Dossier: L'évangélisation personnelle
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Choc des cultures

Cet article traite du choc entre les chrétiens et les musulmans dans le cadre de l’évangélisation. Son auteur a travaillé plusieurs années dans un pays du Sahel. Il est aujourd’hui responsable d’une organisation chrétienne internationale ayant son siège en France. Dans cet article, il développe l’importance d’une communication adaptée de l’Évangile à des personnes d’arrière-plan musulman. Il met l’importance sur les considérations d’ordre culturel.

Le défi de la communication avec les musulmans n’est pas seulement d’ordre théologique, mais aussi d’ordre culturel. Si les différences théologiques sont aisément identifiables et font appel à l’intellect et à la connaissance, les questions culturelles touchent des notions profondément ancrées dans notre personne.

Musulman comme chrétien, chacun pense que sa manière de vivre est la norme. Dans notre communication de l’Évangile, quelles sont les limites à ne pas dépasser entre transmission du message du Christ et envahissement culturel ?

Il est facile de comprendre que des efforts culturels soient nécessaires pour travailler dans des pays musulmans. Cependant, oser dire que les chrétiens en Europe devraient faire un effort culturel pour toucher leurs compatriotes d’arrière-plan musulman, c’est s’attendre à ce que les sourcils froncent et que la discussion se fige. Il est plus facile de se cacher derrière des termes très à la mode comme « conflit de civilisation », ceci pour simplement dire que nous ne pourrons rien changer à nos retranchements et qu’ils sont la norme.

1)  Avoir un regard anthropologique2

 Notre tendance première est d’éviter de nous retrouver dans des situations inconnues ou sur des terrains où nous n’avons plus de repères.

Suite à de mauvaises expériences, vous avez peut-être décidé de ne plus faire d’effort de communication avec ces gens. En effet, vous trouvez qu’ils sont trop compliqués, et qu’il est impossible de s’entendre avec eux !

La connaissance de leur environnement culturel est indispensable. La communication sera facilitée quand nous saurons pourquoi les gens que nous voulons atteindre pensent et agissent d’une manière différente de la nôtre.

« Allez ! Le commandement de Jésus à ses disciples n’est pas seulement ni surtout un ordre de marche, mais aussi et d’abord un ordre de sortir de sa culture. C’est prendre conscience qu’il y a autant de manières de penser, de s’exprimer, d’organiser nos relations humaines et de nous définir une identité qu’il y a de langues. » Ch. D. Maire

2)  Qu’est-ce que la culture ?

 Rapidement dit : « C’est la manière dont on fait les choses, ici ! » C’est la façon de faire d’un groupe, d’organiser une société. En voici quelques traits directeurs : la vie familiale, l’alimentation, l’habillement, la langue, l’éducation, les valeurs, les croyances, les coutumes, les lois, etc. C’est la manière de penser, de dire, de faire – le savoir appris d’un groupe qui est transmis de génération en génération.

Comme nous venons de le voir, l’ordre de faire de toutes les nations des disciples inclut un mandat culturel. Le processus de former des disciples ne peut se faire en dehors des aspects culturels de la vie du disciple.

Aucun messager de l’Évangile ne peut s’occuper uniquement des « âmes perdues ». Avant de parler de doctrine et de foi, il rencontre le musulman d’une manière culturelle. Cela est inévitable, la religion en fait partie intégrante, elle est comme immergée en elle.

3)  Bonne ou mauvaise culture ?

 Dieu est au-dessus de toutes les cultures. Le péché entrant sur la terre a fait son travail de corruption, de destruction jusque dans les structures de nos sociétés. Plus une culture est éloignée de Dieu, de ses valeurs et de ses principes, plus la confrontation est grande quand l’Évangile la pénètre.

Les cultures ne sont ni divines ni sataniques en elles-mêmes. Elles sont un produit humain qui est la scène permanente d’influences divines et sataniques. En voici un exemple : l’Occident est judéo-chrétien, pourtant, l’individualisme qui nous caractérise ne reflète en rien les valeurs du Royaume de Dieu.

4)  Trois réactions face à une nouvelle culture

 Face à une nouvelle culture, nous pouvons avoir trois réactions : le rejet, l’acceptation sans réserve ou l’examen critique à savoir le chemin du milieu. Les deux solutions extrêmes amènent le messager dans une impasse : s’il rejette toutes les traditions et toutes les coutumes, lui et le message de l’Évangile ne seront jamais intégrés. S’il les accepte toutes, il entre dans le syncrétisme3.

Notre communication de l’Évangile ne doit pas nous amener à dénigrer les traits de la société islamique. Apprendre à connaître une culture, c’est s’en approcher sans jugement préconçu, chercher à comprendre ou admettre une logique différente, sans se croire obligé d’approuver ou de condamner.

5)  Vivre l’essentiel

 Certains fondements bibliques amènent inévitablement à des confrontations avec le message coranique. Toutefois, faisons le maximum pour ne pas dresser des obstacles qui ne se justifient pas.

Chaque culture a en elle des aspects :

– en accord avec les valeurs bibliques

– en désaccord avec les valeurs bibliques

– neutres

Jésus a su communiquer les éléments essentiels du Royaume de Dieu. En aucun cas, ses propos se sont basés sur la transmission de principes culturels ou sur des manières de faire propres au peuple juif.

Le Royaume de Dieu est clairement défini par Christ comme un royaume céleste. Trop souvent, nous sommes tentés de défendre et d’enseigner des valeurs qui nous sont propres et finalement secondaires. Elles n’ont rien à voir avec le cœur du message biblique. En voici des exemples : est-il vraiment nécessaire d’être assis sur des chaises pour prier ? Notre manière de vivre un culte est-elle la référence ? Est-il vraiment essentiel de manger dans des assiettes et d’être outillé de fourchettes et couteaux pour être dans la norme biblique ?

6)  Confrontations

 Comme le développe Hesselgrave, il peut y avoir confrontation à trois niveaux :

– entre le message de la Bible et la culture de la communauté chrétienne,

– entre le message de la Bible et la communauté islamique,

– entre la culture de la communauté chrétienne et la culture de la communauté islamique.

Del Tarr est prêt à dire que la culture dans laquelle baigne le chrétien n’est pas, à priori, plus biblique que celle du musulman. Pour étayer cette pensée, rappelons-nous Jésus qui prend comme exemple un Samaritain pour donner aux Juifs une leçon de bonté. En ce qui nous concerne, nous pouvons en tirer deux enseignements :

– Tous les hommes sont pécheurs, quelle que soit leur religion ou leur culture,

– D’autres sociétés ou ethnies peuvent avoir des valeurs en accord avec la Bible que les nôtres.

7) Processus de compréhension culturelle

Voici trois principes dont la pratique a pour avantage une meilleure compréhension de l’autre et le bénéfice d’une communication authentique.

Confronter sa propre culture au message biblique

Avant de parler de la confrontation de notre société avec celle du musulman, il est important de commencer par prendre de la distance face à notre propre culture. C’est notre première responsabilité : interpréter le message biblique sans l’influence de notre culture de référence.

Pour nous y aider, nous pouvons nous poser ces trois questions. Quels traits de ma culture sont :

– en accord avec le message biblique ?

– en désaccord avec le message biblique ?

– neutres, c’est-à-dire ni bibliques, ni anti-bibliques ?

Connaître la culture étrangère

Découvrir l’autre culture, c’est commencer par vivre et développer des amitiés. L’objectif ici n’est pas d’entrer dans le témoignage verbal, cela peut arriver, mais ce n’est pourtant pas le but immédiat. Avant cela, commençons par :

– passer du temps avec notre interlocuteur,

– lui poser des questions sur ses croyances et sa religion,

– faire et recevoir des visites,

– en toute amitié, participer aux fêtes religieuses et familiales (fête de fin du ramadan, mariage, naissance, etc.).

Traduire le message de manière convaincante et significative dans la nouvelle culture

Non seulement nous faisons une démarche pour mieux comprendre les musulmans, mais aussi des efforts pour qu’ils nous comprennent. Nous entrons alors dans la communication verbale, celle-ci vient étayer le témoignage non verbal du point précédent (l’amour, la compréhension, l’entraide, etc.).

Certaines de mes actions peuvent être neutres dans ma société, mais avoir une connotation fortement négative dans la communauté musulmane. Prenons quelques exemples classiques : porter la Bible de la main gauche, la poser par terre ou souligner des versets au stylo, refuser systématiquement le thé offert, etc.

Réalisant que dans l’islam il y a certaines des valeurs en accord avec celles de la Bible, il m’est possible de construire ma communication sur les vérités que Christ a mises sur leur cœur (respect des anciens, de la famille, importance de la piété, de la dévotion, de la justice).

Certains mots utilisés par les chrétiens n’ont pas le même sens pour les musulmans. Par exemple, le paradis (le Coran le définit comme un lieu de plaisir), la prière (la prière musulmane est ritualisée, elle se fait cinq fois par jour), le péché (le Coran dit que l’homme est bon à sa naissance, c’est son entourage qui le corrompt).

Les musulmans sont souvent issus de cultures orales. Nos développements logiques basés sur la raison sont souvent en porte-à-faux avec leur perception et leur mode de communication. Il est plus approprié de développer un sujet sur la base d’une histoire ou d’un témoignage personnel.

8)  Après la conversion

 Notre but n’est pas seulement de gagner quelques âmes à Christ, mais de faire grandir une église dans un milieu où trop souvent il n’y a aucun témoignage de chrétiens fidèles. Pour atteindre ce but, les nouveaux convertis ne devraient pas être enlevés de leur contexte social et culturel.

Si nous réalisons que la société islamique dans ses aspects socioculturels n’est pas mauvaise en soi, nous ne verrons aucun avantage à déraciner le nouveau croyant. Il est vrai que, dans une grande partie des cas, le converti est exclu de sa communauté, et les conséquences de son choix peuvent être graves voire dramatiques. Il est pourtant nécessaire de comprendre qu’un déracinement culturel pourrait être la cause d’une chute à plus long terme. Si cela est possible, il faut encourager le nouveau converti à persévérer malgré les outrages. Il sera un exemple extraordinaire de témoignage vivant de Christ dans sa communauté.

Dès lors, comprenons qu’il pourrait être difficile à une personne issue de l’islam de s’intégrer à l’église de culture occidentale. Le pasteur, que vous êtes peut-être, ne pourra que mieux l’accompagner s’il connaît son arrière-plan culturel. Une réflexion est à mener, un accompagnement et un enseignement personnalisé semblent indispensables.

1 Jost Beat, Une approche globale de l’apologétique, éditions Frontiers, Bienne, 2003
Rothenberger Hans, Initiation à l’anthropologie culturelle, dossier, cours EMF, 2003
2 L’anthropologie est la branche des sciences humaines qui étudie l’être humain sous tous ses as-pects, à la fois physiques et culturels.
2 Système philosophique ou religieux, dont la doctrine ou les pratiques sont un mélange d’éléments pris dans différentes croyances.

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