|
L'unité chrétienne...
Ce qu'elle est ...et ses limites
Daniel Molla
Introduction
Sujet passionnant, important pour la vie de nos églises, et difficile à traiter! Il existe sur cette question des sensibilités, des approches différentes. J'en suis bien conscient. Chacune de nos églises rencontre cette question de l'unité chrétienne dans ses rapports avec d'autres églises et mouvements qui existent dans sa région, sa ville ou son village. Les situations varient beaucoup d'un endroit à l'autre. Comment traiter les problèmes de collaborations, de relations inter-ecclésiastiques? Quels principes suivre? «Que dit l'Ecriture» au sujet de l'unité chrétienne?
I. La recherche de l'unité
De nos jours, le mouvement oecuménique fait de la recherche de l'unité son combat.
Son but est de regrouper sous sa bannière tous ceux qui se réclament du christianisme,
et d'aboutir à une organisation qui, en manifestant l'unité des croyants, apporterait
enfin un exaucement à la prière de notre Seigneur: «Que tous soient un».
L'objectif
qui consiste à unir les chrétiens est louable. Il y a derrière l'ocuménisme une
belle pensée, imprégnée d'amour chrétien. L'idéal ne paraît manquer ni d'élévation,
ni de fondement sur le plan biblique. De plus, il semble correspondre à un vrai
besoin. Après deux guerres mondiales et devant la multiplicité des conflits qui
ensanglantent la planète, comment ne pas désirer que l'ocuménisme réussisse sur
le plan religieux ce que l'on aimerait voir réussir sur le plan politique par
le moyen des Nations Unies? Cela éviterait déjà certaines guerres dont le prétexte
avoué est religieux! Il faut l'unité, c'est évident! Il faut encourager la compréhension
mutuelle, l' amour fraternel. Et qui d'autre que les chrétiens devrait donner
l'exemple de l'unité, la rechercher, la vivre, en être les artisans? Si nous
reconnaissons l'inspiration et l'autorité des Saintes Ecritures, une telle recherche
s'inscrit au cour de notre vie chrétienne, au centre de notre programme d' église
locale. ..car, d' une manière générale:
1.1 L'Ecriture est «pour» l'unité
La Bible nous parle des bonheurs de la communion fraternelle, de la joie d'adorer
Dieu et de le servir ensemble. Voici, oh! qu'i! est agréable, qu'il est doux
pour des frères de demeurer ensemble! (Ps 133: 1). Le Nouveau Testament
exprime à bien
des reprises et de bien des manières, de la description à l' exhortation en passant
par le récit, le bonheur et le devoir de la communion fraternelle. C'est une
réalité du premier jour: il nous est dit que les premiers convertis persévéraient
dans l'enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction
du pain et dans les prières... Tous ceux qui croyaient étaient dans le même
lieu et ils avaient tout en commun (Act 2:42-44). Ils étaient chaque
jour tous ensemble assidus au temple.. .(Act 2:46). Les apôtres, de leur côté, insistent
régulièrement sur l'importance d'un amour fraternel sincère; aimez-vous
ardemment les uns les autres, de tout votre cour, écrivait Pierre (1 Pi
1 :22).
Certes, ces textes s'inscrivent dans le cadre d'églises locales. Mais cette communion
ne doit elle pas être recherchée et manifestée aussi entre tous les chrétiens?
Le Christ n'a-t-il pas dit: Que tous soient un? Les images que le
Seigneur nous donne de son Eglise militent clairement en faveur de l'unité des croyants:
-l'Eglise est le corps de Christ... les membres qui le composent sont
très différents les uns des autres, ils n'ont ni les mêmes fonctions ni
les mêmes
capacités, mais ils forment ensemble une unité qui manifeste la même vie.
Leur diversité fait la richesse du corps. Aussi: Qu'il n 'y ait pas
de division dans le corps.. (1 Cor 12:25). Comme le corps est un
et a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur
nombre, ne forment qu'un seul corps, ainsi en est-il de Christ. (1
Cor 12: 12). Christ est la tête; l'Eglise
est son corps (Col 1.18). Quelle unité que celle-là, puisqu'elle a pour
auteur le
seul Esprit!
-l'Eglise est la «maison» de Dieu. En lui vous êtes
aussi édifiés pour être
une habitation de Dieu en Esprit. (Eph 2:22). Cette «maison» spirituelle
unit les pierres vivantes autour de la même pierre vivante:
le Christ, et pour une même vocation: être le temple de Dieu. Son unité provient
aussi de ce qu'elle est édifiée par son unique architecte: le Seigneur
Jésus,
qui a dit: Je bâtirai mon EGLISE... (Mat 16:18). «Mon> EGLISE, au
singulier. Au-delà des églises locales dont le Nouveau Testament nous parle
abondamment, il y a cette EGLISE -en lettres majuscules -qui rassemblera
un jour tous les élus
de Dieu de tous les temps, une grande foule, que personne ne pourra
compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue (Apoc
7.9).
-l'Eglise est l'épouse de Christ. Il l'aime, Il l'a rachetée, Il s'est
livré pour elle et Il la prépare,
la sanctifie, la purifie, pour le jour du banquet des noces de l'Agneau.
(Eph 5.25-33, Apoc 19.7-9).
-l'Eglise est le troupeau du Seigneur. Le
Christ déclare à son sujet
: il y aura un seul troupeau et un seul berger (Jn
10.16).Toutes ces images décrivent, chacune à sa manière, l'unité de
l'EGLISE. Cette unité nous est aussi proposée, à maintes reprises et
de diverses façons, comme un objectif à atteindre: être
UN en Christ (GaI 3.28), nous efforcer de conserver l'unité de
l'esprit par le lien de la paix... (Eph 4:3), marcher d'un même
pas (PhiI3.15), être tous animés des mêmes pensées et des mêmes
sentiments, pleins d'amour fraternel, de compassion, d' humilité. (
I Pi 3:8; PhiI2.1-5). Sous ces exhortations apostoliques, on ne peut
que reconnaître le commandement que Christ nous a laissé de nous aimer
les uns les autres (ln 13.34; 15.12, etc.). Ce qui nous amène à considérer
aussi que:
1.2 L'Ecriture est «contre» les divisions
Voici quelques textes très significatifs: Je vous exhorte, frères, par le
nom de notre Seigneur Jésus-Christ, à tenir tous un même langage, et à ne point
avoir de divisions parmi vous, mais à être parfaitement unis dans un même esprit
et dans un même sentiment Christ est-il divisé? (I Cor 1.10, 13). Je
vous exhorte à prendre garde à ceux qui causent des divisions et des scandales, au
préjudice de l'enseignement que vous avez reçu. Eloignez-vous d'eux, (Rom
16:17). Les oeuvres de la chair, ce sont... les inimitiés, les querelles...
les disputes, les divisions, les sectes... (GaI 5:20). Eloigne de toi...
celui qui provoque des divisions. (Tit 3:10)... etc.
Quelle fermeté à l'égard
des diviseurs! L'unité des croyants doit être traitée avec le plus grand sérieux;
il faut l'aimer, la chérir. Elle a du prix aux yeux du Seigneur. Il est grave
de la blesser. Ce n'est qu'en donnant tout son poids au fait que l'Ecriture est «pour> l'unité et «contre» les
divisions que l'on peut tenter d' aborder le sujet de l'unité chrétienne, de
sa définition et de ses limites. Tels sont les principes fondamentaux que nous
devons garder à l'esprit au moment d'examiner la situation actuelle du monde
chrétien.
2. Les bienfaits et les inconvénients de l'unité
Devant les divisions du christianisme et le triste spectacle de morcellement
que donnent les diverses familles de la chrétienté depuis longtemps, que penser?
On peut voir là, avec beaucoup d'autres, un scandale, un mauvais témoignage,
une trahison de l'intention divine, une cause évidente, enfin, du rejet de la
foi par beaucoup d'hommes. D'une certaine manière, nous partageons cette opinion.
Le livre des Actes nous montre que l'unité des chrétiens et les progrès de l'Evangile
sont intimement liés; que l'unité et la croissance de l'Eglise vont souvent de
pair (Act 2.44-47; 4.32-33; 5.12,14; 9.31 ).Nous connaissons les bienfaits qui
découlent de manifestations tangibles de l'unité entre croyants: à l'extérieur,
l'amour qui unit les chrétiens constitue un témoignage éloquent en faveur de
l'Evangile de Jésus-Christ; et, à l'intérieur, que d'occasions d'apprendre et
d'être encouragés, enrichis par les connaissances, les talents et les expériences
d'autres frères et sours !
Il est vrai que ces contacts peuvent se révéler «embarrassants»,
mais pas forcément pour de mauvaises raisons. Ces fraternelles «confrontations» peuvent
nous aider à discerner ce qui, dans nos propres conceptions, est «vérité» et
ce qui n'est peut-être que «tradition». Nous pouvons être plus ou moins prisonniers
de notre histoire, de nos habitudes ou de nos expériences personnelles. Fréquenter
d'autres chrétiens nous oblige à réfléchir dans des domaines où nous prenons
peut-être pour des convictions «bibliques» des opinions toutes faites que nous
respectons sans trop savoir pourquoi. Nos manières de penser et d'agir se trouvent
ainsi testées. Il faut accueillir sereinement ce genre de difficulté. A vouloir
l'éviter , on courrait le risque de rater en même temps une occasion de progresser,
de repenser notre foi et notre pratique. Les mises en commun peuvent être réciproquement
stimulantes.
2.1 Autrefois
Les églises primitives différaient beaucoup les unes des autres, comme on le
voit sans peine pour Corinthe et Ephèse. Il y avait de l'une à l'autre des différences
de styles, d'organisations, de sensibilité. Les contextes culturels, religieux,
sociaux, politiques, raciaux ne pouvaient manquer d'influencer des églises dont
les membres avaient des origines tellement diverses et qui vivaient elles-mêmes
dans des milieux très différents. Aussi l'unité entre les églises ne voulait
surtout pas dire «uniformité» ! Aucune église n'était une sorte de copie conforme,
de clone, d'une église modèle, qui aurait pu être celle de Jérusalem ou celle
d' Antioche de Syrie.
Bien des indices, dans les Actes et les épîtres, montrent
que ces églises entretenaient des contacts assez fréquents, contacts qui
n'allaient d'ailleurs pas sans problèmes. Il n'y avait pas que les gens «bien
sous tous rapports» qui voyageaient. Ces contacts amenaient du bon et du
moins bon; parfois du franchement mauvais! Mais les églises ne cherchaient
pas à vivre en milieu
aseptisé ou dans une sorte de quarantaine (inversée) pour éviter les contagions.
Une telle crainte aurait été un signe de mauvaise santé. Elles acceptaient
donc les risques de l'unité des croyants et des relations fraternelles avec
d'autres églises.
Elles étaient cependant attentives à éprouver les esprits, à dénoncer
les faux frères, à combattre l'erreur doctrinale. Et s' il leur arrivait
d'y manquer, les apôtres et les bergers des églises devaient être prêts à assumer
cette responsabilité. C'était leur rôle, leur désagréable, mais incontournable
devoir. Le Nouveau Testament ne voile pas cette réalité: il en donne de nombreux
exemples et énonce les principes qui doivent inspirer les chrétiens devant
des situations de ce genre.
Il y avait donc une unité réelle entre les églises
primitives. Les apôtres maintenaient les contacts avec elles et entre elles.
Ils les conduisaient à louer Dieu pour les progrès de l'ouvre, ou à intercéder
en faveur d'églises en difficulté. L'entraide répondait aux besoins, dès
qu'ils étaient connus, avec autant de spontanéité que d'efficacité (cf.
Act 11.29-30; 2Cor8. 9). Une telle unité n'avait donc rien d'artificiel:
elle n'était pas de façade ou d'institution. Elle n'avait pas entraîné la
création
d'une grande organisation religieuse; elle en ignorait les hiérarchies,
voire la bureaucratie, et n'en utilisait pas les moyens. Ce n'était du
reste pas les seuls apôtres ou leurs représentants qui, en visitant les églises,
entretenaient leurs relations: d'autres chrétiens aussi jouaient ce rôle,
en dehors de toute mission officielle, lorsqu' ils quittaient une ville
pour s'établir
dans une autre, ou lorsque, de passage, ils recevaient ici ou là, l'hospitalité (Héb
13,2). Cette unité n'avait qu'une origine: l'amour profond des églises
pour le Christ et leur volonté de le servir quoi qu' il en coûte. En Son
nom, ils poursuivaient partout les mêmes objectifs; ils annonçaient le
même message
du salut par grâce, par le moyen de la foi; ils avaient la même conception
générale de l'Eglise, la même approche de la vie chrétienne, la même joie
de servir à l'avancement
du Royaume de Dieu dans l'attente du retour de Christ.
Une grande vigilance
s'exerçait pour que ce cap soit maintenu, malgré les différences inévitables
de sensibilité entre les églises. L'unité était là, dans les cours, et
elle rejaillissait vers l'extérieur, bien visible pour le monde environnant
qui trouva un surnom éloquent pour les disciples du Christ: on les appela «chrétiens».
Si le Seigneur veut l'unité, c'est donc pour notre bien: c'est pour qu'un
témoignage soit rendu à la louange de Sa grâce; c'est aussi en vue d'un
enrichissement spirituel réciproque; et c'est encore pour qu'ensemble
nous puissions faire ce qu'il nous serait difficile d'accomplir séparément
(comme quand les églises de Macédoine et de Grèce unissent leurs efforts
pour apporter une aide aux églises de Judée dans l' épreuve). Pour toutes
ces raisons (et pour quelques autres encore), on ne peut que désirer
l'unité... ardemment! Mais comment s' orienter dans la situation actuelle
que sa confusion et sa complexité rendent si déconcertante
?
2.2 Aujourd'hui
Il est difficile de transposer la situation de l'Eglise primitive dans notre
contexte actuel. Tant de choses ont changé. Il n'y a plus d'un côté: le judaïsme
et le paganisme, et d'un autre côté: les églises locales, persécutées, au milieu
d'un monde hostile. Sans doute le monde a-t-il beaucoup évolué depuis 20 siècles
en ce qui concerne le style de vie et les formes extérieures; mais, sur le fond,
dans le domaine spirituel, il est resté tout autant opposé à l' Evangile. ..il
préfère toujours les ténèbres à la lumière. Le christianisme, quant à lui, a
beaucoup changé, non seulement dans ses formes, mais aussi dans son fond. La
scène religieuse offre un spectacle extrêmement complexe, avec une quasi infinité de
nuances légères ou d'oppositions caractérisées sur les questions doctrinales
et pratiques entre ceux qui se réclament de l'héritage chrétien.
Dans ce contexte-là,
une question se pose: les divisions que l'on constate aujourd'hui, au sein
du christianisme, sont-elles toutes scandaleuses et constituent-elles autant
de
trahisons de l'intention divine? Certainement pas. Le Nouveau Testament le
montre clairement: l'unité dont il parle avec tant de chaleur n'est ni une
unité à n'
importe quel prix, ni l'unité n'importe comment, sur n'importe quelles bases
et avec n'importe qui. D'une certaine manière, on peut résumer son enseignement
en disant que toute unité n'est pas forcément unité de l'Esprit et que toute
division n'est pas forcément coupable. Il faut «examiner toute chose et retenir
ce qui est bon» (1 Thes 5.21). Nous trouvons dans le texte inspiré des indications
susceptibles de guider cet examen et d'éclairer notre route, même dans le
brouillard qui recouvre actuellement notre paysage religieux.
Il est nécessaire
ici de distinguer, même s'ils sont conjoints et solidaires, deux aspects
de l'unité chrétienne: l'aspect «spirituel», qui est déjà une réalité pour
ceux qui sont «en Christ», et l'aspect «visible», humainement organisé,
qui est à manifester concrètement, avec les objectifs que nous proposent
les Ecritures. C' est ce qui se fait au sein des églises locales où le
spirituel et le visible se rejoignent de manière heureuse, dans une organisation
qui s'inspire des principes enseignés dans le Nouveau Testament. C'est
encore ce que l'on retrouve quand des Eglises, ayant la même Confession
de Foi, s'unissent dans le cadre d'Associations pour dire et faire ensemble,
devant
le monde, ce qu' elles ne pourraient pas dire et faire séparément.
Mais
il y a un autre niveau de «visibilité» qui peut être recherché, me semble-
t-il, pour une pleine manifestation de l'unité spirituelle, même s'il
est plus difficile à atteindre. C' est celui qui rassemble des chrétiens
membres de dénominations diverses dans un témoignage commun devant le
monde. Il serait vain d'en nier l'importance. Cet appel à réaliser de
manière concrète
l'unité des chrétiens est, dans l'idéal, le projet oecuménique; c'est
aussi le projet (moins ambitieux, mais plus concret) des diverses collaborations
inter-ecclésiastiques qui se proposent à nous, sur Ie plan local ou régional.
Jusqu'où faut-il aller dans ces manifestations tangibles d'unité?
Dans quel cadre les situer? Ces questions ne sont pas simples.
D'ailleurs,
chaque fois qu'il s'agit de fixer un cadre ou des limites à ne pas dépasser,
les difficultés sont grandes... cela a quelque chose d'arbitraire: tracer
une ligne, c' est toujours définir deux côtés, distincts et séparés;
c'est, du même coup, délimiter deux «camps» L'appartenance à l'un ou
l'autre de ces camps entraîne ou manifeste une réelle séparation, produite
par la différence des options religieuses. Remarquons cependant qu'une
séparation de ce genre peut atteindre des amis sans pour autant détruire
leur amitié.
L' oecuménisme, sous ses formes diverses (locales, nationales
ou internationales), est-il une sorte de passage obligé pour un témoignage
chrétien efficace face au monde? Rien n'est moins sûr! Certains semblent
croire qu'il faudrait être tous ensemble dans un même grand navire oecuménique
pour aller à la pêche et avoir du succès! Mais l'efficacité de la méthode
est loin d'être prouvée! Le professeur CarI Witloof (cité par H. Blocher)
a fait cette remarque qui ne manque pas de pertinence: «Les grands transatlantiques
sont-ils réellement plus efficaces que les petits bateaux quand il s'agit
d'aller à la pêche?» Bonne question! Dans la pratique, on le constate:
l'unité visible, la plus large possible, n'est pas toujours garante d'un
témoignage
efficace et vrai.
Il est vrai que nos contemporains rejettent l'Evangile,
et que l'influence que celui-ci peut avoir dans le monde semble diminuer.
Mais il ne suffit
pas, pour expliquer ces faits, d'invoquer l'absence d'unité du peuple
de Dieu. Il faut tenir compte aussi du contexte dans lequel se fait l'évangélisation:
il se caractérise, sur un plan général, par l'indifférence spirituelle
des hommes ou leur franche hostilité à l'Evangile, le matérialisme et
ses puissants attraits, et, sur le plan religieux, par le fait que, depuis
des siècles, les églises «chrétiennes» obscurcissent, défigurent le message
de l'Evangile et maintiennent, en quelque sorte, "la vérité captive"...,
sans parler des sectes multiples qui ajoutent à la confusion. Et l'on
ne peut, malheureusement, passer sous silence, chez beaucoup de chrétiens «évangéliques»,
la froideur spirituelle, un manque de zèle et de consécration, ou bien,
parfois, un zèle sans intelligence, un message déséquilibré, tronqué ou
caricatural qui fait office de repoussoir... ou de «miroir aux alouettes!» Tout
cela nuit à la crédibilité du message du salut et rend les églises locales
fort peu convaincantes aux yeux de ceux qui cherchent le vrai chemin.
N' oublions pas enfin l'adversaire, le menteur, l'accusateur des frères,
le grand falsificateur, qui déploie, à l'intérieur comme à l'extérieur
des églises, une action d'une redoutable efficacité pour que cette situation
spirituelle déplorable
se maintienne ou s'aggrave... si possible!
Quelques textes bibliques
peuvent nous aider à retrouver le cadre dans lequel l'unité des enfants
de Dieu peut et doit se manifester. Ils contiennent des réponses précises
aux questions que nous nous posons.
3. L'étendue et les limites de l'unité chrétienne
3.1 Jean 17
Examinons très brièvement l'un des textes les plus cités pour exhorter les enfants de Dieu à réaliser leur unité: Jn 17, et plus particulièrement
les versets 20 et 21: Ce n'est pas pour eux (les disciples) seulement
que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole, afin
que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu'eux aussi soient un en nous, pour que le monde croie que tu m'as envoyé .
Que tous soient un:
parole on ne peut plus claire et d' autant plus précieuse quand on considère
que Jésus l' a prononcée dans une prière adressée à Son Père céleste, à la
veille de la crucifixion, alors qu'Il se préparait à donner sa vie pour «ses
brebis». Le poids des mots devient alors considérable. Le bon berger plaide
en pensant à son troupeau présent et à venir.
Le Seigneur veut l'unité de «tous»!
Mais que recouvre ce «TOUS»?:
v.2 Ce sont ceux que le Père lui a donnés, à qui il accorde la vie éternelle.
v.3 Ils connaissent le seul vrai Dieu et celui qu'Il a envoyé, Jésus-Christ.
v.6 Ils sont tirés du milieu du monde... et ils ont gardé Sa parole.
v .8 Leur foi est précise: les paroles que tu m'as données... ils les ont reçues, et ils ont vraiment connu que je suis sorti de toi, et ils ont cru que tu m 'as envoyé.
v.10 En eux Christ est glorifié.
v.11 Ils ne sont pas du monde, comme Christ n'est pas du monde, et ils
ont besoin d'être gardés par le Père pour qu'ils soient un comme le Père et Jésus
sont un.
v.12 Ce sont ceux que Christ garde et qui sont sauvés... Lorsque j'étais avec eux dans le monde, je les gardais en ton nom. J'ai gardé ceux que tu m'as donnés, et aucun d'eux ne s'est perdu, sinon le fils de perdition, afin que l'Ecriture fût
accomplie.
v .13 S'ils peuvent goûter la joie parfaite de Christ... ils n'en
sont pas moins:
v.14 haïs par le monde, parce qu'ils ont reçu la Parole de Dieu et qu'ils
ne sont pas du monde.
v.17 Leur vie se vit dans un rapport étroit avec la vérité qui sanctifie. Sanctifie-les
par ta vérité: ta parole est la vérité.
v .18 Ils ont à remplir dans le monde une mission semblable à celle de
Christ: Comme
tu m'as envoyé dans le monde, je les ai aussi envoyés dans le monde. ...pour
proclamer la Bonne Nouvelle, appeler les hommes à la repentance... Ces
versets nous aident à cerner l'identité de ceux qui sont inclus dans le «tous».
Le Seigneur n'envisage pas ici, de toute évidence, l'unité de différentes
confessions religieuses, de différentes églises ou dénominations, mais
tout simplement et merveilleusement, l'union de tous ses disciples; ils
ont reçu la vie éternelle; ils exercent une foi personnelle; ils sont engagés
dans le chemin de l'obéissance à la Parole de Dieu, de la sanctification
et du service. Leur union est semblable à celle du Père et du Fils; elle
est un témoignage à la gloire de Christ et à l' amour de Dieu pour eux.
Sans doute, leur union va-t-elle se concrétiser dans l'appartenance à des
familles spirituelles locales, mais ce qui les unit d'abord, c'est ce qu'ils
sont en Christ... le reste n'étant que conséquences pratiques inévitables,
en accord avec le plan de Dieu pour tous ses rachetés.
Jésus dit: Je
leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, afin qu'ils soient un comme
nous sommes un, moi en eux, et toi en moi, afin qu'ils soient parfaitement
un, et que le monde connaisse que tu m'as envoyé et que tu les as aimés
comme tu m'as aimé. (Jn
1722-23). Le Père exauce toujours les prières du Fils (Jn 11.42). Cette
unité spirituelle EST! Elle n'est donc pas à faire; elle est. Tous les
chrétiens véritables, tous les vrais disciples, où qu'ils se trouvent et
quelles que soient leurs étiquettes religieuses (qui dramatiquement et
injustement les divisent parfois), sont unis en Christ, par Christ. Cette
réalité, si imparfaitement visible aujourd'hui, sera glorieusement manifestée
dans le ciel, quand tous les rachetés
du Seigneur se retrouveront pour chanter ensemble le cantique de l' Agneau.
L' apôtre Paul a une compréhension semblable de l'unité. Elle est pour lui une réalité permanente, qu'il convient, non de rechercher comme si elle n'était pas encore là, ni de créer comme si elle devait être
notre oeuvre, mais de maintenir. Efforcez-vous, dit-il aux Ephésiens, de conserver l'unité de
l'Esprit par le lien de la paix. (4.3) Or cette exhortation se situe
dans un texte d'une importance capitale et qui peut fonder, non seulement
notre
réflexion, mais notre action dans ce domaine.
Paul définit l'unité chrétienne véritable, en précise les composantes, les exigences, l'étendue... et par là même, les limites. Il nous dit ce qu'il faut viser, ce qui est essentiel, indispensable. Il nous donne, en quelque sorte, le dénominateur commun des chrétiens unis selon Dieu. Il est fondamental. Il est donc important pour nous de le redécouvrir en relation avec notre sujet. Nous allons le considérer en détail.
3.2 Ephésiens 4.1-6
Après avoir dit aux chrétiens d'Ephèse (v.1-3): Je vous exhorte à marcher d'une manière digne de la vocation qui vous a été adressée, en toute humilité et douceur, avec patience, vous supportant les uns les autres avec amour, vous efforçant de conserver l'unité de l' esprit par le lien de la paix, Paul ajoute (v .4- 6): Il y a un seul corps et un seul Esprit, comme aussi vous avez été appelés à une seule espérance par votre vocation; il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, qui est au-dessus de tous et parmi tous et en tous.
3.2.1 Il y a un seul corps et un seul Esprit
Le Seigneur Jésus avait révélé à ses disciples les diverses étapes de l'oeuvre
de l'Esprit: d'abord, son action décisive au coeur de l'évangélisation: Il
convaincra le monde de péché, de justice et de jugement (JnI6). En conséquence
de cette oeuvre puissante, des hommes se convertiront, recevront le don du Saint-Esprit
et formeront l'Eglise de Jésus-Christ, à Jérusalem, mais aussi jusqu'aux
extrémités
de la terre (Act I; 2). Partout, des assemblées locales naîtront, s'édifieront.
Le ministère du Saint-Esprit sera alors de les conduite dans toute la vérité.
Pour les chrétiens de Corinthe, Paul résume une partie du ministère de l'Esprit
en ces mots: Nous avons tous été baptisés dans un seul Esprit, pour former
un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous
avons tous été abreuvés d'un seul Esprit. (1 Cor 12:13). Cette affirmation
constitue, avec l'ensemble du ch. 12 de 1 Cor, une ébauche de la pensée à laquelle
l'apôtre
a donné toute sa portée dans l'épître aux Ephésiens, et notamment dans la
formule que nous venons de citer (Eph 4.4: Il y a un seul corps et un
seul Esprit).
Les deux textes, qui s'éclairent réciproquement, déclarent ensemble que l'union
des enfants de Dieu en un seul corps est réellement l'oeuvre de l'Esprit.
C'est lui qui fait qu'au sein des églises locales la diversité des dons,
des ministères,
des personnes, forme un ensemble cohérent, uni, au service de Christ.
Cependant,
cette réalité si précieuse ne doit pas nous faire oublier que l'adversaire
(à Corinthe comme à Ephèse) essaie de troubler l'Eglise de Jésus- Christ,
de la diviser, y compris par la contrefaçon de choses qui dépendent habituellement
du ministère du Saint-Esprit au sein du corps de Christ. En 2 Cor 11.4,
Paul évoque
la possibilité pour
les Corinthiens de recevoir un autre Esprit que celui qu'ils ont reçu,
ou un autre Evangile que celui qu'ils ont embrassé. Ce
n'était pas là un risque isolé... une exception. L'apôtre Jean invite ses
lecteurs à éprouver les esprits. Il déclare: Bien-aimés, n'ajoutez pas
foi à tout esprit; mais éprouvez les esprits, pour savoir s'ils sont de
Dieu, car plusieurs faux prophètes
sont venus dans le monde... (I Jn4.1-3). Pour lui, ceux auxquels il
s'adressait couraient des risques qui justifiaient largement de telles
mises en garde.
Certains événements récents dans l'expérience des églises le démontraient: Petits
enfants! la dernière heure a commencé. Vous avez appris qu'un Anti-Christ
doit venir. Or, dès à présent, beaucoup d 'anti-christs sont là. Voilà pourquoi
nous savons que nous sommes entrés dans la dernière heure. Ces adversaires
du Christ sont sortis de chez nous, mais, en réalité, ils n'étaient pas
des nôtres. Car s'ils l'avaient été, ils seraient restés avec nous. Mais
ils nous ont quittés pour qu'il apparaisse clairement que tous ne sont
pas des nôtres. (1J
n 2: 18-19 «Semeur» ).Paul et Jean évoquaient des situations qui avaient été (ou
qui devaient être) assainies, clarifiées.
Un seul corps, un seul esprit: ces deux affirmations impliquaient
une nécessaire vigilance de la part des églises devant les dangers de la
contrefaçon. L'Esprit de vérité ne peut pas être l'auteur de la confusion
ou de l'équivoque. Le chrétien doit donc examiner les choses avec sérieux,
en profondeur, dans un souci de vérité. C'est là un
besoin qui se fait toujours sentir.
Nous rencontrons aujourd'hui des situations
qui obligent à réfléchir et qui peuvent étonner, parfois même troubler.
Ainsi, à côté d'un oecuménisme officiel, un autre oecuménisme trouve,
dans l'expérience charismatique, telle qu'elle est vécue dans certains
milieux, la base de manifestations d'unité qui rassemblent catholiques,
protestants et évangéliques partageant cette compréhension particulière
de l'oeuvre du Saint-Esprit. On peut cependant se demander jusqu'où va
cette unité,
et même quelle est sa nature, quand on constate que les mouvements concernés
ont, sur des points essentiels, comme le salut ou l'Eglise, des perspectives
doctrinales apparemment inconciliables.
Aujourd'hui encore, l'exhortation
de Jean garde toute son actualité: Il
faut éprouver les esprits, faire preuve de discernement, demander à Dieu
de la sagesse pour ne pas mal juger un frère, mais aussi pour ne pas
se laisser abuser par un faux frère, un faux prophète, une fausse doctrine,
ou une fausse unité... autant de moyens que l'adversaire continue à utiliser
pour mettre en péril l'édification de l' Eglise. Les faux, les «pseudo»,
sont, par expérience, une arme plus efficace contre l'Eglise que les
persécutions. C' était déjà vrai au premier siècle quand les apôtres étaient
encore personnellement les piliers de l'Eglise.
A combien plus forte
raison depuis, quand le péril annoncé est celui d'un
temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine; mais, ayant
la démangeaison d'entendre des choses agréables, ils se donneront une
foule de docteurs selon leurs propres désirs, détourneront l'oreille
de la vérité et
se tourneront vers les fables. (2 Tim 4:3-4).Que de mises en garde
dans le Nouveau Testament, de la part de Jésus et des apôtres, à ce sujet.
Paul avertissait les anciens d'Ephèse
en leur disant: Prenez donc garde à vous- mêmes et à tout l& troupeau
sur lequel le Saint-Esprit vous a établis évêques, pour paître l'Eglise
du Seigneur qu'il s'est acquise par son propre sang. Je sais qu'il s'introduira
parmi vous, après mon départ, des loups cruels qui n'épargneront pas
le troupeau, et qu'il s'élèvera du milieu de vous des hommes qui enseigneront
des choses pernicieuses, pour entraîner les dis
après eux. Veillez donc, vous souvenant que... je n'ai cessé nuit et jour d'exhorter
avec larmes chacun de vous. (Act 20:27-31). Faut-il considérer aujourd'hui
que ce type d'avertissement n'est plus nécessaire? que les églises évangéliques
actuelles ne courent plus de dangers de cet ordre? que ce qui empêche les
manifestations visibles de l'unité des croyants est bien plus grave que
ce qui menace leur intégrité doctrinale, leur fidélité à l'Evangile, leur
unité dans
l'Esprit?
Face aux ennemis «extérieurs» (les persécuteurs de l'Eglise)
et «intérieurs» du peuple de Dieu (les faux docteurs agissant du dedans)
l'Evangile nous propose des traitements dont il importe de noter les
différences.
En ce qui concerne les ennemis extérieurs, Jésus nous propose de prier
pour eux, de les bénir au lieu de les maudire, de leur faire du bien
en réponse au mal qu'ils nous font, de ne pas les craindre s'ils s'en
prennent à notre
vie... car mieux vaut perdre sa vie que son âme! Pour les ennemis intérieurs,
le Nouveau Testament nous propose de nous séparer d'eux, de les exclure
de la communion, de ne rien avoir à faire avec eux, de ne plus les recevoir,
de dénoncer leurs mensonges... que celui qui annonce «un autre Evangile» soit
anathème, c'est à dire
exclu.
Dans ce siècle de confusion généralisée, face aux turbulences
religieuses, face à la
multiplication des sectes, il est important de faire preuve de vigilance.
Les vents de doctrines soufflent dans toutes les directions. Les risques
de se
laisser emporter existent bel et bien. Alors, quand l'Ecriture parle d'un
seul corps et d'un seul esprit, il
est nécessaire d'éprouver les bases sur lesquelles nous nous fondons
en matière, précisément, de «corps» et «d'esprit».
3.2.2 une seule espérance
Le chrétien est quelqu'un qui regarde en avant: Dieu vous a appelés à une
seule espérance lorsqu'il vous a/ait venir à lui (Semeur). Cela ne signifie
pas qu'il doit oublier le passé. Bien au contraire! Comment pourrait-il cesser
de regarder à la croix? Là, Jésus est mort pour ses péchés; là, il a reçu, avec
le pardon, la grâce d'une vie nouvelle. Ce souvenir, il doit le cultiver en participant
régulièrement au repas du Seigneur. C'est, du reste, dans ce mémorial même qu'il
trouvera le plus fort encouragement à regarder aussi en avant: car celui qui
est mort est aussi celui qui vient. Le plein héritage qu'il a acquis pour les
siens n'est pas encore là; il reste à venir: le meilleur est pour la fin (Rom
8:17-18; 2 Cor4:17-18)! Lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui,
parce que nous le verrons tel qu'il est. (1 In 3:1-3). L'Apocalypse nous
donne une idée de ce qui attend les rachetés du Seigneur. Merveilleux !
L'espérance
est inscrite partout dans la Bible: Nous attendons, selon sa promesse,
de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera. (2 Pi
3:13). C'est une espérance vivifiante, source de consolation dans l'épreuve,
de courage dans le service. Elle motive une vie sainte, dans l' attente de
ce jour où nous
comparaîtrons devant le Maître pour rendre compte de la gestion de nos vies
(2 Cor 5.10, Mat 25.13s). Notre unité se nourrit aussi de cette seule
espérance:
celle du triomphe de l'Agneau, le triomphe de l'amour et de la justice.
Mais
cette seule espérance ne peut pas se confondre avec des espoirs
qui ne se fondent que sur les capacités humaines et n'ont d'autre visée
que notre condition terrestre. Elle exclut l'illusion d'atteindre par le
combat
politique, l'action sociale, le progrès scientifique, un âge d'or où l'homme,
parvenu à sa maturité, aurait résolu tous ses problèmes. Elle exclut toute
théologie de la libération qui prônerait au nom du Christ l'utilisation
de la violence et verrait dans la lutte pour une libération politico-sociale
la traduction pure et simple du message de l'Evangile. On ne voit pas,
en effet, que telle ait été l'attitude de Jésus, ni la visée de son enseignement.
Il n'instruit pas contre Zachée le procès politique que d'autres ne manqueraient
pas de lui faire -puisqu'il s'est mis au service de la puissance occupante
et qu'il en tire d'intéressants profits. Il le traite en ami et fait de
lui un homme nouveau pour le plus grand bien de tous. Il résout ainsi le
vrai problème: celui du péché dans le coeur d'un homme perdu que Jésus
est venu chercher et sauver (Luc 19.10). Qu'aurait gagné Jéricho à la condamnation
de Zachée?
Paul dit: une seule espérance. C'est celle que l'Evangile
apporte à un monde perdu, la même
qu'exprime parfaitement ln 3.16: afin qu'ils ne périssent pas, mais
qu'ils aient la vie éternelle. On
ne peut expliquer vraiment aux hommes la nécessité du salut et les conduire à la
seule espérance sans leur parler de la réalité de la perdition, des
deux seuls chemins, des deux seules destinations possibles: le ciel ou
l'enfer.
Ce vieil Evangile n' est pas forcément populaire. Cependant, sans
ces vérités fondamentales, la signification de l'espérance chrétienne ne
peut être véritablement saisie. Dans le monde, dit Paul, nous étions sans
espérance (Eph 2.12). En Christ, nous avons reçu une espérance
qui ne trompe pas (Rom 5.5). Veillons à présenter fidèlement cette
seule espérance; veillons à nous mettre, ou à rester,
en situation de pouvoir l'annoncer clairement. Il s'agit, selon Col 1.23, de
demeurer fondés et inébranlables dans la foi, sans nous détourner de
l'espérance
de l'Evangile Voilà donc bien un des critères de l'unité. Négliger
d'annoncer la seule espérance, l'annoncer sans la rattacher à la réalité de
la perdition, lui substituer une autre espérance, c'est attenter à l'unité.
Car celle-ci est fondée sur la seule espérance.
3.2.3. Il y a un seul Seigneur
Le chrétien est attaché à Christ seul Seigneur; il est en Christ.
L'oeuvre de l'Esprit est de nous conduire à Jésus, de nous le faire connaître et aimer; c'est lui qui applique aux croyants les mérites et les bienfaits qui découlent de son oeuvre rédemptrice. Notre unité ne se fait pas d' abord autour de la vérité révélée
dans les Ecritures, mais bien autour d'une personne qui est le chemin, la
vérité et la vie. Ce n'est pas seulement: «je sais ce que je crois», mais c'est: «Je sais en qui j'ai cru.»!
D'ailleurs, Eph 4 dit: un seul Seigneur, avant de dire: une seule foi.
Un seul Seigneur,
chef suprême de l'Eglise. C'est Lui dont le monde a besoin. Il n'y a pas
d'autre nom par lequel nous puissions être sauvés... Il n'y a de salut en
aucun autre. (Act 4.12). Il est le seul médiateur entre Dieu et les
hommes (1
Tim 2.5). Notre évangélisation ne peut être que christocentrique. Tout passe
par Lui. Il est le seul Sauveur et le seul Seigneur. Il est aussi le modèle,
l'ami, le seul bon berger. Il est l'indispensable avocat, le fidèle intercesseur.
Il est question de venir à Lui, de Le suivre, de L'aimer, de demeurer en
Lui, d'être Ses témoins (Mat 11.28; Mc 8.34; Jn 14.15; 15.4; Act 1.8). Notre
vocation de chrétien se résume
aussi dans cette image: Vous êtes une lettre de Christ... lue et connue
de tous (2 Cor 3.2-3).
D'autres textes soulignent encore ce caractère
christocentrique de l'évangile.
Ainsi Paul affirme que, pour lui: vivre, c'est Christ (Phill.21),
que le
connaître est son seul vrai trésor (PhiI3.8-10). On sent bien que pour
Paul, recevoir l'approbation de Christ est son but, sa joie, sa récompense.
Notre unité se
manifeste et se fortifie quand, ensemble, nous regardons à Jésus dont
notre foi dépend du commencement à la
fin. (Héb 12.2).
La proclamation de l'Evangile ne va pas sans celle de la seigneurie de Christ,
de Son autorité souveraine, Et cette seigneurie concerne avant tout les
chrétiens
auxquels le Seigneur dit: Si vous m'aimez, gardez mes commandements (Jn
14.15)... Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande. (Jn 15.14).
Notre volonté de faire réellement ce qu'Il nous dit, d'obéir à Ses commandements,
doit se manifester dans tous les domaines de nos vies de disciples de Christ,
y compris dans notre manière de vouloir et de rechercher l'unité.
Le lien est direct entre un seul Seigneur et une seule foi.
3.2.4 une seule foi
C'est là un point dont J'importance est évidente quand il s'agit de définir l'unité chrétienne
et ses limites. La seule foi dont parle Paul peut être envisagée sous
deux aspects. Sous son aspect subjectif, la foi est l'acte d'un sujet, la confiance
qu'éprouve le chrétien envers le Christ, sa personne, son oeuvre, ses promesses.
L'aspect objectif concerne le contenu de la foi, ce que l'on croit, et qui peut
s'énoncer comme un ensemble de vérités, la saine doctrine transmise par les apôtres
et formulée dans la Bible, résumée dans un credo ou une confession de foi. Ces
deux aspects sont inséparables dans la réalité de la vie. Mais il n' est pas
inutile de les distinguer pour la commodité de l'exposé. Le premier a été abordé dans
notre point précédent. Nous traitons ici du second.
Dire que les premiers chrétiens persévéraient
dans la doctrine des apôtres (Act 2.42), c'est laisser entendre qu'ils
recevaient un enseignement précis auquel ils étaient attachés. Dans son discours
d'adieu aux anciens d'Ephèse (Act 20), Paul rappelle qu'il leur a enseigné tout
le conseil de Dieu, sans en rien cacher. Ailleurs, il décrit les chrétiens
de Rome en ces termes: Grâces soient rendues à Dieu de ce que, après avoir été esclaves
du péché, vous avez obéi de coeur à la règle de doctrine dans laquelle vous
avez été instruits. (Rom
6.17).
Paul met en garde ses lecteurs: L'Esprit dit expressément que,
dans les derniers temps, quelques-uns abandonneront la foi, pour s'attacher à des
esprits séducteurs et à des doctrines de démons,
par l'hypocrisie de faux docteurs... (I Tim 4:1-2). Il ajoute dans sa
deuxième
lettre à Timothée: qu'il
viendra un temps où les hommes ne supporteront pas la saine doctrine... ils
détourneront l'oreille de la vérité et
se tourneront vers les fables. (2 Tim 4:3- 4). Il paraît évident que
pour pouvoir abandonner la foi ou pour détourner l'oreille de la vérité,
il faut avoir adhéré à J'une et à l'autre
auparavant!
Dans le même ordre d'idées, Pierre écrit: Il y a eu parmi
le peuple de faux prophètes, et il y aura de même parmi vous de faux docteurs
qui introduiront des sectes pernicieuses, et qui, reniant le maître qui
les a rachetés, attireront sur eux une ruine soudaine. Plusieurs les suivront
dans leurs dissolutions et la voie de la vérité sera calomniée à cause
d'eux. (2 Pi 2.1-2). Eph 4.11-14, affirme que J'exercice des ministères
dans l'Eglise a pour but d'amener les croyants à l'unité de la foi,
pour qu'ils ne soient pas flottants
et emportés à tout vent de doctrine, mais que professant la vérité dans
l'amour.. ils grandissent dans celui qui est le chef Christ.
Il n'est
pas étonnant, alors que dans la dernière épître du Nouveau Testament,
les croyants soient exhortés à combattre pour
la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes. (Jude
3) et à s'édifier
sur leur très sainte foi attendant la miséricorde de notre Seigneur
Jésus-Christ pour la vie éternelle (Jude
20-21)
Une seule foi! Aucun doute, cette parole n'arien d'une affirmation
isolée ou d'une préoccupation secondaire. Il y a, pour lui, comme pour
les autres auteurs des lettres du Nouveau Testament, vérité et erreur,
vraie et fausse doctrine; l'unité des croyants ne peut se réaliser au
détriment de la foi transmise a saints une fois pour toutes. Paul lui-même
nous présente du reste une conséquence pratique: le différend qui l'a
opposé à Pierre. Fallait-il qu'il ferme les yeux sur l'attitude répréhensible
de Pierre qui laissait entendre, plus par ses actes que par ses paroles,
qu'il n'y avait pas de véritable unité entre chrétiens d'origine juive
et chrétiens d'origine païenne ? Une fausse unité (entre chrétiens juifs)
mettait en péril la véritable unité spirituelle entre chrétiens de nations...
les implications pratiques et doctrinales étaient considérables.
Pierre et ceux qui suivaient son exemple, ne marchaient pas droit
selon la vérité de l'Evangile (Ga12:ll-l4), Paul a donc affronté ce
problème, car l'Eglise de Jésus-Christ était en péril. En elle se manifestaient
déjà les prmières atteintes d'un mal qui s'appelle aujourd'hui le pluralisme
doctrinal, à savoir la tentative de faire cohabiter dans l'Eglise des
convictions contraires l'une à l'autre
sur point de doctrine fondamental.
Le pluralisme doctrinal a connu, dans
notre XXe siècle, un prodigieux développement. Il a de quoi plaire, puisqu'il
prône la tolérance et plaide pour la paix, entre croyants tout au moins,
quand la paix est un bien si rare autour nous. Un raisonnement simple
sous-tend cette approche: «Je sais ce que je crois et je sais que l'autre
croit tout autre chose que moi; mais cela ne fait rien. Le contenu de
ma foi et de la sienne est, somme toute, secondaire; ce qui compte c'est
d' être unis!" ... On accepte sur cette base une grande diversité en
matière de convictions religieuses. Personne ne doit être
exclu...
Cette diversité n'a cependant rien à voir avec celle qui,
selon les Ecritures, se manifeste dans l'unité entre les membres du
corps de Christ. Il s'agit, réalité, d'oppositions, de contradictions
flagrantes sur des points fondamentaux d la foi. On veut que cohabitent
ceux qui nient la divinité de Christ et ceux qui l'affirment, ceux
qui contestent la résurrection corporelle de Christ et ceux qui trouvent
en elles leur raison d'espérer, ceux qui disent que tous les hommes
seront sauvés et ceux qui acceptent l'enseignement de l'Ecriture qui
dit contraire, ceux qui croient que la Bible contient des vérités (et
passablement d'erreurs) et ceux qui la reconnaissent comme «seule et
infaillible règle de foi et de vie chrétienne», ceux qui affirment
que le salut est une expérience politico-sociale et ceux qui le reçoivent
comme une libération spirituelle du péché et de ses conséquences, en
vue de la vie éternelle...
etc.
Entre ces deux pôles d' affirmations contradictoires se déploie
tout l'éventail des convictions religieuses. Or, pour beaucoup de responsables
religieux actuels, l'unité doit se vivre dans cette diversité. Les
contradictions ne doivent pas être regardées comme un obstacle à l'unité visible
de ceux qui, de près ou de loin, se réclament du christianisme. Cela
conduit à une forme d'union dans l' équivoque la plus totale sur le
plan du contenu de la foi. A voir ce type d'unité entre des personnes
qui annoncent «des évangiles» si différents sur tant de sujets vitaux,
les incroyants ou les gens religieux non-convertis peuvent penser que
le contenu de la foi n'a pas grande importance: erreur d'une évidente
gravité, puisque c'est justement la connaissance de la vérité qui libère
et sanctifie, selon les paroles du Seigneur Jésus lui-même
(cf. In 8.32; 17 .17). J'ai le sentiment qu'aujourd'hui, dans les milieux
religieux, on ne craint pas vraiment les risques d'un autre évangile...
pas plus que les Corinthiens autrefois: Si
quelqu'un vient vous prêcher un autre Jésus que celui que nous avons
prêché, ou si vous recevez un autre Esprit que celui que vous avez
reçu, ou un autre Evangile que celui que vous avez embrassé,
vous le supportez fort bien. (2 Cor 11.4). Aujourd'hui, il n'est
pas simple de vouloir s'attacher à une seule foi. Celui qui
ose prétendre le faire suscite l'étonnement, s'attire la moquerie,
parfois même des critiques sévères, car ceux qui réclament haut et
fort «la tolérance» en matière doctrinale en manquent eux-mêmes souvent à l'égard
de ceux qui demandent des bases doctrinales précises comme préalable à l'expression
visible de l'unité entre églises.
Du temps de Paul, il n'était déjà pas
facile de vivre l'unité sur des bases solides et claires. Il écrivait
aux Galates: Je m'étonne que vous vous détourniez si promptement
de celui qui vous a appelés par la grâce de Christ, pour passer à un
autre Evangile (GaI 1.6). Avec fermeté, il ajoutait: Non pas
qu'il y ait un autre évangile, mais il y a des gens qui vous troublent,
et qui veulent renverser l'évangile de Christ. Mais, quand nous-mêmes,
quand un ange du ciel annoncerait un autre évangile que celui que nous
vous avons prêché, qu'il soit anathème! (Gall.
7 -8).
Dans sa lettre aux Romains, Paul avertissait: Je vous exhorte,
frères, à prendre garde à ceux qui causent des divisions et des scandales,
au préjudice de l'enseignement que vous avez reçu.
Eloignez-vous d'eux (Rom 16.17). Les risques de dérapage doctrinal
sont réels. L' apôtre Jean écrivait: Quiconque
va plus loin et ne demeure pas dans la doctrine de Christ n'a point Dieu;
celui qui demeure dans cette doctrine a le Père et le Fils. Si quelqu'un
vient à vous et n'apporte pas cette doctrine, ne le recevez pas dans
votre maison et ne lui dites pas; Salut! car celui qui lui dit: Salut!
participe à ses
mauvaises oeuvres (2 Jn 9-11).
Il est donc des séparations, douloureuses,
mais nécessaires, qui préservent l'unité véritable des croyants. On ne
mélange pas ténèbres et lumière, justice et iniquité, fidèle et infidèle,
Dieu et les idoles, mensonge et vérité, Christ et Bélial,
l'Eglise et le monde. C'est pourquoi, sortez du milieu d'eux, et
séparez- vous, dit le Seigneur; ne touchez pas à ce qui est impur,
et je vous accueillerai. Je serai pour vous un père,
et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur tout-puissant (2
Co. 6.14 à 7.1 ). Ces derniers versets créent un malaise. Chacun comprend
assez bien ce qu'ils veulent dire, mais au sein d'un christianisme
aux mille «chapelles», comment exercer le discernement pour préserver
l'unité véritable et pratiquer les nécessaires séparations devant les
déviations doctrinales de notre temps? Car il est certain que les difficultés
rencontrées par les églises du premier siècle se retrouvent aujourd'hui.
Plusieurs textes indiquent même que la question de la fidélité doctrinale
sera l'un des problèmes majeurs des églises
des derniers temps. Que fait-on alors avec cette affirmation de Paul: une
seule foi?
D'une certaine manière, le Seigneur Jésus rencontre
chez nous les mêmes réserves qu'il trouvait chez ses auditeurs devant
les «duretés» de l'évangile, devant ses affirmations tranchées qui
dérangent. On se souvient de l'accueil accordé à son
discours sur le pain de vie: Plusieurs de ses disciples, après l'avoir
entendu, dirent: Cette parole est dure; qui peut l'écouter? (Jn
6.60)... et, un peu plus loin, de la douloureuse question qu'il pose
aux douze: Et vous, ne voulez-vous pas aussi vous en aller? (Jn
6:67). Quand Jésus dit (Mat 12:30): Celui qui n'est pas avec moi
est contre moi, et celui qui n'assemble pas avec moi disperse... quand
il déclare qu'il y a deux chemins, deux portes, deux destinations,
il souligne, en fait, qu'il faut faire le choix du chemin «resserré» de
cette seule foi qui sauve. L'unité passe nécessairement par
la porte étroite, par le
chemin étroit. Il faut donc être unis, s'entendre sur l'essentiel;
c'est une nécessité. Le pluralisme doctrinal, tel que le conçoivent
nos contemporains, est exclu. Jésus n'a pas dit: «Croyez ce que vous
voulez, mais soyez unis!» Il
nous demande d'amener en son nom à l'obéissance de la foi tous les
paiens (Rom
1.5), et de rechercher dans l'Eglise l'unité de
la foi (Eph 4.13), ce qui peut paraître bien étroit.
Mais quel
critère retenir pour cette seule foi afin de vivre aujourd'hui l'unité chrétienne?
La réponse n'est pas facile. Viser l'unité des «évangéliques» semble être
un bon objectif dans la mesure où ces derniers devraient avoir en commun
une foi authentiquement biblique. Il faut reconnaître cependant que
l'appellation «évangélique» n'est pas une «appellation d'origine contrôlée» !
Pour être honnête: c'est une appellation que nul ne contrôle. Dans
toutes les branches du christianisme on rencontre des personnes qui
se disent (ou que d'autres considèrent comme) «évangéliques». Si cela
signifie qu'il y a, entre elles, des points communs, cela n'exclut
pas la possibilité de différences
doctrinales importantes.
L'étiquette «évangélique» recouvre en fait,
dans la pratique, un véritable pluralisme doctrinal au sens où nous
l'avons défini. Elle s'applique en effet aussi bien à des personnes
qui désignent du même mot «résurrection» , les unes une résurrection
corporelle, qui concerne la personnalité de Jésus dans toutes ses dimensions,
les autres une résurrection «spirituelle», dont la réalité se situerait
au niveau de l' expérience faite par les disciples de la présence de
Jésus dans leur souvenir. On le voit bien: les mots n' ont pas toujours
le même sens, et c'est vrai aussi du mot: «évangélique».
Une seule foi : s'entendre sur l'essentiel... Oui! Mais, quand
on a dit cela, qu'a-t-on réglé? Une parole de sagesse -qui sonne bien
-a été avancée pour éclairer cette voie de l'entente sur l'essentiel: «Sur
le primordial: unité. Sur le secondaire: liberté. En tout: charité!» Comment
ne pas être d'accord avec cette approche si conforme à l'esprit de
l'évangile? Cependant, il faut encore s'entendre sur la définition
du primordial et du secondaire. Il est difficile de trancher. L'accord
va-t-il se faire sur le plus petit dénominateur commun qui permette
l'alliance la plus large, ou sur tous les détails, quitte à réduire
l'unité... à une
seule personne?
Dans le Nouveau Testament, un texte évoque la possibilité que
certains désaccords existent dans l'Eglise sans que pour autant son unité soit
mise en péril: Nous
tous donc qui sommes parfaits, ayons cette même pensée; et si vous êtes
en quelque point d'un autre avis, Dieu vous éclairera aussi là-dessus.
Seulement, au point où nous sommes parvenus, marchons d'un même
pas (Phil 3:15-16). Eph 4 propose l'unité de la foi comme
un objectif à viser pour l'Eglise, mais il est évident qu'il demeure
en partie inaccessible, car il y aura toujours, entre les membres du
corps local (et à plus forte raison, entre membres de communautés ou
dénominations différentes), certains désaccords inévitables
dans les convictions doctrinales.
L' apôtre Pierre évoque cette difficulté,
quand il dit que dans les écrits
de Paul, il y a des points difficiles à comprendre, dont les personnes
ignorantes et mal affermies tordent le sens, comme celui des autres
Ecritures, pour leur
propre ruine. (2 Pi. 3.16) L'unité de la foi n'était donc
pas un objectif facile pour l'Eglise primitive. Mais ce que dit Pierre
montre bien que cette difficulté ne doit pas nous décourager dans la
recherche de l'unité de la foi. Toute autre attitude, consciente ou
non, conduit à la
ruine, dit-il. Vous donc, bien-aimés, qui êtes avertis, mettez-vous
sur vos gardes, de peur qu'entraînés par l'égarement des impies, vous
ne veniez à déchoir de votre fermeté. (2
Pi 3.17).Si l'accord ne peut pas se faire sur tout, sur quels points
est-il indispensable? Quelles sont les doctrines sur lesquelles doit
se faire
l'unité? La réponse n'est pas simple. Dans une étude sur le thème de
l'unité, présentée lors du Congrès de Lausanne 1974, le professeur
Henri Blocher a proposé cinq critères qui devraient nous aider à distinguer
entre le primordial et le secondaire, critères dont l'application exige,
de son point de vue, la reconnaissance préalable de l'entière autorité et
de la parfaite inspiration des Saintes Ecritures. Voici ces cinq critères:
I. Le critère biblique. Quand on discute d'une interprétation, d'une doctrine biblique, «la place qu'occupe un sujet dans la Bible, et surtout le Nouveau Testament, est un indice du poids que Jésus et ses apôtres lui donnaient. Bien entendu, l'importance d'une doctrine ne se mesure pas au seul nombre de versets qui l' exposent, mais même ce critère rudimentaire peut nous aider. La doctrine de l'expiation est partout dans l'Ecriture, comme le sang dans le corps, disait Vinet; elle est sûrement d'un tout autre rang que la prescription du voile pour les femmes, quelle que soit l'interprétation qu'on en donne, puisqu'on ne la trouve qu'en un seul passage» (1
Cor II).
Il. Le critère théologique. «Plus les conséquences sont nettes et plus elles sont directes pour le coeur de la vérité évangélique, plus le point prendra de l'importance. Il y a des doctrines stratégiques. Si on y touche, tout s'écroule; et d'autres, périphériques: une divergence à leur sujet laisse intact le reste de l'édifice» (3). On peut appliquer ce critère, par exemple, à la doctrine de la résurrection
de Christ: Si Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine,
et votrefoi aussi est vaine. (1 Cor 15.14), ou à celle de la justification
par la foi, sans les oeuvres de la loi, sinon vous êtes séparés de Christ, vous tous qui cherchez la justification dans la loi; vous êtes déchus de la grâce (Gal5:4-
6). Par contre, il est possible de proposer diverses interprétations quant à la durée du mot «jour» dans Gen 1, sans remettre en cause le fait que la création est, en tout point, l'oeuvre prodigieuse du Dieu créateur.
III. Le critère pratique. «Il faut considérer de même les conséquences non théologiques mais pratiques. Quels sont les enjeux pour l'organisation de l'Eglise, la vie spirituelle, les méthodes et le message d'évangélisation? (Pour bien en juger, il nous faut observer, mais cela ne suffit pas: certaines différences pratiques paraissent liées à un point de doctrine, alors qu'en réalité d'autres facteurs, cachés, les déterminent (sociologiques, personnels, etc. ). La question du baptême des enfants, qui n'est pas centrale théologiquement, a des conséquences pratiques assez considérables».
(4)
IV. Le critère historique. «Pour nous délivrer de l'étroitesse de nos horizons personnels, aucun secours ne nous est plus précieux que celui de nos frères et pères en la foi. Ils n'ont pas été infaillibles, mais nous devons respecter, apprécier la sagesse que Dieu leur a donnée, et en profiter. Nous risquons toujours de donner prise à l'ironie
de Paul: Est-ce de chez vous que la Parole de Dieu est partie? Ou est-ce à vous
seuls qu'elle est parvenue? (1 Cor 14.36). Ainsi nous voyons que
tout au long de l'histoire de l'Eglise, jusqu'au XIXe siècle, les chrétiens n'ont pas pensé juste de se diviser à propos du millenium. La plus ancienne déclaration prémillénariste, après le temps apostolique, celle de Justin Martyr (vers 150), souligne que beaucoup d'autres chrétiens pensent autrement, qui appartiennent à la foi pure et pieuse. Serait-il sage d'être plus intolérant que lui? Il a été suivi dans son attitude fraternelle par la plupart des générations chrétiennes. Il en va très différemment de la doctrine de l'eucharistie, pour laquelle on s'est divisé -à tort ou à raison, le fait pèse son poids».
(5)
V. Le critère contemporain. «Dieu a donné à sa Parole une clarté telle
que l'essentiel du message ne peut pas échapper au lecteur respectueux et de
bon sens. Lorsque des hommes de Dieu, scientifiquement compétents, et qui se
veulent tout à fait dociles devant l'Ecriture, se trouvent en grand nombre
dans les deux camps d'une controverse, nous pouvons présumer que l'objet du
débat n'appartient pas au coeur absolument vital du christianisme. Ainsi de
la doctrine de l' état intermédiaire, que nous croyons biblique: elle est contestée
par certains théologiens évangéliques, ce qui laisse supposer qu'elle est secondaire.» (6)
'l'els sont les cinq critères qui peuvent nous aider à distinguer entre
le primordial et le secondaire, afin d'arriver à l'unité de la foi sur
les doctrines fondamentales, tout en reconnaissant la possibilité de
divergences sur des points de détail, sur des doctrines qui ne seraient
pas «stratégiques».
(...)
Il est certainement utile de passer au crible des cinq critères
précédents les questions de foi sur lesquelles il s'agit de bâtir
l'union ou de justifier une désunion. C'est un exercice à mener avec
soin, car le contenu de notre foi est primordial à tous les niveaux
de notre vie. L' adversaire essaie toujours de discréditer la Parole
de Dieu. Semer le doute, faire défaillir la foi, voilà bien sa tactique,
et l'abandon de la saine doctrine est l'un des objectifs qu'il recherche
en ce qui nous concerne. Depuis Eden, ce problème est malheureusement
d' une brûlante actualité.
3.2.5 Un seul baptême
On peut s ' étonner de rencontrer le baptême dans cette liste de points d' union
donnée par Eph 4. Ce sujet n'a évidemment pas la même envergure que les autres
affirmations contenues dans ces mêmes versets: un seul Seigneur, une seule
foi, un seul Dieu..
La Parole de Dieu est inspirée, et ce n'est pas par erreur que cette affirmation
se trouve là. L 'histoire s'est chargée de nous en montrer l'importance.
La façon
de comprendre le baptême et de le pratiquer conduit à au moins deux types
d'Eglises, deux types de chrétiens, deux façons de recevoir le Saint-Esprit
et d'envisager le salut... Il ne s'agit donc pas d'un point secondaire mais
d'une question cruciale.
C'est autour de cette question que se définissent l'Eglise, sa nature, sa
composition, son message même. Le Seigneur Jésus a institué le baptême pour les
disciples,
pour ceux qui, de manière personnelle, mettaient leur foi en Christ pour
le pardon de leurs péchés (Mat 28.18-20; Act 2.38-42). Telle a été la pratique
des disciples qui ont suivi de près l'exemple et les commandements du Maître.
Le baptême devait être une porte d'entrée visible dans l'Eglise. Il devait être
comme une frontière, le lieu où l'on passe du monde dans la communauté des
rachetés. Il devait être le symbole de la régénération, le signe extérieur
d'une adhésion intérieure, de cour et d'esprit, au Christ, Seigneur et
Sauveur. Pour le nouveau converti, ce devait être une marque d' obéissance à son
Maître,
car le premier des commandements du Seigneur qui le concernait, une fois
qu'il avait compris le salut, c'était justement de se faire baptiser pour
témoigner de sa repentance et de sa foi en Jésus.
Très tôt, l'adversaire
s'est attaqué au baptême, à sa signification originelle, à la
façon de le pratiquer. Il a tout fait pour que, peu à peu, en l'espace
de deux ou trois siècles, le symbole de la régénération passe pour le moyen
par lequel le Saint-Esprit opère cette régénération. L'acte du baptême
devenait efficace en lui-même, il devenait un sacrement que seuls des hommes
revêtus d'une autorité particulière pouvaient administrer. Cela changeait,
bien sûr, la nature du baptême,
mais aussi celle de l'Eglise.
Le baptême «symbole», confession de la foi
du baptisé, n'est pas en lui-même indispensable au salut (le brigand
repentant a pu s'en passer); il est de l'ordre du témoignage, de la mise
en pratique de l'évangile en obéissance à un commandement du Seigneur.
Il est le geste par lequel le chrétien s'affirme comme disciple et est
reconnu comme tel par ses frères. Mais, du jour où on
en fait un sacrement, il devient indispensable pour tous. (...)
Ainsi,
l'unité des croyants ne peut s'envisager sans ces trois mots: un seul
baptême. Mais quand il s'agit d'appliquer ce principe aux relations inter-
ecclésiastiques, on sent bien le problème. Baptême des croyants et baptême
des enfants sont deux pratiques radicalement différentes, pour ne pas
dire oppo- sées. Si nous sommes convaincus que le baptême biblique est
le baptême par immersion des croyants, comment travailler sereinement
avec des pédo-baptistes, dans un contexte où, pour évangéliser ensemble,
il faudrait justement taire un élément important du message évangélique?
Selon le livre des Actes, le message de l'évangile a pour but, non seulement
d'orienter tout de suite le nouveau converti vers l'obéissance du baptême
(Act 2.38,41 -voir aussi l'eunuque éthiopien, Saul de Tarse, Corneille,
Lydie, etc), mais encore de lui faire découvrir
le type d'Eglise dans laquelle il pourra persévérer dans la doctrine
des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain
et dans les prières. (Act
2.42). Point d'évangélisation biblique sans un but ecclésiologique clair.
Comment accréditer, par une collaboration entre églises de multitudes
et églises de professants, une doctrine du baptême (et donc de l'Eglise)
coupable d'avoir donné, des siècles durant, l'illusion du christianisme à des
millions de gens? Seule la vérité libère. Il faut donc rester
en situation de pouvoir annoncer tout le conseil de Dieu ...y
compris sur cette question du baptême des croyants.
3.2.6 un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, parmi tous, en tous.
Par ces mots, Paul conduit enfin ses lecteurs à ce qui est au coeur de l'unité des
croyants; elle se fonde sur cette vérité: Dieu est au centre de tout, Il est
l'auteur, la source et la cause première. Toute la Bible est théocentrique. Tu
adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul! (Mat 4.10)
Ce
n'est pas quelque chose qui plaît aux hommes. Orgueilleux et égocentriques
depuis la chute, ils se veulent autonomes, maîtres de leurs destinées, de
leurs choix, sans devoir rendre compte à quiconque. Ils ne veulent pas d'une
autorité divine
souveraine dans leur vie. Cette attitude-là marque encore l'homme, même après
qu'il s'est converti, quand il se tourne vers Dieu pour recevoir le pardon
de ses péchés et la grâce d'une vie nouvelle. Même en présence des commandements
clairs du Seigneur, il est capable de discuter, de tergiverser, d'hésiter à obéir.
La souveraineté de Dieu n'est pas la doctrine favorite du croyant moyen.
Il est pourtant capable de chanter avec enthousiasme que Christ est Seigneur;
il est aussi capable de reconnaître que tel ordre du Seigneur est clair.
..et que, théoriquement, ce serait bien de pouvoir lui obéir sans réserve...
mais, pratiquement, pour toutes sortes de raisons, il va se permettre de
minimiser cet ordre divin, de le rendre facultatif, pour lui obéir à sa convenance.
Pour expliquer son «oui, mais» (qui est une manière polie de dire «non» ),
il invoquera des questions de commodité, d' efficacité, de politique. Il
peut encore avoir des motivations cachées comme celles de ces gens qui troublaient
les Galates en les éloignant du pur Evangile; en fait, nous révèle
Paul, ils ne voulaient pas être persécutés pour la croix de Christ (GaI
6.12-13). Ils refusaient de porter l' opprobre de Christ. Ils voulaient
pouvoir se dire «chrétiens» sans trop se mettre en porte à faux avec les judaïsants.
Aujourd'hui comme hier: La
crainte des hommes tend un piège (Pr
29:25). Il est vrai que personne n'aime affronter le jugement des autres à cause
d'un différend «doctrinal» .Pourquoi mettre en péril sur de si délicates
questions des amitiés auxquelles on tient? Chacun est tenté de mettre
sa lumière un peu sous le boisseau pour éviter ces ennuis face à la
majorité «qui
pense que». C'est ainsi que ce que Dieu affirme ou commande est «relativisé».
Comme Pierre, nous répondons à l'ordre précis qu'Il donne par un retentissant
ou discret: Non, Seigneur (Act 10.14). «Non», et «Seigneur»: deux mots
qui ne devraient jamais se suivre dans la bouche ou le cour d'un enfant
de Dieu. Cependant, il faut bien l'avouer: l'autorité de Dieu et Sa
souveraineté gênent.
Si la réponse à la
question: Que dit l'Ecriture ? est dérangeante, on cherchera ailleurs
des raisons de faire autrement. Aucun d'entre nous n'est à l'abri de
ce type d'attitude... de reniement. Si Pierre et Barnabas se sont laissé piéger
(Gal 2.11- 13), c'est qu'il faut vraiment veiller et nous encourager
les uns les autres dans cette attitude de vigilance.
L'important, c'est
donc de voir en Dieu, Père (au-dessus de tous),
Fils (parmi tous) et Saint-Esprit (en tous),
l'unique souverain, l'unique voix autorisée, l'unique roi, l'unique
chef suprême de nos vies et de l'Eglise. L 'important, c'est de vouloir
scrupuleusement, et avec joie, se soumettre à Sa
voix, le glorifier Lui et le servir Lui seul. Vous êtes heureux
si vous savez ces choses, pourvu que vous les pratiquiez (Jn 13.17). Faites
tout pour la gloire de Dieu (1
Cor 10:31).
Dans notre monde, le syncrétisme a ses adeptes; on accrédite
l'idée qu'on peut mettre un signe «égal» entre le Dieu de la Bible
et les autres divinités que les hommes adorent sous divers noms, en
divers lieux. Au sein même du christianisme, des voix s'élèvent pour
dire que plusieurs chemins mènent au salut, que les différences de «foi» ne
sont finalement pas très importantes, pourvu que l'on soit sincère
et que l'on aime son prochain. On est loin du Dieu exclusif, unique,
que l'Ecriture proclame, et que le premier commandement nous demande
d'adorer, sans partager, de quelque manière que ce soit, Sa gloire
avec un autre. Notre unité se
fait autour de ce seul Dieu, unique et trinitaire, que nous devons
aimer de
tout notre cour, de toute notre force, de toute notre âme et de toute
notre pensée (Deut
6.5, Mat 22.37). Le craindre, c'est le commencement de la sagesse (Pr
1.7, 10). Une sagesse qui conduisait David à dire: Seigneur, tu
es la chance de ma vie... Tu tiens mon destin entre tes mains; c'est
un
sort qui m'enchante,
un privilège qui me ravit! (Ps 16:5-6). Mais il disait aussi: Je
serre ta parole dans mon cour, afin de ne pas pécher contre toi (Ps
119.11). Prétendre Lui appartenir et Le suivre est chose sérieuse.
Il a droit au meilleur de nous-mêmes,
individuellement et collectivement dans son Eglise. Et ce qu'il demande
de ses intendants, c'est que chacun soit trouvé fidèle (1 Cor 4:
1-2), et qu'il s'efforce
de (se) présenter devant Dieu comme un homme éprouvé un ouvrier qui
n'a point à rougir, qui dispense droitement la parole de la vérité (2
Ti. 2: 15).
4. Conclusion
4.1 Une tentation à éviter
Ce chemin de l'unité dans la fidélité peut paraître bien étroit. Le Seigneur
Jésus ne l'a pas présenté autrement! Nous pourrions être tentés de l'élargir
un peu, pour moins d'inconfort et plus de rentabilité dans les contacts, pour
avoir peut-être «meilleure presse». Il faut pourtant résister à cette tentation,
et l'histoire nous donne bien des raisons de le faire.
Robert Dubarry décrivait,
par une phrase brève mais vraie, ce qui s'est passé quand les chrétiens sont
entrés dans le jeu de l'élargissement progressif du chemin étroit: «Le christianisme
se fit ainsi temporel, puis arrangeant, puis intellectuel, puis mondain.» (8) Au bout du compte, après quelques siècles, que restait-il de l'évangile au sein
du christianisme officiel? Et même après la Réforme, qu'est-il advenu des grandes églises
protestantes qui, tout en ayant retrouvé certaines vérités oubliées ou méprisées
pendant des siècles, n' ont pas rompu avec le baptême des enfants et l'ecclésiologie
multitudiniste? Elles sont, le plus souvent, retombées dans les pièges du formalisme,
du traditionalisme, d'un christianisme d'étiquette, bien loin de celui que décrit
le NT. Il y a, cependant, dans ces Eglises, de véritables enfants de Dieu en
Jésus-Christ, dont l'amour pour Dieu, la foi et la persévérance sont exemplaires.
Cependant, il est regrettable que leur présence dans ces églises accrédite l'idée
que l'on peut vivre une vie chrétienne normale dans un environnement ecclésial
contraire, de plusieurs manières, aux vérités de l'évangile.
4.2 Un combat à mener
A côté du Catholicisme ou du Protestantisme, l'autre christianisme des églises
professantes qui se voulaient indépendantes de l'Etat et fidèles à l'Ecriture
quoi qu'il en coûte, a dû lutter pour survivre, car ses adversaires religieux
n'hésitaient pas à recourir au bras séculier pour faire taire, physiquement s'il
le fallait, la voix de ceux qui aspiraient à un vrai retour aux sources de l' évangile.
Longtemps, les chrétiens évangéliques n'ont guère eu à connaître que la politique
du bâton. On préfère de nos jours leur tendre la carotte. On espère ainsi inciter
ces «frères séparés» à trouver le chemin du bercail, celui d'un christianisme
unifié, pacifié, dans lequel on évitera surtout de sortir la Bible pour parler
vérité et saine doctrine. Une vaste entreprise de récupération est en cours. qui
trouve des alliés au sein même du «camp évangélique professant». Les dangers
viennent, depuis toujours, de l'extérieur mais aussi de l'intérieur, et ce dernier «angle
d'attaque» de notre adversaire est de loin, le plus redoutable. L'apôtre Paul
n' a-t-il pas dit: il s'élèvera au milieu de vous des hommes qui enseigneront
des choses pernicieuses, pour entraîner les disciples après eux. Veillez donc (Act
20.29-31)?
Si nous prenons l'Ecriture au sérieux, il est évident que cela va limiter,
restreindre, nos possibilités de manifester concrètement l'unité entre croyants
au sein d' un christianisme où le pluralisme doctrinal est de rigueur. Il faut
fixer des frontières, des limites à ne pas franchir, si nous voulons éviter
de perdre notre identité évangélique, notre message, le sens de notre mission
dans ce monde.
Ce n'est pas parce que la scène religieuse est confuse, difficile à cerner,
avec la «valse des étiquettes» évangéliques, qu'il faut renoncer à clarifier,
dans un souci de fidélité à Dieu et à sa Parole, ce, qui peut et doit l'être:
que ce soit le contenu de notre foi, les objectifs qui peuvent être visés ensemble,
et les moyens à mettre en oeuvre pour les atteindre. Cependant, dans ce qui
me semble être
un bon combat, il faut rester prudent, examiner toute chose et retenir
ce qui est bon. La
recherche de l'unité ne peut se réduire à une approche du style: «tout,
ou rien!». C'est vrai que l'exercice est périlleux, et les dangers qu'
il comporte pourraient nous rendre prudents à l'excès. L'isolationnisme
qui en résulterait serait grave. Le repliement sur soi est aussi une tentation à laquelle
il faut résister.
4.3 Une recherche à poursuivre
La recherche de l'unité doit donc rester au coeur de nos préoccupations... malgré les
difficultés d'une telle démarche. S'il est grave de manquer de jugement concernant
les faux prophètes et les risques qu'ils font courir à 1 'EGLISE, il serait aussi
grave de juger trop sévèrement ou injustement des frères pour la seule raison
qu'ils ne voient pas les choses exactement comme nous dans cette délicate question
de l'unité à vivre et à concrétiser. Il faut aussi reconnaître qu'il y a différents
niveaux dans les signes extérieurs d'unité. Cela peut aller de contacts ponctuels
ou épisodiques entre personnes issues de milieux religieux très différents jusqu'à des
collaborations étroites entre églises en vue d'un témoignage commun devant le
monde. Par exemple:
1. Il est possible d'organiser des rencontres assez «larges» (à l'échelle
d'une ville ou d'une région) dont le but est de favoriser le respect mutuel
entre responsables d'églises, de faire circuler des informations utiles à chacun,
ou encore de réfléchir ensemble à des problèmes de société ou à des problèmes
théologiques.
Confronter paisiblement, mais en toute clarté, les positions et apprendre à mieux
connaître la pensée des autres, leur manière de comprendre et d'interpréter
les Ecritures, est certainement utile pour les uns comme pour les autres,
même si
cela peut se révéler «dérangeant» .Ces rencontres devraient être informelles,
sans parrainage particulier, pour leur éviter toute «récupération» intempestive
par les «anti» ou les «pro» de l'oecuménisme (ou d'autres «ismes» plus ou
moins populaires!).
2. Dans le cadre des Groupes Bibliques Universitaires
(ou d'autres mouvements
semblables) des chrétiens d'origines diverses peuvent témoigner d'une certaine
communion entre eux en organisant des moments de prière et des études bibliques
sur leurs lieux de travail, afin de promouvoir dans ces contextes particuliers
le témoignage chrétien, la lecture de la Bible et l' appel au salut en
Christ par la foi seule. Mais il est évident qu'un travail plus complet
doit se faire en dehors de ce cadre particulier pour amener les personnes
intéressées à une
meilleure connaissance de la vérité, y compris sur la question ecclésiologique.
3. Des croyants, attachés à l'inspiration et à l'autorité des Saintes Ecritures,
peuvent s'unir pour en rendre témoignage devant le monde (religieux ou
non), même s'ils ne partagent pas la même ecclésiologie, par exemple.
Cela s' est déjà fait de manière
semble-t-il profitable.
Il y a probablement d'autres pistes à suivre,
avec sagesse, afin de saisir des occasions où, en toute clarté et sur
des sujets précis, bien définis à l'avance, des chrétiens engagés, mais
ne partageant pas les mêmes convictions sur l'ecclésiologie ou sur d'autres
points de doctrines, peuvent se retrouver utilement et donner un certain
témoignage de leur unité en Christ, de leur attachement à l'Ecriture
Sainte. Ainsi pourrons-nous explorer et exploiter quelques possibilités
de rendre compte, avec douceur et respect, de l' espérance qui est
en nous (1
Pi. 3.15) et de professer
la vérité dans l'amour (Eph 4.15)
4.4 Une unité à promouvoir
Il faut cependant encourager un autre niveau de l' unité entre croyants, ce que
l'on pourrait appeler un oecuménisme véritablement évangélique. Il s'agit de
promouvoir une collaboration étroite entre églises professantes unies sur l'essentiel
de la foi chrétienne (évangélique). Les objectifs d'une telle «unité» seraient,
tout à la fois, de manifester aux yeux du monde la communion réelle qui règne
entre elles, et d'évangéliser ensemble au cour de notre société. Il est alors évident
que, dans ce contexte-là, l'accord le plus large doit être recherché à la lumière
d'un texte comme celui d'Eph 4.
On ne peut obéir ensemble à l'ordre du Seigneur
(Mat 28.18-20): Allez, faites de toutes les nations des disciples, les
baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-leur à observer
tout ce que je vous ai prescrit, sans être d'accord sur les doctrines
du Salut et de l'Eglise.
Nous devrions, entre évangéliques membres d'églises
de professants, manifester notre unité face au monde (qu'il soit religieux
ou non) en obéissant à cet ordre de mission dans son entier, comme l'apôtre
Pierre l'a fait le jour de la Pentecôte (Act 2). La repentance, la conversion,
la réception du Saint-Esprit, l'immersion de ceux qui ont reçu la Bonne
Nouvelle du Salut en Christ, leur introduction dans l'Eglise, leur formation
spirituelle
par l'enseignement de la doctrine des apôtres, faisaient partie de l' ABC
de la prédication (et de l'action ) apostolique. Il devrait en être de
même
aujourd'hui, que ce soit au niveau d'une église locale engagée dans le
témoignage
chrétien ou au niveau de plusieurs églises locales collaborant dans une
action commune d'évangélisation.
C'est sans complexe, et de manière déterminée,
que nous devons rendre compte de notre position sur ces questions vitales
pour l' avenir de nos églises. Car nous ne devons pas perdre de vue que
si l'EGLISE de Jésus-Christ est immortelle, les églises locales, quant à elles,
ne le sont pas; leur chandelier peut leur être enlevé par le Seigneur
en personne (Apoc 2.5). Les appels à veiller, ou même à se repentir -d'un
manque d'amour (Apoc 2.4-5), ou d'une attitude laxiste dans des questions
de doctrine ou de discipline (Apoc 2.14-16,20; 3.2- 3, 19) -ne sont pas
superflus. La vie et l'avenir des églises locales en dépendent.
Ainsi,
ces questions sur le thème de «l'unité chrétienne, ce qu'elle est et
ses limites», doivent faire l'objet d'une réflexion d'autant plus sérieuse
que l'un des drames actuels du monde évangélique, c'est l'union apparente
de ceux qui ne partagent pas la même foi sur les choses essentielles,
et la désunion apparente de ceux qui auraient toutes les raisons d: être
ensemble s ' ils donnaient la priorité, dans le choix de leurs alliances, à leur
accord sur l'essentiel. Cette situation est grave; c'est un succès
pour l'adversaire.
Certaines divisions au sein du peuple de Dieu sont
véritablement coupables, parce qu'elles s'appuient sur des différences
de sensibilité personnelle ou d'interprétations sur des su jets difficiles
et controversés. Mais certaines unions, que le souci du nombre a fondées
sur l'équivoque au détriment du respect de la vérité,
le sont sans doute autant.
Que Dieu nous aide alors à bâtir, entre professants,
une véritable unité, qui honore le Seigneur et rend témoignage devant
le monde de Sa venue et de l'efficacité de Sa grâce. Qu'Il nous préserve
de divisions, ou d'alliances, qui feraient le jeu de l' adversaire en
affaiblissant notre capacité de proclamer «tout le conseil de Dieu, sans
en rien cacher»,
en vue du salut de beaucoup.
Qu' à Dieu soit la gloire, dans l'Eglise et en Jésus-Christ, dans toutes les générations, aux siècles des siècles!
Amen! (Eph.3.21).
D.M.
Notes:
1 The nature of biblical unity, p. 380 à 392 du livre «Let the earth hear his voice». (Recueil des études et conférences présentées lors du Congrès de Lausanne pour l'évangélisation du monde, en 1974). Les citations qui suivent sont tirées de la version française de cette étude distribuée aux congressistes francophones.
2 Ibid., p. 387. 3 Ibid., p. 387 4 Ibid., p. 388 5 Ibid. p. 388. 6 Ibid., p. 388.
7 Vocabulaire de Théologie Biblique, de Xavier LEON-DUFOUR, Editions du Cerf; p.114
|
|