|
ETUDE BIBLIQUE
«AUGMENTE-NOUS LA FOI»
Une requête qui cache bien des surprises
Luc 17.5
Bernard COUSYN
La nature de la demande
Pour comprendre le secret de ce texte, qui éclaire, par l’étonnante
lumière de l’Evangile, le centre même de notre vie
chrétienne: la foi, il faut réfléchir sur le sens
de la requête des disciples.
Sorti de son contexte, le désir des disciples paraît très
spirituel, et pourtant…
Il ne s’agit pas ici de la foi en général, comme
on pourrait le penser en lisant rapidement le texte. La demande des disciples
sonnerait alors comme une sorte de revendication pour acquérir
une richesse spéciale que certains privilégiés possèderaient
déjà… ou, à l’inverse, comme le cri de
celui qui désespère, se croyant dépourvu d’un
privilège que d’autres paraissent détenir.
Une demande défi ? « Seigneur, je n’ai pas –
ou peu – de foi : je l’attends… Et si tu ne me l’accordes
pas, comment pourras-tu un jour me le reprocher ? » …Une demande
alibi ?
NON ! La requête révèle une attitude bien plus terre
à terre, qui ne résulte pas d’une longue réflexion
sur un manque de foi. C’est une demande pour un effet immédiat,
qui n’a rien à voir avec une inquiétude spirituelle
!
Les raisons de la demande
Les disciples sont face à Jésus et à son commandement
précis qui leur paraît vraiment au-dessus de leurs forces
: pardonner à quelqu’un qui se repent, et autant de fois
que nécessaire (Luc 17.3-4).
Unanimement, les disciples ont un sentiment d’incapacité
absolue ; ils redécouvrent l’éternel conflit entre
l’obéissance à Christ et la soumission à la
nature de l’homme… Leur apparaît donc le seul recours
possible, pensent-ils, la foi, une grande foi !
Il ne s’agit pas de cette foi qui consiste à croire que
Dieu existe ou non ; ni de cette foi qui procurerait une meilleure adhésion
à la volonté de Dieu ou encore de celle qui donnerait la
capacité d’accepter plus facilement les commandements de
Dieu. Mais il s’agirait plutôt de cette confiance, qui non
seulement accepte ce que Dieu dit, mais nous apprend aussi à compter
sur Lui, quand la réalisation de ce qui est demandé pose
problème.
Une demande précise
Ce n’est que lorsque nous nous trouvons vraiment face à
nous-mêmes, que nous commençons à comprendre ce qui
nous manque.
Trop souvent, il nous est demandé tant de choses, même
impossibles… Dans le cas du texte de Luc, c’est pardonner
sept fois; pour un autre, ce sera d’accepter l’inacceptable
: le handicap, la maladie, le deuil… Pour un autre encore, il faudra
assumer une écharde dans la chair : un problème de santé,
une profession et un avenir incertains, une difficulté familiale,
etc…
Devant toutes ces angoisses, les disciples nous montrent le chemin :
pas de discussions ni de revendications. Et l’on imagine fort bien
qu’il y ait eu un silence ou une concertation entre les versets
4 et 5, car les disciples sont d’accord sur les termes de la demande
de grâce : «Augmente-nous la foi» !
Et même si le contenu de la prière reste quelque peu maladroit,
son principe est très révélateur : cette requête
s’enracine dans la prise de conscience de leur propre faiblesse…
C’est cette même révélation qui avait déjà
fait dire aux disciples : «Seigneur, apprends-nous à
prier» (Luc 11.1). Mais si nous avons la certitude que Dieu
est puissant et qu’Il nous écoute quand nous Lui présentons
nos requêtes, alors ne craignons pas de faire de tous nos besoins
une prière permanente (Luc 18.1).
Une réponse surprenante
Ce qui nous permet de sonder le décalage entre les disciples,
leur besoin exprimé, et le Seigneur, c’est la réponse
de Celui-ci (v.6). Jésus ne répond pas directement à
la requête, et surtout ne donne aucune «recette» susceptible
de satisfaire immédiatement les disciples.
Jésus va d’abord souligner l’efficacité de
la foi – d’un grain de foi ! …Une force capable de soulever
des montagnes, comme l’indique le sigle F.O.I. : une Force qui Ouvre
l’Impossible…
Peut-être faut-il noter que les montagnes déplacées,
les arbres déplantés, … Jésus ne l’a
pas effectué Lui-même ! Etait-ce en effet bien utile ? Une
foi qui serait démonstrative, sollicitée par Satan lui-même
: «Si tu es le Fils de Dieu, ordonne…»(Matt 4.3).
Et pour nous, quelle utilité ? Prouver à d’autres
que nous avons la foi ? Or, qu’avons-nous à prouver, si ce
n’est l’authenticité de notre vie avec Christ ? Il
peut y avoir des montagnes à déplacer dans notre vie. Mais
que nous enseigne Jésus à ce sujet ?
Une réponse parabole
Au verset 6, Jésus ne répond pas quant à la taille
de notre foi - au principe « d’en posséder davantage
». Mais, en évoquant un phénomène physique
bizarre, Jésus amène ses disciples à voir que l’exploit
à réaliser – pardonner à son frère –
est de la même nature : impossible à vues humaines, possible
par la foi !
«Tout est possible à celui qui croit», (Luc 9.23).
Mais attention à nous-mêmes ! (Luc 17.3). Dieu ne
recherche pas de notre part davantage de foi ou plus de capacités.
Ce dont Il a besoin, c’est de notre disponibilité et de l’exercice
de notre foi, de «cette mesure de foi accordée à chacun
par Dieu» (Rom 12.3), de cette foi qui nous est personnelle…
Sans reproche dans la voix, Jésus dévoile à ses
disciples ce qu’ils possèdent déjà ! Et Il
souligne, non la quantité, mais l’efficacité de ce
que Dieu a planté en nous.
Le projecteur braqué sur le superbe aveu de faiblesse des disciples,
Jésus le porte maintenant sur le magnifique trésor qui nous
est accordé par Dieu. Déjà, dans l’Ancien Testament,
il nous est dit d’une autre manière : «Va, avec la
force que tu as»(Jug 6.14). Ainsi, pourquoi nous arrêterions-nous
à notre incrédulité qui en réclame toujours
davantage, plutôt qu’à Jésus qui révèle
la foi que nous possédons déjà et qui reste inopérante
?
Une réponse satisfaisante
A la prière des disciples correspond une révélation
du Seigneur… Quel enseignement magistral.
Ainsi, plutôt que d’en scruter leurs strictes réalisations,
pensons que Dieu répond parfois à nos prières d’une
manière inattendue, qui de surcroît nous amène souvent
à une révélation plus profonde, une compréhension
paisible et joyeuse de son œuvre en nous.
Cette œuvre est de faire croître en nous le fruit de la foi
(cf Gal 5.22) !
Dans le fond, si la demande «augmente- nous la foi» était
un « raccourci » pour éliminer les problèmes,
ce serait «mal demander»(Jac 4.3).
L’extraordinaire image de Christ se forme en chaque croyant, sans
que cela comporte nécessairement des manifestations spectaculaires,
mais combien efficacement, et surtout, en conformité avec l’horloge
du Seigneur.
Dans le doute, l’accablement, le découragement, les difficultés,
la réponse du Seigneur reste toujours la même : «Examinez-vous
vous-mêmes, afin de savoir si vous êtes dans la foi…
Ne reconnaissez- vous pas que Jésus-Christ est en vous ?»(
2 Cor 13.5).
|