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Dans la bataille actuelle pour défendre, maintenir et restaurer le respect public de la loi de Dieu dans nos diverses sociétés, nous sommes souvent étonnés, et parfois rendus perplexes, en découvrant où se trouvent en fait nos véritables alliés. Sans doute que par rapport à des questions aussi urgentes et dramatiques que celle de l'avortement, nous ne sommes que trop reconnaissants de trouver des alliés sans nous poser trop de questions en ce qui concerne les positions doctrinales de ceux qui se dressent avec nous contre le meurtre en masse de tant de nos petits enfants. Quand nous sommes confrontés à la destruction de la source vitale de nos nations - et du jugement imminent de Dieu qu'appellent justement de telles actions -,les questions de croyance ou d'appartenance politique deviennent secondaires. Mais lorsque nous soulevons d'autres questions relatives aux lois, à l'éducation, à notre passé ou à la fonction de 'Etat, il devient nécessaire, à cause de nos présupposés et de nos traditions différents, de définir dans quelles conditions une action commune peut être entreprise.
Cependant, la réaction commune de chrétiens de divers milieux à un certain nombre de questions publiques a mis en lumière le fait que la ligne de démarcation entre ceux qui confessent la foi dans le domaine public et qui confrontent l'humanisme sécularisé sur son propre terrain, et ceux qui préfèrent préserver leur propre paix, au prix même de la ruine complète de leur pays, n'est en tout cas pas dénominationnelle. Cette ligne de séparation traverse toutes les dénominations. Ceux sur lesquels nous pensions pouvoir normalement nous appuyer, ceux avec lesquels nous partageons une étroite communion, se font trop souvent remarquer par leur absence quand la bataille commence à faire rage. Par contre, nous sommes sou-vent étonnés de découvrir que ceux que nous avions toujours considérés comme nos adversaires traditionnels se trouvent avec nous dans le même camp chrétien, et quand la bataille est engagée, ils se montrent des compagnons d'armes solides, dignes de confiance et courageux. Pour bien des calvinistes, des luthériens, des anglicans, des baptistes et des fondamentalistes, il est souvent particulièrement troublant de se trouver en alliance étroite dans le combat public avec des catholiques romains, des pentecôtistes ou des adventistes! Car dans cette guerre, nous sommes des cobelligérants. Déjà au milieu du XVIe siècle, le réformateur vaudois Pierre Viret, à une époque où les huguenots subissaient la plus cruelle persécution de la part des catholiques français, avait déclaré que dans la bataille à venir avec les ancêtres de nos humanistes sécularisés, les libertins, le catholicisme serait l'allié des réformés et non son adversaire.
Eu égard à cette alliance pratique sur le terrain, il est donc nécessaire et urgent de définir sur quelle base commune les chrétiens de différentes traditions peuvent ensemble lutter contre l'antithéisme de leur adversaire commun. Une telle définition est devenue fondamentale, si cette collaboration doit conduire au renforcement de la foi orthodoxe et non à sa désintégration dans la confusion. La confusion engendrée par le mouvement oecuménique non-doctrinal a trop souvent eu comme fruit la dilapidation de notre héritage chrétien commun. Tandis que les différences devraient être franchement et lucidement reconnues afin d'éviter toute confusion, les points où l'accord existe devraient être clairement et soigneusement reconnus et définis.
Mais il importe d'abord de formuler une distinction fondamentale entre les domaines ecclésiastiques et publics, distinction qui doit à tout prix être maintenue afin d'empêcher que la collaboration publique entre chrétiens ne produise davantage de confusion encore.
En premier lieu, dans cette bataille contre l'humanisme sécularisé, la collaboration ne peut que se situer sur le plan d'actions individuelles se rapportant à des questions précises. Cette collaboration peut devenir très large et même inclure celle de non-chrétiens ayant à coeur la défense des valeurs chrétiennes fondamentales.
Deuxièmement, malgré l'importance indiscutable
du témoignage des églises individuelles ou des dénominations
sur des questions d'ordre public, cette collaboration entre chrétiens
ne peut avoir un caractère ecclésiastique sans courir
le risque de sacrifier l'identité spécifique des églises.
La collaboration 0e-cuménique superficielle obtenue au moyen
de la pensée dialectique (1) conduit à
un réductionnisme doctrinal. Cette réduction de
la doctrine à son dénominateur commun le plus bas
aboutit, comme nous l'avons vu que trop souvent pendant les dernières
décennies d'oecuménisme, à la dissolution
inévitable des éléments orthodoxes encore
présents dans les diverses églises. Le caractère
spécifique des diverses dénominations est ainsi sacrifié
sur l'autel de l'unité des églises. Car un tel effort
d'unité sans un retour entier à la vérité
ne peut que conduire à la relativisation de la notion même
de vérité. Une collaboration efficace entre chrétiens
sur des questions d'ordre public doit aller de pair avec le refus
de tout compromis ecclésiastique. C'est seulement ainsi que
notre travail en commun pourra conduire à la consolidation
de la base orthodoxe des différentes dénominations
et non à sa désintégration.
Afin d'atteindre ce but, les points suivants d'accord minimal doivent être acceptés:
a. L'inspiration divine de l'Ecriture Sainte avec, pour corollaire, l'infaillibilité et l'autorité de la Bible.
b. Les formulations doctrinales des sept conciles oecuméniques,
à savoir ceux de Nicée (325), Constantinople I (431),
Ephèse (431), Chalcédoine (451), Constantinople Il
(553), Constantinople III (680-681) et Nicée Il (787) devraient
être acceptées sans réticences mentales. Bien
que les formulations doctrinales de ces conciles ne détiennent
pas l'autorité inerrante des Ecritures, elles définissent
clairement et fidèlement la doctrine chrétienne en
opposition aux hérésies rationalistes et autres des
premiers siècles de l'Eglise. Nous devrions ainsi confesser
d'un commun accord non seulement le symbole des apôtres, mais
aussi les symboles d'Athanase et de Nicée ainsi que les
formulations fondamentales de Chalcédoine. Ni la doctrine
de la Trinité, ni celle de l'incarnation, ni la déchéance
de l'homme et son besoin de salut ne devraient faire difficulté
(2).
c. En opposition directe au nominalisme et à l'idéalisme
philosophique (3), son héritier, c'est-à-dire
à tout subjectivisme tant philosophique que théologique
et scientifique, nous affirmons que la vérité, tout
en étant en premier lieu la personne même de notre
Seigneur et Sauveur Jésus-Christ est, en même temps,
son enseignement. Ce dernier est une doctrine conceptuellement
définissable. L'intelligence de l'homme, ainsi que ses autres
facultés, bien qu'à présent abîmées
par la chute, ont été créées par Dieu
pour connaître la vérité. Cette vérité
correspond à l'ordre de la création et rend possible
la connaissance de la nature. Bien que les confessions de foi de
la Réforme et les formulations du concile de Trente, ainsi
que les positions doctrinales des diverses dénominations,
diffèrent parfois de manière importante quant au contenu
de nombre de leurs articles, ils ont néanmoins en commun
le même fondement épistémologique (4),
opposant logiquement la vérité définie conceptuellement
à l'erreur.
d. Mais notre accord va un pas plus loin. Le christianisme n'est pas simplement une théorie de la connaissance, une gnose. La vérité chrétienne est aussi, et inséparablement, une vie. La foi est également, et inséparablement, une éthique. Notre salut en Christ, par la foi et la force du Saint-Esprit, ne peut être séparé de la mise en pratique de la vérité qui nous est connue, par la grâce de Dieu, et à laquelle nous croyons. Cette immuable loi divine qui définit l'éthique chrétienne, est en même temps l'ordre divin pour la création et la révélation spéciale des pensées de Dieu telle qu'elle nous est transmise dans sa Parole écrite, la Bible. Vu que cet ordre de loi est l'ordre même de la création, il s'ensuit qu'il s'applique à tous les aspects de la réalité créée, qu'ils soient scientifiques ou publics, ou qu'ils concernent plus spécifiquement nos vies privées et la vie de l'Eglise. Cette constatation implique, entre autres, l'obligation pour les chrétiens d'expliciter les conséquences politiques et sociales spécifiques de la loi de Dieu, et de formuler des réponses bibliques aux problèmes pratiques qui se posent à nos sociétés.
Pascal exprimait cette vérité avec concision et
beaucoup de clarté et de force quand il écrivait:
"La loi n'a pas détruit la nature, mais elle l'a instruite
la grâce n'a pas détruit la loi, mais elle l'a fait
exercer" (5).
Il n'est guère possible, dans la confusion actuelle, de s'attendre à ce que ceux qui luttent ensemble contre les résultats humains et sociaux catastrophiques de l'athéisme humaniste et de son idéalisme philosophique sachent saisir directement la signification des positions que nous venons de formuler et puissent en accepter sans autre les implications. Mais une résistance durable et efficace des chrétiens à l'humanisme sécularisé implique la base doctrinale que nous venons de définir. Si nous nous tenons sur ce fondement et mettons en action la ligne d'attaque qui en découle, nous confiant résolument dans le secours de la grâce de Dieu, nous verrons repoussée la marée montante de cet humanisme sécularisé anti-chrétien.
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