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Sommaire du n° 150 oct - dec 2004

 



Dossier

Instruis l'enfant…

Joël Prohin

Le livre des Proverbes pourrait être appelé un « traité d’éducation selon Dieu ». Constamment, l’appel retentit : « Mon fils » (une trentaine de fois, dont une vingtaine dans les neuf premiers chapitres). En dépit de l’ancienneté de ce livre et de l’évident décalage spatio-temporel, les sages maximes concernant l’éducation des enfants que renferment les Proverbes sont d’une actualité inchangée. Cet article vise à relever quelques-unes des principales caractéristiques des enfants et de leur éducation1. Pour chaque thème traité, nous citerons un ou deux versets tirés du livre des Proverbes2.

1. QU’EST-CE QU’UN ENFANT ?

a. Un enfant est un pécheur

« La folie est attachée au cœur de l’enfant. » (22.15)

Les Proverbes sont en pleine cohérence avec l’ensemble de la Bible sur ce point : tout enfant naît avec une nature pécheresse. Même avant d’avoir atteint l’âge de responsabilité, un enfant n’est jamais un « innocent ». Toute éducation qui ne part pas de ce postulat de base risque de faire fausse route. A la suite de Rousseau, il est sans doute plus facile d’incriminer le contexte, la société, les enseignants, etc., que de reconnaître humblement que nous avons légué à nos enfants la même nature encline au mal que la nôtre… Ne nous laissons pas influencer par les nombreuses théories sur la soi-disant « neutralité » de la nature de l’enfant. N’excusons donc pas le péché de nos enfants, mais sachons le nommer, y compris devant eux. Les rendre conscients de leur état réel est sans doute un des meilleurs moyens de les conduire au salut.

b. Un enfant est naïf

« Proverbes de Salomon […] pour donner aux simples du discernement. » (1.1-4)

Les Proverbes ont pour but de mettre en garde le « simple ». Ce terme désigne celui qui est sans expérience, facile à tromper ou à séduire (14.15) et qui a plutôt un penchant vers le mal (14.18). L’éducation vise prioritairement à donner à l’enfant les moyens d’affronter le monde qui l’entoure et dans lequel il devra être bientôt autonome :

– nos enfants vivent souvent dans un monde imaginaire idéalisé ; sans leur ôter la part de rêve nécessaire à l’enfance, sachons les amener progressivement vers le réalisme : non, dans la vraie vie, toutes les histoires ne se terminent pas par un mariage romantique !
– nos enfants vivent au présent ; aidons-les à envisager les conséquences futures de leurs actes : le sac de bonbons est attirant, mais la fraise du dentiste l’est moins !
– nos enfants sont impressionnés par l’apparence, le clinquant, l’extérieur ; montrons-leur que la vérité est souvent autre : leur copain qui a une grande maison pleine de jouets n’est pas forcément le plus heureux des garçons si, en même temps, son père est trop occupé par son travail pour passer un moment avec lui.

c. Un enfant est influençable

« L'homme simple croit tout ce qu'on dit, mais l'homme prudent est attentif à ses pas. » (14.15)

Parce qu’il est naïf (ou « simple », pour reprendre le terme des Proverbes), l’enfant croit volontiers ce qu’on lui dit. L’élève a généralement une confiance aveugle dans ce que lui affirme son maître ou sa maîtresse. Le petit enfant risque de suivre tout adulte, même un étranger. Raison de plus pour ne pas l’exposer inutilement à des influences qui pourraient se révéler ensuite difficiles à contrecarrer.

d. Un enfant est irréfléchi

« L’homme prudent voit le mal et se cache, mais les simples avancent et sont punis. » (22.3 ; 27.12)

L’enfant agit souvent par impulsion. Ma fille veut rejoindre sa copine de l’autre côté de la rue ; va-t-elle penser à regarder avant de traverser ? Tout entière tournée vers son but, elle oublie totalement le danger… jusqu’à ce que je lui crie un « stop » impératif ! Les Proverbes incitent souvent le « fils » à prendre le temps de la réflexion, à demander conseil, à peser le pour et le contre. Rien de bien naturel… mais un constant rappel à se « poser », sans pour autant « casser » toute spontanéité.

e. Un enfant est indiscipliné

« Celui qui aime la joie reste dans l'indigence. » (21.17)

Par nature, l’enfant tend à privilégier le plaisir sur la contrainte. Il est certes plus facile de sortir tout le contenu de sa caisse à jouets que de devoir la ranger le soir venu ! L’éducation doit avoir pour but de progressivement remplacer la contrainte externe (« Range ta chambre avant de te coucher ! ») par la reconnaissance intérieure des bénéfices de la discipline (il est plus agréable de se réveiller dans une chambre rangée, on peut retrouver un jouet égaré, etc.).

f. Un enfant est ingrat

« L'insensé dédaigne l'instruction de son père, mais celui qui a égard à la réprimande agit avec prudence. » (15.5)

N’attendons pas beaucoup de remerciements pour l’éducation que nous donnons à nos enfants ! Nos conseils, nos avertissements, nos reproches, généreront plus de critiques que de gratitude, et cela d’autant plus que nos enfants grandissent. L’adolescence est « l’âge sans pitié » ! Mais quand je vois mon ingratitude envers mon Père céleste, je m’étonne moins de celle des mes enfants… De plus, élever nos propres enfants nous conduit à mesurer concrètement la difficulté de la tâche ; alors nous portons a posteriori un regard moins sévère sur l’éducation que nous avons reçue. Et nos enfants, à leur tour, feront la même expérience !

g. Un enfant est créé à l’image de Dieu

« L'Eternel a tout fait pour un but. » (16.4)

Si nos enfants ont des traits de caractère liés soit à leur absence de maturité, soit à leur nature pécheresse, il n’en demeure pas moins qu’ils restent, chacun, une créature unique, merveilleuse, dans laquelle nous pouvons retrouver la trace de Dieu. Le développement physique, celui de la personnalité, l’éveil de l’intelligence, tout est une occasion constante de nous rappeler que chaque être a été voulu par Dieu pour un but, dans un cheminement unique auquel, comme parents, nous sommes appelés à contribuer pour un temps.

2. COMMENT EDUQUER UN ENFANT ?

a. Selon son caractère

« Instruis l'enfant selon la voie qu'il doit suivre ; et quand il sera vieux, il ne s'en détournera pas. » (22.6)

Ce verset peut se comprendre de deux façons3 :

1. La « voie » de l'enfant peut tout d'abord désigner l'ensemble de ses talents et de ses aptitudes naturelles. Une éducation à l'image de celle de Dieu envers nous, doit viser à faire éclore et s'épanouir les dons d'un enfant. Il n'est pas du tout dans la pensée biblique de forcer un enfant à faire ce pour quoi il n'est pas fait, sous le simple prétexte qu'il est soumis à l'autorité de ses parents. À la suite des recherches menées sur l'éducation des enfants, plus personne ne conteste aujourd'hui que l'enfant a sa personnalité propre ; celle-ci est d'autant plus fragile qu'elle n'est pas encore totalement formée et il convient de la respecter (Col 3.21). Dans une famille riche de plusieurs enfants, les parents ont tôt fait de constater que la « voie » du cadet ne sera pas forcément celle de l'aîné ; l'éducation sera alors adaptée à chacun, selon la sagesse que seul le Seigneur peut donner.
2. Pour autant, ce verset ne signifie pas qu'il faille laisser libre cours à la volonté propre de l'enfant. La « voie » que veut suivre un enfant peut lui sembler droite, alors que ses parents discernent qu'elle conduit à la mort (14.12). Le verbe « élever » a aussi, dans d'autres contextes, le sens de « consacrer » une maison ou un temple (cf. Deut 20.5 ; 1 Rois 8.64). Si nous avons à cœur de « consacrer » nos enfants au Seigneur, nous serons conduits à user d'une fermeté pleine d'amour pour les empêcher de se fourvoyer. Par réaction aux excès d'autoritarisme des siècles précédents, notre époque est marquée par un laxisme déstabilisateur pour l'enfant lui-même et pour l'ensemble de notre société. L'épanouissement du caractère de nos enfants ne passe ni par un endoctrinement forcené, ni par une rigueur excessive, mais par une stimulation à rechercher les valeurs chrétiennes, alliée, s'il le faut, à une discipline mesurée et contrôlée.

Si les deux conditions évoquées ci-dessus sont remplies, la seconde partie du proverbe nous donne une magnifique promesse : cette éducation portera un fruit durable.

b. En l’instruisant

« Ecoutez, mes fils, l'instruction d'un père. » (4.1)

Le verset étudié ci-dessus (22.6) donnait aux parents un commandement formel. L’instruction n’est pas optionnelle mais elle est un devoir des parents. Nos enfants ne doivent pas grandir comme de jeunes pousses sans tuteur, mais au contraire, être modelés par l’enseignement des parents . L’enseignement des parents4 :

– porte sur le mal, pour le prévenir, mais surtout sur le bien, pour le valoriser : l’excès d’avertissements et de « ne fais pas ceci » peut être décourageant ;
– concerne les sujets les plus variés : n’hésitons pas à aborder tous les domaines ; par exemple, il n’est pas normal que l’éducation sexuelle de nos enfants soit laissée à leur professeur ou aux lectures plus ou moins malsaines proposées par les copains ;
– est basé sur la Bible : sans s’obliger à citer à tout bout de champ des versets, des parents chrétiens devraient être capables de pouvoir étayer leurs instructions sur des principes bibliques clairs ; plus l’enfant grandira, plus il sera important de faire ce lien ;
– ne craint pas la répétition : les Proverbes eux-mêmes nous donnent l’exemple ; bien souvent, les mêmes instructions reviennent à plusieurs chapitres d’écart ; n’hésitons donc pas à revenir (sans perdre patience !) sur les mêmes enseignements.

c. Avec amour

« Mon fils, donne-moi ton cœur, et que tes yeux se plaisent dans mes voies. » (23.26)

Les théories modernes sur l’éducation ont justement remis en valeur l’importance de l’amour et des démonstrations d’amour envers nos enfants — de la part des pères en particulier. Notre amour se montrera de façon adaptée à chacun5, par des paroles et des actes, dans un esprit de sacrifice semblable à celui de Paul pour ses enfants dans la foi (1 Thes 2.7-8). N’attendons pas de recevoir de l’amour de nos enfants pour leur en prodiguer largement, car l’exemple vient d’en haut, comme dans la famille de Dieu (1 Jean 4.19) : le cœur des parents s’ouvrira d’abord, et ensuite nous aurons souvent la joie d’avoir un fils ou une fille qui nous ouvrira le sien. Eduquer dans ce contexte devient alors un partage mutuel magnifique.

d. Sans hésiter à le corriger

« L'Eternel châtie celui qu'il aime, comme un père l'enfant qu'il chérit. » (3.12)
« La verge et la correction donnent la sagesse, mais l'enfant livré à lui-même fait honte à sa mère. » (29.15)

Les Proverbes sont célèbres pour ce que certains prennent pour une apologie du châtiment corporel. Ce simple fait suffit à discréditer les principes bibliques sur l’enseignement, les faisant passer pour totalement démodés. Dans plusieurs pays européens, il est légalement interdit aux parents de corriger physiquement leurs enfants ! Il est même question d’en faire une règle au niveau de la Communauté européenne. Notons tout d’abord que le terme « verge » n’est pas toujours à prendre au sens littéral6. Suivant l’âge, suivant le caractère de l’enfant, suivant la gravité de la faute, des moyens divers de discipline seront employés et l’éventail des punitions ne se limitera pas à la fessée ! Le point important est d’être persuadé, contre l’esprit actuel, de la nécessité de la correction :

– parce que c’est ainsi que notre Père céleste — notre ultime modèle — agit envers nous (relire Hébreux 12.4-14, où ce verset des Proverbes est cité) ;
– parce que c’est parfois le seul moyen de faire prendre conscience du mal ;
– parce que nous montrons ainsi (paradoxalement dans un sens) que nous aimons nos enfants ;
– parce que, même si, pour des parents, il est dur de devoir punir ses « petits chéris », il est encore plus dur de les voir s’enfoncer dans le péché du fait d’une carence de correction.

La discipline fournit aux enfants un cadre sécurisant dont ils ont absolument besoin pour leur équilibre personnel.

e. Par l’exemple

« Ecoute, mon fils. Je te montre la voie de la sagesse. » (4. 10-11)

Salomon n’a malheureusement pas été un exemple en tout pour son fils, mais pour autant, soyons persuadés que toute éducation risque de faillir immanquablement si les deux parents ne donnent pas l’exemple. Si notre principe est : « Fais ce que je dis et ne fais pas ce que je fais », les résultats seront catastrophiques ! Nos enfants sont des observateurs constants, perspicaces et critiques de nos actions ; aussi enseignons-les premièrement par notre propre façon de vivre.

3. LE RESULTAT DE L’EDUCATION

« Le père du juste est dans l'allégresse, celui qui donne naissance à un sage aura de la joie. Que ton père et ta mère se réjouissent, que celle qui t'a enfanté soit dans l'allégresse ! » (23.24-25)
« Mon fils, si ton cœur est sage, mon cœur à moi sera dans la joie. » (23.15)

Quel sera le résultat d’une éducation selon les bons principes du livre des Proverbes (et du reste de la Bible) ? Pas forcément positif : très lucide, Salomon indique qu’un fils peut refuser de suivre les enseignements de la sagesse paternelle (10.1). L’histoire des rois de Juda et celle de nos familles montrent bien que les enfants ne suivent pas toujours l’exemple (bon ou mauvais) de leurs parents. En tant qu’éducateurs, nous n’avons pas une obligation de résultat, mais seulement une obligation de moyens. Aussi ne nous laissons pas accabler par un poids de responsabilité excessif et hors de propos : Dieu laisse chaque homme libre. Si nos enfants sont des « sages » ou des « justes », ce ne sera de toute façon qu’un effet de sa grâce, qui aura pu utiliser en partie l’éducation — toujours imparfaite — que nous aurons pu donner.

1Ce texte s’inspire en partie d’une étude disponible sur le site américain www.bible.org. Nous recommandons vivement les études et les commentaires qui figurent sur ce site chrétien.
2Une bible à parallèles ou une concordance pourront fournir d’autres références.
3Certains versets de la Bible peuvent se comprendre sous deux sens différents, sans que le texte original permette de trancher entre l'un ou l'autre. Souvent d'ailleurs les deux sens se complètent et montrent l'équilibre de la Parole de notre Dieu.
4Dans un accord entre le père et la mère (cf. l’article de L. Jouve sur ce sujet dans ce même numéro).
5Le livre de G. Chapman et R. Campbell, Langages d’amour des enfants, présente cinq façons d’aimer ses enfants : en leur adressant des paroles valorisantes, en passant avec eux des moments de qualité, en leur offrant des cadeaux, en leur rendant des services, en les câlinant. Chaque enfant, selon ces auteurs, est plus ou moins sensible à chacun de ces langages..
6Voir, par exemple, Esaïe 10.5, où le terme a un sens métaphorique pour la « discipline » en général.

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