A propos de la « Bénédiction de Toronto» 1
Jean Hoffmann
Paru dans La Bonne Nouvelle 3/95
La «bénédiction de Toronto» est apparue pour la première fois le 20 janvier 1994 dans l'église charismatique Vineyard de Toronto (Canada) (2) d'où elle s'est répandue comme une traînée de poudre jusque dans nos régions. Les personnes touchées par cette «bénédiction» tombent à terre dans un état de transe, tremblent, gémissent, poussent des cris d'animaux, piquent des crises de fou rire ou des crises de larmes du genre hystérique, le tout étant mis au compte du Saint-Esprit et présenté comme le commencement d'un réveil mondial. On parle à ce sujet d'«ivresse de l'Esprit», de «repos dans l'Esprit», de «vin nouveau», ou encore de «l'heure venue pour l'Eglise de préparer son nouveau mariage avec le Seigneur»! On cite des témoignages de personnes décla rant avoir senti une paix intérieure les envahir, mais on passe volontiers sous silence les cas graves de troubles d'ordre psychique et physique qui en sont résultés pour certains. Il en est qui sont restés pendant plusieurs jours aveugles ou muets. A Orbe(Vaud, Suisse) un pasteur réformé a appliqué à son groupe de jeunes les principes de la «bénédiction de Toronto», ce qui a eu pour effet de provoquer chez ces enfants et adolescents, plusieurs jours de suite pendant les heures de classe, un étrange état d'ivresse accompagné de tremblements (3). Ailleurs, d'autres ont souffert d'insomnies et ont éprouvé de terribles frayeurs nocturnes (4). Sans parler de la confusion, des discordes et des divisions que ladite «bénédiction» a causées en divers lieux. On s'est rendu de partout à Toronto chercher cette «bénédiction» et de nombreuses églises en Europe et dans le monde en ont ainsi été atteintes. Il s'agit manifestement d'une excitation psychique de personnes qui se livrent volontairement à une influence ou à une emprise qui leur fait perdre leur maîtrise d'eux-mêmes.
Quelles réactions provoqua cette «bénédiction» ?
La direction de l'«Alliance des églises évangéliques libres» d'Allemagne, dont
font partie les églises baptistes allemandes, a publié une déclaration se rapportant à cette «bénédiction
de Toronto». Tout en reconnaissant que les églises auraient besoin d'un renouveau
spirituel, les auteurs de ce document déclarent que les phénomènes précités ne
peuvent pas être considérés comme des manifestations du Saint-Esprit, car ils
ne se situent pas dans l'ordre de ce qui est décrit et promis dans les Ecritures
comme actions du Saint-Esprit. Aussi, ajoutent-ils, sommes-nous tenus d'examiner
toutes choses ( 1 Thes 5.21) et à éprouver les esprits pour voir s'ils viennent
de Dieu (I Jean 4.1) (5). Des réactions et des mises en garde semblables ont été enregistrées
ici et là.
Comment cherche-t-on à crédibiliser ces phénomènes?
D'autres personnes et
milieux, surtout charismatiques, apostoliques évangéliques, certains pentecôtistes
(IBETO) (6) et même des réformés, sont favorables à ces singularités,
parce qu'ils pensent y trouver un renouveau spirituel. Aussi cherchent-ils à les
justifier bibliquement par des interprétations souvent fort douteuses. C'est
ainsi qu'au sujet du fou rire et des crises de larmes collectifs on fait
référence à un
verset de l'Ecclésiaste qui dit: Il y a un temps pour rire et un temps pour
pleurer (3.4), comme si un tel texte extrapolé pouvait honnêtement s'appliquer
aux phénomènes
en question (7).
Tel pasteur (8) tente aussi de «blanchir» ces étranges
manifestations en les rapprochant, par exemple du cas déplorable de Saül
se mettant subitement à prophétiser, puis à se jeter un jour et toute
une nuit nu aux pieds de Samuel (I Sam 19.24). L'exemple nous semble
mal choisi,
car même si momentanément l'Esprit de Dieu fut sur Saül, l'Eternel a
manifestement voulu ainsi l'empêcher de poursuivre et de tuer David.
On sait par ailleurs que Saül s'était déjà détourné de l'Eternel (1 Sam
15.10), que I 'Esprit du Seigneur s'était retiré de lui et qu'un mauvais
esprit l'avait saisi. Il eut des accès de délire (I Sam 18.10) et de
colère meurtrière, vouant à David
une haine implacable. Il se livra au spiritisme en faisant invoquer par
la magicienne d'En-Dor l'esprit d'un défunt (1 Sam 28.7-20), ce que l'Ecriture
condamne formellement (Lév 19.31), et sa triste vie s'acheva par son
suicide (1 Sam 31.4). Son cas prouve plutôt le contraire de ce à quoi
on voudrait le faire servir. Saül fut l'objet d'une malédiction et non
d'une bénédiction
divine. Le même frère fait aussi allusion à la Pentecôte, où des gens
du peuple, entendant les premiers chrétiens parler en diverses langues
connues, supposèrent qu'ils étaient ivres (Act 2.13). Il n'est pourtant
pas dit que ces chrétiens tombèrent par terre en poussant des gémissements
et des hurlements et qu'ils furent saisis de crises de larmes ou de fou
rire!
Il cite encore Saul de Tarse, interpellé par le Seigneur et inondé de
lumière,
tombant par terre et frappé de cécité pendant plusieurs jours (Act 9.4-9).
Il s'agit là de toute évidence d'une intervention divine, non recherchée
et exceptionnelle, que vécut ce persécuteur des chrétiens en vue de son
futur apostolat. Nulle part ailleurs dans le Nouveau Testament semblable
expérience ne s'est reproduite. Elle ne saurait par conséquent servir
de précédent ou de modèle à imiter pour notre temps. Mais c'est pourtant
ainsi que l'on cherche à authentifier ces ahurissants phénomènes collectifs
actuels en essayant de les comparer à des cas ou à des événements bibliques
extraordinaires qui ont été conditionnés
pas des situations historiques uniques.
Jean-Claude Chabloz, pasteur
d'une église évangélique apostolique et président de la «Fédération romande
des églises et oeuvres évangéliques» (Suisse) a écrit:«La petite église
Vineyard de Toronto a certainement été choisie par Dieu pour servir de
base à un renouveau de l'Eglise dans le monde entier» (9).
Conclusion
Heureusement que des chrétiens sérieux ont réagi et d'autres réactions sont en préparation au moment où nous écrivons
ces lignes. On constate:
-que ces exaltations sont plus psychiques que spirituelles et non soumises
au seul critère de la Parole de Dieu,
-que toute critique justifiée est généralement rejetée et toute opposition
exclue par ceux qui sont pris dans ce courant,
-que les manifestations spectaculaires de ce genre s'estompent généralement au bout d'un certain temps et que ceux qui prennent alors conscience des aberrations dont ils ont été les victimes en reviennent désabusés,
-une mise en garde nous semble donc absolument nécessaire pour freiner ce dérapage
qui ne saurait qu'augmenter la confusion parmi les évangéliques et profiter à l'adversaire
de nos âmes.
Nous n'avons pas besoin de la «bénédiction de Toronto» pas plus
que d'une bénédiction qui viendrait de Jérusalem, de Rome ou de Genève. Il nous
faut la bénédiction du Seigneur et sa protection contre toutes les séductions
de la fin des temps (Mat 24.11). Il est profondément regrettable que des responsables évangéliques
bien connus se prononcent en faveur de cette «bénédiction de Toronto» et qu'ils
s'en fassent les propagateurs. Recevons plutôt la bénédiction du Seigneur: Que
l'Eternel te bénisse, et te garde! Que l' Eternel fasse briller sa face sur toi
et t'accorde sa grâce! Que l'Eternel lève sa face vers toi et te donne la paix! (Nom
6.24)
J.H.
Notes:
(1) Voir la B,N. 2/95 p. 24.
(2) Cette Eglise tut fondée autour de 1980 par John Wimber. Des milliers d'églises auraient déjà été touchées par la «bénédiction de Toronto» dont la communauté Basileia à Berne, qui est ainsi devenue son centre en Suisse et en Europe. Basileia est un mouvement laïque charismatique sous le toit de l'Eglise réformée officielle bernoise. Basileia a aussi organisé à Berne les conférences de John Wimber et deux congrès qui se sont tenus début juin à Berne avec les ténors de ladite " bénédiction " (feu et braise, teenage-on-fire).
(3) Voir «24 Heures» du 26.01.95.
(4) Voir «ldea-Spektrum» 47/1994;
(5) Voir «Die Gemeinde» 9/95p. II.
(6) IBETO (Institut Biblique de Théologie d'Orvin, pentecôtiste, Suisse).
(7) Voir le bulletin de liaison de l'IBETO de décembre 1994 sous «Un temps pour pleurer, un temps pour rire» Derek Green.
(8) Jean-Marc Houriet, pasteur d'une assemblée évangélique de Suisse romande, qui dit (enregistré sur une cassette): «En 1962, ma première expérience d'une intervention du SainEs- prit dans ma vie a été un fou rire qui a duré de 4 heures du soir à 3 heures du matin».
(9) Dans l'«Avènement» de mars 1995 p.6 sous «Feu de Dieu» (Références).
Une déclaration de la FEF concernant ce qui est appelé la «Bénédiction de Toronto» a été publiée.
Elle présente ce phénomène avec objectivité à la lumière de la Parole. Nous recommandons
cette brochure de 10 pages.
Pour l'obtenir, adressez-vous à: Fédération Evangélique
de France, 40 Rue des Réservoirs, F-91330 Yerres
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