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Sommaire du n° 180 Avril-Juin 2012

 



Dossier

Les symboles de l’Esprit

Joël Prohin


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Joel Prohin Joël Prohin travaille dans la finance, tout en s’impliquant activement dans son église locale en région parisienne et en collaborant à diverses revues ou commentaires bibliques. Il est membre de la rédaction de Promesses.

Pour que nous saisissions mieux la nature et l’action de l’Esprit, la Bible utilise des symboles, bien adaptés à notre condition actuelle. Ces images fonctionnent par analogie : l’Esprit est « comme ». Le danger est double : soit on « presse » trop l’image, et on lui fait dire plus qu’elle n’en contient ; soit on la néglige, et on perd la richesse du symbole. Laissons-nous donc « porter » avec sobriété et reconnaissance par les sept images que nous allons examiner, en appliquant chacune d’elles à différents domaines de la vie chrétienne.

1. Le vent

La première image est le vent. Elle vient directement de la signification du mot « Esprit » dans les langues bibliques originales :

– en hébreu, rouah désigne à la fois le souffle (l’haleine), et le vent (l’air en mouvement1) ;

– en grec, pneuma désigne aussi à la fois le vent et la respiration2.

L’immatérialité de l’Esprit saint a conduit naturellement à utiliser ces termes pour le désigner et pour désigner l’esprit de l’homme. De plus, le vent peut souffler d’une force irrésistible : pensons à la puissance d’une tornade ! Ce souffle de l’Esprit est mis en relation avec plusieurs « créations » tout au long de l’Écriture :

La création de l’homme

« L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l’homme devint une âme vivante. » (Gen 2.7) Par ce souffle de vie propre à la création de l’homme, Dieu distingue cette créature de toute autre. Et ce souffle est celui de son Esprit : « L’Esprit de Dieu m’a créé, et le souffle du Tout-Puissant m’anime. » (Job 33.4) Ainsi, tout être humain reçoit la vie naturelle par l’action directe et puissante de l’Esprit saint.

La nouvelle création

Le Saint-Esprit joue un rôle tout aussi fondamental dans la nouvelle création : « Si un homme ne naît d’eau et d’Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, et ce qui est né de l’Esprit est Esprit. […] Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit ; mais tu ne sais d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l’Esprit. » (Jean 3.5-8) Jésus compare ici directement l’action de l’Esprit à celle du vent. Par cette analogie, il veut illustrer l’immense variété de l’activité de l’Esprit pour conduire quelqu’un à la nouvelle naissance. Les témoignages abondent pour prouver que Dieu a su toucher par son Esprit des personnes au travers de moyens très divers. Loin s’en faut que tous se convertissent grâce à Jean 3.16 ! Aussi, gardons-nous soigneusement de dicter à l’Esprit la façon dont il devrait s’y prendre pour atteindre une âme. Il n’y a pas de schéma-type de conversion.

La création collective de l’Église

« Tout à coup il vint du ciel un bruit comme celui d’un vent impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. » (Act 2.2) Les 120 réunis ont reçu à ce moment « la promesse du Père » : l’Esprit est venu les habiter collectivement et les a constitués en un seul corps, l’Église de Jésus-Christ (1 Cor 12.13). Le vent accompagnait souvent dans l’A.T. des manifestations divines3. C’est bien Dieu le Saint-Esprit qui descend faire sa demeure personnelle dans les croyants.

Comme dans son action individuelle, l’action collective de l’Esprit ne peut pas davantage être enfermée dans nos petits schémas que le vent ne peut être enfermé dans une boîte.

Enfin, le grand bruit souligne la « puissance » de son action (Act 1.8). Cette puissance se montrera dans le développement rapide de l’Église au cours du livre des Actes. Elle est encore active aujourd’hui dans l’Église, soyons-en persuadés !

La création collective du nouvel Israël

Dans une vision saisissante, Ézéchiel perçoit par anticipation le réveil collectif du peuple d’Israël, figuré par des ossements desséchés à qui Dieu redonne vie (Éz 37.9-10). Dieu va un jour agir dans le peuple élu, par le souffle puissant de son Esprit, et Israël se tournera, repentant, vers son Dieu. Il entrera ainsi dans les bénédictions de la nouvelle alliance qui sont déjà les nôtres.

Comme le vent, l'Esprit saint est donc libre, souverain, imprévisible, puissant, actif.

2. L’eau

En l’absence d’eau, toute vie est impossible. Notre besoin d’eau est tellement vital qu’un être humain normalement constitué, sous un climat tempéré, ne peut survivre plus de trois jours à la privation totale d’eau. On comprend alors pourquoi le Seigneur a utilisé l’image de l’eau pour illustrer l’action du Saint-Esprit qui donne la vie et qui l’entretient.

Un symbole expliqué par Jésus

À Nicodème, dans le texte déjà cité de Jean 3.5, Jésus parle de la nouvelle naissance « d’eau et d’Esprit ». Il est très probable qu’il s’agit d’un hendiadys4 ; aussi peut-on traduire : « Si quelqu'un n'est né d'eau, c'est-à-dire de l'Esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu. » La nouvelle naissance est opérée dans nos cœurs par l’Esprit, qui vient inonder notre âme et pénètre en nous, comme l’eau est présente dans toutes les cellules de notre corps.

À la femme samaritaine, Jésus dit : « Celui qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura jamais soif, et l’eau que je lui donnerai deviendra en lui une source d’eau qui jaillira jusque dans la vie éternelle. » (Jean 4.13-14) Non seulement l’Esprit vient à la nouvelle naissance, mais il nous rafraîchit et nous désaltère continûment, en particulier en étant le moyen de notre communion avec Dieu le Père et avec le Seigneur Jésus. Alors que le monde où nous vivons nous dessèche si rapidement et ne nous propose que des « citernes crevassées » (Jér 2.13), c’est l’Esprit qui nous parle des réalités célestes de notre foi et nous les rend présentes dès aujourd’hui (És 44.3). Grâce à lui, nous expérimentons ce qu’est la « vie en abondance ».

À la foule de Jérusalem, Jésus s’écrie : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive. Celui qui croit en moi, des fleuves d’eau vive couleront de son sein, comme dit l’Écriture. Il dit cela de l’Esprit que devaient recevoir ceux qui croiraient en lui. » (Jean 7.37-38) Non seulement l’Esprit désaltère celui qui croit en Jésus, mais le croyant devient à son tour une source de bénédiction abondante pour d’autres ! Suis-je rempli et abreuvé de cet Esprit au point qu’il déborde ainsi du profond de mon être vers les autres ?

Comme l'eau, l'Esprit saint apporte donc la vie, la bénédiction et l'abondance.

3. L’huile

L’huile était utilisée pour de multiples usages dans l’Antiquité. Dans le peuple d’Israël, elle avait avant tout une fonction sacrée : l’onction d’huile distinguait pour un service particulier les rois (Saül et David portaient le titre « d’oint de l’Éternel »), les sacrificateurs (voir Lév 8) et les prophètes (1 Rois 19.18). Les lépreux guéris étaient aussi oints d’huile (Lév 14.18).

L’onction de Jésus

Homme mis à part pour Dieu par l’Esprit dès le ventre de Marie, Jésus a également reçu l’onction divine lors de son baptême, par la descente du Saint-Esprit sur lui. C’est pourquoi il a légitimement pu s’appliquer la prophétie d’Ésaïe dans la synagogue de Nazareth : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres. » (Luc 4.18-21) Pierre rappellera à Corneille : « Dieu a oint du Saint-Esprit et de force Jésus de Nazareth. » (Act 10.38)

À cette onction terrestre, va succéder l’onction céleste du Fils glorifié : « C’est pourquoi, ô Dieu, ton Dieu t’a oint d’une huile de joie au-dessus de tes collègues. » (Héb 1.9)

L’onction des croyants

À la suite de Jésus, les croyants ont reçu l’onction divine, par laquelle ils sont mis à part pour Dieu : « Celui qui nous affermit avec vous en Christ, et qui nous a oints, c’est Dieu. » (2 Cor 1.21)

Nous aussi, pécheurs pardonnés (à l’image du lépreux guéri), nous sommes tous, dans notre petite mesure, « oints » : Dieu nous a distingués pour être sacrificateurs (adorateurs pour Dieu), prophètes (porteurs de la parole divine pour le monde) et rois (un jour avec Christ).

En étendant le sens de l’onction aux diverses fonctions de l’huile à cette époque, nous pouvons dire que :

– comme l’huile qui brûlait dans les lampes pour éclairer (Matt 25), l’Esprit saint nous aide à témoigner (Jean 15.26-27 ; Mat 5.14-16) ;

– comme l’huile qui entrait dans la composition de nombreux mets (1 Rois 17.12-13), l’Esprit saint nourrit ceux qui ont reçu son onction de toute la connaissance de Christ au travers de la Bible (1 Jean 2.20) — et les trois (Jésus, la Parole et l’Esprit) sont « la vérité » ;

– comme l’huile qui servait de médicament (Luc 10.34), l’Esprit saint a une puissance de guérison : c’est lui qui, dans les situations difficiles, face aux blessures de la vie, apporte l’apaisement nécessaire, incline le cœur au pardon, « console » dans le plein sens du terme ;

– comme l’huile sainte qui était à la base du parfum (Ex 30.24), l’Esprit saint est le moyen par lequel nous pouvons rendre un culte à Dieu (Phil 3.3) ;

– enfin, aujourd’hui, et peut-être déjà à l’époque du N.T., nous avons souvent besoin d’ « huile dans les rouages » pour faire fonctionner un mécanisme ; l’Esprit saint agit pour nous permettre de « fonctionner » harmonieusement ensemble, en un seul corps (Éph 4.3-4,16).

Comme l’huile, l’Esprit saint met à part, éclaire, nourrit, guérit, aide.

4. Le feu

Le baptême de feu

Le feu est associé au baptême de l’Esprit : « Lui, il vous baptisera du Saint-Esprit et de feu », annonçait Jean-Baptiste (Luc 3.16).

S’agit-il du même baptême ? Les avis sont partagés. Si le feu est le symbole du jugement éternel (cf. Mat 25.41), le croyant est baptisé dans l’Esprit précisément pour échapper au sort final des pécheurs, la seconde mort, l’étang de feu. Mais le feu peut aussi symboliser la purification dans son sens positif5. Le feu est d’ailleurs la forme que l’Esprit a prise pour venir sur les 120 rassemblés : « Des langues, semblables à des langues de feu, leur apparurent, séparées les unes des autres, et se posèrent sur chacun d’eux. Et ils furent tous remplis du Saint-Esprit. » (Act 2.3-4)

Cette action de purification s’opère déjà lors de la nouvelle naissance : l’Esprit nous convainc de péché (Jean 16.8) : son action porte le fer au plus profond de notre être pour nous faire percevoir notre état de pécheur et produire en nous ce demi-tour vers Dieu.

Tout au long de notre vie, l’action de l’Esprit est efficace pour nous faire discerner et pour ôter ce qui est impropre à sa présence. Écoutons donc la voix de l’Esprit quand il met le doigt sur une dérive dans notre comportement, dans nos pensées, dans nos sentiments. Même si son intervention peut nous paraître aussi sensible qu’une brûlure, soyons assurés qu’il agit pour notre bien, afin que nous participions à la sainteté de notre hôte divin (Jac 4.6).

L’épreuve du feu pour nos œuvres

L’action purificatrice de l’Esprit s’étend aussi à notre service. Juste avant de rappeler que nous sommes le temple de Dieu et que l’Esprit habite en nous, Paul dit aux Corinthiens que leur activité sera éprouvée par le feu (1 Cor 3.13-17). Si l’Esprit est dit « saint », c’est justement parce que son action est incompatible avec un péché ouvertement toléré. Cela est vrai tant pour un individu que pour une église.

Comme le feu, l'Esprit saint purifie, convainc de péché, brûle le mal.

5. La colombe

C’est sous cette forme que l’Esprit s’est matérialisé lors du baptême de Jésus au Jourdain (Marc 1.9-11). La colombe suggère la pureté (à laquelle fait penser le blanc de ses plumes), la douceur, la tendresse. L’Esprit n’est pas seulement une puissance irrésistible, mais également un Esprit d’amour qui console avec douceur.

Le Seigneur demandait aussi à ses disciples d’être « simples comme des colombes » (Mat 10.16). « Simple » signifie « sans artifice », « sans duplicité ». En effet, l’Esprit de sagesse n’est en rien tortueux (Pr 8.8) et il ne trompe pas. C’est d’ailleurs un critère utile pour juger si une action est faite sous son influence ou pas…

Comme la colombe, l'Esprit saint est « simple », doux et pur.

6. Le sceau

Dans l’Antiquité, un souverain apposait son sceau sur les documents officiels de façon à les rendre définitifs. Si l’Esprit est comparé à un sceau, c’est précisément pour indiquer que son habitation en nous est définitive : « En lui vous avez cru et vous avez été scellés du Saint-Esprit qui avait été promis. » (Éph 1.13) Ce sceau signale un acte accompli une fois pour toute et l’Esprit en nous garantit que nous appartenons à Dieu pour l’éternité. Le lien entre Christ et nous est ferme (2 Cor 1.21-22). Quelle assurance ce symbole procure quant à notre salut !

Comme le sceau, l’Esprit saint marque la propriété, donne la sécurité, assure la protection.

7. Les arrhes

Lors d’une transaction, il était (et il est encore souvent) d’usage de verser des arrhes. Il s’agit d’une somme irrémédiablement acquise au propriétaire, en jouissance anticipée de la pleine propriété6. Paul utilise cette image pour indiquer que l’Esprit est pour nous un « avant-goût » de « notre héritage » (Éph 1.14). Dans notre condition présente, nous ne jouissons pas encore de tout ce qui sera notre partage éternel au ciel (2 Cor 5.5), mais nous en avons déjà une anticipation grâce à l’Esprit de Dieu dans nos cœurs : « Celui qui nous affermit avec vous en Christ, et qui nous a oints, c’est Dieu, lequel nous a aussi marqués d’un sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de l’Esprit. » (2 Cor 1.21-22) Quand nous pensons à tout ce que cet hôte divin est déjà pour nous, que dire de ce qui nous attend quand nous aurons la plénitude de notre héritage ?

Comme les arrhes, le Saint-Esprit nous assure de notre glorification.


* * *


Grâce à ces sept images (le vent, l’eau, l’huile, le feu, la colombe, le sceau, les arrhes), nous connaissons peut-être un peu mieux l’Esprit de Dieu ; mais le plus important est de le laisser agir en nous pour que, par sa plénitude, nous ressemblions toujours plus à celui qu’il nous révèle : Jésus Christ.

1 Voir Job 1.19 et Ps 135.17 pour deux exemples (parmi d’autres) de sens littéral.
2 Voir Jean 3.8 et 2 Thes 2.8 pour deux exemples (parmi d’autres) de sens littéral.
3 Voir le grand vent de 1 Rois 19.11-12, le tourbillon de Job 38.1, etc.
4 L’hendiadys est une figure de style qui consiste à désigner le même objet ou la même personne par deux mots reliés par « et ». Par exemple : « Voici ma femme et la mère de mes enfants » (mais il s’agit d’une seule et même personne).
5 L’absence de conjonction dans le texte original avant « feu » fait pencher vers un seul et même baptême. Le texte pourrait se paraphraser ainsi : « il vous baptisera du Saint-Esprit qui vous puri-fiera comme

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