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Promesses 174 – Dossier
Un Psaume messianique : Psaume 40
Frédéric Jean
| Frédéric Jean, la quarantaine, travaille en Allemagne dans
la chimie, tout en s’impliquant dans l’enseignement biblique, en
particulier envers les jeunes. Il est marié et père de cinq garçons. |
Les Psaumes messinaiques
Que comprenons-nous derrière l’expression « Psaumes messianiques
» ?
Au soir de sa résurrection, le Seigneur Jésus explique à ses disciples
qu’il fallait que soit accompli tout ce qui était écrit de lui dans
la loi de Moise, dans les prophètes et dans les Psaumes (Luc 24.44).
Par cette référence, Jésus confirme le fait que certains Psaumes portent
un caractère particulier de Psaumes « messianiques », en ce qu’ils parlent
de façon directe du Messie promis au peuple d’Israël.
Parallèlement, on pourrait étendre le concept aux « textes messianiques
tirés du Pentateuque » ou aux « prophéties messianiques tirées des prophètes
». En général, le caractère messianique d’un texte de l’Ancien Testament
est avéré, quand un ou plusieurs auteurs du Nouveau Testament citent
ce texte en relation avec le Messie. Par extension, d’autres parties
de la Bible portent ce caractère, sans être spécifiquement « accréditées
comme telles » par le Nouveau Testament. Il nous faut ici beaucoup de
discernement et de sagesse dans l’interprétation des Écritures, car
on risque, dans une recherche trop poussée de typologie, de vouloir
rendre messianique un passage qui ne le serait pas. Au-delà d’une lecture
directe, historique des Psaumes, nous pouvons en relire certains en
cherchant à y trouver ce qui annonce par avance Jésus.
Au cours de son enseignement, Jésus a souvent cité lui-même des
Psaumes, afin d’illustrer ou d’établir une vérité
– Mat 21.16 : « Tu as tiré des louanges de la bouche des enfants et
de ceux qui sont à la mamelle. » (Ps 8.2)
– Mat 5.5 : « Heureux les humbles de cœur, car ils hériteront la terre !
» (Ps 37.11)
– Jean 6.31 : « Il leur donna le pain du ciel à manger. » (Ps 78.24)
Jésus nous montre ainsi que la lecture des Psaumes constitue une très
riche nourriture spirituelle.
Mais il va plus loin, quand il reconnaît le caractère messianique de
certains Psaumes :
– Marc 12.36 : Il cite un psaume qui annonce la gloire du Messie : «
David lui-même, animé par l’Esprit-Saint, a dit : “Le Seigneur a dit
à mon Seigneur : ‘Assieds-toi à ma droite, Jusqu’à ce que je fasse de
tes ennemis ton marchepied.’” » (Ps 110.1)
– Jean 15.25 : Il évoque la souffrance du Messie : « Mais cela est arrivé
afin que s’accomplisse la parole qui est écrite dans leur loi : “Ils
m’ont haï sans cause.” » (Ps 35.19)
– Jean 13.18 : Il annonce la trahison de Judas : « Il faut que l’Écriture
s’accomplisse : “Celui qui mange avec moi le pain a levé son talon contre
moi.” » (Ps 41.9)
– Luc 20.17 : Il démasque le rejet des chefs religieux à son égard :
« La pierre qu’ont rejetée ceux qui bâtissaient est devenue la principale
de l’angle. » (Ps 118.22)
N’est-ce pas touchant d’entendre Jésus parler de lui-même, à travers
ces citations de Psaumes ?
Cette introduction — que l’on pourrait compléter par de nombreuses
citations des Actes et des Épîtres — nous conduit à parcourir ensemble
un de ces Psaumes messianiques, cité dans le Nouveau Testament en Hébreux
10. 5-7 : le Psaume 40.
Psaume 40
« J’avais mis en l’Éternel mon espérance ; Et il s’est incliné vers
moi, il a écouté mes cris. » (v.1)
Comme souvent dans les Psaumes, le premier verset peut être lu comme
un résumé ou une introduction à ce qui suit. L’humanité parfaite du
Seigneur marchant sur la terre, sa dépendance et sa patience, sa souffrance,
sont évoquées là et se retrouvent dans les versets qui suivent.
« Il m’a retiré de la fosse de destruction, du fond de la boue ;
Et il a dressé mes pieds sur le roc, il a affermi mes pas. Il a mis
dans ma bouche un cantique nouveau, une louange à notre Dieu. » (v.
2-3a)
Le Psaume commence par la résurrection et la louange. Nous pensons
à Jésus victorieux. Après l’abîme de la mort, évoquée dans des expressions
qui rappellent celles qu’utilisait Jonas dans le ventre du grand poisson,
la stabilité d’une vie qui demeure à toujours s’appuie sur le roc.
Et si nous sommes nous-mêmes au fond d’un puits ou dans un bourbier,
nous pouvons penser à celui qui en est sorti victorieux.
« Beaucoup l’ont vu, et ont eu de la crainte, et ils se sont confiés
en l’Éternel. » (v. 3b)
De nombreux témoins oculaires de sa résurrection ont vu et ont cru.
C’est le cas de Jean, « l’autre disciple », entrant dans le tombeau
vide (Jean 20.8) ou de Thomas face aux marques des clous et de la lance
(Jean 20.28).
« Heureux l’homme qui place en l’Éternel sa confiance, Et qui ne
se tourne pas vers les hautains et les menteurs ! » (v. 4)
Nous entrevoyons la confiance de Christ comme homme. Il n’était
pas tourné vers les orgueilleux, lui qui était « doux et humble de cœur »
(Mat 11.29).
« Tu as multiplié, Éternel, mon Dieu ! Tes merveilles et tes desseins
en notre faveur ; Nul n’est comparable à toi ; Je voudrais les publier
et les proclamer, Mais leur nombre est trop grand pour que je les raconte. »
(v. 5)
Ses œuvres et ses pensées sont merveilleuses. L’apôtre s’écriera
dans une doxologie : « Ô profondeur de la richesse, de la sagesse et
de la science de Dieu ! » (Rom 11.38) Jean dira aussi des œuvres du
Seigneur : « Si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde
même pourrait contenir les livres qu’on écrirait. » (Jean 21.25) Jésus
dira aussi : « Le Père aime le Fils et lui montre toutes les choses
qu’il fait lui-même, et il lui montrera des œuvres plus grandes que
celles-ci afin que vous soyez dans l’admiration. » (Jean 5.20, Darby)
Partageons-nous cette admiration ?
« Tu ne désires ni sacrifice ni offrande, Tu m’as ouvert les oreilles ;
Tu ne demandes ni holocauste ni victime expiatoire. » (v. 6)
Jésus était le « plaisir de Dieu » sur la terre, au-dessus des quatre
formes de sacrifice qui nous sont décrites dans le début du livre du
Lévitique et qui sont rappelées ici. À deux reprises, lors de son baptême
et sur la montagne de la transfiguration, Dieu fait entendre sa voix
: « Celui-ci est mon Fils bien aimé en qui j’ai trouvé mon plaisir.
»
L’humanité de Christ est soulignée dans l’expression : « Tu m’as ouvert
les oreilles », traduite par : « Tu m’as formé un corps » dans la traduction
des Septante citée en Hébreux 10.5. Outre le fait que les Septante aient
probablement choisi ici un mode de traduction dit « par équivalence
dynamique » et non pas mot à mot, il est touchant d’entrevoir que toute
l’humanité du Seigneur Jésus — « Tu m’as formé un corps » — se caractérisait
par son écoute, son obéissance, sa soumission à son Père — « Tu m’as
ouvert des oreilles ».
Son corps d’homme parfait est présenté comme sacrifice, ultime ressource
quand le sacrifice de prospérité, l’offrande de gâteau, l’holocauste
et le sacrifice pour le péché ne nous sont plus « demandés ».
« Alors je dis : “Voici je viens” » (v. 7a)
Joseph dit : « Me voici » quand son père veut l’envoyer vers ses
frères (Gen 37.13). Ésaie dit : « Me voici, envoie moi » quand Dieu
demande : « Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous ? » (És 6.8)
David « se leva de bon matin, […] prit sa charge, et partit » quand
Isaï son père lui demanda d’aller voir ses frères (1 Sam 17.17,20).
Joseph et David, par divers traits de leur caractère et par les expériences
de leur vie (par exemple leur rejet par leurs frères), annoncent par
avance celui qui, encore mieux qu’eux, dira : « Voici je viens. »
« Il est écrit de moi dans le rouleau du livre. C’est mes délices,
ô mon Dieu, de faire ce qui est ton bon plaisir, Et ta loi est au fond
de mon cœur. » (v. 7b-8)
Quand Jésus dit à ses disciples étonnés, devant le puits de Sichar
: « Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m’a envoyé et
d’accomplir son œuvre » (Jean 4.34), c’est un peu comme s’il citait
ce texte du Psaume 40 pour lui-même. Et voilà que ce même verset fait
référence à un autre rouleau, un autre livre, celui de la loi. C’est
comme une chaîne qui commence dans le Pentateuque, passe par le Psaume
40 et se termine dans les Évangiles et l’Épitre aux Hébreux. Jésus dira
: « Si vous croyiez Moïse, vous me croiriez aussi, parce qu’il a écrit
à mon sujet. » (Jean 5.46)
« J’annonce la justice dans la grande assemblée ; Voici, je ne ferme
pas mes lèvres, Éternel, tu le sais !Je ne retiens pas dans mon cœur
ta justice, Je publie ta vérité et ton salut ; Je ne cache pas ta bonté
et ta fidélité dans la grande assemblée. » (v. 9-10)
Jésus est le vrai témoin fidèle. Sa vie se caractérise par la perfection.
Au cours de son ministère il ne se lassait pas : « Selon sa coutume,
il se mit encore à enseigner [la foule]. » (Marc 10.1) Dans les tout
derniers jours avant la croix, « tout le peuple, dès le matin, se rendait
vers lui dans le temple pour l’écouter. » (Luc 21.38)
Jésus a fait une « belle confession devant Ponce Pilate » (1 Tim 6.13).
Il n’a pas hésité non plus devant le souverain sacrificateur, alors
qu’il savait quel déchaînement de violence ses paroles allaient provoquer
: « Tu l’as dit. De plus, je vous le déclare, vous verrez désormais
le Fils de l’homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant
sur les nuées du ciel. » (Mat 26.64) Jésus unifie admirablement dans
cette seule phrase deux textes messianiques complémentaires : le Psaume
110.1 (« assis à la droite de la puissance ») et Daniel 7.13 (« Sur
les nuées des cieux arriva quelqu’un de semblable à un fils de l’homme »).
La situation s’est retournée : Jésus devient le juge et l’assistance,
l’accusée. C’est comme si Jésus donnait, à la dernière heure de son
ministère, la clef de l’expression qu’il aimait tant utiliser pour se
désigner lui-même : « le fils de l’homme » (79 fois dans sa bouche).
« Toi, Éternel ! tu ne me refuseras pas tes compassions ; Ta bonté
et ta fidélité me garderont toujours.Car des maux sans nombre m’environnent ;
Les châtiments de mes iniquités m’atteignent, Et je ne puis en supporter
la vue ; Ils sont plus nombreux que les cheveux de ma tête, Et mon courage
m’abandonne. » (v. 11-12)
Ce Psaume, qui a introduit Christ comme un sacrifice, le présente
maintenant comme celui qui a porté nos péchés sur lui, les prenant à
son compte. Il est semblable au bouc azazel (le bouc qui s’en va, ou
le bouc-émissaire), qui recevait l’imposition des mains du sacrificateur
sur sa tête. Ce dernier y confessait toutes les iniquités et toutes
les transgressions du peuple que le bouc portait au désert (Lév 16.
20-23).
« Veuille me délivrer, ô Éternel ! Éternel, viens en hâte à mon
secours !Que tous ensemble ils soient honteux et confus, Ceux qui en
veulent à ma vie pour l’enlever! Qu’ils reculent et rougissent, Ceux
qui désirent ma perte !Qu’ils soient dans la stupeur par l’effet de
leur honte, Ceux qui me disent : Ah ! ah ! » (v. 13-15)
Le Seigneur est passé par la souffrance de la moquerie, du ridicule,
d’être différent. Un autre Psaume messianique dit : « L’opprobre me
brise le cœur. » (Ps 69.20) Quelqu’un d’endurci peut se moquer de l’avis
des autres, mais le Seigneur était sensible à la violence des mots et
des regards. Il nous comprend, si nous ressentons parfois des attaques
de cette nature.
Il semble que ce Psaume se termine par la croix, alors qu’il avait commencé
par la résurrection. Quand nous nous préparons et participons à un culte
d’adoration, ne tombons pas sous la tyrannie de la chronologie ou de
la liturgie. N’hésitons pas à commencer un culte par la résurrection
et la victoire et à reparler de la croix après la célébration de la
cène. Il en est de même dans notre adoration privée, pour laquelle un
Psaume comme celui-ci peut nous servir de base ou d’aide.
« Que tous ceux qui te cherchent Soient dans l’allégresse et se
réjouissent en toi ! Que ceux qui aiment ton salut Disent sans cesse :
Exalté soit l’Éternel ! » (v. 16)
Au cœur même de la souffrance, le Messie entrevoit les fruits de
son œuvre. Des hommes et des femmes rechercheront Dieu, se réjouiront
en lui et seront l’objet « d’un si grand salut ». Ils seront un peuple
d’adorateurs.
Hébreux 12.2 nous dit : « Jésus, à cause de la joie qui était devant
lui, a enduré la croix, ayant méprisé la honte. » C’est un peu le résumé
des trois derniers versets de notre psaume : la honte (v. 15), la joie
(v. 16) et la croix (v. 17).
« Moi, je suis pauvre et indigent ; Mais le Seigneur pense à moi.
Tu es mon aide et mon libérateur : Mon Dieu, ne tarde pas ! » (v. 17)
Sur la croix, le Seigneur Jésus était le pauvre par excellence.
On venait de le dépouiller du peu qui lui restait, ses vêtements, dont
la tunique tissée d’une seule pièce. Il sait que la délivrance viendra
de son Dieu, qui ne l’oublie pas. Mais la souffrance est là et le temps
est long : « Mon Dieu, ne tarde pas ! »
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