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Dossier
Introduction au Lévitique1Daniel Argaud
GénéralitésTroisième livre du Pentateuque, le Lévitique — du mot grec « Lévitikon » qui désigne ce livre dans la Septante2 — signifie « qui se rapporte aux lévites » ; on dirait aujourd’hui « qui se rapporte aux sacrificateurs » ou « aux prêtres ». Ce titre n’est pas très bien choisi parce que l’essentiel du livre s’adresse aussi souvent à l’Israélite or-dinaire qu’au lévite, tous deux concernés par le culte et la sanctification, sujets essentiels de l’ouvrage. Difficile à comprendre, le Lévitique est aujourd’hui trop souvent considéré comme réservé à une élite experte en typologie. Pourtant, à celui qui relit attentivement le Lévitique et l’Épître aux Hébreux qui en donne un commen-taire éclairant, ce livre apparaît d’une étonnante actualité. Date et auteurConduit par Moïse, le peuple qui vient de sortir d’Égypte va entrer dans le désert pour se diriger vers la Terre Promise. L’Éternel donne les instructions lévitiques au pied du Sinaï vers –1500. Il n’est pas expressément dit dans le livre que Moïse l’ait rédigé ou en ait dirigé la rédaction. Toutefois, son at-tribution à Moïse est formellement établie à plusieurs reprises par le Seigneur dans les évangiles (Matt 8.4 ; Marc 1.44 ; etc.).Genre littéraireDans l’A.T., Dieu s’adresse à l’homme sous différentes formes littéraires (par le style direct des textes de lois et de la prophétie, par le discours indirect de la narration ou des écrits de sagesse). Si le récit « pur » n’est pas totalement absent (Lév 24.10-16), la quasi-totalité du Lévitique est constituée de tex-tes « législatifs » (règles du culte, lois civiles et pénales) .Cette loi n’est cependant pas une parole désincarnée à la manière des manuels juridiques d’aujourd’hui : les ins-tructions sont souvent données sous une forme narrative très « pédagogique ». L’entrée en fonction des sacrifica-teurs (ch. 8 et 9), le Grand Jour des Expiations (ch. 16) — ordonné selon une « mise en scène » détaillée — en sont des exemples parmi d’autres. Dans la majeure partie de ce livre, Dieu explique à Moïse ou à Aaron comment diriger son peuple, d’où la fré-quence des expressions « l’Éternel parla à Moïse… » (on a dénombré 56 occurrences) ou « l’Éternel parla à Moïse et à Aaron » (Lév 11.1 ; 13.1 ; 15.1, etc.). Prenons deux exemples : l’un dans la vie quotidienne, l’autre
dans l’exercice du culte. But du livre et contenuDe la Genèse à Josué, le Lévitique s’insère dans un continuum chronologique, celui de la naissance d’Israël. Après avoir formé et délivré le peuple d’Israël (Gen 12.10 à Ex 19), Dieu lui révèle l’ensemble des lois qui vont régir sa vie (Ex 20 à Nom 10.10), et lui offre enfin la conquête d’un pays (Nom 10.10 à Josué 24). Ces trois élé-ments : un peuple, une série de lois, un pays, devaient faire d’Israël une « nation sainte ». Ces instructions, données dans un contexte historique et théologique précis (celui de la création et de la chute, des promesses faites à Abraham dans le livre de la Genèse ; de la rédemption et de l’alliance sinaïtique dans le livre de l’Exode), sont des mesures de grâce et de liberté destinées à aider Israël à faire face à l’engagement qu’il a pris devant Dieu. Il est appelé à vivre pleinement son identité de peuple racheté de l’esclavage pour servir le Dieu saint qui désire habiter au milieu de lui. Après la rédemption (livre de l’Exode), le culte et la sanctification sont donc les grands sujets du Lévitique. ? D’une façon générale, les rituels, qui semblent
aujourd’hui bien compliqués, visent à enlever les
obstacles intro-duits par l’impureté quotidienne et par le
péché. Plusieurs types de rituels sont ainsi institués
: Le but de ces deux derniers rituels était de rappeler : Le péché et la sanctification sont largement développés
dans le Lévitique. Seul l’homme est alors capable de discerner les lignes de démarcations inscrites dans la création et de la nom-mer. Mais, après la chute, au lieu de discerner, il confond ; au lieu de gérer la création, il la détruit. Cette entre-prise de « décréation » est manifeste. Pour preuve, les abominations stigmatisées dans le Lévitique : actes de transgression et de confusion (inceste, adultère, homosexualité…, Lév 18 à 20). Toutefois, s’il respecte les pres-criptions du Lévitique, Israël se sanctifie et se conforme aux ordonnances de la création. Ainsi, par les distinctions qu’elle opère, la sainteté réhabilite chez le croyant les facultés de discernement et l’introduit dans la vraie liberté. Si la conversion permet à l’homme de retrouver son humanité et sa place devant Dieu (l’obstacle du péché est levé), la sanctification lui permet de répondre à sa vraie vocation, là où Dieu le place .Dans l’A.T., les sacrifices pour le péché regardent en arrière sur ce qui a été commis ; la sanctification regarde en avant sur ce qu’il convient de faire pour plaire à Dieu. Dans le N.T., Pierre reprend le précepte de sainteté du Lé-vitique dans le domaine moral : « Soyez saints dans toute votre conduite » (1 Pi 1.15-16). Il rappelle l’identité du chrétien et la façon dont il doit se « conduire » (un des mots clés de l’épître) dans un monde hostile — on n’est pas loin du sens profond du Lévitique ! Dieu voulait faire d’Israël une nation de sacrificateurs (Ex 19.6). Mais après l’affaire du veau d’or, cette bénédic-tion est confiée à la tribu de Lévi (Nom 3.12-13,45 ; 8.14). Aujourd’hui, chaque croyant est sacrificateur devant Dieu. Cette fonction s’exerce à travers l’adoration, l’intercession et le service (Apoc 1.6). ? A ces rituels s’ajoutent des lois civiles et pénales accompagnées
de préceptes moraux — surtout dans les chapi-tres 18 à
27. Vus sous l’angle théologique en rapport avec la rédemption, sous l’angle social en rapport avec la famille et le prochain, ou sous l’angle économique et écologique en rapport avec le travail et la nature, les rituels du culte et les lois civiles et pénales ne sont pas sans intérêt pour le chrétien du XXIe siècle. Notre vocation retentit sur cha-que domaine de notre vie : comme adorateurs, comme membres d’une famille, comme consommateurs dans une économie devenue globale, comme travailleurs côtoyant telle ou telle catégorie professionnelle… Le plan du livreProposition de plan1. COMMENT S’APPROCHER DE DIEU : ch. 1 à
16 (= l’adoration publique) Commentaire- La première partie (ch. 1 à 16) introduite par l’expression
: « Et l’Éternel parla à …», traite
de l’aspect collectif de l’adoration, qui se déroule
essentiellement à la tente de la Rencontre. - La seconde partie, (ch. 17 à 27) introduite par l’expression
: « L’Éternel est celui qui vous sanctifie »
et : « Soyez saints, car moi je suis saint »5 se
déroule plutôt dans le camp ou dans la tente de l’Israélite.
Ce « code de sainteté » traite davantage de la sphère
individuelle et de la vie quotidienne. 1Parmi les commentaires de qualité publiés ces dernières décennies,
The Book of Leviticus, de G. J. Wenham, NICOT, Eerdmans, Grands Rapids,
1979, 362 p. reste l'ouvrage de référence. 4L'expression traduite par « sacrifice pour le péché » recouvre deux réalités bien différentes : - Un sacrifice destiné à ôter la souillure extérieure contractée lors d'activités légitimes (contact avec un mort, etc.). Dans ce cas, la personne n'a pas péché et il n'est pas dit : « Il lui sera pardonné ». Ces impuretés témoignent du dé-sordre introduit dans la création par le péché, d'où la nécessité d'une purification (ex. : Lév 15). - Un sacrifice pour expier des péchés commis « par ignorance » ou « par omission ». Ces sacrifices assuraient seule-ment un pardon temporaire, d'où la nécessité de les renouveler (Héb 10.11). 5La sainteté est une notion-clé du livre. Elle est illustrée aussi bien dans la première partie du livre, celle de l'adoration, que dans la seconde, celle de la vie quotidienne. C'est en l'observant dans la première et en la vivant dans la seconde que le peu-ple d'Israël peut être une nation sainte.
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