Paul précise que les anciens doivent être des hommes « ayant des enfants fidèles »; dans ce cas, la famille complète venant aux réunions, l'obéissance ou la désobéissance des enfants envers leur père s'y manifeste (cf. Tite 1.6; 1 Tim 3.4). A vrai dire, dans une assemblée de l'Eglise, la démarcation entre la famille et l'Eglise n'est pas très claire puisque la famille est présente en tant que famille et pas seulement en tant que personnes isolées. Le culte de famille et le culte d'adoration d'un groupe plus important peuvent se ressembler, puisque celui-ci est une famille élargie, c'est-à-dire la famille de Dieu.

Tout ceci concourt à rendre hautement souhaitable que les pères ayant de l'expérience soient reconnus comme pères en un sens plus officiel et plus large, dans la famille élargie et spirituelle qui est l'Eglise. Si l'Eglise est aussi vivante et chaleureuse qu'elle doit l'être - comme une famille normale - elle ne manquera pas de nommer des hommes comme anciens, même si, simple hypothèse, elle ne disposait pas des consignes de l'apôtre Paul en 1 Timothée 3.1-7 et en Tite 1.5-9.

7. L'organisation de la famille ne se réduit pas à la communication

L' analogie famille/église aide aussi à clarifier ce qui distingue la fonction du pasteur-responsable des autres fonctions dans l'Eglise. Dans une famille, le mari et le père, s'il est sage, encouragera chacun à utiliser pleinement ses dons, capacités et compétences. Sa fonction de chef, si elle est correctement exercée, loin d' être menacée par l' épanouissement de sa famille, s'en trouvera plutôt rehaussée.

Par exemple, la conversation familiale est normalement une communion riche, dans laquelle chacun donne et reçoit. Même les enfants y ont un rôle actif. Au fur et à mesure qu' ils s' instruisent sur Dieu et qu'ils acquièrent des connaissances à l'extérieur, à l'école ou avec leurs copains de jeu, ils peuvent même apprendre à leurs parents des choses qu'ils ignorent. L'épouse, qui est une adulte, est particulièrement bien placée pour seconder et informer son mari en conversant avec lui. Ainsi la responsabilité du mari ne fait pas obstacle à une communication à multiples facettes entre les membres de la famille.

De même, chacun dans la famille a, dans une certaine mesure, une responsabilité de gestion. C'est le cas même pour le plus jeune lorsque, par exemple, il met la table, fait la vaisselle ou bien s'occupe du chat. Les épouses ont autorité sur leurs enfants; elles peuvent également mener à bien des entreprises qui dépassent les limites de leur propre famille et impliquent la société environnante (Prov 31.10-31; cf. 1 Tim 5.14). Ainsi, gérer au sens large relève de la responsabilité de tous. Le père, pourtant, exerce une autorité globale sur la famille en tant qu'entité.(...)

Puisque la notion de gestion revêt une importance capitale dans ce raisonnement, soyons plus précis dans l'analyse. Le texte de Proverbes 31.10-31 évoque plusieurs aspects de gestion: l'habillement, l'alimentation, l'argent, la propriété immobilière, la diaconie, le commerce. Toutes ces tâches sont celles d'un gérant, puisque le monde entier appartient à Dieu. Nous n'agissons jamais en propriétaires au sens absolu du terme, mais seulement en gérants à qui Dieu a temporairement confié une partie de ses biens. De plus, l'autorité exercée sur les personnes ne doit pas négliger le fait que tout être humain est créé à l'image de Dieu; elle ne peut donc qu'être fort différente de celle qui concerne le reste de la création.(...)

A l'intérieur de la famille, la diversité des compétences préside au partage des tâches. Chacun - le mari, l'épouse et les enfants - se voit confier des responsabilités particulières. Il en va de même pour les petits-enfants ou autres parents vivant, de façon permanente, dans un foyer. Tous s'instruisent réciproquement et peuvent s'imiter. Il est des charges qui doivent être portées par la famille tout entière et ne peuvent pas être confiées à une seule personne.(...)

En bref, un mari, s'il est sage, mènera sa famille en la consultant au maximum et en communiquant avec elle; il ne craindra pas de déléguer une part de son autorité. Ce faisant, il imitera Christ dans le soin qu'il prend de son église. Christ a établi avec nous une communication réciproque et il nous délègue des responsabilités. Christ est néanmoins l'autorité ultime dans tous les domaines de la vie; et le mari, sous l'autorité du Christ, a été désigné pour être le chef de sa famille.

Si les consignes de Paul sont mises de côté et si un mari abuse de son autorité de façon égoïste et tyrannique, une réaction ne peut manquer de se produire. De nos jours, beaucoup déplorent l'oppression dont sont victimes bien des femmes et la bêtise qui consiste à les empêcher de développer et d'exercer leurs dons. Dans la mesure où il n'existe pas de réalisations entièrement conformes à la volonté de Dieu, on peut comprendre qu'on en arrive à la conclusion que la seule solution, compatible avec la liberté acquise en Christ, soit de préconiser qu'hommes et femmes exercent des responsabilités interchangeables. Pourtant l'Ecriture vise quelque chose de meilleur. (...)

Les avocats du ministère pastoral féminin font également référence aux actions de qualité accomplies, dans le passé, par des chrétiennes, en particulier en exerçant une autorité. L'évaluation de cet argument nécessite la prise en compte de plusieurs facteurs. Premièrement, Proverbes 31.10-31 montre que, dans certains cas, l'exercice de l'autorité et celle de responsabilités de gestion par une femme ne gomment pas l'autorité ultime du mari (Prov 31.23). Deuxièmement, le fait pour une femme de donner à son mari un avis avec franchise et vigueur, tout en y mettant les formes, sur des questions fondamentales ne porte pas forcément atteinte à l'autorité de celui-ci, pas plus du reste que les appréciations négatives de Paul à l'encontre de certains représentants de l'état ne minent l'autorité qu'il reconnaît à celui-ci (voir Act 16.37; 22.25; 23.3-5; 25.10-11). Troisièmement, dans les familles confiées à des veuves, des divorcées, ou dont le père est absent, il revient aux femmes d'exercer l'autorité, faute de meilleure solution mais de telles situations sont loin d'être idéales.

8. Les mauvais effets du bouleversement intervenu dans l'ordre établi pour la famille de Dieu

La question de l' autorité de l'homme dans l'Eglise n'est pas indifférente. S'écarter de l'ordre établi par Dieu a forcément des conséquences fâcheuses; c'est l'envers du tableau que nous avons esquissé. A cause de la relation étroite entre la famille et l'église, une vie de famille pieuse stimule la reconnaissance de Dieu comme le Père céleste, et ceci conduit à une vie de famille plus consacrée. Les deux bénéficient de l' exemple donné par les responsables d'expérience et paternels de l'église. A l'inverse, l'abandon de la structure familiale dans l'église a une double influence négative, en incitant à l'oubli que l'église est la famille de Dieu et en affectant la qualité de l'amour au sein des familles chrétiennes.(...)

L'ordre dans l'Eglise peut s'écarter de l'idéal soit parce qu'il y manque des pasteurs, soit parce qu'on nomme des femmes à la fonction de pasteur, soit parce qu'on reformule la définition de cette fonction. Chacune de ces situations tend à rendre encore plus vague la notion que l'église est une famille. L'analogie famille/ Eglise s'estompe, en effet, parce qu'il n'y a pas de correspondance réelle et pratique entre l'Eglise et la famille naturelle respectueuse de l'enseignement biblique. L' importance d'une relation et d'un soutien de type familial dans l'Eglise est perdue de vue et on ne comprend plus que la paternité de Dieu s'exprime dans l'autorité qu'il exerce sur nous, et que cette autorité se concrétise, en partie, dans le ministère d'anciens expérimentés et agissant comme des pères.

L' égalitarisme philosophique radical, qui prône des comportements identiques envers tous, détourne les chrétiens de diversifier leurs attitudes selon l'âge, le sexe et la fonction, comme Paul le recommande (1 Tim 5.1-2,17). Les relations prennent un tour plus impersonnel et les chrétiens perdent conscience, en théorie et en pratique, d' appartenir à la famille de Dieu. (...)

La préoccupation majeure du mouvement féministe est de libérer la femme de l'oppression dont elle est l'objet. Mais la liberté au sens profond ne s'obtient que par le pouvoir divin de libération et par l'amour qui sont en Jésus-Christ. La vraie liberté a pour fondement l'obéissance au Christ; tout autre chemin n'aboutit qu'à l'esclavage du péché.

Plus que tout autre institution dans la société moderne, la famille a désespérément besoin d'être libérée et renouvelée par l'amour de Jésus-Christ. Cette liberté existe lorsque, sous le regard de Dieu, nous devenons capables d'utiliser les riches ressources qu'il dispense. Nous avons surtout à enseigner que les familles doivent ressembler au modèle de Christ que présente Ephésiens 5.22-23. Plus encore, il faudrait que la vie de l'église ressemble à une vraie vie de famille avec des responsables d'une grande maturité spirituelle, les anciens. C'est se détourner de la vraie libération que d'abandonner le principe selon lequel le pasteur est un homrne. Quelle ironie ce serait si, en voulant sincèrement libérer la femme, on aboutissait en pratique à l'effet inverse en faisant obstacle à la puissance libératrice de Dieu, qui est à l'oeuvre dans sa famille.

Conclusion

Certains chrétiens pensent que le mariage chrétien devrait offrir un modèle rigoureusement égalitaire: les deux époux étant, à tous égards, interchangeables. Si cela était exact, on pourrait conclure, selon l' analogie famille/Eglise, que l'homme et la femme ont également des rôles interchangeables dans l'Eglise.

Mais cela est faux. éphésiens 5.22- 23 s'oppose à cela, de même que les autres textes qui comparent le mariage à la relation qui existe entre Dieu et son peuple. A la longue, il faut espérer que le Saint-Esprit utilisera la puissance de ces passages bibliques pour susciter des mariages pieux et gommer les sentiments égalitaires abstraits. S'il est bien vrai que ces textes bibliques assignent un «leadership» aux maris et aux pères dans la famille, il faut admettre également le même modèle dans l'église. Des hommes d'expérience et non des femmes doivent être désignés comme anciens. Cependant, une obéissance aveugle à une règle ne suffit pas. Il convient d'incarner dans nos églises ce qui nous fait vivre. Nous sommes enfants de Dieu, membres d'une famille divinement organisée. Seule l'expression épanouie de l'amour de Christ dans la communauté chrétienne favorisera la liberté, la puissance et la beauté, manifestations de la gloire de Dieu dans l'Eglise (Eph 3.10).

Notes:
(1) Evêques ou responsables (episkopoi) et anciens (presbuteroi) désignent les mêmes personnes selon de nombreux exégètes du Nouveau Testament. Le pasteur doit aussi être considéré comme un ancien-responsable.

V.P.

C'est pourquoi les dominations et les autorités dans les lieux célestes connaissent aujourd'hui par l'Eglise la sagesse infiniment variée de Dieu

Eph 3.10

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