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Les BéatitudesLA TROISIEME BEATITUDEHeureux ceux qui sont doux, car ils hériteront
la terre. Jean-Pierre SCHNEIDER Qui sont les vainqueurs ?Selon les versions, le mot "doux" est rendu par débonnaire, humble, aimable, soumis. Je rappelle que le mot "heureux" désigne un état de pleine satisfaction dans l'action, dans la marche en avant. Une fois de plus, cette béatitude exprime exactement le contraire de ce que pense l'homme naturel : la conquête du monde promise aux doux, aux humbles, aux soumis ! Le monde pense en termes de force, de capacité, de prestige, d'assurance de soi, d'agressivité. Plus on a tout cela, plus on aura du succès. Et Jésus dit que ceux qui sont le contraire posséderont la terre. De nouveau, les chrétiens se distinguent essentiellement de l'homme du monde. Les chrétiens sont des créatures nouvelles ; ils appartiennent à un autre royaume. Le monde ne peut pas les comprendre; pour lui, ils sont une énigme. N'oublions pas que Jésus parlait à des Juifs. Cette parole doit les avoir choqués, car leur idée du royaume de Dieu n'était pas seulement matérialiste, mais aussi militariste. Le Messie devait les conduire à la victoire sur les nations par la force. Mais Jésus contredit cette idée-là. Il dit, en fait : «Non, je ne suis pas comme cela. Mon royaume n'est pas ainsi. Heureux les humbles, car ils hériteront la terre». Nous ne raisonnons pas autrement que les Juifs d'alors. L'Église de notre temps ne pense-t-elle pas qu'il faut de grandes organisations, des rencontres impressionnantes? Car, dit-on, l'ennemi est puissant, et l'Église est divisée; formons donc une union œcuménique assez puissante pour combattre cet ennemi; ainsi on aura un impact et on vaincra. Mais Jésus dit que les vainqueurs ne sont pas ceux qui ont confiance en la force des grandes organisations. La Bible fournit des exemples frappants qui illustrent le principe de Dieu pour vaincre. J'en prends pour preuve le récit qui se trouve dans Juges 7. Gédéon devait faire la guerre aux Madianites, une armée innombrable. Il avait réuni 32000 combattants autour de lui. Mais il fallait les réduire à 10000, puis - chose invraisemblable - à 300! Avec ces 300 hommes, Gédéon remporta la victoire. Dieu n'a pas ajouté au nombre, il en a enlevé. C'est la méthode spirituelle. L'ordre des béatitudesJe rappelle que l'ordre dans lequel Jésus aligne les béatitudes n'est pas arbitraire. Chaque béatitude suivante présuppose les précédentes et devient plus difficile à appliquer. Ainsi, quand nous comprenons ce que nous devrions être, ce que nous devrions faire, nous devenons des pauvres en esprit ; c'est un état de conscience de ma nullité et de mon impuissance face aux exigences de Dieu et ma totale dépendance de Dieu face à la loi, à l'évangile. Cela mène - si je suis honnête envers moi-même - à une conviction de mon péché, du mal qui habite en moi, de ma perdition ; je suis alors affligé ; mais le salut par grâce en Jésus-Christ que Dieu m'accorde, me console. Je suis prêt à accepter ces deux choses. Mais suis-je aussi prêt à en témoigner à autrui? C'est moins facile. Et cela me mène à la troisième béatitude. Quelques exemples bibliques d'hommes douxPour mieux saisir ce que c'est d'être doux, humble, soumis, dans le sens où Jésus l'entend ici, cherchons des exemples dans la Bible : – Abraham: Pensons à ses rapports avec Lot, son neveu,
plus jeune et moins spirituel. Son oncle le laisse choisir la meilleure
part des pâturages quand ils arrivent près de Sodome avec
leurs troupeaux. Regardons encore à Jésus pour cerner de plus près quelle est l'essence de l'humilité. Son humilité foncière ne l'a pas empêché de débarrasser le temple des profiteurs avec un fouet, ni d'apostropher les pharisiens en les nommant "hypocrites" huit fois d'affilée, ni encore de reprendre le serviteur du temple qui lui avait donné une gifle. Parce que, justement, la douceur et l'humilité dont parle Jésus ne sont pas une sorte de lâcheté à l’égard du mal; ce n'est pas "se laisser marcher sur les pieds". Ce que l'humilité n'est pas… et ce qu'elle estExaminons un peu ce que l'humilité n'est pas: 1. Ce n'est pas une disposition naturelle. Tous les chrétiens
doivent devenir ainsi, pas seulement ceux qui y seraient disposés.
David était par nature violent ; Moïse était imbu
de son savoir-faire; Paul était supérieurement intelligent
et cultivé, jouissant d'un prestige social. Et voyez ce qu'ils
sont devenus sous la main paternelle de Dieu! Voyons donc ce qu'est l'humilité du chrétien régénéré: 1. C'est une affaire intérieure, de l'esprit. Elle est compatible
avec la force et avec une grande autorité. Elle n'est jamais de
la faiblesse (les martyrs ne sont pas des faibles). L'héritage promisQu'en est-il de la seconde moitié de cette béatitude? «Heureux les humbles, car ils hériteront la terre». Dans un sens, ils l'héritent déjà maintenant, de la façon suivante : le véritablement humble est toujours satisfait, il est heureux. – N'ayant rien, il a tout, comme Paul l'exprime: «Nous sommes
comme n'ayant rien, et nous possédons toute chose» (2 Cor
6.10). Rappelons-nous que le royaume de Dieu commencera d'une manière visible sur la terre, où Christ régnera depuis Jérusalem, règne auquel il associera ceux qu'il en jugera digne. Son critère: «Quiconque s'exalte sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera exalté» (Luc 14.11). Comprenons bien: "s'exalter" = se suffire à soi-même; ne vouloir devoir rien à Dieu ; être son propre Dieu (archétype: Satan); "s'abaisser" = se soumettre à Dieu ; savoir qu'on lui doit tout (archétype: Jésus). Nous n'en aurons donc jamais fini avec la terre! Mais il y aura une nouvelle terre, comme il y aura de nouveaux cieux. "Au ciel avec Jésus" voudra donc aussi dire : "sur la terre (régénérée) avec Jésus", terre sur laquelle s'étendra son règne. Les expressions "royaume des cieux" et "royaume de Dieu", parfaitement interchangeables, recouvrent cette double réalité: hériter le royaume et hériter la terre. Dans la parabole des dix mines (Luc 19), les serviteurs fidèles reçoivent, l'un dix villes, l'autres cinq villes à gouverner. Où y a-t-il des villes à gouverner sinon sur la terre? Une chose est certaine: Jésus veut nous associer au gouvernement des cieux et de la terre. Il est intéressant de constater que le Psaume 37, dont je recommande la lecture entière, faisait déjà entrevoir cette béatitude. Je citerai ici le v.11, une des cinq allusions à cette béatitude: «Les humbles posséderont le pays et feront leurs délices d'une paix complète». Comment devenir vraiment humble ?Voilà donc ce que Jésus entend par cette béatitude : « Heureux les humbles, car ils hériteront la terre ». Mais je ne voudrais pas terminer sans rappeler à nouveau que l'humilité est chose impossible à l'homme naturel (pécheur non régénéré). Jamais homme n'a réussi à se "faire" humble. Ceux qui, en se faisant moines, abandonnant la vie humaine normale, s'imposant toutes sortes de renoncements, pensaient y arriver, ont tous échoué. Seul le Saint-Esprit peut nous faire pauvres en esprit, nous attrister à cause de notre péché et nous mener à la repentance. Lui seul peut produire en nous l'humilité qui caractérise le chrétien né de l'Esprit. C'est une chose sérieuse. Tous ceux qui sont enfants de Dieu ont reçu le Saint-Esprit. Aucun n'a d'excuse pour être orgueilleux. L'humilité est le fruit direct de l'Esprit. Tout ce que je puis faire, c'est méditer continuellement sa Parole,
et particulièrement ce Sermon sur la montagne, m'en laisser imprégner
en regardant au Seigneur Jésus-Christ, et maintenir avec lui une
relation ininterrompue par la prière. Je dois en finir avec le
vieil homme et le considérer comme mort avec Christ, afin que
ce dernier puisse prendre possession de tout mon être, lui qui
m'a racheté à un si grand prix.
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