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Sommaire du n° 183 Janvier - Mars 2013

 




Dossier

SE MARIER AVEC UN(E) INCRÉDULE ?

Joël Prohin


Joël Prohin travaille dans la finance, tout en s’impliquant activement dans son église locale en région parisienne et en collaborant à diverses revues ou commentaires bibliques. Il est membre du Comité de rédaction de Promesses.

La question est fréquemment posée, dans des groupes de jeunes, dans des entretiens pastoraux, dans les familles chrétiennes : « Qu’est-ce qui, dans la Bible, interdit à un croyant ou une croyante de se marier avec une ou un incrédule ? »

Poser une telle question est a priori bon signe : la Parole de Dieu est bien notre référence en matière de doctrine et de conduite. Nous allons d’abord poser quelques principes relatifs au mariage, puis regarder les textes du N.T. ainsi que les commandements et des exemples de l’A.T. qui donnent des jalons de réponse, avant de terminer par quelques remarques pastorales.

L’alliance du mariage, un principe de vie

Dieu a créé l’homme avec une partie matérielle, son corps, et une partie immatérielle. Cette dernière est souvent appelée indifféremment âme ou esprit ; quelques textes, toutefois, distinguent les deux (1 Thes 5.23) ; dans ce cas, l’âme est plutôt le siège des sentiments, de l’intelligence et de la volonté, alors que l’esprit met l’homme en relation avec Dieu1. Depuis la chute, par nature, l’esprit de l’homme est « mort », sans relation avec Dieu, et doit être renouvelé par la nouvelle naissance. Il passe de la mort à la vie. L’homme retrouve alors sa pleine humanité.

L’alliance que Dieu veut établir avec l’homme couvre ces trois domaines : l’esprit est vivifié, l’âme est transformée progressivement et le corps connaîtra un jour le renouveau de la résurrection.

De même, pour les chrétiens, l’analogie de l’alliance du mariage vise également ces trois parties. Le mariage ne se limite pas à l’union des corps, comme trop souvent aujourd’hui avec la multiplication des relations sexuelles sans lendemain, mais s’étend à l’union des âmes par un amour réciproque, des centres d’intérêt partagés et des projets communs, pour aller jusqu’à la communion de deux esprits avec le Père et le Fils. Quelle magnifique « corde triple », selon l’image de l’Ecclésiaste (Ecc 4.12), pour donner stabilité et durabilité à un mariage !

Les chrétiens entrevoient en plus dans leur mariage une image temporelle et temporaire, imparfaite mais réelle, de la relation éternelle qui unira Christ et son Église (voir Éph 5.22-33).

Dans ce cadre, l’union entre un(e) croyant(e) et un(e) incrédule apparaît bancale et incomplète :

– L’alliance du mariage se limitera à la seule union des âmes et des corps, sans communion spirituelle possible.

– L’analogie avec l’union de Christ et de son Église est perdue.

– Le projet d’alliance de vie de Dieu, qui ne se limite pas à la terre mais va jusqu’en la vie éternelle, ne peut pas se réaliser pour les deux conjoints. L’alliage est hétérogène entre quelqu’un qui « a la vie éternelle » (Jean 3.36), qui est habité par l’Esprit de Dieu, qui est destiné au ciel — et quelqu’un qui est « mort par ses offenses et ses péchés » (Éph 2.1), qui n’a pas l’Esprit et qui se dirige vers l’enfer. La vie s’allie à la mort.

Sur un plan pratique, les difficultés d’une union hétérogène sont nombreuses :

– Un(e) croyant(e) cherchera « le royaume de Dieu et sa justice », alors que son conjoint, même respectueux de la foi de l’autre, n’aura pas les mêmes buts. Même au niveau de l’âme, la communion ne sera donc pas aussi complète que possible.

– Le lien du mariage est un des moyens privilégiés que Dieu utilise pour nous transformer. En l’absence du ressort que constituent l’appel aux directives divines, la prière à deux, la lecture biblique partagée, la vie d’église et le service en commun, cette transformation sera bien moins efficace.

– Enfin, les innombrables questions pratiques, grandes et petites, seront considérablement plus compliquées à résoudre — que ce soit l’éducation des enfants, la gestion de l’argent, l’emploi des loisirs, etc. Tant les centres d’intérêt que les modes de décision sont différents.

L’enseignement du Nouveau Testament

Les considérations précédentes sont basées sur des principes généraux. Or il est souvent demandé : « Quel verset précis interdit-il ce type d’union ? » Force est de constater que le N.T. comporte peu de versets qui donnent un enseignement positif ferme. Peut-être était-ce parce que le contexte de l’époque conduisait souvent à des mariages pré-arrangés. Le christianisme n’avait pas vocation à renverser les structures sociales, mais à changer les cœurs ; par conséquent, les apôtres n’imposèrent pas de rompre avec la pratique du mariage pré-arrangé : le ministère chrétien était alors plutôt de « gagner » à Christ le conjoint incrédule par sa conduite (1 Cor 7.16 ; 1 Pi 3.1).

Les « codes conjugaux » des Épîtres (Éph 5.22-33 ; Col 3.18-19 ; 1 Pi 3.1-7) laissent cependant penser qu’à côté de couples mixtes, il y avait aussi dans les églises du temps apostolique des couples chrétiens qui étaient la « norme » à viser. L’enseignement est alors dispensé tant au mari qu’à la femme, dans une symétrie des plus modernes (voir 1 Cor 7.2-6,10-11).

En 1 Corinthiens 7.12-16, Paul s’adresse « aux autres ». Il traite le cas d’un mariage mixte d’un(e) croyant(e) et d’un(e) incrédule, conséquence probable de la conversion d’un des deux conjoints après le mariage. Dans cette situation, sans doute très courante dans des églises jeunes, il n’était pas nécessaire que le couple se sépare tant que le conjoint incroyant acceptait de continuer la vie conjugale, contrairement à ce qui prévalait dans l’A.T. (voir infra). De plus, l’espoir d’une conversion restait ouvert (1 Cor 7.16). Mais en tirer argument pour justifier un mariage mixte en espérant convertir le conjoint incrédule serait tordre le sens évident du verset.

Le texte le plus clair est sans doute 1 Corinthiens 7.39 : « Une femme est liée aussi longtemps que son mari est vivant ; mais si le mari meurt, elle est libre de se marier avec qui elle veut ; seulement, que ce soit dans le Seigneur. » Cette permission apostolique du remariage des veuves est limitée par l’expression « dans le Seigneur » qui peut se comprendre comme : « avec quelqu’un qui a Jésus comme son Seigneur ». La veuve est libre de son choix, plus besoin de se conformer à un possible mariage arrangé ; et si tel est le cas, l’union avec un croyant est la règle. En 1 Timothée 5.14, l’injonction apostolique du remariage des jeunes veuves d’Éphèse n’inclut aucune précision sur le conjoint ; le mariage est pourtant vu comme un antidote à une situation où elles se « détachent de Christ » (1 Tim 5.11) — il est donc possible d’en déduire que le mariage doit les en rapprocher, ce qui implicitement suppose une union avec un chrétien.

Le texte le plus souvent cité est 2 Corinthiens 6.14-16 : « Ne vous mettez pas avec les infidèles sous un joug étranger. Car quel rapport y a-t-il entre la justice et l’iniquité ? ou qu’y a-t-il de commun entre la lumière et les ténèbres ? Quel accord y a-t-il entre Christ et Bélial ? ou quelle part a le fidèle avec l’infidèle ? Quel rapport y a-t-il entre le temple de Dieu et les idoles ? » Toutefois, le sens direct de ces versets, d’après le contexte, ne concerne pas le mariage, mais l’alliance entre les croyants de Corinthe collectivement et de mauvais serviteurs de Dieu, incrédules par leur conduite. Des applications secondaires multiples sont possibles, en particulier au mariage : le « joug » conjugal est assurément un des premiers qui vient à l’esprit. La mention du « temple de Dieu », résidence du Saint-Esprit, évoque le corps du croyant dans lequel il doit glorifier Dieu en ne s’unissant pas sexuellement à quelqu’un qui n’est pas uni au Seigneur (1 Cor 6.13-20).

Les commandements et les exemples de l’Ancien Testament

Si le N.T. définit pour le chrétien les normes de sa conduite, l’A.T. donne également des enseignements utiles et les illustre par des exemples.

À plusieurs reprises, Dieu avertit son peuple de ne pas contracter des mariages avec des personnes non israélites : « Tu ne contracteras point de mariage avec ces peuples, tu ne donneras point tes filles à leurs fils, et tu ne prendras point leurs filles pour tes fils. » La raison en est l’influence néfaste que l’étranger(ère) pourrait avoir sur le conjoint israélite, en particulier pour l’inciter à adorer ses idoles : « car ils détourneraient de moi tes fils, qui serviraient d’autres dieux. » (Deut 7.2-3) Même si la transposition à la situation actuelle doit être faite avec prudence, l’A.T. nous indique ainsi que Dieu n’approuve pas ces unions « mixtes » volontaires et en pointe le risque majeur : la mauvaise influence du conjoint incrédule sur la foi du croyant.

Au-delà des enseignements didactiques, l’A.T. est riche d’exemples instructifs. Plusieurs unions d’hommes de foi avec des femmes incrédules ou païennes n’induisent aucun reproche explicite :

– Abraham, remarié à Ketura (Gen 25) ;

– Joseph, marié avec Asnath (fille d’un sacrificateur païen) ;

– Moïse marié à Séphora, fille d’un sacrificateur de Madian, connaissant le vrai Dieu (au moins en partie), puis éventuellement remarié avec une éthiopienne (Nom 12.1) conserve la faveur de Dieu (v. 3,7,8) 2 ;

Parfois l’épouse païenne avait déjà fait la démarche de se rapprocher du peuple de Dieu :

– Rahab, qui a épousé Salmon (peut-être un des deux espions) ;

– Ruth, qui s’est remariée avec Boaz.

Mais, en général, Dieu réprouve les unions entre quelqu’un de son peuple et une étrangère :

– Isaac et Jacob, héritiers de la promesse, reçoivent une épouse dans la « famille », en opposition avec Ésaü dont les deux épouses païennes sont en aversion à sa mère (Gen 27.46) ;

– David eut plusieurs femmes non israélites parmi son harem, dont la mère de l’impie Absalom. Il fut suivi — et avec quelle amplification ! — par son fils Salomon : ses femmes étrangères détournèrent son cœur (1 Rois 11.2) 3 ;

– Achab épousa Jézabel, union sur laquelle la Bible porte un jugement extrêmement négatif (1 Rois 16.31 ; 21.25) ;

– Après l’exil, les responsables du peuple, Esdras puis Néhémie, obligèrent les Juifs mariés avec des femmes étrangères à les renvoyer (Esd 10.2-44 ; Néh 13.23-31) ;

– Enfin de nombreux proverbes ou exhortations prophétiques mettent en garde contre la « femme étrangère » — expression transposable au masculin.

Reste le cas particulier des filles de Tsélophchad : elles furent enjointes de ne se marier qu’avec quelqu’un de leur tribu. La raison était liée à la stabilité des territoires tribaux et il est difficile d’en tirer un principe pour notre sujet (Nom 36.6-9).

Au total, au travers de ces multiples textes, le poids est clairement du côté d’un mariage entre deux personnes du peuple de Dieu, sans exclure ceux (ou plutôt celles) qui, sans en être de sang, s’y joignent par une démarche de foi.

Quelques considérations pratiques

Pour celui ou celle qui n’est pas encore marié(e) et que l’approche ci-dessus a convaincu de l’immense privilège d’une union entre deux chrétiens, nous suggérons au moins trois démarches :

1. Prier pour un conjoint : Le choix d’un conjoint est, après la conversion, la démarche la plus lourde de sens de notre vie terrestre. Aussi est-ce un sujet à porter dans la prière avec régularité et instance, pour recevoir direction et patience. Et Dieu répondrait-il selon sa volonté en conduisant vers une personne incrédule ? Au contraire, attendre son exaucement « sans inquiétude » (1 Cor 7.32) conduira à la joie d’une réponse pleine, « dans la joie de son cœur » (Cant 3.11).

2. Garder son cœur : « Garde ton cœur plus que toute autre chose, car de lui viennent les sources de la vie » recommandent les Proverbes (Prov 4.23). Veillons donc sur nos pensées pour éviter de se laisser entraîner vers un attachement, même s’il semble seulement superficiel au début, à un(e) incrédule. Les fréquentations ambiguës sont à proscrire d’entrée.

3. Prendre une ferme résolution : C’est ce que fit Daniel pour ne pas se souiller à la table du roi païen (Dan 1.8). Quel jeune lecteur(trice) prendra devant Dieu, en comptant sur sa grâce, la ferme décision de ne pas même penser à un mariage avec un(e) incrédule ? Le prix à payer d’une désobéissance est tellement cher !

Et pour celui ou celle qui a contracté une union bancale, la repentance reste toujours largement ouverte : certes la « cible » voulue par notre Dieu sauveur a été ratée, mais la grâce de Dieu est toujours là pour pardonner, restaurer et parfois même produire le miracle de la nouvelle naissance dans le cœur du conjoint incrédule. C’est en tout cas notre prière.

1 Les théologiens se divisent depuis des siècles entre « dichotomistes » (pour qui l’âme et l’esprit sont deux termes totalement interchangeables) et « trichotomistes » (présentation que nous adoptons ici). L’argumentation reste aussi valable dans une vue dichotomiste.
2 Il n’est pas certain que la femme mentionnée en Nom 12.1 soit Séphora. Les commentateurs hésitent.
3 En marge de cet exemple à ne pas suivre, rappelons que le plan initial de Dieu est l’union d’unhomme et d’unefemme. Le concubinage (ou la polygamie) qui fut introduit par Lémek (Gen 4.19), et devint coutumier chez bien des personnages de l’AT, n’est pas conforme au projet divin originel (cf. Gen 2.18-24 ; Mat 5.32 ; 19.4-6). La tolérance provisoire de Dieu à l’égard de cette distorsion du mariage n’est pas synonyme d’approbation de sa part. Au contraire, l’Écriture tout comme l’histoire des sociétés nous enseignent que la multiplication des « partenaires » conjugaux est à l’origine d’innombrables déboires pour Israël, et dans le monde. (N.D.L.R.)


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