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Vivre dans un monde en mouvement (2)Culpabilité, honte et dignité humaine dans le monde moderneJ. M. Houston
En établissant une comparaison avec le siècle écoulé, nous constatons dans notre société un sens de culpabilité affaibli ou même une absence de tout sentiment de honte. Y a-t-il évidence de ce fait ? Si oui, quelle en est là (ou les) raison(s) ? L'attitude morale de ceux qui sont des chefs de ligne, des conducteurs parmi les hommes a-t-elle, d'une manière générale, une influence marquée sur les individus ? A vrai dire, il est difficile, sinon impossible de distinguer entre l'influence créatrice et la popularité acquise en décrivant des sentiments qui sont ceux de la masse et de l'heure. Pourquoi nous occuper de cette question ? Parce que le chrétien ne peut vivre dans un ghetto spirituel, sans relations avec le monde dans lequel il vit. Pour le pasteur (et pour ceux qui oeuvrent dans l'église), il s'agit d'un ministère prophétique (I Co. 14: 3) face aux problèmes de la morale contemporaine, face aux effets et aux conséquences d'une éthique toujours plus complexe.
L'attitude traditionnelle avait ses règles. Elle était ancrée dans la vie humaine, ordonnée par Dieu et assumait une claire distinction entre le bien et le mal.
Freud (neurologiste tchèque, 1856-1939) a eu une influence énorme sur la formation de la pensée occidentale au commencement du siècle. Ses recherches, concernant les origines et les profondeurs de la conscience humaine, ont secoué les fondements de la moralité et les sentiments découlant du christianisme. Notre société en est devenue plus instruite à ce sujet, plus ouverte et sans pudeur.
L'apôtre Jacques en parle, avec ses conséquences: celui qui se présente devant le miroir de la Parole de Dieu « est semblable à un homme qui regarde son visage naturel, et après s'être regardé, s'en va et oublie aussitôt comment il était » (1 : 24). C'est le refoulement. L'homme balaie ce qui ne lui fait pas plaisir et, de ce fait, ne bénéficie pas de l'instruction qui lui est offerte. Vivant à la façon de Robinson Crusoé, Freud n'a pas pu se rendre compte de la réalité d'une religion, il ne put distinguer entre le caractère névrotique de la religiosité (= religion de façade) et la comparer à la vérité authentique d'une foi réelle révélée en Dieu et de la réponse de l'homme Dieu. Une des fraudes de notre siècle consiste à mettre de côté la notion de la conscience, comme étant trop vague, mais par contre angoissante. Cependant, la conscience est le bon sens que possède un homme, le mettant au courant de son statut moral. La voix de la conscience lui révèle le dialogue qui a cours en lui, lui certifiant ce qui est et ce qui devrait être. La conscience est le témoin de la nature bipartite, donc divisée de l'homme, - un manque d'harmonie et d'unité auquel il faut prendre garde, mais
Or, l'intégrité et la paix, la tranquillité d'esprit et la paix avec Dieu ont plus de valeur que la santé et la Joie recherchées dans le monde actuel. La droiture, c'est-à-dire « vivre avec droiture » est une manière de vivre plus claire que celle d'« avoir le sentiment d'être bien ajusté », ce que vous souhaite le psychanalyste ! Car, quelle est la valeur d'un bon « ajustement » à la société qui nous entoure, si nous savons que cette société est pourrie ? La notion de « normalité » (proposée par la psycho-analyse) est la moralité de l'hygiéniste de ce monde. Mais nous avons de multiples raisons de croire que notre société entière est anormale et impotente à cause du péché... Un chrétien n'a pas à être honteux si l'évangile ouvre à ses yeux la réalité de la culpabilité profonde du PÉCHÉ, si par cet évangile Il est capable d'offrir le remède qu'est l'amour rédempteur de Dieu.
Face à ce monde en folie dans lequel nous vivons, retrouver le sens réel du péché est essentiel. Nous sommes induis en erreur lorsque nous glosons sur ce monde avec un langage pseudo-scientifique. C'est aussi une duperie d'estimer que le temps ou l'oubli efface la faute. Encore, nous sommes bernés si nous estimons que le salut est dans le grand nombre, dans la foule, ou parce que chacun agissant de même, nous serions sur la bonne voie. L'emphase chrétienne placée sur le sérieux du mal, du péché et la réalité de la culpabilité ne sont pas une affaire de névrotisme. C'est une réalité dans le cadre de la personnalité entière, de l'homme total, là où la valeur et la dignité de l'être humain sont précisément reconnues par le fait de droits sur des personnes - Dieu a des droits sur l'homme, comme l'homme peut en avoir sur son compagnon. Les droits sont le propre de la nature de l'homme; ils sont attachés à sa nature. Ainsi le péché est inhérent à la nature humaine. Le péché consiste dans le fait que l'homme est incapable de répondre aux droits du Créateur sur lui ; peut-être encore l'homme se rebelle-t-il contre ces droits ! Le symbolisme et la réalité à la base des doctrines de la rédemption, de la réconciliation, du pardon, de la justification mettent en évidence les valeurs précieuses inhérentes à l'homme, valeurs que l'homme peut accepter ou refuser, étant un être libre et responsable. Même en société païenne, l'absence de tout sentiment de honte est considéré comme le point le plus bas de la dégradation. Il suggère la perte totale de la dignité humaine. L'expérience de la honte est soudaine et souvent pénible; elle démontre un manque d'harmonie entre la personne et la situation sociale du moment. Si l'expérience est acceptée honnêtement, si l'on y prend garde avec soin, elle peut rendre attentif et conduire vers un sens plus élevé du respect de soi-même. La honte peut révéler des intentions cachées du coeur et ainsi amener à la découverte intime de sa propre personnalité. Il n'est pas sans signification que notre époque marquée par le rejet de la honte, soit signalée par un manque de dignité propre. La recherche de cette dignité, c'est-à-dire ce que l'homme est, à quoi il devrait tendre, est le problème urgent de notre temps. Le monde occidental, en particulier, a été décrit comme étant dépersonnalisé, dérouté, perdu, dans la solitude ou dans un désert ! Lorsque nous sommes honteux de nos péchés, nous rendant compte de nos flétrissures, nous sommes en place pour reconnaître un sens de valeur personnelle et accueillir la pensée que nous ne sommes pas orphelins. Car la valeur de la personne de Jésus-Christ, qui nous enseigne à appeler Dieu « notre Père », a fait entrer dans l'histoire une relation nouvelle et unique - ce qui devient pour nous le fondement de notre morale. Ayant appris à connaître Dieu, nous nous reconnaissons comme étant pécheurs. Avertis de l'oeuvre de rédemption, de pardon par Christ, nous pouvons aussi apprendre que nous sommes pardonnés, « acceptés dans le Bien-Aimé ». Cela fait de nous des hommes nouveaux, littéralement une nouvelle création, une nouvelle valeur, un nouveau statut que l'homme ne pouvait de lui-même concevoir.
Concernant l'exemple du publicain, notre Seigneur fait sentir avec réalisme ce qui caractérise cette personne dite « désagréable », qui n'a aucune illusion concernant la nature humaine et qui crie à Dieu « ô Dieu, aie pitié de moi qui suis un pécheur ». C'est dans un tel homme que Dieu trouve son plaisir et dont la prière est entendue. En celui-là se montre la vraie valeur de l'être humain, car il n'y a pas de masque, pas de Jeu-fiction. Aujourd'hui, nous avons besoin de réaliser cette valeur pour le maintien de la moralité chrétienne. Witness 1178, adapté avec autorisation.
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