Former des responsables
Henri Lüscher
L'Église manque grandement de responsables qualifiés
et préparés à exercer divers ministères. Une
des tâches des anciens de l’église locale est de discerner
de futurs responsables dans le but de les former.
Moïse et Jéthro
Jéthro avait observé l’épuisement de son
beau-fils Moïse dans sa tâche de chef du peuple, et il lui
fit part de ses conseils (Ex 18.13-27). Cette portion de l'Écriture
est pleine de leçons pratiques pour nous aujourd'hui :
Les responsables, pasteurs, anciens, ne sont pas infaillibles. Peut-être
y a-t-il nécessité d'une réforme, d'une correction
dans la façon de diriger. Jéthro ne manque pas de faire
cette observation à son beau-fils : « Ce que tu fais n'est
pas bien. » (v 17)
Il intervient pour le bien de Moïse : « Tu t'épuiseras
toi-même, ainsi que ce peuple qui est avec toi, car la tâche
est trop lourde pour toi. » (v 18) La tâche est trop lourde
pour une personne seule. Le travail en solitaire, sans un collège
d'anciens et une équipe de diacres, épuise rapidement. D'autre
part, cette manière de faire renferme certains dangers : tendance
à l'autoritarisme, manque de diversité dans les dons et
la sensibilité, risque d'introduire des doctrines étrangères
à la Parole, etc.
Il fallait expliquer au peuple la nécessité de déléguer
des responsabilités à une équipe d'hommes qualifiés
moralement. Il était nécessaire de discerner et choisir
des hommes de confiance, capables de seconder Moïse dans sa tâche
de juge. Il fallait des « hommes de valeur pour les établir
à la tête du peuple » (v. 24-26). Il en est de même
aujourd'hui. Les dirigeants doivent former de nouveaux conducteurs «
de valeur ».
Jésus et ses disciples
Jésus, modèle de « berger » parfait, avait
choisi et formé ses disciples (Marc 3.13-14 ; Luc 6.12-16). Il
était le formateur par excellence. Suivons-le dans le choix et
la formation de responsables :
Il les choisit d'abord pour « être avec lui »
(Marc 3.13). La communion avec Jésus est capitale. Pas
de service efficace sans communion avec le Seigneur. Il passe également
du temps avec eux : pour une retraite loin de tout bruit (Mat 15.21, Marc
7.24) et dans ses déplacements qui durent parfois plusieurs mois
(Marc 7.3, 8.10, 27) ;
Il prie pour eux : avant de les choisir (Luc 6.12-16),
pour qu'ils soient gardés de tomber dans les tentations (Luc 22.32),
pour leur protection (Jean 17.11-12), pour leur sanctification (Jean 17.17),
pour leur unité (Jean 17.11, 21-22) et pour leur croissance dans
la connaissance de Dieu (Jean 17.24, 26) ;
Il les enseigne (Jean 13-17) et leur explique souvent
les paraboles en particulier (Mat 13.51) ;
Il leur assigne des tâches spécifiques (Marc
6.39, 43), une mission (Mat 28.18-20). Mais il les suit dans leurs engagements,
en évaluant leur travail (Mat 10.5-20) ;
Il les exhorte et les reprend à cause de leurs
faiblesses: manque de foi (Marc 4.40, Luc 8.25), incompréhension
(Mat 16.23), peu de charité (Luc 9.55), violence (Luc 22.51) ;
Il leur apprend à reprendre le frère
qui pèche (Mat 18.15-22) , mais aussi à lui pardonner
(Mat 16.21-22). L'éducation à la discipline est toujours
de rigueur.
Les apôtres et la formation des conducteurs
A l'instar de leur Maître, les apôtres ont procédé
de la même façon.
Paul et Barnabas, dans leur premier voyage missionnaire, amènent
Jean-Marc avec eux (Act 13.5) ;
Après la séparation de Paul et Barnabas, le premier prend
Silas avec lui pour son second voyage (Act 15.39-40), tandis que Barnabas
fait équipe avec Jean-Marc (Act 15.39-40) ;
Un peu plus tard, Paul trouve un jeune frère, Timothée,
et voyant sa fidélité et ses capacités, il l'emmène
avec lui pour l'intégrer à son équipe (Act 16.1-3)
;
Sept frères font route avec Paul (Act 20.4) et seront formés
par lui au cours de ce voyage. Ces mêmes frères pourraient
avoir bénéficié de son enseignement pendant deux
ans à Ephèse.
Ainsi, Paul discernait des frères capables et qualifiés
moralement, puis les formait. Cette stratégie apparaît clairement
dans la recommandation que Paul fit à Timothée au sujet
d’une œuvre qui touchait quatre générations :
Paul, Timothée, ceux que Timothée devait former, et la génération
qui suivait ces derniers :
« Ce que tu (2ème génération) as entendu de
moi (1ère génération), en présence de beaucoup
de témoins, confie-le à des hommes (3ème génération)
fidèles qui soient capables de l'enseigner aussi à d'autres
(4ème génération). » (2 Tim 2.2)
Qualifications des anciens et des diacres
Les anciens, et dans une certaine mesure les diacres, assument des responsabilités,
prennent des décisions, portent des fardeaux, répondent
de tout cela devant Dieu (Héb 13.17) et devant ceux qui leur demandent
raison de leurs actes et de leurs paroles (1 Pi 3.15). Leur formation
se déroule sur divers plans: spirituel, moral, social, humain.
Nous trouvons la description de leurs différentes qualités
dans 1 Tim 3.1-7 ; 2 Tim 2.2-3, 24-25 ; Tite 1.5-91 ; 1 Pi 5.1-3 et Héb
13.17.
Leurs qualifications spirituelles
- Leur amour pour le Seigneur (Mat 22.37-38) ,
- Leur amour pour la Parole de Dieu (Ps 119, 1 Tim 4.6). Il est nécessaire
de la méditer, l'étudier, se laisser imprégner par
elle et lui obéir,
- Leur fidélité et leur attachement à Dieu et à
sa Parole (Jean 15.4-5) ,
- Leur vie de prière et de communion avec le Seigneur (1 Thes 5.17)
,
- Leur foi et leur confiance en Dieu (Héb 11.6) ,
- Leur stabilité doctrinale (1 Tim 3.9) ,
- Leur vigilance (Act 20.28) : nos trois ennemis sont le diable, le monde
et la chair. Il faut rester constamment vigilant,
- Leur aptitude à la souffrance (2 Tim 2.3).
Leurs qualifications morales
Elles doivent apparaître dans la marche de chacun d’eux avec
le Seigneur, dans leur vie par l'Esprit . L’ancien ou le diacre
est :
- irréprochable (1 Tim 3.2 ; Tite 1.7),
- sobre (aussi sur le plan psychologique : ne pas se laisser entraîner
par des idées, des émotions extrêmes ; stable) (1
Tim 3.2),
- modéré, sensé (prudent dans ses agissements, ne
jugeant pas hâtivement) (1 Tim 3.2),
- réglé dans sa conduite (1 Tim 3.2),
- pas adonné au vin (1 Tim 3.3),
- pas violent (1 Tim 3.3),
- indulgent (sachant céder, équitable) (1 Tim 3.3),
- pacifique (1 Tim 3.3),
- désintéressé (1 Tim 3.3),
- humble (pas enflé d’orgueil) (1 Tim 3.6),
- pas arrogant (Tite 1.7),
- pas coléreux (Tite 1.7),
- honnête (1 Tim 3.4),
- ami des gens de bien (Tite 1.8),
- juste (Tite 1.8),
- maître de soi, tempérant (Tite 1.8),
- affable envers tous (2 Tim 2.24-25),
- patient (2 Tim 2.24-25).
Leurs qualifications familiales
- mari d’une seule femme (fidèle à sa femme, par contraste
avec la polygamie) (1 Tim 3.2 ; Tite 1.6),
- dirigeant bien sa propre maison (1 Tim 3.4),
- offrant un foyer hospitalier (1 Tim 3.2),
- tenant ses enfants dans la soumission avec une parfaite dignité
(honnêteté) (1 Tim 3.4),
- ayant des enfants fidèles, ni débauchés, ni rebelles
(Tite 1.6).
Leurs qualifications sociales
- ayant une bonne réputation auprès des non-chrétiens
(1 Tim 3.7),
- irréprochable (face à la loi civile, morale, et par rapport
aux normes courantes du comportement) (1 Tim 3.2 ; Tite 1.7).
? Les qualifications additionnelles propres au ministère d’ancien
- capable d’enseigner (1 Tim 3.),
- capable d’exhorter (Tite 1.9),
- capable de réfuter les contradicteurs (Tite 1.9),
- capable de redresser avec douceur les adversaires (2 Tim 2.25),
- capable de servir de bon gré (1 Pi 5.2).
Leurs qualités humaines à tous (anciens, diacres,
et responsables de divers services)
La liste ci-dessous, sans être exhaustive, en indique quelques-unes.
Nous n’avons pas cherché de passages bibliques à l’appui.
Nous pensons simplement que ces compétences seraient souhaitables
et que l’on peut les acquérir, mais sans forcément
les posséder toutes. Cette liste pourra simplement ouvrir quelques
pistes de réflexion. Un responsable :
- a le sens de ses responsabilités et les assume jusqu'au bout,
- est fiable, crédible, un homme (une femme) de parole,
- jouit d’une autorité reconnue : sans s'imposer, il est
pris au sérieux à cause de sa compétence, de sa personnalité
et de son statut, mais surtout parce qu'il est un modèle,
- est endurant et persévérant,
- est discret,
- est créatif,
- gère bien son temps,
- est capable de se mettre à la place de l'autre (empathie) en
discernant et en comprenant les besoins fondamentaux de ses équipiers,
- est enthousiaste tout en restant équilibré,
- est capable de communiquer,
- … de motiver ses collaborateurs,
- … d'organiser (concevoir des programmes, planifier, déléguer,
contrôler, etc.),
- … de déléguer des responsabilités,
- … de travailler en équipe.
Encore quelques points de repère
Comme il faut s’assurer que le troupeau soit nourri, protégé,
restauré collectivement (prédications, études, exhortation,
édification, etc), et individuellement (visites, cure d’âme,
instruction, exhortation, etc), dans le cas de futurs anciens, le soin
apporté au choix du responsable est primordial.
Le ministère d’ancien s'exerce dans la collégialité
et l’aptitude de celui-ci à travailler en équipe est
indispensable. Ce ministère exige du temps, de l’énergie,
une préparation personnelle, parce qu’il implique une formation
continue d’une part, et une disponibilité envers les collaborateurs
et le troupeau.
L’épouse joue un rôle primordial. Son foyer est ouvert.
Elle s’engage de tout son cœur avec son mari pour partager
ce fardeau.
La gestion des affaires du peuple de Dieu, l'Église, Corps de Christ,
est une grande et noble tâche. C'est aussi un honneur de pouvoir
accomplir un ministère d’ancien (1 Tim 3.1), mais quelle
que soit notre fonction, nous sommes exhortés à marcher
d’une manière digne du Seigneur pour lui plaire à
tous égards (Col 1.10).
L'accompagnement du formateur
Prenant comme modèle Jésus, le formateur passe du temps
avec le responsable pour l'instruire, le suivre, en évaluant son
travail. Il lui confie des responsabilités en lui montrant comment
il doit affronter sa nouvelle tâche. Il fixe un cahier des charges
et un programme, d’entente avec lui. Il contrôle et corrige
si nécessaire ses tâches. Il lui donne les moyens nécessaires
pour se former (cours bibliques, séminaires, éléments
bibliques pour la relation d’aide, éléments bibliques
pour la communication, ouvrages, brochures, documents, etc).
Mot de la fin
Former des responsables, c'est préparer l'avenir de l'Église.
Cette démarche est biblique et ne s’improvise pas. Jésus
l'a fait, Paul a suivi ses traces, et l'église locale qui néglige
cette formation perdra une génération précieuse de
responsables. C'est aussi un ordre que nous donne la Parole de Dieu avec
insistance (2 Tim 2.22). Que Dieu nous fasse la grâce de nous occuper
de la relève, de la jeune génération qui attend notre
main tendue pour la former de façon biblique. Que Dieu suscite
une nouvelle génération d'hommes de Dieu pour diriger l'Église
de demain. Levons-nous et construisons avec elle.
|
|