![]() |
Jésus-Christ : vrai homme et vrai DieuPierre Wheeler
Pierre Wheeler, pasteur en retraite, créateur d'expositions sur la Bible, auteur de livres et de brochures, ancien membre du Comité National de la Fédération Evangélique de France (F.E.F.), a été enseignant dans des instituts bibliques et a été l’animateur de la Commission théologique de la F.E.F. Il est marié, père de quatre enfants. L’importance du sujet que nous allons traiter est évidente, car un article concernant l’identité de Jésus-Christ figure dans toutes les confessions de foi évangéliques. En général, on trouve des expressions comme : « Nous croyons à sa parfaite divinité ; à sa parfaite humanité » ou encore : « Homme et Dieu », ou « Homme-Dieu ». Cependant, ces expressions ne se trouvent pas dans la Bible. Comment donc les évangéliques en sont-ils arrivés à définir la personne de Christ en de tels termes ? Evidemment, un tel article dans nos confessions de foi est nécessaire. Il faut insister sur l’identité de Jésus, car si Jésus-Christ n’était pas à la fois divin et humain, Dieu et Homme, nous ne pourrions être sauvés, pardonnés, et justifiés devant Dieu par la foi seule. La connaissance de la doctrine exacte de Jésus-Christ (appelée « christologie »), n’est pas nécessaire au salut. Nous le savons, puisque notre Seigneur lui-même a promis le paradis au « bon larron » sur la croix, alors que cet homme ne savait presque rien de la personne de Christ. Corneille, le centenier, non plus ; il avait juste un début de relation personnelle avec Dieu et n’a appris que « Dieu était avec lui (Jésus) », que grâce au discours de Pierre (Act 10.34-43).1 Incompréhension des disciples avant la PentecôteIl est bon de rappeler que des incompréhensions existaient au sujet de la personne de J.-C. parmi les douze disciples. Philippe l’a reconnu comme le Messie promis dans l’Ancien Testament, mais ne semble pas avoir saisi l’essentiel, puisqu’il parle de « Jésus de Nazareth, fils de Joseph » (Jean 1.45). Dans la chambre haute, Philippe n’a pas compris davantage. Sa requête : « Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit » (Jean 14.8,9), entraîne un reproche de la part du Seigneur, affligé de l’ignorance persistante de son disciple, malgré les trois ans qu’ils ont passé ensemble. Par contre, Nathanaël (Jean 1.49) a saisi bien plus rapidement, telle une révélation, que ce rabbi Jésus était « le Fils de Dieu ». Pierre, à Césarée de Philippe (Mat 16.16), a aussi reçu la même révélation, mais plus tard que Nathanaël. En répondant à la question de Jésus : « Qui dites-vous que je suis ? », Pierre déclare que Jésus est le Fils de Dieu, fruit certain d’une longue réflexion de sa part. Thomas, lui, ne comprenait pas non plus, semble-t-il. La pleine révélation lui est arrivée huit jours après la résurrection de Christ. On le constate par sa parole d’adoration : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Les écrits néo-testamentaires nous éclairentDe toute évidence, c’est Jean qui, parmi les apôtres, a le plus insisté sur la divinité de Jésus-Christ. Son Evangile en rend témoignage. Cependant, la rédaction de ce texte, venant à la fin de la vie de Jean, a nécessité une mûre réflexion de sa part. Le Père de l’Eglise, Clément d’Alexandrie, vers la fin du 2ème siècle après J.-C, parle de l’Evangile selon Jean comme spirituel pour compléter les synoptiques. Jean offre donc plus de détails sur la personne de Jésus-Christ que les autres évangélistes. Au 2ème siècle, le problème de l’identité de Jésus était largement débattu. Des tentatives d’explication le concernant parcouraient déjà la Judée et les provinces voisines. Elles s’appuyaient sur des raisonnements humains. Les Ecritures apostoliques n’étaient pas alors copiées en nombre suffisant et distribuées. De ce fait, des idées erronées se répandaient.2 De fausses hypothèses de définition avaient devancé le texte de Jean. Avant les écrits de Jean, les épîtres de Paul aux Philippiens et aux Colossiens circulaient. Mais étaient-elles parvenues jusqu’en Judée, en Samarie, en Syrie et en Egypte ? Certes, l’Ancien Testament, la version des Septante en grec, était très répandue dans les synagogues de la diaspora, mais encore fallait-il l’étudier pour comprendre que Paul cite, en Phil 2.10, le texte d’Es 45.23, qui précise que « tout genou fléchira devant moi (l’Eternel, Yahweh) ». Jésus était donc le Yahweh de l’Ancien Testament incarné. A partir des détails ci-dessus, nous comprenons pourquoi de grands débats au sujet de Jésus-Christ et sa personne troublaient l’Eglise des premiers siècles. Le manque d’un canon néo-testamentaire dûment confirmé y contribuait et, hélas, des pseudépigraphes3 faisaient leur apparition, parfois avec un arrière-plan de philosophie grecque. Cette prolifération de discours sur la nature de Christ ne devrait pas nous surprendre outre mesure. En effet, déjà dans les Evangiles, nous découvrons que cette connaissance dépend essentiellement d’une révélation divine, et non de notre intelligence (Mat 16.17 ; Jean 3.1-3). Tentatives de description de la personne de Jésus-ChristLa liste de toutes les hérésies qui se rapportent à notre Seigneur est longue. Il y a d’abord le docétisme et la croyance ébionite, et ensuite d’autres qui se multiplient ; les historiens mentionnent l’adoptianisme4, l’arianisme5, l’apollinarianisme6, le nestorianisme7, et plus tard, le monophysisme8, le monothélisme9, et d’autres encore . Les hypothèses élaborées pour définir ce qui s’est passé lors de l’Incarnation et après se rangent généralement en deux catégories : celles des docétistes et celles des ébionites. Les ébionites, d’origine juive, ne voyaient en Jésus de Nazareth que le fils de Marie et de Joseph, un homme élu de Dieu et déclaré par lui Fils de Dieu à son baptême. Les ébionites et leurs « descendants — adoptianistes et ariens — refusaient la déité de notre Seigneur à cause de leur croyance en la transcendance absolue d’un Dieu unique. Arius écrivait à ce sujet : « Un Dieu, le seul non-engendré, le seul éternel, le seul véritable, le seul immuable, le seul non-créé, etc. ». Aussi, pour Arius, Jésus, le Logos était un être créé par le Dieu unique, une création spéciale, par laquelle toutes choses avaient été créées10. L’arianisme s’est propagé rapidement et beaucoup d’évêques dans l’est de l’Empire et même plusieurs empereurs romains, dont Constance II, fils de Constantin le Grand, furent ariens. A un moment donné, presque la moitié de l’Empire romain occidental fut subjuguée par l’arianisme. Jérôme disait de cette époque : « Le monde entier gémissait et s’étonnait de se retrouver arien (officiellement, à cause d’une décision impériale) »11. C’est Athanase, l’évêque d’Alexandrie, qui lutta de toutes ses forces contre l’arianisme. Cinq fois exilé, il résista toujours, bien qu’il semblât qu’à un moment donné le monde qui s’élevait contre lui allait l’écraser. Grâce à Athanase, l’hérésie d’Arius a été finalement rejetée par la majorité des Eglises. Le docétisme, du grec, dokein (apparaître comme), propage l’erreur que Jésus paraissait être un homme, mais qu’il ne l’était pas vraiment. L’apôtre Jean, dans ses épîtres, insiste sur la venue de Jésus dans la chair : il l’avait vu et entendu et même touché (voir 1 Jean 1.1-3 ; 4.2,3). Les commentaires sont généralement formels : Jean se lève contre une forme de docétisme qui commençait à influencer les Eglises. Le docétisme a des origines dans la philosophie grecque, le platonisme et le néoplatonisme notamment, dont l’une des thèses principales est que la matière est mauvaise. Le corps, étant matière, ne pouvait donc pas être capable d’être en union avec le divin, Dieu. Aussi Dieu a-t-il, lors de l’Incarnation, pris l’apparence d’un homme. Il s’ensuivait alors qu’un être divin ne pouvait souffrir corporellement sur la croix. On comprend que les gnostiques qui annonçaient un salut par l’illumination et la connaissance, et non par le sacrifice expiatoire de l’Agneau de Dieu sur la croix, sont également docétistes dans leur approche de la personne de Jésus. L’apollinarianisme (l’âme de Jésus fut divine, son corps humain) le monophysisme ont tous été influencés par le docétisme qui maintenait qu’il n’y avait pas d’Incarnation véritable. D’ailleurs, la dichotomie souvent évoquée aujourd’hui entre le Jésus historique (au sujet duquel, selon certains théologiens, empreints de libéralisme théologique, on ne connaîtrait pratiquement rien, puisqu’ils n’acceptent pas les Evangiles comme récits historiques) et le Christ de la foi (qui serait le fruit des conjectures de l’Eglise primitive sur Jésus de Nazareth, divinisé par ses partisans, devenant ainsi le Christ) sent fortement le docétisme. Les grands concilesLes grandes figures du christianisme présentes aux premiers conciles dits œcuméniques (Nicée en 325, Constantinople en 381, Ephèse en 431 et Chalcédoine en 451), ont compris la nécessité de travailler le sujet dans le détail. Ils ont accompli un travail remarquable en produisant des Symboles selon la révélation biblique. Dans les Ecritures, nous ne trouvons pas de déclarations aussi claires, mais tout y est à l’état implicite. Tous les âpres débats et les longues joutes oratoires qui se sont déroulés lors de ces conciles démontrent indirectement l‘importance de la question. Les évêques qui sont finalement arrivés à faire reconnaître la révélation juste de Jésus-Christ (selon les Ecritures), ont bien compris que notre Sauveur devait être à la fois vrai homme et vrai Dieu, faute de quoi il n’y avait plus de véritable Evangile à propager, ni de pardon, ni de justification par la foi. Les protestants évangéliques d’aujourd’hui, comme ceux d’hier, doivent énormément aux théologiens conciliaires. Le concile de Chalcédoine (451) a probablement fait connaître au monde la meilleure définition de la personne de notre Seigneur. En voilà un extrait :
Le concile a déclaré qu’en Jésus-Christ ces deux natures, divine et humaine, existent…
Serait-ce possible de rendre une explication plus claire ? Sans doute, car l’amélioration est toujours possible. D’autant plus que l’insistance dans le deuxième extrait ci-dessus vise plus particulièrement l’apollinarianisme qui maintenait que l’âme de Jésus était divine et son corps humain. Cela serait diviser le Christ. Le Nouveau Testament ne mentionne même pas cet aspect des choses. Pourtant, les textes apostoliques suffisent largement pour nous montrer que les natures de Christ, divine et humaine, sont « sans confusion, etc. ». Quand des définitions erronées existent, il est alors nécessaire d’expliciter. ConclusionAthanase, déjà mentionné plus haut, est considéré comme responsable de ce que les Eglises appellent : Le symbole (déclaration de foi) de St Athanase. Il est très peu probable qu’Athanase soit l’auteur de cette confession de foi, mais elle est toujours désignée par ce nom. Il est aussi appelé en latin : le Symbolum Quicunque puisqu’il commence par les mots : « Quiconque veut être sauvé… ». Cette entrée en matière dévoile à la fois l’intention du texte et l’importance de la foi en Christ pour tout individu qui aspire au salut13. Le symbole termine de la même manière. La question se pose : est-ce vrai ? Faut-il croire à tout ce que dit
cette excellente confession de foi pour être sauvé, dans le sens biblique
du terme ? Ou, plus simplement, se contenter de la réponse de Paul à la
question du geôlier à Philippes : « Crois au Seigneur Jésus et tu seras
sauvé »14? Nous avons déjà précisé plus haut que
la connaissance d’une christologie exacte n’est pas obligatoire
pour être sauvé et en avons donné deux exemples bibliques. En même temps,
il fallait que la christologie définie par les Pères de l’Eglise soit
vraie et juste, car notre salut dépend d’un tel Sauveur, Homme-Dieu. Pourquoi
une christologie exacte serait-elle donc conjointe à notre accession au
salut ? « A celui qui nous aime, qui nous a délivrés de nos péchés par son sang, et qui a fait de nous un royaume de sacrificateurs pour Dieu son Père, à lui la gloire et le pouvoir aux siècles des siècles. Amen. » (Apoc 1. 5, 6) L’extrait suivant de L’Homélie IX sur Jérémie d’Origène (La Vie n° 3146, du 15 déc. 2005), sur l’engendrement éternel du Fils trouve ici sa place :
Chez Maître Eckhart (mort en 1327), dominicain, appelé le père du mysticisme, nous trouvons dans ses Sermons (n° 101) la phrase :.
Nous pensons en effet que le Fils a été éternellement engendré du Père, et qu’il l’est encore15. 1 Pierre a sans doute expliqué à Corneille
plus que Luc n’a rapporté. Mais Pierre n’aurait pas
pu entrer dans tous les détails de la christologie |
|
|||
|
||||
| [Accueil] [La Bible] [Espace Lecteurs] [Catalogue Exhaustif] [Recherche Avancée] | ||||