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Sommaire du n° 116 avr - jun 2010

 



LA GLOIRE DE DIEU ET NOUS

Wayne Denny

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Wayne Denny est américain. Avec sa femme Hilary et leur fille Addy, ils vivent depuis quelques mois en région parisienne pour apprendre le français en vue de travailler au Sénégal dans une école biblique. Wayne est diplomé du Dallas Theological Seminary

Une femme demande à son mari : « Cela fait longtemps que tu ne m’as pas dit que tu m’aimes. M’aimes-tu encore ? » Il lui répond : « Je te l’ai dit quand on s’est mariés ; je te le dirai si cela change. » Quelle réponse stupide ! Ce qui est vraiment important gagne à être répété, même si rien n’a changé.

De même, la Bible contient des thèmes centraux, qu’il est facile de considérer comme allant de soi, mais qu’il faut rappeler. Un de ces thèmes est « la gloire de Dieu ».

Notre salut et la gloire de Dieu

À la question : « Pourquoi Dieu nous a-t-il sauvés ? », nous répondrions probablement : « Parce que Dieu nous aime ». Et c’est vrai. Mais il y a une autre réponse, tout aussi vraie, et qu’on entend moins souvent : c’est que Dieu s’aime lui-même.

De nombreux versets parlent de l’amour de Dieu pour lui-même :

– « C’est de lui, par lui, et pour lui que sont toutes choses. À lui la gloire dans tous les siècles ! » (Rom 11.36)

– « En lui [le Fils] ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui. » (Col 1.16)

Ces versets montrent que, au bout du compte, tout dans le monde existe pour la gloire de Dieu.

Ce but ultime de la création a des conséquences très concrètes pour nous : « Soit donc que vous mangiez, soit que vous buviez, soit que vous fassiez quelque autre chose, faites tout pour la gloire de Dieu. » (1 Cor 10.31) Gardons à l’esprit que tout a été créé pour la gloire de Dieu et reflétons dans notre comportement ce but : contribuer à la gloire de Dieu.

C’est aussi pour contribuer à sa gloire que Dieu a élargi le salut aux non-Juifs : « D’abord, le Christ est venu se mettre au service des Juifs pour montrer que Dieu est fidèle en accomplissant les promesses faites à leurs ancêtres ; ensuite, il est venu pour que les non-Juifs, de leur côté, louent Dieu à cause de sa bonté. » (Rom 15.8-9) Dieu a envoyé Jésus parce qu’il voulait davantage d’adorateurs. Bref, Dieu nous a sauvés pour sa gloire.

Cette idée est également présente de façon très claire dans certains passages de l’A.T. Ces textes concernent directement Israël et non pas l’Église ; mais au-delà des différences, le but d’Israël et celui de l’Église sont le même : glorifier Dieu.

– En 1 Samuel 12, Israël a péché en demandant un roi. Le peuple supplie Samuel : « Intercède pour tes serviteurs auprès de l’Éternel ton Dieu afin que nous ne mourions pas, car nous avons ajouté à toutes nos fautes celle de demander un roi pour nous. » Mais Samuel rassure le peuple : « Soyez sans crainte ! Oui, vous êtes bien coupables de ce mal, mais ne vous détournez pas de l’Éternel et servez-le de tout votre cœur. » Puis il donne la raison pour laquelle Dieu ne les abandonnera pas : « Il a plu à l’Éternel de faire de vous son peuple. C’est pourquoi il ne vous abandonnera pas, car il tient à faire honneur à son grand nom. »

– En Ézéchiel 20, Dieu rappelle pourquoi il a sauvé son peuple dans le désert : « La communauté d’Israël s’est révoltée contre moi dans le désert, ils n’ont pas vécu selon mes lois et ils ont rejeté mes commandements qui font obtenir la vie à celui qui les applique. Je me suis proposé alors de déchaîner ma colère contre eux dans le désert pour les exterminer. Mais j’ai agi par égard pour ma renommée, pour que je ne sois pas méprisé par les nations sous les yeux desquelles je les avais fait sortir d’Égypte. »

– En Ézéchiel 36.21, Dieu reprend le même motif : « J’ai eu égard à ma sainte personne que la communauté d’Israël a déshonorée parmi les nations où elle s’est rendue. C’est pourquoi, dis à la communauté d’Israël : Voici ce que dit le Seigneur, l’Éternel : Si je vais intervenir, ce n’est pas à cause de vous que je le fais, ô communauté d’Israël, mais c’est par égard pour moi-même, moi qui suis saint et que vous avez déshonoré parmi les nations chez lesquelles vous êtes allés. Je démontrerai ma sainteté, moi qui ai été déshonoré parmi les nations par votre faute, et ces nations reconnaîtront que je suis l’Éternel — le Seigneur, l’Éternel, le déclare — quand je ferai éclater ma sainteté à leurs yeux par mon œuvre envers vous. Je vous retirerai des nations, je vous rassemblerai de tous les pays étrangers et je vous ramènerai dans votre pays. »

Ces textes pourraient conduire à se poser la question : Dieu serait-il égoïste ? On cite plus volontiers des versets concernant l’amour de Dieu pour nous que ces versets sur l’amour de Dieu pour lui-même. Sans doute est-ce parce que ces textes nous paraissent bizarres. Ils semblent :

– contredire l’amour de Dieu pour nous,

– être à l’opposé de la définition biblique de l’amour qui « ne cherche pas son propre intérêt » (1 Cor 13.5),

– présenter Dieu comme quelqu’un d’égocentrique : si un homme parlait comme Dieu parle dans ces versets, on le traiterait d’égoïste et d’orgueilleux ; il nous semble en effet impossible que quelqu’un cherche sa propre gloire et le bien des autres en même temps.

Mais Dieu est un cas unique. Lui seul peut chercher, en même temps et sans contradiction, sa propre gloire et le bien d’autres personnes. Plus encore, si Dieu ne s’aime pas lui-même en cherchant sa propre gloire, il ne peut pas nous aimer. Chercher sa propre gloire, c’est la manière dont il nous aime.

C.S. Lewis a bien illustré ce paradoxe. Avant de devenir chrétien, il a longtemps buté sur ce sujet. Pour lui, Dieu semblait toujours chercher les compliments : dis-moi combien je suis beau ; dis-moi combien je suis intelligent. Mais ensuite il a pu écrire : « L’essentiel, à propos de la louange — qu’elle concerne Dieu ou d’autres choses — m’échappait curieusement. Pour moi, cela se résumait à dire des compliments, à approuver, à rendre honneur à quelqu’un. Je n’avais pas encore remarqué que tout bonheur déborde spontanément en louanges. Le monde résonne de louanges, l’amoureux complimente l’être aimé, le lecteur fait l’éloge de son poète favori, le promeneur s’extasie devant un paysage, le joueur s’enthousiasme pour son jeu préféré… Ma difficulté à adorer Dieu provenait de mon refus stupide d’admettre, devant celui qui est estimable par excellence, la joie que nous éprouvons à faire certaines choses, joie qui d’ailleurs motive toutes nos actions. Je pense que nous prenons plaisir à louer ce qui nous procure du bonheur parce que la louange ne se contente pas d’exprimer le plaisir ressenti, mais qu’elle le complète. »

Ainsi, quand Dieu nous donne l’ordre de le louer, il exige de nous un acte que nous faisons régulièrement pour d’autres objets auxquels nous attachons de la valeur. De plus, l’acte de louer la chose de valeur est essentiel à la joie que nous en éprouvons. Les louanges sont l’aboutissement de notre joie.

Pour mieux comprendre cette idée, reportez-vous en 1998 quand la France a gagné la Coupe du monde de football. Imaginez qu’avant le match, quelqu’un soit venu vous voir et vous ait dit : « J’ai deux tickets pour la finale et tu peux y aller gratuitement avec un ami, mais à une condition : il faut que tu gardes le silence. Si la France marque, il faut rester silencieux. Si la France gagne, tu ne peux pas crier. Mais, profite bien de ton match quand même ! » Quelle situation ridicule ! Comment puis-je voir mon équipe préférée gagner et garder le silence ? Or quel est plus grand, un match de foot ou Dieu ? Nous louons naturellement des choses de moindre grandeur, et il n’y a rien de plus grand que Dieu. Alors, quand Dieu nous ordonne de le louer, il nous amène à trouver par là l’aboutissement de notre joie.

Notre joie et la gloire de Dieu

Notre joie a une place de choix dans la manifestation de la gloire de Dieu. Cette déclaration peut sembler étrange. Nous venons de voir qu’il n’y a rien de plus important que la gloire de Dieu. Pourquoi maintenant parler de notre joie ?

La Bible ne considère pas notre joie comme quelque chose de superflu : elle l’ordonne même :

– « Mes frères, réjouissez-vous de tout ce que le Seigneur est pour vous. » (Phil 3.1)

– « Goûtez et constatez que l’Éternel est bon ! » (Ps 34.9)

La Bible dit aussi que chercher le bonheur ailleurs qu’en Dieu est un péché : « Cieux, étonnez-vous-en, soyez-en horrifiés et consternés, déclare l’Éternel. Car mon peuple a commis un double mal : il m’a abandonné, moi, la source d’eaux vives, et il s’est creusé des citernes, des citernes fendues et qui ne retiennent pas l’eau. » (Jér 2.12-13) Déjà en Deutéronome 28, Moïse avait averti Israël des malédictions qui les attendaient s’ils désobéissaient : « Toutes ces malédictions viendront sur toi […] pour n’avoir pas, au milieu de l’abondance de toutes choses, servi l’Eternel, ton Dieu, avec joie et de bon cœur. » (Deut 28.45-47)

À notre salut est associée une joie « qu’aucune parole ne saurait exprimer » (1 Pi 1.8) mais qui implique des émotions. Dieu ne veut pas d’adorateurs qui répèteraient froidement des paroles de louange ; il cherche des cœurs reconnaissants et remplis d’allégresse.

Illustrons ce point : la Bible demande aux maris d’aimer leur femme. Imaginez qu’un jour j’arrive avec un beau bouquet pour mon épouse. Surprise, elle me demande : « Merci, qu’il est beau ! Mais pourquoi m’offres-tu ces fleurs ? » Si je réponds : « C’est mon devoir ; comme je suis ton mari, il faut que je fasse quelque chose que tu aimes », que penseriez-vous de ma femme ? Vous vous diriez : elle ne doit pas être exceptionnelle pour lui, parce qu’il ne lui montre pas de sentiments. Mais si je réponds : « Je t’ai apporté ces fleurs parce que je t’aime ; c’est ma joie d’être avec toi », elle ne me jugera pas égoïste d’évoquer ma joie. Sa joie vient de ma joie.

Le même principe opère quant à nos actes pour Dieu. Si on loue Dieu simplement parce qu’il l’exige, Dieu ne sera pas glorifié. Mais, si on le sert parce qu’il nous remplit de joie, il reçoit la gloire qui lui revient.

Quelques conséquences

1. Le fondement de l’amour de Dieu pour nous n’est pas nous-mêmes, mais sa gloire. Illustrons cette idée : mon entraîneuse de basket est sénégalaise. Elle s’intéresse particulièrement à ma femme et à moi. Cela n’est pas lié à mon jeu (je ne suis pas, de loin, le meilleur joueur de notre équipe), mais à un centre d’intérêt commun : le Sénégal. Et pour moi, c’est beaucoup mieux ainsi : si son intérêt était lié à mes capacités pour le basket, il irait diminuant parce que mes capacités diminuent chaque année. Mais notre intérêt commun pour le Sénégal, lui, va perdurer.

De même, l’amour de Dieu pour nous n’est fondé ni sur nos capacités ni sur rien d’autre d’inhérent à notre personne. Tant mieux, car sinon il pourrait diminuer. Mais comme l’amour de Dieu envers nous est fondé sur le désir de glorifier son nom, son amour ne va jamais s’affaiblir parce que Dieu reste éternellement digne de gloire.

2. Notre salut n’est pas qu’une démonstration de son amour pour nous, mais aussi une démonstration de sa gloire dans laquelle éclatent sa justice, sa puissance, sa miséricorde. En le célébrant, ne nous limitons pas au fait que Dieu nous a sauvés de l’enfer, mais rappelons-nous qu’il nous a sauvés pour lui-même, afin que désormais nos yeux soient fixés sur lui.

3. Si la gloire de Dieu est ce qui importe le plus, comment la montrer ? En puisant notre joie en lui, en montrant que nous trouvons en lui plus de satisfaction que tout ce qu’offre le monde (l’argent, les louanges des hommes, etc.), en prouvant que notre religion n’est pas qu’un rituel, mais avant tout une relation vivante avec un Dieu glorieux.

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