Dossier: 1 Corinthiens
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La discipline dans l’église

C’est aux Corinthiens que Paul écrit au sujet de la vie de l’église locale, plus que dans toute autre de ses lettres. C’est aux Corinthiens que Paul dit qu’ils ne manquent d’aucun don (1.7). C’est aux Corinthiens que Paul parle plus qu’ailleurs de la discipline de l’église locale.
C’est aux Corinthiens que Paul écrit au sujet de la vie de l’église locale, plus que dans toute autre de ses lettres. C’est aux Corinthiens que Paul dit qu’ils ne manquent d’aucun don (1.7). C’est aux Corinthiens que Paul parle plus qu’ailleurs de la discipline de l’église locale.
On pourrait en être étonnés. 

En effet, on pourrait penser que ces chrétiens qui avaient tout pour bien faire, devaient mener, dans l’église, comme le dit Paul, une vie paisible et tranquille (1 Tim 2.2). Mais dans cette église de Corinthe, rien ne va vraiment bien. Il y a des clans (1.11), de l’immoralité (5.1), des procès entre eux (6.1), de la religiosité (8.1), des problèmes d’autorité (11.3), de comportement à l’égard de la cène (11.33), de désordre (14.33)…Paul relève donc ce qui ne va pas. Il y va de la qualité de vie de l’église, et de son service pour le Seigneur. Paul appelle à comprendre pour aller mieux, pour sortir des difficultés et ne plus y retomber. Paul appelle à apprendre, personnellement et collectivement, à s’approprier une discipline, une véritable respiration spirituelle !
Mais il est vrai que dans notre expérience d’église locale, la question de la discipline est le plus souvent délicate. Elle peut éveiller de mauvais souvenirs, produire des craintes, attiser les différences de sensibilité, monter les uns contre les autres…
Face à cette difficulté que traverse l’église, Paul pose le problème : un homme a des relations sexuelles avec la femme de son père.
Il en donne quatre précisions :
 « On l’entend dire partout » (5.1) ! Autrement dit, la chose est connue, on ne la cache pas, tout le monde en parle et, semble-t-il, personne ne s’indigne. Le problème concerne donc toute l’église.
 « Il y a de la débauche. » (5.1) La débauche, c’est une sexualité dévoyée, animale, qui n’a pas de sens, une relation sexuelle sans relation, comme celle qu’on peut avoir avec quelqu’un qu’on ne connaît pas, ou avec qui on n’est pas engagé dans une relation maritale.
 « C’est une débauche telle qu’elle ne se rencontre même pas chez les païens. » (5.1) Prendre la femme de son père était doublement mauvais, à la fois un adultère et un inceste. Notons que Paul ne prend pas la peine de rappeler un des commandements du Décalogue, de ne pas convoiter la femme de son prochain (Ex 20.17), tellement le problème est évident.
 Les Corinthiens s’en glorifiaient (5.2) plutôt que de s’en affliger.
Paul connaît donc la situation, et l’a bien analysée. Mais ici, il ne donne aucun détail personnel : description des personnes, des lieux, des actes. Cela ne veut pas dire qu’il n’en connaisse rien. Il garde le secret sur l’intimité des personnes en cause. Il donne l’essentiel de ce qui est à connaître et qui permet à l’église de savoir ce qu’il y a lieu de faire.
Il en dresse quatre perspectives :
 Prendre le deuil (5.2, S21). Prendre le deuil, ici, c’est reconnaître devant Dieu, ensemble et en public ce qui a été mal fait. Paul ne dit pas si le deuil doit être général, en rencontre plénière de l’église, ou dans le cadre du conseil des anciens. On peut penser que pour cette circonstance grave, le fait que Paul ne parle pas des anciens pourrait impliquer qu’un des anciens est l’auteur de cette faute. Paul pourrait donc, soit demander aux anciens de prendre le deuil, soit le demander à l’église. J’opte plutôt pour la seconde solution, vu que le fait est connu et approuvé de tous.
 Enlever le mal en excluant de l’église celui qui l’a commis (5.2). Il faut noter ici que Paul désigne une seule personne responsable de cette faute plutôt que les deux, alors que l’adultère ne se commet pas tout seul… Paul sous-entend ici qu’il connaît bien le problème et qu’il sait qui doit être discipliné. « Que celui qui a commis cet acte soit ôté du milieu de vous » peut vouloir dire que Paul veut protéger l’église en demandant à cette personne de ne pas fréquenter l’église à cause de son comportement toxique, ou bien que Paul veut enlever au coupable le privilège d’être avec les frères et sœurs pour qu’il en ressente le manque, ou bien les deux.
 Faire les choses ensemble (5.4). L’expression « vous et mon esprit étant assemblés avec la puissance de notre Seigneur Jésus » montre la nécessité de prendre suffisamment de temps pour en parler, de le faire avec toutes les personnes concernées, en mettant le Seigneur au centre et particulièrement par la prière, croyant que le Seigneur donne la puissance pour mettre en œuvre une discipline adaptée. Dans la pratique habituelle de l’église (Act 15.22), le faire ensemble suppose une concertation des anciens puis une adhésion de l’église locale à la décision proposée.
 « Livrer un tel homme à Satan pour la destruction de la chair, afin que l’esprit soit sauvé au jour du Seigneur Jésus » (5.5). Il n’est pas dans nos habitudes de mettre en œuvre cette discipline extrême ! Personnellement, je ne l’ai jamais fait, ni vu faire. Dans nos pratiques, on essaye plutôt de faire le contraire : soustraire à Satan celui qui est tombé dans ses pièges ! Hyménée et Alexandre sont aussi sous cette discipline de Paul, pour qu’ils apprennent à ne pas blasphémer (1 Tim 1.20). Mais Paul ne dit pas comment le réaliser. Les choses sont peut-être simples : cet homme a servi Satan dans des fautes graves. Il doit connaître ce que Satan réserve à ceux qui le servent, ces souffrances qui l’amènent à mieux discerner le Diable qu’il a servi, pour cesser de le faire. Les anciens pourraient, très solennellement, en sa présence, dire au diable que l’homme est à lui, dans la perspective limitée de la restauration, Dieu étant témoin et garant de ces choses. Cette discipline a pour but son relèvement : « que son esprit soit sauvé » peut supposer qu’il ne l’est pas, ce qui serait très surprenant, s’il est un des anciens. S’il l’est, alors son esprit doit se relever de sa faute.
Les principes de discipline, que Paul préconise ici, peuvent être résumés de la manière suivante :
 On discipline dans le cadre de l’église locale ceux de l’église locale. « Ceux du dehors » (5.13) ne sont pas concernés.
 La discipline est collective, mesurée et appliquée par l’église locale (5.4).
 On lui applique une discipline adaptée, dans une perspective de restauration (5.5). Paul donne par ailleurs dans ses lettres une dizaine de formes de discipline différentes.
 On discipline ultimement « le méchant » (5.13) par l’exclusion, hors de l’église. Le méchant est celui qui persiste dans sa faute, qui ne s’est pas repenti de ce qu’il a fait et qui nuit à l’église locale (2 Cor 7.2).
 Un des responsables est nécessairement en avant (5.3), pour conclure sur la discipline, pour en parler au méchant, à l’église locale et pour la faire appliquer.
 L’église prie pour le relèvement du fautif et l’attend de manière active. Les responsables restent en contact, à la différence de l’église (5.11), avec le méchant, dans une perspective pastorale.
Notons que d’autres passages bibliques (1 Th 5.12 ; 1 Tim 3.5 ; Tite 1.9 ; 1 Pi 5.2) montrent l’importance des anciens dans la discipline.
Dans la conclusion de Paul, on peut noter deux choses :
 Il faut « faire disparaître le vieux levain » (5.7). L’église est donc appelée à grandir, à sortir de ses problèmes, à tirer une expérience des situations difficiles qu’elle a vécue, à amener le responsable du problème à une restauration qui le libère, et qui libère l’église locale. Chaque situation est particulière, et doit être l’objet de rigueur, de concertation et de choix spécifiques. On le voit dans la restauration dont parle Paul plus tard (2 Cor 2.6)
 « Ôtez le méchant du milieu de vous. » (5.13) Reprenant ce qu’il a dit dans une lettre précédente, Paul donne des détails sur comment laisser le méchant à l’écart de l’église. Tout cas est particulier, mais il faut retenir le principe général de retenue absolue de l’église à l’égard du méchant, pour son bien et pour celui de l’église.

Tout ce que Paul a dit aux Corinthiens est applicable dans nos églises locales de nos jours. Sachons le comprendre ensemble et en tirer profit, en église comme personnellement.

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Argaud Guillaume
Guillaume Argaud a accompagné environ 3000 personnes en 30 ans dans son ministère pastoral à Aix-en-Provence. Il est directeur des programmes de l’Institut d’Études Bibliques à Saint-Julien en Saint-Alban.