Dossier: Qui sont nos modèles ?
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Daniel sous la pression professionnelle

Florent Varak a grandi dans une famille passionnée de spiritualité orientale. En 1984, il se convertit au christianisme. Il est titulaire d’une maîtrise de théologie et pasteur d’une église évangélique à Lyon depuis plus de 10 ans. Il est marié et père de trois enfants. Il enseigne aussi à l’Institut Biblique de Genève (IBG). Conférencier et écrivain, il est l’auteur de deux ouvrages : La Foi charismatique (Editions CLE) et La Réincarnation (Editions CLE). De nombreux articles, dus à sa plume sur des sujets actuels sont disponibles sur le site www.grace-lyon.org ou www.unpoissondansle.net. Florent Varak fait partie du comité de soutien de Promesses.

Il est des moments dans la vie avec Dieu où le Seigneur prend plaisir à tester notre intégrité. Il autorise des circonstances ou des situations, où un homme va refléter concrètement son amour pour Dieu. Tel fut le cas pour Daniel dans le récit rapporté au ch. 6 de son livre.

La jalousie des collègues (6.1-5)

En 539 av. J.C., le roi perse Cyrus conquiert la ville de Babylone. Après avoir pris la ville, Cyrus continue sa conquête, et laisse à Gubaru (appelé Darius dans le livre de Daniel) le soin de gérer sa nouvelle acquisition.

Ce Gubaru (alias Darius) nomme 6 gouverneurs par provinces, soit 120 « satrapes », c’est-à-dire 120 hauts fonctionnaires. Trois ont la charge de superviser l’ensemble, et Daniel est en quelque sorte le premier ministre de cette administration. C’est merveilleux ? Pas vraiment !
– Ses collègues, perses ou mèdes, sont verts. Verts de jalousie, verts de rage, verts d’envie.
– Pour comble, Daniel est vieux (environ 80 ans) et Juif. Pour eux, il n’a rien à faire dans le gouvernement de Babylone.
– Ces charmants collaborateurs cherchent un moyen d’accuser Daniel de négligence (6.5), mais ne trouvant rien, ils se tournent vers la religion de Daniel pour y découvrir un motif de dénonciation.

Le complot des collègues (6.6-9)

Les collègues de Daniel complotent. Pour renverser Daniel, ils s’appuient sur deux éléments :
– La Loi de Dieu dit : « Tu n’adoreras que le Seigneur ton Dieu. » Cela fait partie des 10 commandements. Si le roi signait un décret obligeant à adorer un dieu, alors Daniel serait cuit. Ou plutôt mangé, car si la peine de mort chez les Babyloniens c’était le bûcher, pour les Perses, c’était les lions2.
– La loi des Mèdes et des Perses se voulait irrévocable lorsqu’elle était scellée par les dignitaires de ces empires.
Leur stratégie est particulièrement haineuse. Ils trompent le roi en disant que « tous les chefs du royaume, les intendants, les satrapes, les conseillers et les gouverneurs » sont d’accord sur cette proposition. Manifestement, c’est tous, sauf le premier ministre ! Le roi Darius ne prend pas soin de vérifier les dires de ces dizaines de dignitaires qui réclament bruyamment la signature du décret.

De telles demandes apparaissent démesurées aujourd’hui – du moins dans les pays occidentaux. Mais les despotes du coin et de cette époque exigeaient souvent le culte de leur personne.

L’intégrité spirituelle de Daniel (6.10-15)

Le refus de Daniel le condamne à la fosse aux lions. Daniel a eu une longue vie, bien remplie. Il a été fidèle à Dieu, tout en étant un fonctionnaire responsable au sein des divers empires qu’il a traversés. Je suppose qu’il a au moins été tenté de trouver une solution pour échapper à ce piège :
– Cesser de prier pendant 30 jours par exemple.
– Ou prier la nuit, lorsque personne ne regarde.
Je me demande ce que j’aurais fait… C’est une chose d’être intègre pour Dieu sans pression ; c’en est une autre de l’être lorsqu’une foule de personnes influentes qui sont vos propres collègues vous poussent à ne pas l’être.

L’intégrité spirituelle de Daniel est remarquable. Et elle se résume en une phrase : il vit pour Dieu quels que soient les agissements des gens autour de lui. Il continue donc à prier, 3 fois par jour, devant les fenêtres. Il continue même de le faire lorsque les hommes entrent chez lui (v. 11).

L’étau se ressert donc sur Daniel. Le roi est affligé ; il réalise qu’il a été floué, mais qu’il ne peut rien pour arrêter ce qu’il a lancé.

Les conséquences de l’intégrité de Daniel (6.16-28)

Daniel est jeté dans la fosse aux lions, dont l’ouverture est scellée3. Il se trouve que dans cette situation unique de l’histoire, Dieu a choisi d’intervenir pour préserver Daniel. Six siècles plus tard, lors des persécutions romaines, bien des chrétiens n’auront pas le même privilège. Il semble même que Paul ait échappé de justesse à ce terrible châtiment4 (2 Tim. 4.17). L’auteur de l’épître aux Hébreux fait sans doute allusion à cet épisode dans la superbe présentation des héros de la foi de l’Ancien Testament : « Et que dirais-je encore ? Car le temps me manquerait si je passais en revue […] les prophètes qui, par la foi, […] fermèrent la gueule des lions. » (Héb 11.32-34)

Devant cette délivrance miraculeuse, le roi décide de punir les accusateurs de Daniel ; son décret est radical : « Que ces hommes qui avaient accusé Daniel soient amenés et jetés dans la fosse aux lions, eux, leurs enfants et leurs femmes ! » La Loi de Moïse interdisait que l’on punisse la famille d’un coupable (Deut. 24.16) ; l’ordre du roi était donc injuste. Mais les monarques non juifs n’avaient pas la même sensibilité. La condamnation avait un effet dissuasif sur toute personne qui voulait tromper un roi. Cela tuait dans l’œuf toute possibilité de vengeance également.

Le texte décrit crûment ce qui se produisit : « Et avant qu’ils soient parvenus au fond de la fosse, les lions se ruèrent sur eux et brisèrent tous leurs os. » (6.24)

Le roi est évidemment impressionné par la délivrance de Daniel – surtout en contraste avec le « festin » qui a suivi – au point qu’il rédige une lettre destinée aux provinces dont il avait la gouvernance : « Je donne l’ordre que, dans toute l’étendue de mon royaume, on ait de la crainte et du respect devant le Dieu de Daniel.

Car il est le Dieu vivant
Et il subsiste à jamais !
Son royaume ne sera jamais détruit.
Et sa domination durera jusqu’à la fin.
C’est lui qui sauve et délivre,
Qui opère des signes et des prodiges
Dans les cieux et sur la terre.
C’est lui qui a sauvé Daniel
De la griffe des lions. » (6.25-27)

La religion de Darius, dualiste, à laquelle étaient associés de nombreux dieux, souvent illustrés ou représentés par le feu, n’est pas comparable à la puissance si éclatante du Dieu d’Israël. Le roi Darius ne s’est pas trompé à son sujet !

Gérer le succès

L’honneur, c’est comme le parfum, ça doit rester à l’extérieur – c’est du poison quand on le boit ! Le roi Darius aurait dû se méfier de la flatterie de sa cour. Le roi aurait dû veiller à cultiver l’humilité. Parce qu’il était sensible à la flatterie, il a pu être manipulé aisément. La recherche de la gloire, de l’approbation des autres, est l’un des grands dangers de l’homme. Au fond, c’est de l’orgueil.

Fait étrange : si un péché comme l’adultère est rapidement identifié dans une église et si le processus de discipline se met en place pour de tels péchés, on l’envisage mal pour l’orgueil. Pourtant, c’est l’un des sept vices que l’Eternel déteste : « Il y a six choses pour lesquelles l’Éternel a de la haine, et même sept qu’il a en horreur : les yeux hautains, la langue trompeuse, les mains qui répandent le sang innocent, le cœur qui médite des projets injustes, les pieds qui se hâtent de courir au mal, le faux témoin qui profère des mensonges, et celui qui déchaîne des querelles entre frères. » (Prov. 6.16-19)

De gros échecs spirituels ont lieu après de grandes victoires ou de grands sommets.
– Pierre s’est entendu dire par le Seigneur : « Arrière de moi, Satan », juste après qu’il a dit à Jésus sa compréhension de son identité : « Tu le Christ, le Fils de Dieu. » (Mat 16)
– C’est après la victoire sur Jéricho qu’Acan a pris du trésor défendu (Jos 7).
– C’est après des milliers de conversions, et une vie d’église remarquable, qu’Ananias et Saphira tombèrent morts pour leur péché (Act 5).

Et on pourrait multiplier les exemples.

Dans le développement de notre intégrité et de notre marche avec le Seigneur, soyons très vigilants sur la gestion du succès. Pour l’avoir ignoré, Darius est tombé dans un piège monstrueux. Daniel, lui, a toujours su gérer cette situation avec Dieu.

Le piège de la jalousie

Les conseillers du roi étaient jaloux du succès de Daniel – comme quoi les hommes n’ont pas beaucoup changé au cours du temps :
– Joseph a été vendu comme esclave par ses propres frères, jaloux de l’amour que lui portait leur père.
– Saül a voulu tuer David à plusieurs reprises à cause de ses succès militaires, et du choix de Dieu.
– Les Proverbes parlent de la jalousie (ou de l’envie) en des termes catégoriques : « Car la jalousie met un homme en fureur, il est sans pitié au jour de la vengeance. » (6.34) « Un cœur calme est la vie du corps, mais la jalousie est la carie des os. » (14.30) « La fureur est cruelle et la colère impétueuse, mais qui tiendra devant la jalousie ? » (27.4)
– Actes 13.45 montre que les chefs religieux juifs étaient jaloux du succès de l’Eglise, et que cela motivait leur désir de persécution.
Mais la jalousie existe en dehors des païens, ou du temps de l’A.T. Au point que les apôtres ont eu à la traiter à bien des reprises.
– Romains 13.13 nous exhorte à marcher loin de la jalousie, et de la discorde.
– Paul reproche longuement aux Corinthiens leur jalousie les uns envers les autres. Leurs cultes cherchaient à attirer l’admiration des autres, sans souci de service mutuel (1 Cor. 3.3 ; 2 Cor 12.20).

Dieu avant tout !

Les gens qui aiment Dieu aiment… Dieu. Pas l’ambiance des gens qui aiment Dieu, pas les activités religieuses ou spirituelles. Ils aiment Dieu. Ils honorent Dieu. Ils vivent pour lui. C’est-à-dire qu’ils lui obéissent, quel que soit leur état d’âme, leurs sentiments…
– Daniel commence sa carrière dans la cour des rois avec un test d’intégrité. Il a à peine 15 ans. Loin de ses parents, des sacrificateurs, des coutumes de son peuple, il choisit de ne pas manger des viandes déclarées impures par le Lévitique. Il choisit de mettre en avant ses convictions morales et spirituelles. Quitte à mettre en danger sa carrière et son avenir.
– Daniel a plus de 80 ans maintenant. Le même scénario se produit. Il demeure fidèle à ses principes. Un mot pour les adolescents : vous deviendrez ce que vous développez aujourd’hui ; si votre vie d’ado chrétien est un bain de compromis, il n’y aura pas d’âge où cela va changer. Il n’y a pas d’âge magique, où un homme devient intègre facilement. C’est un choix coûteux et difficile, qui se prend dès maintenant.

La relation avec Dieu est prioritaire sur les autres. Des hommes n’ont pas eu la chance de Daniel. Rappelons rapidement l’histoire de Bernard Palissy : né à Agen, en 1510, il devient maître verrier, étudie la géologie, la physique, la chimie, l’agronomie. Soucieux de découvrir le secret des émailleurs italiens, il travaillera seul durant une quinzaine d’années, sacrifiant tout à ses recherches. Il se convertit. Il travaille pour la famille royale, à Saintes puis à Paris et offre à Henri II des compositions émaillées de grande qualité. Puis vient la Saint-Barthélémy (1572). Palissy part s’exiler à Sedan. Il est emprisonné à la Conciergerie, puis à la Bastille pour hérésie. Le roi Henri III désire vivement garder ce sujet qui est le seul artisan du temps capable de lui fabriquer de la vaisselle précieuse en terre cuite. Comme ni les menaces ni les promesses ne produisent aucun effet sur le prisonnier pour lui faire renier sa foi, le roi se rend en personne dans la prison, et lui demande d’abjurer : « Si vous ne le faites pas, ajoute Henri, je me verrai forcé de vous laisser condamner à mort. ».

– « Sire, répondit Palissy, est-ce le roi de France à qui j’entends dire : ‘Je serai forcé ?’ Je ne suis qu’un pauvre potier, un des plus petits sujets de Votre Majesté et de plus aujourd’hui prisonnier, mais aucune puissance au monde ne peut me forcer à agir contre ma conscience. Vous êtes un des plus puissants maîtres de la terre et vous dites : ‘Je suis forcé’ ! Sire, lequel de nous deux est libre ? »

Palissy meurt à la Bastille en 1590. Il n’a pas été délivré comme Daniel. Dieu ne promet nulle part qu’il nous délivrera – mais il le peut, et il l’a fait parfois dans l’histoire. Notre obéissance doit seulement s’appuyer… sur notre devoir, pas sur l’espoir de ne jamais être confronté à la mort.

Le secret d’un témoignage convaincant

Plus de 60 ans au service de Dieu ! Performance rare et belle. Daniel est un homme exemplaire. Pourquoi Dieu a-t-il utilisé cet homme aussi longtemps, devant des rois si divers et si nombreux ? Je crois que la réponse principale est sa pureté. Daniel a à l’avance mis en pratique 2 Timothée 2.20-22 : « Dans une grande maison, il n’y a pas seulement des vases d’or et d’argent, mais il y en a aussi de bois et de terre ; les uns pour un usage noble et les autres pour un usage vil. Si donc quelqu’un se purifie, il sera un vase d’un usage noble, sanctifié, utile à son maître, propre à toute œuvre bonne. Fuis les passions de la jeunesse et recherche la justice, la foi, l’amour, la paix, avec ceux qui invoquent le Seigneur d’un cœur pur. »

Voulons-nous être utiles à Christ, notre Maître ? Propres à toute œuvre bonne ? La pureté – morale, doctrinale, spirituelle – est un préalable obligatoire. Cela implique une discipline quotidienne. C’est une passion, un choix, un désir. Si notre passion est le service du Christ, notre Rédempteur, recherchons avec passion la purification.

Notes
1 Cette étude est reprise et adaptée de l’étude du livre de Daniel par Florent Varak disponible sur www.unpoissondansle.net/dan/dan.php?d=&i=6.
2 Le feu était leur dieu, et il aurait été sacrilège de l’utiliser comme moyen de condamnation.
3 Le scellement devait consister à poinçonner un morceau de terre glaise. La signature en relief contenue sur l’anneau identifiait l’auteur de l’acte. Aucune triche n’était possible. De son côté, le roi n’a pu accorder aucune diminution de peine, car quelques officiels aussi ont ajouté leur marque.
4 Du moins si l’on interprète ce verset littéralement (NDLR).

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Varak Florent
Florent Varak est marié et père de trois enfants. Il est pasteur et enseigne aussi à l'Institut Biblique de Genève (IBG). Florent fait partie du comité de soutien de Promesses.