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Sommaire du n° 183 Janvier - Mars 2013

 




Dossier

La sexualité : un constat, un sens, un défi

Gilles Geiser


Gilles Geiser

Gilles Geiser est marié à Fiona depuis onze ans. Il est père de 3 jeunes enfants et pasteur dans l’Église évangélique de Châble-Croix, à Aigle (Suisse). Aumônier dans une institution spécialisée pour des jeunes en difficulté, et enseignant dans le cadre de différentes associations, il a notamment participé à l’élaboration de l’ouvrage de théologie pour tous « Pour une foi réfléchie ».

Il y a dans le cœur de l’homme un besoin que personne ne pourra jamais faire taire, et ce besoin, c’est Dieu. Tout découle de là. C’est la première chose à dire en parlant de sexualité ! Avant de parler de sexualité, il faut parler de Dieu, l’avoir Lui comme référence. Parce que notre conception de la sexualité (son but, son éthique, sa place) dépendra de notre relation à Dieu.

Nous croyons que ce après quoi l’humanité entière soupire, son attente, son aspiration ne sera étanché par aucune autre source que celle de Dieu, du Dieu trinitaire et vivant, Fontaine de vie pour nos vies. Notre société ne le croit pas ; mais sa soif reste là. Soif qu’elle va apaiser à la fontaine des plaisirs.

Et c’est là, à mon sens, la racine de toutes les grandes incompréhensions que nous ressentons avec nos contemporains concernant l’éthique sexuelle : nos visions de la sexualité ne sont pas nourries par les mêmes racines. Et comprendre que la racine du problème se situe dans la relation à Dieu, c’est aussi moins s’énerver contre les fruits de notre société, qui – immanquablement – reviennent à chaque saison. Arrêtons de nous irriter contre les fruits, attaquons-nous à la racine qui les nourrit.

La sexualité dans notre société : un constat

Le chemin des amoureux que notre société nous propose de suivre est une impasse. Un cul de sac. Une voie sans issue. « On s’est fait avoir !! » : voilà le cri de stupeur que notre société devrait pousser si elle n’était pas rendue aveugle. On a réduit le plus souvent la relation sexuelle – magnifique, intense, chaleureuse, communicante, heureuse et vivante – à une question de performance, de consommation, voire même de simple fonctionnalité musculaire à éduquer.

Vous avez certainement déjà entendu des collègues se vanter de leurs « exploits », et je vous propose de lire le retour qu’en fait la psychanalyste Monique de Hadjetlaché : « Un collègue se vantait un jour de pouvoir avoir neuf coïts consécutifs avec sa partenaire. Je ne suis pas allée vérifier ! Mais les propos mêmes m’interrogent. Qu’est-ce qui est présenté là ? Un « moi » enflé d’orgueil… pas une relation. Où est le sujet lui-même ? Et où est l’autre comme sujet ? Nulle part, c’est à soi-même que l’on cherche à plaire ! » 1

Où est passée la relation quand on parle de « relations sexuelles » ? Voilà la question que je me pose. Soyons réalistes : dans notre société, la manière de parler de la sexualité ou de la filmer donne clairement l’impression que c’est d’abord à soi-même que l’on cherche à plaire, que l’autre est considéré plus ou moins comme un objet de consommation. La dynamique générale est davantage attirée vers l’obligation de la jouissance que vers la richesse de la relation.

Or, que reste-t-il de la « relation sexuelle » si la relation est effacée ? Le dieu de la consommation aurait-il atteint même l’intimité de nos chambres à coucher ? Je crois que oui , je crois aussi que ce n’est pas nouveau… mais que c’est amplifié par l’omniprésence de la production pornographique dont les effets psychologiques sur notre société (et spécifiquement sur les rapports entre les sexes) ne vont pas tarder à se révéler désastreux.

Lorsque la richesse de la relation sexuelle se réduit à l’usage de l’autre, considéré plus ou moins comme objet de consommation, on n’est plus dans la relation voulue par Dieu, on n’est plus dans la vraie dimension de l’humain. Et le risque – déjà présent – c’est que la sexualité (où deux personnes se rencontrent dans la différence et la totalité de leurs êtres) soit remplacée par la génitalité (qui n’implique que les organes génitaux).

Or, lorsque la sexualité est prioritairement perçue comme une question de fonctionnalité musculaire, il est normal qu’elle quitte la sphère morale (où se pose la question du bien ou du mal de la relation) puisqu’on parle de « sport ». Du coup, on va s’attacher à la question de la réussite ou de la performance de l’acte : a-t-il atteint son but, c’est-à-dire le plaisir recherché (sans plus se préoccuper du sexe du partenaire, ni de leur nombre, ou de la forme de l’acte) ?

À nous, alors, couples chrétiens, de comprendre ce changement de paradigme sociologique pour ne pas s’épouvanter « puritainement ». Et à nous aussi de répondre avec intelligence, de rappeler et de vivre toute la beauté de la sexualité telle que Dieu l’a créée, comprise comme une relation entière et totale avec l’être aimé.

À nous de rappeler – par des couples qui font envie - combien la relation avec l’autre peut être belle ! En n’oubliant pas que c’est une relation de cette qualité que nos contemporains recherchent, même sans le savoir, et qu’ils sont tristes et désespérés de l’avoir perdue – j’en suis de plus en plus persuadé.

La sexualité dans la Bible : un sens

Le couple, un chef-d’œuvre

Le couple… dernière création de Dieu dans le premier chapitre de la Genèse, c’est d’abord un chef d’œuvre : le bouquet final, le sommet. « Homme et femme il les créa, à son image » ; et Dieu les bénit. Quel instant magique ça a dû être ! Une bénédiction de Dieu par Dieu lui-même.

Et lorsque, dans la seconde « table » de la création, la Parole de Dieu « zoome » sur la création de l’homme, on se rend compte que le chef-d’œuvre de Dieu est surprenant : Dieu crée un être différent de l’homme. Une différence qu’Il trouve bonne, dont il se réjouit et qu’il promeut. C’est « un autre » que j’aime… mais qu’elle est bonne, cette différence ! Parce qu’elle nous oblige à dire : « J’ai besoin de toi », « Sans toi je suis moins ».

Chef-d’œuvre surprenant que le couple, parce qu’unissant deux êtres différents, très différents. Différents parce que sexués. Et la sexualité, c’est cette dimension masculine ou féminine dont est marqué chaque individu dès les premiers moments de sa conception. La sexualité est partout en moi. Dans mon corps, mais aussi dans ma forme d’esprit, mon intelligence, mon mode de relations, ma sensibilité, mes attitudes, ma façon unique de m’approcher des autres, ma façon d’être, de ressentir, d’aimer, de m’exprimer, etc. Toute relation humaine aux choses et aux autres est sexuée même si elle n’est pas sexuelle.

La sexualité, un plaisir à partager ensemble

« Ne vous privez pas l’un de l’autre » (1 Cor 7.5). Voilà bien un ordre qui détonne à l’époque du NT ! En effet, l’ambiance générale du 1er siècle est une ambiance de caserne : c’est l’homme (« vir » en latin), l’être viril et guerrier qui est maître et adulé.

Dans un monde où l’adultère n’est puni que pour les femmes, où le mariage n’est ni le lieu de l’amour ni celui du plaisir, et où le dicton rappelle que « nous avons les courtisanes en vue du plaisir, les concubines pour nous fournir les soins journaliers et les épouses pour qu’elles nous donnent des enfants légitimes », les paroles de l’apôtre Paul sont révolutionnaires. Comme l’est aussi l’injonction de se « soumettre les uns aux autres » (Eph 5.21) qui s’applique aussi au couple, où chacune des parties est invitée à se soumettre aux besoins profonds de l’autre (besoin plus spécifique d’importance pour le mari, et besoin d’appartenance pour la femme).

La réciprocité est donc de mise même dans le domaine de la sexualité du couple et de la sexualité (1 Cor 7.4). Et Dieu encourage le couple à vivre une sexualité épanouie où l’homme et la femme prennent ensemble l’initiative du plaisir : « Qu’il me couvre de baisers ! Oui tes caresses sont meilleures que le vin. La senteur de tes parfums est si bonne ! Entraîne-moi à ta suite, courons ! Le roi m’a introduite dans ses appartements. Nous serons dans l’allégresse, nous nous réjouirons en toi ; nous célébrerons tes caresses plus que le vin. » (Cant 1.2-4)

« La bouche de mon bien-aimé est douce à mon baiser, tout en lui appelle mon désir. » (Cant 5.16)

« Jouis de la vie avec la femme que tu aimes, pendant tous les jours de ta vaine existence que Dieu t’accorde sous le soleil. » (Ecc 9.9)

Le couple, comme la sexualité, est l’invention de Dieu, un fruit de son imagination pour les êtres humains. Dans son plan, la vie se concevra dans le bonheur ressenti d’un feu d’artifice de plaisir des sens. Comme pour nous dire : la vie que je donne est un fruit du plaisir de vivre ensemble et de s’aimer. Quel coup de génie, Seigneur !

À vivre dans un cadre

La sexualité, et le plaisir dans la sexualité, serait-il donc encouragé dans la Parole de Dieu ? - Oui, clairement. Mais dans un cadre. Un cadre qui permette à l’homme et à la femme de s’épanouir. Un cadre d’amour l’un pour l’autre, et non de domination de l’un sur l’autre (fruit de la chute en Gen 3.16, faut-il le rappeler !). Ce cadre, c’est celui de l’alliance, du mariage, où l’on quitte ses anciennes loyautés, pour s’attacher à l’autre, et pour devenir une nouvelle personne conjugale.

Soyons clairs : le mariage constitue le seul lieu, ou le seul état, dans lequel l’union sexuelle soit un « très bon », où Dieu l’approuve, et où, du coup, il l’encourage ! Ce cadre n’est pas là pour asservir, mais pour protéger. C’est un cadre de protection, comme le filet que l’on voit parfois entourer les trampolines pour enfants, dont personne d’ailleurs ne s’offusque en se disant : quels pauvres enfants à qui les parents interdisent de s’amuser en leur mettant un filet protecteur pour leur éviter de tomber !

Le mariage, institué par Dieu, est un cadre d’alliance dans lequel l’homme et la femme peuvent s’épanouir. Il procure une sécurité affective, particulièrement pour la femme, parce que l’alliance, le serment précède l’action. S’engager devant témoins pour une vie d’amour et de fidélité, c’est le seul remède à l’amour-consommation de l’autre ! C’est dire : « Tu ne seras jamais pour moi une expérience, une personne de passage, ni objet de consommation !»

Se marier, c’est donc retrouver la liberté de vivre un amour libre des deux plus grands prédateurs de l’amour que sont la domination de l’un sur l’autre et la consommation de l’un par l’autre.

Et le défi des couples chrétiens, c’est de prouver que Dieu peut faire de leur mariage un lieu où les conséquences de la chute ont trouvé leur résolution, parce qu’on arrive à s’aimer sans dominer sur l’autre, et sans consommer l’autre. On s’aime, et c’est tout. Comme une nouvelle création. Et c’est un cadeau de Dieu.

… « et le sexe hors mariage ? »

Ah ! ah… la voilà, la question qui brûle les lèvres ! Dieu, dans sa Parole, nous dit qu’il y a des désirs qui sont recevables et acceptables, et d’autres qui ne le sont pas. Et le critère décisionnel entre ces deux états, ce n’est pas l’ère du temps ou le sentiment que l’on ressent. Non. Le critère, c’est l’alliance entre un homme et une femme.

En-dehors de cette alliance hétérosexuelle, les relations sexuelles n’atteignent pas le but pour lequel la sexualité a été créée. Et ne pas atteindre ce but, c’est pécher. Voilà pourquoi la Bible classe sous la rubrique « porneia » - le terme le plus général pour le sexe illicite - non seulement les fautes d’objet (lorsque les partenaires de l’acte sexuel sont clairement inappropriés2) et de but (lorsque l’acte est commis dans le but de nuire, de profiter ou de contraindre), mais aussi l’adultère, l’union physique de deux célibataires, ou les relations intimes préconjugales3.

On pourrait se poser la question : mais pourquoi est-ce si important ? Est-ce que la Parole de Dieu ne s’occupe pas d’abord de ce qui touche à la spiritualité ?

Pourquoi s’intéresser à la sexualité ? Parce que c’est spirituel ! La sexualité est un acte spirituel 4! C’est la raison qui explique qu’une erreur dans ce domaine ne s’apparente pas à une maladresse – comme c’est le cas pour toutes les autres partie de notre corps - mais à un péché (cf. 1 Cor 6.18). Alors oui, la sexualité est spirituelle, et c’est la raison pour laquelle Dieu en parle de manière claire et simple. Il nous encourage donc à la vivre dans toute sa plénitude. Et il nous avertit aussi en nous rappelant qu’elle peut constituer un piège, le plaisir qu’elle procure risquant bien d’être repris par celui qui nous ment.

…« Oui mais c’est pas écrit … »

On l’entend souvent, cette phrase ! … Mais je vous rassure, il y a bien des choses qui ne sont pas écrites dans la Parole de Dieu, comme le fait de falsifier sa déclaration d’impôt, de traiter son épouse de cruche ou de battre son fils à coup de batte. C’est un fait qu’il n’est pas écrit noir sur blanc : « Tu ne coucheras pas avec ta fiancée avant que vous soyez mariés », mais c’est un fait aussi que c’est dit de bien d’autres façons !

En 1 Corinthiens 7.9, par exemple : lorsque Paul s’adresse à des célibataires ou des veufs qui ne peuvent pas « se maîtriser en ce domaine ». Paul ne leur dit pas : «  Qu’ils couchent ensemble, où est le problème ! », mais bien : « Qu’ils se marient », ce qui laisse peu d’interprétation possible sur le lieu où la relation sexuelle est appropriée. Interprétation confirmé par la manière de désigner les femmes dans le Nouveau Testament : on nommait « vierge » une femme non-mariée ; elle devenait « femme » à son mariage… À quelle autre conclusion peut-on arriver ? À cela se rajoutent les textes concernant l’importance de la virginité dans l’AT, et le rappel que, dans l’institution du mariage, le terme « s’attacher » qui précède celui de « s’unir » comporte une notion d’alliance.

Ainsi, pour qui revendique une simple honnêteté intellectuelle, l'intention de Dieu concernant la sexualité se révèle clairement5 : c'est dans le cadre de l'alliance entre un homme et une femme qu'elle est réservée, pour le plus grand bonheur de ses bénéficiaires.

La sexualité : un piège

Mais soyons francs : la sexualité est l’une des tentations les plus difficiles à maîtriser, que ce soit dans la rue, au travail, dans le couple, ou sur Internet. Satan l’utilise comme un piège en nous faisant miroiter le plaisir qu’il y aurait à la vivre sans suivre le plan que Dieu en donne.

Pourquoi tombe-t-on si souvent dedans ? Peut-être parce qu’on a trop atténué la nocivité totale de celui que le Christ appelle « menteur » et « meurtrier » (Jean 8.44). Nous en avons assurément sous-estimé l’absolue malfaisance. Le but de Satan n’est pas caché, c’est la mort qu’il a dans l’objectif ; la mort de l’amour et des amoureux. Et quand on voit la manière dont l’amour se vit et se projette, quand on voit les ravages qu’il laisse dans les cœurs de nos adolescents et de nos contemporains, force est de constater qu’il n’y est que trop bien arrivé.

Heureusement, Satan n’a pas pu éteindre la soif, profondément inscrite dans le cœur humain, de vivre le vrai amour. A nous, couples chrétiens, de vivre ce que Dieu avait à l’esprit lorsqu’il a inventé le couple et la sexualité, et d’être, dans ce domaine aussi, des signes de l’invisible. Bref … de faire envie - et avouons aussi que ce n’est pas non plus ce que nous avons le mieux réussi !

La sexualité dans ta vie : un défi

Reste une dernière question : « imagine que je sois pris au piège ? » - Sors de l’ombre ! Vis dans la lumière ! Parles-en ! Une des tactiques du diable consiste à nous garder dans l’ombre du silence et de la honte, à nous y enfermer. Mais en restant dans l’ombre, on se prive de la repentance, et du coup, on se prive de la grâce. On se prive de la porte - la seule - que Dieu nous ouvre pour retrouver la lumière et la joie d’une sexualité telle qu’il l’avait pensée dans toute sa beauté.

Et c’est tout le bonheur qu’on se souhaite !

1Monique De Hadjetlaché, Bible et Sexualité, Paul Wells sous dir, Excelsis, 2005,
2 Pour une liste, voir Lévitique 18
3 Voir également les textes de 1 Cor 7.8-9 et Héb 13.4
4 Permettez-moi de nous rappeler que le contraire du « spirituel », dans la Parole, ce n'est pas le « matériel », mais le « charnel ».
5 Tout aussi clairement que dans tous les autres domaines de notre vie, ni plus ni moins.


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