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Flashs sur MarcPierre BLOND A. Marc, initiateur d’un genre nouveauPlus de trente années se sont écoulées depuis la mort, la résurrection et l’ascension d’un certain Jésus de Nazareth quand Marc se décide à rédiger une biographie aussi complète que possible concernant « Jésus le Nazaréen, qui était un prophète puissant en œuvre et en parole devant Dieu et devant tout le peuple » (Luc 24.19). Dans les premières communautés chrétiennes, l’histoire de Jésus — ô combien importante ! — se transmettait bien de bouche à oreille (tradition orale) mais quand Marc se décide à mettre par écrit toutes ces « anecdotes », il inaugure un genre littéraire original et l’intérêt de son document ira crescendo au point que deux autres rédacteurs bibliques s’inspireront directement de son évangile pour transcrire à leur tour leurs souvenirs de « toutes les choses que Jésus commença de faire et d’enseigner, jusqu’au jour où il fut élevé dans le ciel » (Act 1.1b-2a). En effet, Matthieu et Luc utiliseront, entre autres, l’évangile selon Marc comme ouvrage de référence : c’est ainsi que les trois premiers évangiles ont été appelés « synoptiques », parce qu’ils offrent une même vue d’ensemble de l’œuvre de Jésus (p. ex. le plan général et les itinéraires empruntés sont fort similaires chez les trois premiers évangélistes). Chaque biographe de Jésus s’appliquera à le présenter sous un angle personnel. Marc mettra en évidence la qualité du service accompli pour la gloire de Dieu et les perfections infinies du Serviteur venu en ce monde pour obéir, servir, souffrir et mourir. Sa totale dépendance et sa communion intime avec son Dieu permettent d’établir un lien direct entre Jésus et le Serviteur souffrant du livre d’Ésaïe qui reçoit une pleine et entière approbation de la part de l’Éternel : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu en qui mon âme trouve son plaisir. Je mettrai mon Esprit sur lui. » (És 42.1) Beaucoup d’autres passages peuvent être lus prophétiquement à la lumière de cette notion du Serviteur parfait : 49.1-7 ; 50.4-11 ; 52.13 – 53.12. Ainsi Marc amène directement Jésus dans sa mission : « Commencement de l’évangile de Jésus Christ » (Marc 1.1a) ; sans aucune transition (sa naissance, son enfance, sa généalogie ne sont pas nécessaires). Tel est Marc : de l’action ! B. Marc, évangéliste – typeSelon la tradition, Papias, évêque d’Hiérapolis (ville située entre Colosses et Laodicée, cf. Col 4.13), vers 140, parle d’un certain « Marc, interprète de Pierre » qui a pu retranscrire « avec exactitude, mais pourtant sans ordre, tout ce dont il se souvenait de ce qui avait été dit ou fait par le Seigneur » (Papias, selon Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique 3,39,15). Un peu plus tard, Irénée, évêque de Lyon, vers 180, affirme (dans Prologue antimarcionite) que l’évangile de Marc a été écrit à Rome, d’après le témoignage direct de Pierre ; ce qui situe la date de rédaction aux alentours des années 64 / 65. Selon les rares sources bibliques le désignant, Marc serait le fameux « Jean surnommé Marc » (Act 12.12) dont la mère avait mis à la disposition de l’assemblée de Jérusalem son propre domicile à l’occasion de l’emprisonnement de Pierre. La transition entre les instantes prières faites par l’assemblée locale en faveur de l’apôtre (Act 12.5) et sa sortie de prison miraculeuse a dû bouleverser notre homme et conditionner son engagement de foi et sa décision de servir (Marc 10.43 b-44). Pierre se considérera d’ailleurs plus tard comme le père spirituel de Marc (1 Pi 5.13). Ce serait donc prioritairement au contact de l’apôtre Pierre que Marc perçoit la richesse du « phénomène Jésus » : il l’enrichit alors d’une profonde méditation, il la traduit en termes percutants et il la transmet sous l’impulsion d’une forte émotion. C’est probablement sa formation missionnaire qui lui donnera ce style si particulier. En effet Marc avait d’abord suivi l’apôtre Paul (Act 12.25 et 13.5) avant de s’en séparer pour des raisons inconnues (Act 13.13) pour ensuite accompagner son cousin (ou oncle) Barnabas (Col 4.10) à Chypre (Act 15.39) et enfin devenir l’assistant privilégié de l’apôtre Pierre, lequel lui a transmis de vive voix tous ses souvenirs si précis et si précieux de Celui qu’il avait défini comme « le Christ » (Marc 8.29) et dont il peut déclarer à la fin de son ministère : « Christ a souffert pour vous, vous laissant un modèle, afin que vous suiviez ses traces. » (1 Pi 2.21) Son écrit sera à la fois le premier et le plus court des quatre évangiles et situera clairement d’emblée la mission de « Jésus Christ, Fils de Dieu » (Marc 1.1b) : « le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour plusieurs. » (Marc 10.45). Par ses diverses touches personnelles, Marc s’est montré particulièrement habile dans sa perception des événements (capacité d’écoute comme disciple de Pierre), dans sa relation des faits (capacité de transcription et d’interprétation des paroles et des actions de Jésus) et dans ses multiples explications perspicaces (capacité de « transculturation » et de transmission fidèle d’un message unique). C. Marc, récepteur fidèle du témoignage de PierreMarc n’ayant pas été un témoin oculaire de Jésus Christ, c’est donc essentiellement sur les nombreux souvenirs directs de Pierre qu’il va rédiger la vie du Fils de Dieu. L’homme vif et pratique qu’était le pêcheur devenu apôtre n’avait pas son pareil pour capter une foule de petits détails précis qu’il va transmettre à son auditeur privilégié lequel va les transcrire tels quels, donnant à son évangile une touche singulière grâce à des informations qui font défaut dans les autres biographies de Jésus. Nous en avons au moins
un exemple dans chaque chapitre :
D. Marc, rédacteur singulier d’une histoire exceptionnelleSon style est vif et percutant. Son récit est haletant et passionnant. Tel un cameraman, il suit Jésus partout sur le terrain et le capte instantanément. La naissance du Fils de Dieu est passée sous silence tandis que ses qualités de Serviteur sont soulignées : l’adverbe grec « euthus », souvent traduit par « aussitôt » revient une quarantaine de fois, dénotant chez lui sa disponibilité constante, son obéissance parfaite et son activité incessante à la gloire de Dieu. Marc s’attache surtout aux actes de Jésus ; il le voit en perpétuel mouvement. Il décrit 18 récits de guérisons (souvent des démoniaques libérés) pour 4 paraboles seulement et très peu de discours (hormis la longue explication eschatologique du ch.13). Sur
les 679 versets (répartis en 16 chapitres, soit une moyenne de +/-
42 versets par chapitre) que compte son évangile, une cinquantaine
sont typiquement de Marc et n’ont donc été repris ni par Matthieu
ni par Luc. Parmi ceux-ci, citons : Marc
se distingue aussi par ses nombreuses précisions chronologiques : grâce à ses informations
pointilleuses, nous vivons l’événement minute par minute et nous suivons
Jésus pas à pas. Par exemple, au ch.1, toute une journée nous est
détaillée : E. Marc, traducteur particulier d’un message uniqueIl est communément admis que Marc adresse son évangile à une communauté de croyants non juifs, ce qui l’oblige à fournir de multiples explications transculturelles pour rendre son message totalement compréhensible à quiconque le lirait. Par ses dispositions d’adaptation littéraire, Marc fait preuve d’un talent extraordinaire : dans un langage simple et à la portée de tous, il décode le « phénomène Jésus » et le met à la portée d’un public hermétique à la culture juive. C’est un vrai évangéliste capable de traduire et de transmettre l’essence même de la bonne nouvelle divine en la personne et l’œuvre de Jésus Christ. Dans son souci constant de clarté, Marc répond parfaitement à l’injonction de Jésus : « Allez dans tout le monde et prêchez l’évangile à toute la création » (16.15). Il inclut d’ailleurs volontiers cette vision universelle dans le programme de Jésus : – « Ma maison sera appelée une maison de prières pour toutes les nations » (11.17) ; – « Et il faut que l’évangile soit auparavant prêché dans toutes les nations » (13.10). Et Marc de se mettre au service de toutes ces nations qu’il veut évangéliser en rendant son propos le plus compréhensible possible… Ce qu’il réussit fort bien ! Plusieurs détails nous prouvent ses énormes qualités de rédacteur universel : La rareté des citations de l’Ancien Testament :Puisque Marc destine son écrit à des lecteurs ignorant la religion hébraïque, il n’utilise pratiquement pas les saintes Écritures juives pour ne pas désorienter ses interlocuteurs et pour éviter de leur fournir de multiples explications. Ainsi Marc ne cite l’A.T. qu’à 12 reprises seulement, ce qui est peu par rapport à Matthieu (environ 40 fois !) dont les destinataires sont, eux, des juifs devenus chrétiens.
La traduction systématique de certaines expressions araméennes :Il était impossible pour des chrétiens d’origine latine et/ou païenne de comprendre des mots ou des lieux géographiques cités en araméen, langue parlée par les Hébreux depuis leur retour de captivité babylonienne. Chaque fois qu’il sera amené à rapporter une expression araméenne dans son contexte, Marc s’empressera de la traduire pour rendre son propos intelligible :
Certaines allusions précises à la culture latineCelles-ci nous permettent d’affirmer que Marc réserve son écrit à des chrétiens du monde romain (certains commentateurs précisent même à l’église de Rome) : - Au trésor du temple de Jérusalem, une pauvre veuve vient jeter deux pites et Marc nous signale la contre-valeur en monnaie romaine : un quadrant (12.42). - Jésus, obligé de porter sa croix jusqu’à Golgotha, est aidé par un certain Simon de Cyrène (15.21) dont Marc nous cite les noms des deux fils (Alexandre et Rufus) qui semblent donc être connus par les destinataires de l’évangile. En effet, nous retrouvons Rufus parmi ceux à qui l’apôtre Paul remet ses salutations lorsqu’il écrit à la communauté des fidèles à Rome (Rom 16.13). - Dans l’original
grec, plusieurs mots latins ont été directement « grécisés »
et ne demandent donc aucune explication complémentaire de
la part de Marc : Quelques utiles explications au sujet de coutumes juives particulières : -
Marc s’évertue à expliciter certains détails trop liés à la culture
juive : F. Marc, auteur antique d’une étonnante modernitéà l’aube d’un XXIe siècle où la vitesse demeure le maître mot de toute la civilisation (désormais : on scanne, on faxe, on zappe, on clique, on surfe,…) et où l’essentiel doit se résumer en un bref communiqué pour frapper l’imagination et retenir l’attention, reconnaissons les grandes qualités de l’œuvre de Marc :brièveté et concision ; clarté et action ; sobriété et application. Marc est passionné par la personne et par l’œuvre de Jésus Christ et son Évangile est passionnant. D’ailleurs, en lecture silencieuse et attentive, 75 minutes seulement suffiront pour le lire entièrement, ce qui ne représente même pas la durée d’un match de football ! L’Évangile selon Marc doit être conseillé en toute première lecture à quiconque veut découvrir Christ : le récit est complet et l’appel à la foi omniprésent : « Et Jésus, répondant, leur dit : Ayez foi en Dieu » (11.22). Ajoutons-y l’esprit dans lequel Marc s’est attaché à réaliser son ouvrage : « Toute écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire » (2 Tim 3.16). En cela Marc n’a pas failli à sa mission : son œuvre a d’ailleurs été très vite reconnue comme divinement inspirée et par conséquent possédant toute autorité en matière de foi. Ce label de qualité rehausse encore davantage la valeur de cet Évangile attachant et exceptionnel. Puisse tout lecteur contemporain arriver, convaincu, à la même conclusion que Marc, le seul évangéliste qui ait affirmé de Jésus : « Il fait toutes choses bien » ! (7.37) Soli Deo gloria ! 1 Certains ont vu en cet homme Marc lui-même. |
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