LA PROVIDENCE DE DIEU
Un thème saillant dans le livre de Jonas
Henri Lüscher
Cinq passages dans le livre de Jonas mettent en évidence
la providence divine :
« L’Éternel fit souffler un grand vent sur la mer
» (1.4)
« L’Éternel fit intervenir un grand poisson pour
engloutir Jonas » (2.1)
« Alors Dieu regretta le mal qu’il avait résolu de
leur faire, et il ne le fit pas »
« L’Éternel fit intervenir un ricin qui s’éleva
au dessus de Jonas » (4.6)
« Le lendemain, Dieu fit intervenir un ver pour s’attaquer
au ricin. » (4.7)
En méditant le livre de Jonas, on est frappé
par le fait que dans chaque chapitre ce thème ressorte d’une
façon évidente. Il y a une cause première dans
tous ces événements et circonstances : DIEU. Quant aux
causes secondaires, ce sont les moyens par lesquels il intervient par
sa divine providence : le vent, un grand poisson, une prédication,
un ricin et un ver.
Une définition du terme « providence »
est donnée par les dictionnaires Quillet et Le Petit Robert :
« Sagesse divine qui gouverne tout » (Quillet) ou «
sage gouvernement de Dieu sur la création, et par extension,
Dieu gouvernant la création » (Le Petit Robert 1, 1986).
Le terme vient du latin providentia (prévoyance) et providere
(pourvoir). Il se réfère à la prescience et à
la préconnaissance de Dieu. Dans la Bible, ce terme n’est
pas directement employé. Il n’y a pas de mot équivalent
en hébreu mais en grec deux mots s’en rapprochent : le
nom pronoia : Act 24.2 (administration, prévoyance) ; Rom 13.14
(préoccupation, souci), et le verbe pro-noeo : Rom 12.17 (viser,
avoir souci de) ; 2 Cor 8.21 (se préoccuper de, avoir souci de).
C’est un sujet dont on ne parle plus guère.
Les avancées de la science et de la technologie ont contribué
en partie à rendre l’homme totalement autonome face à
un Dieu évacué dans notre monde occidental. Il y a à
peine 100 ans, on parlait encore de la Providence comme désignant
Dieu. On croyait en un Dieu souverain qui règne et domine sur
l’univers.
Le sécularisme a fermé l’accès
au transcendant, au surnaturel, parce que dans ce monde désacralisé,
la vie se meut dans un système mécaniste où les
évènements sont dûs à des lois fixes et impersonnelles,
de force ou de chance. L’évolutionnisme, ayant totalement
imprégné la science et la technologie humanistes, constitue
un des principaux éléments du rejet de la Providence.
D’autre part, le Nouvel Âge, élément
important du postmodernisme, est fasciné par l’irrationnel,
qui, de son côté, attaque la providence de Dieu en propageant
l’ésotérisme, l’occultisme, l’animisme
moderne. Ce sont les armes de l’ennemi de Dieu, Satan, qui désire
remplacer la Providence de Dieu par un retour à un paganisme
moderne de superstition, dominé par lui.
La Création constitue l’œuvre
originelle de Dieu (Gen 1). La Providence constitue
la continuation de l’œuvre de Dieu en vue de l’achèvement
de ses plans. Elle a deux aspects :
- celui de la préservation de la création
en la maintenant et la soutenant pour qu’elle subsiste ;
- celui de son gouvernement, de sa direction du cours
des événements pour accomplir ses desseins.
A. La Providence par la préservation de la création
de Dieur.
Tout subsiste par Christ. Il est avant toutes choses et
tout subsiste en lui ; il soutient toutes choses afin d’accomplir
ses desseins (Col 1.17 ; Héb 1.3)
Toute la création dépend de lui : la nature,
les hommes, son peuple, tous les siens.
Sa création : Dieu maintient la
terre (Ps 104.5). Il envoie de l’eau pour abreuver les animaux
(Ps 104.10-13). Il fait pousser fruits et herbes pour nourrir les animaux
(Ps 104.13-14). Il envoie les ténèbres pour permettre
à certains animaux de se nourrir (Ps 104.20-21). Tous les animaux
reçoivent leur nourriture de Dieu (Ps 104.27). Il a affermi les
œuvres de sa création pour toujours et a donné des
lois à la nature, lois qu’il ne violera pas (Ps 148.6).
Les siens : Joseph fut déporté
en Egypte pour donner plus tard du pain aux siens. La vie de Moïse
fut épargnée afin qu’il délivre ensuite son
peuple. Tout au long de l’histoire d’Israël dans l’A.T.,
l’on constate les soins providentiels de Dieu envers son peuple
à travers l’action d’hommes de Dieu. Il suscite Daniel
et ses trois compagnons pour glorifier son nom et préserver son
peuple. Il suscite aussi Esther, à un moment crucial de l’histoire
de son peuple déporté (Est 4.14). Dans Mat 6.25-34, nous
avons un exemple de sa divine providence qui pourvoit aux besoins des
hommes et en particulier des croyants ; il donne la nourriture (v. 26)
; il fait pousser les lis des champs (v 28-29), et il sait ce dont nous
avons besoin (v. 32). Tout cela touche la faune, la flore et
les hommes. Dieu prend soin des siens et ils n’ont rien
à craindre (Mat 10.27-32 ; Jean 10.27-30 ; Rom 8.35 ; 1 Pi 1.5-6).
B. La Providence par le gouvernement de Dieu
Dieu contrôle tout l’univers et ses activités
se déroulent de telle manière que tous les événements
convergent vers un but final qu’il s’est proposé.
- Il gouverne les forces de la nature (Ps 135.5-7). Il
fait pleuvoir sur les justes et les injustes (Mat 5.45). Jésus
contrôlait et dominait le vent et la mer (Mat 4.39 ; Luc 8.25).
- Il gouverne les peuples, en faisant leur histoire et
leur destinée (Dan 2.21 ; 4.22 ; Job 12.13-25 ; Ps 66.7 ; Act
17.26).
- Il a gouverné de telle façon que tout
a convergé vers la « plénitude des temps accomplis
» (Gal 4.4), quand, par l’incarnation, Dieu s’est
manifesté en chair par Jésus-Christ (Luc 2.1-7 ; 1 Tim
3.16).
- Il gouverne les individus en restant le Souverain dans
toutes leurs circonstances. C’est lui qui fait mourir et qui fait
vivre, qui appauvrit et qui enrichit (Anne, 1 Sam 2.6-7) ; il abaisse
les puissants de leurs trônes et élève ceux qui
sont abaissés (Marie, Luc 1.52). C’est encore lui qui a
mis à part l’apôtre Paul avant sa naissance (Gal
1.15-16). Pleins de confiance en l’Éternel, nous disons
avec le psalmiste : « Mes temps sont dans tes mains. » (31.14-15)
Donc, ma propre histoire est parfaitement sous son contrôle.
- Il contrôle et dirige toutes les circonstances
pour arriver à ses desseins éternels. « Le sort
est jeté… mais toute décision vient de l’Éternel.
» (Pr 16.33) Rien ne peut se passer sans que Dieu ne l’ait
permis ou n’ait agi selon ses propres desseins et décisions. Et tout le livre de Jonas en est un exemple parfait. Même la folie d’un Nebucadnetsar a été dirigée
par Dieu pour qu’il reconnaisse la souveraineté absolue
de Dieu (Dan 4.32-34).
- Il dirige les actions libres des humains. Les Israélites,
à la sortie d’Égypte, ne sont pas sortis du pays
« les mains vides », parce que Dieu le leur avait promis
et avait guidé les circonstances et les cœurs des Égyptiens
pour qu’ils leur donnent leurs bijoux (Ex 3.21 et 12.35-36). Nos
dispositions nous appartiennent, mais c’est le dessein de Dieu
qui s’accomplira toujours (Ps 38.15 ; Pr 16.1 ; 19.21).
- Il peut permettre (ou empêcher) le péché
pour faire éclater notre incapacité naturelle à
ne pas commettre de péché. Ceci manifeste aussi la corruption
totale de l’homme et la grâce de Dieu qui vient à
son secours. Ceci dit, « Dieu ne peut être tenté
par le mal et il ne tente lui-même personne. » (Jac 1.14)
Quand un homme ou une société persistent dans le mal et
le péché, Dieu peut les « livrer à la passion
des hommes… à une mentalité réprouvée,
pour commettre des choses indignes. » (Rom 1.24-28) Dans l’exemple
de Joseph, Dieu l’avait préservé de la tentation
venant de la femme de Potiphar, parce que Joseph aimait l’Éternel
et désirait le suivre en toute pureté (Gen 39.7-23). En
même temps, Dieu s’est servi de cette circonstance qui avait
jeté Joseph en prison à cause de sa fidélité
à Dieu et de sa résistance au péché, pour
faire entrer Joseph à la cour royale d’Égypte (Gen
40-50). La conclusion que donne Joseph à la fin de toutes ses
péripéties — depuis sa vente à un marchand
d’esclaves jusqu’à son arrivée à l’apogée
du pouvoir — est touchante : « Ce n’est pas vous,
mais Dieu qui m’a envoyé ici. » (Gen 45.8 ; 50.20)
- Il peut aussi simplement limiter des actes de péché
ou de mal. Dans le cas de Job, c’est Dieu qui avait permis à
Satan de l’attaquer par la maladie, mais il lui avait interdit
de le faire mourir : « Il est entre tes mains, seulement épargne
sa vie. » (Job 1.12) Job est sorti victorieux finalement, et l’épreuve
lui a appris à connaître Dieu.
C. Caractéristiques du gouvernement de Dieu en
activité
1. Cette activité est universelle
- Elle s’opère envers les croyants : « Toutes choses travaillent ensemble pour le bien de
ceux qui aiment Dieu. » (Rom 8.28) C’est la doctrine
des convergences : toutes les circonstances dans notre vie
mènent au bien que Dieu s’est proposé pour moi.
L’exhortation : « Ne crains rien » prend ici tout
son poids, car elle se dresse contre nos peurs, nos soucis, nos incertitudes,
que l’on peut comparer à une hydre à têtes
multiples qui se régénèrent rapidement sitôt
coupées. Rien ne pourra jamais séparer le racheté
de son Sauveur Jésus-Christ. Dans ce sens, aucun mal ne lui arrivera
dans la perspective de l’éternité. Toutes les épreuves
servent à notre sanctification pour affiner notre foi (1 Pi 1.6-7),
même les mauvaises actions des hommes, y compris les nôtres
parfois. Le but est notre « transformation à l’image
de son Fils » (Rom 8.29 ; Héb 12.6-11). « Le bien
», c’est d’être finalement avec Christ dans
nos corps glorifiés lors de son glorieux retour. La mort atteint
tout homme (Héb 9.27), mais le croyant reste en sécurité
absolue face à l’éternité. Soyons rassurés,
car Dieu s’occupe personnellement de tous les siens (Luc 15.3-7
; Jean 10.3-6, 14, 27 ; Mat 10.30), alors que la modernité fait
de l’humain un être impersonnel, sans âme. Oui, notre
Dieu est personnel et en même temps infini. Il prend soin de nous
dans toutes les circonstances.
- Quelle tragédie, en revanche, pour le
non-croyant (Rom 1.18-21 ; Act 17.30-31) ! Saisissons les opportunités
pour faire « du bien » en témoignant de l’amour
du Sauveur à notre prochain non-croyant pour qu’il se repente
de ses péchés et croie au Seigneur Jésus.
- Elle s’opère envers tous les hommes : « Il fait lever le soleil sur les méchants et
sur les bon et il fait pleuvoir sur les justes et sur les injustes.
» (Mat 5.45) La bonté de Dieu se manifeste envers tous
les hommes.
2. Dieu absolument souverain dans toutes ses actions
- Nous n’avons pas à lui dicter sa volonté,
mais demandons-lui en revanche de nous révéler ses pensées
en nous éclairant à travers sa Parole.
3. Dieu est bon
- La bonté de Dieu est infinie, car il est bonté.
Mais il est aussi juste, et jamais ces deux attributs divins ne sont
séparés l’un de l’autre.
4. L’activité de Dieu et la nôtre
- Elles ne s’excluent pas mutuellement, parce que
sa Providence inclut les actions humaines.
- En conséquence, il n’y a pas de place
pour le laxisme, l’indifférence, la résignation,
le fatalisme.
- Parfois les humains sont conscients d’accomplir
les intentions divines. L’exemple par excellence nous est donné
en Jésus-Christ qui savait qu’il devait boire la coupe
des souffrances pour notre salut (Mat 26.42).
- Parfois les humains ne le savent pas, comme dans le
cas de l’empereur César Auguste lorsqu’il a décrété
le recensement de la terre. Il fallait que cela se passe ainsi pour
accomplir les desseins de Dieu (Luc 2.1)
5. La providence et la prière
La question peut se poser : si Dieu a fixé ses
desseins d’avance, la prière change-t-elle encore quelque
chose ?
- Dieu ne change pas ses plans, mais, dans ses plans,
la prière et la foi sont incluses. Il y une parfaite relation
entre l’effort humain, moyen providentiel que Dieu a voulu donner
au croyant, et l’activité providentielle de Dieu. L’Écriture
affirme que les desseins de Dieu sont fixes et définis, donc
sans révision. Mais il désire que nous priions pour qu’il
puisse agir avec efficacité (Jac 5.16).
- Dans beaucoup de cas, Dieu agit en association avec
l’homme par le moyen de la foi. Ne citons que deux exemples :
la foi du centurion : « Va, qu’il te soit fait selon ta
foi » (Mat 8.5-13) et la foi de la femme qui avait une perte de
sang : « Va, ta foi t’a guérie » (Mat 9.18-22).
C’est une interpellation à nos cœurs : faut-il vraiment
que « Jésus s’étonne de notre incrédulité
» (Marc 6.6) ou saisissons-nous sa main en lui confessant notre
petitesse dans la foi : « Je crois, Seigneur, viens en aide à
ma petite foi ! » ? Ne restons pas passifs, mais marchons par
la foi, car elle franchit des montagnes.
- Oui, la prière et la foi sont vraiment les moyens providentiels par lesquels Dieu
désire opérer.
D. Prudence et modestie dans nos affirmations au sujet
de la Providence
- Restons sages et prudents dans nos affirmations quant
à nos évaluations des actes souverains et providentiels
de Dieu. Seule l’éternité manifestera réellement
la pleine révélation des mystères de la providence
du Dieu juste, bon et sage.
- Tout cela doit nous amener à une attitude d’humilité
et de confiance en lui : redisons, avec la prière du Notre Père
: « Que ta volonté soit faite », avant de demander
: « Donne-nous notre pain quotidien ».
- Qu’il est bienfaisant de se répéter
dans toutes les circonstances ce que le Seigneur affirmait à
Paul : « Ma grâce te suffit.» Quoi qu’il nous
arrive, Dieu « ne refuse pas le bonheur à ceux qui marchent
dans l’intégrité. » (Ps 84.12) Ce vrai bonheur,
c’est de posséder Jésus-Christ : personne ne pourra
jamais nous le ravir. Gloire à notre bien-aimé Sauveur
! Gloire à Dieu dont la parfaite providence dirige toutes choses
pour notre bien et pour sa gloire ! Et cela Jonas a dû l’apprendre.
Mais la patience de Dieu est grande et nous encourage à l’aimer
et le suivre de tout notre cœur.
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