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Deux vies contrastéesSebastien THERET
Sébastien Théret habite Solre-sur-Sambre où il développe différents ministères ; club d’enfants, diffusion biblique, etc. Engagé dans une assemblée de Frères à Hornu, il est le représentant de Promesses en Belgique. À la même époque, deux citoyens romains naissent au sein de l’Empire. Saul, issu d’une famille juive, voit le jour dans la ville de Tarse, au sud de la Turquie actuelle, tandis que Sénèque naît à Cordoue, en Espagne. Tous deux vont grandir et connaître les avantages d’une éducation intellectuelle privilégiée afin de les destiner à de hautes fonctions dans leur culture respective. Jeune, Sénèque se rend à Rome pour y devenir l’élève de plusieurs maîtres dont Attale, qui enseigne la philosophie stoïcienne1 . Quant à Saul, il étudie à Jérusalem auprès du rabbin Gamaliel (Act 22.3). Voilà deux personnes assoiffées d’idéal qui souhaitent vivre ce qu’elles emmagasinent et ne pas considérer qu’elles ont agi alors qu’elles ont seulement parlé. Saul et Sénèque s’engagent donc avec ardeur et enthousiasme, chacun dans la voie qui s’ouvre à lui ; l’un comme rabbin, docteur de la loi mosaïque, l’autre comme orateur éloquent, précepteur, conseiller à la cour impériale. Les deux chemins pris par ces deux contemporains illustrent les grandes différences entre la sagesse qui vient d’en haut, de Dieu, et celle qui provient de l’homme et de ses travaux. Convaincus de ce qu’ils ont reçu comme enseignements, ces deux hommes ne se ménagent pas pour en être de dignes représentants. Saul va jusqu’à pourchasser les chrétiens, dans l’église naissante, les faisant mettre en prison ou même à mort (Act 8.3 ; 9.1). Rien ne semble l’arrêter dans son zèle, dans son désir d’être fidèle à ce qu’il tient pour la vérité — non pas que les principes, ordonnances et préceptes de la Torah, des prophètes et des psaumes, soient erronés mais il n’en saisit pas l’essence même. Sénèque, dont la renommée grandit à Rome, doit faire face aux jalousies qui prévalent à la cour impériale. Il n’est pas facile de vivre en tant que philosophe conséquent avec le message que l’on porte aux alentours du trône du pouvoir temporel. Mais voilà que ces deux routes, semble-t-il toutes tracées, bifurquent et amorcent un virage inattendu. Saul est arrêté par Dieu à l’approche de la ville de Damas (Act 9). Par cette révélation divine, les écailles qui l’aveuglent tombent et il s’engage dès lors comme serviteur de Christ en laissant complètement tomber les honneurs et la reconnaissance qui auraient pu être siens. Quelques années plus tard, dans la cité romaine, à la suite de l’assassinat de l’empereur Caligula en 41, son successeur Claude exile Sénèque, le brillant orateur, en Corse, dans une retraite forcée loin des fastes du palais ; son éloignement durera huit années, bien longues pour cet homme de cour à la personnalité complexe, et conscient de ses contradictions. Sénèque n’est pas le fondateur du stoïcisme, mais l’un de ces plus illustres porte-drapeaux, du moins quant à l’une de ses facettes. Ainsi, il ne cherche pas la souffrance pour l’endurer avec courage. Non, il fait tout pour l’éviter et si elle s’invite de force, alors il cherche dans la sagesse humaine les ressources pour pouvoir lui faire face, la surmonter et atteindre le repos de l’âme par un apprentissage du contrôle de lui-même. Sénèque croit en l’homme. Il parle comme si la source du mal n’est pas vraiment dans la nature humaine (au contraire de Saul, devenu l’apôtre Paul de Romains 7). Sénèque écrit sur le bonheur, l’idéal d’une vie qui vaut la peine d’être vécue, sur les attitudes à avoir devant la mort, face aux épreuves de l’existence. Cependant, ses conseils qui paraissent parfois bons, ne sont souvent que des maximes, des belles pensées dont les hommes aiment à se souvenir mais qui ne donnent aucune force en elles-mêmes pour traverser l’épreuve. En 49, Sénèque est gracié et revient à Rome pour prendre la charge de précepteur auprès du fils de la nouvelle impératrice, Néron qui, sous son instigation, deviendra en 54, à l’âge de dix-sept ans, le nouvel empereur. Le philosophe est alors à l’apogée de sa carrière. Il est célèbre, riche, influent et ce jusqu’au sommet de l’empire. Pendant ce temps, Paul, l’ancien pharisien aux intéressantes perspectives d’avenir, parcourt les routes de l’empire, et ce dans des conditions difficiles (2 Cor 11.23-28), sans notoriété officielle (2 Cor 6.9), sans biens terrestres tout en enrichissant les autres de la vraie grâce de Dieu (2 Cor 6.10). Cette vie peu enviable de l’extérieur est pourtant riche et extraordinaire quant à sa relation avec Dieu et aux fruits qui en découlent. S’il rencontre l’adversité, il ne regrette en rien son appel à servir Christ quand bien même cela le conduit devant les tribunaux, et notamment dans la ville de Corinthe, lorsqu’il comparaît à la demande des Juifs, devant le frère aîné de Sénèque qui répond au nom de Gallion, alors sénateur et proconsul d’Achaïe (Act 18.12-17). En 60, comme prisonnier pour l’amour de Christ, Paul est incarcéré à Rome pour comparaître devant l’empereur en personne. Nous ne savons pas si Paul et Sénèque se sont rencontrés lors de ce séjour (voir encart), mais il est évident que Néron est complètement sorti du cadre de l’enseignement que son précepteur s’est efforcé de lui inculquer. En effet, Sénèque n’a pu, au fil des années, que constater la dérive de son ancien élève et son incapacité à contrôler ses excès grandissants et plus qu’inquiétants. À tel point qu’il a voulu se retirer de la cour, prendre de la distance, mais la permission de cette retraite lui fut refusée. Sénèque n’est pas un homme libre. Peut-être se déplace-t-il dans le palais et la ville sans être entravés par des liens au contraire de Paul (Phil 1.13), mais le seul homme libre des deux, affranchi du péché et des vanités de cette terre, c’est bien l’apôtre dont une des consolations est de savoir son disciple Timothée, son enfant quant à la foi, fidèle à l’enseignement qu’il lui a transmis. Après la libération de Paul, Néron, orgueilleux et vaniteux, s’enfonce dans la mégalomanie. En 64, il fait arrêter et mettre à mort les chrétiens de la ville en les accusant de l’incendie qui a ravagé la cité. L’année suivante, un complot se fomente pour éliminer cet empereur cruel. La tentative échoue et Néron en profite pour se débarrasser de Sénèque en lui donnant l’ordre de mettre fin à ses jours, ce que ce dernier fait en s’ouvrant les veines. Triste fin que celle de cet homme ayant couru après les honneurs et les richesses temporelles tout en se faisant le porte-parole d’une certaine forme de sagesse humaine. Quelle doit être son amertume en quittant ainsi la scène poussé par la folie meurtrière de celui qu’il a instruit en vain dans les voies de la raison humaine ? L’apôtre Paul, n’a pas été un orateur brillant et estimé (2 Cor 10.10), un homme de pouvoir. Il a plutôt choisi l’opprobre du Christ, l’estimant comme un plus grand trésor que tout ce qui est ici-bas (Phil 3.7-8). Il a combattu le bon combat et achève sa course terrestre avec l’approbation de Dieu (2 Tim 4.6-8) et l’assurance d’une vie éternelle en Christ.
Aujourd’hui les effets bénis de la vie et des travaux de l’apôtre sont manifestes, si bien qu’il est aisé de se dire qu’il a choisi la bonne voie. Mais à l’époque, à part lui et les chrétiens, combien auraient associé à son nom la mention d’une vie réussie ? Pourtant elle l’a bien été au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer, et pas seulement dans ses résultats posthumes. Pour qui suit fidèlement le Seigneur Jésus, il est une abondance de vie que le monde ne peut percevoir ni même soupçonner. Voulez-vous réussir votre vie, plutôt que de réussir dans la vie ? Suivez donc l’exemple de l’apôtre Paul qui nous invite dans son sillage :
1Le stoïcisme est une philosophie fondée par Zénon
dans la Grèce antique qui prône la recherche du bonheur dans
l'accomplissement de la vertu. L'homme, par ses efforts sur lui-même,
par le moyen de la raison et de la sagesse humaine, par une vie en harmonie
avec la nature, peut endurer et surmonter les difficultés de la
vie, avec un degré plus ou moins élevé d'indifférence,
et ce afin d'atteindre un état de félicité que les
épreuves et limites de l'existence terrestre ne perturbent plus. |
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