Dossier: Le paradis et l'enfer
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L’annihilationisme

L’annihilationisme enseigne que Dieu condamnera les impénitents à l’extinction1.

1. Quelle est son origine ?

Son origine est incertaine, mais il semblerait que ce soit Arnobe de Sicca (204?-327?), d’origine berbère et habitant en Numidie (Afrique du Nord) qui en parla pour la première fois.  Il développa cette idée dans son œuvre Contre les gentils, une critique de l’enseignement de Platon concernant la nature immortelle de l’âme :

« Ce qui est immortel, ce qui est simple, ne peut être sujet à aucune douleur ; au contraire, ne peut être immortel ce qui ne souffre pas… car ils sont jetés dedans, et sont annihilés, ils disparaissent vainement dans la destruction éternelle… Car ce qui est vu par les yeux n’est qu’une séparation de l’âme du corps, pas la fin dernière – l’annihilation : ceci, dis-je, est la mort réelle de l’homme, quand les âmes qui ne connaissent pas Dieu seront consumées par un tourment prolongé avec un feu qui fait rage. »2

En 553, ce dogme est condamné au second Concile de Constantinople. Cette idée refait surface bien plus tard au XVIIe siècle chez les Sociniens comme John Biddle (1615-1662), puis au XVIIIe siècle chez des Arianistes comme William Whiston (1667-1752). À la fin du XXe siècle, ce thème revient sur le devant de la scène au travers de plusieurs livres, dont le plus connu est celui écrit par David L. Edwards et le théologien évangélique John Stott3.

2. Que penser de la thèse annihilationiste ?

2.1-Le vocabulaire utilisé

La première affirmation se rapporte au vocabulaire utilisé. Le terme « destruction » est souvent employé en relation avec l’état final de perdition Deux mots grecs sont souvent mis en avant : apollumi (détruire) et olethros (ruine ou destruction)4.

On trouve le verbe apollumi dans sa forme active et transitive dans les passages suivants :

– dans le sens de « tuer et exécuter quelqu’un » (Matt 2.13 ; 12.14 ; 27.4) ;

– dans le sens de « détruire l’âme et le corps » (Matt 10:28 ; Jac 4.12) ;

et dans sa forme moyenne et intransitive dans ces autres passages :

– dans le sens de « mourir de faim ou mordu par un serpent » (Luc 15.17 ; 1 Cor 10.9) ;

– dans le sens de « éternellement en enfer » (Jean 3.16 ; 10.28 ; 17.12 ; Rom 2.12 ; 1 Cor 15.18 ; 2 Pi 3.9).

Le nom olethros est, quant à lui, utilisé dans 1 Thes 5.3 et 2 Thes 1.9 dans le sens ruine ou destruction.

Les annihilationistes considèrent comme étrange le fait que les personnes qui souffrent, soient soumises à un processus de destruction permanent et éternel.  La destruction est censée s’arrêter un jour, lorsque tout sera détruit.

Nous pourrions être d’accord avec ce concept si la Bible n’enseignait pas différemment le sort des méchants (cf. Apoc 14.9-11, Apoc 20.10). Le mot apollumi apparaît 90 fois dans le N.T. sous différentes formes. Dans Matt 10.6 ou Matt 18.11, il revêt le sens de « perdu ». De même dans Luc 15, ce terme est employé pour illustrer trois choses perdues (la brebis, la drachme, le fils prodigue).

Dans Matt 2.13 et 12.14, le verbe apollumi est traduit par « périr » dans le sens de « tuer ». Tuer, ce n’est pas annihiler. Ce verbe revient dans Luc 17.29 avec le même sens au sujet de Sodome. Selon Matt 10.15, Sodome et Gomorrhe paraîtront au jour du jugement. Elles n’ont donc pas été annihilées, reléguées à la non-existence. L’idée que la mort est égale à l’annihilation est incorrecte. La mort selon la Bible ne signifie pas la fin mais la séparation d’avec Dieu.  Rappelons à cet effet que Dieu a dit à l’homme en Éden : « mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras certainement. » (Gen 2.17)

Le mot olethros est utilisé quatre fois dans le N.T. Il est employé dans 1 Cor 5.5 dans un contexte de censure vis-à-vis d’un homme vivant avec la femme de son père. On évoque ici la « destruction de la chair », c.-à-d. l’expulsion de l’homme de l’église. Dans le passage de 1 Tim 6.9, le terme olethros fait référence à la ruine qui menace ceux qui se confient dans leurs richesses, il est associé au mot apōleia qui est traduit par perdition.

En se basant uniquement sur le vocabulaire, si les apôtres avaient voulu enseigner l’annihilation, ils auraient pu utiliser les termes exaleipho (enduire, effacer, essuyer – voir Col 2.14 ; Act 3.19), sbennumi (éteindre – Matt 25.8 ; Marc 9.48 ; Éph 6.16) ou pauô (cesser – Luc 5.4 ; Act 21.32), mais ils ne l’ont pas fait.

Nous pouvons donc conclure que la signification des mots apollumi et olethros ne peuvent enseigner l’idée d’annihilation. Aussi selon les données bibliques, il est clair que la mort physique et la mort spirituelle ne correspondent pas à l’extinction de l’être.

2.2-L’imagerie utilisée

La seconde affirmation se rapporte à l’imagerie utilisée dans l’Écriture pour caractériser l’enfer, et particulièrement le feu. L’image du feu est souvent citée en lien avec l’enfer (Matt 5.22 ; 18.8-9 ; 25.41) mais il est également fait mention d’un feu qui ne s’éteindra pas (Matt 3.12, Luc 3.17 ; Apoc 14.11 ; 19.3). C’est le feu qui n’aura pas de fin mais ceux qui y seront jetés, seront consumés. Le passage de Matt 25.46 ne fait aucune mention de durée par rapport à ce qui attend les méchants. Dans Apoc 20, la bête et le faux prophète représentent des symboles et non des êtres.5

Quelle est la fonction du feu ? La réponse se trouve dans la finalité pour laquelle le feu a été allumé. Un feu peut par exemple servir à cuire, à chauffer ou à produire de la lumière.  Ensuite, un feu réel n’anéantit pas tout, il reste toujours un résidu à l’issue de la combustion. Le feu décrit dans Exode 3 est encore plus frappant, le buisson ardent ne se consumait pas (v. 2). Lorsque nous lisons les deux expressions, le « feu qui ne s’éteint pas » et le « ver qui ne meurt pas », l’idée d’une souffrance temporaire ne nous vient pareillement pas à l’esprit.

Examinons trois versets afin d’authentifier nos remarques préliminaires :

Matt 25.46 : Le terme « éternel » (aionios) employé ici exprime la notion de durée, elle ne qualifie pas explicitement une durée liée à l’individu mais au châtiment. Ce terme est employé 30 fois dans les Évangiles, toujours dans le sens d’une durée éternelle (Matt 18.8, Marc 3.29, Luc 16.9). Croire dès lors que le sens peut varier selon la destinée (le ciel ou l’enfer) n’est pas cohérent.

Apoc 14.11 : C’est le verset qui enseigne le mieux la durée éternelle des peines et des souffrances pour les impies. Comme la fumée de leur tourment continue à monter dans l’éternité, leurs tourments durent ; si leurs tourments durent, leur souffrance est constante et éternelle, leur présence est donc avérée.

Apoc 20.13 : Déjà au verset 10, Satan, la bête et le faux prophète sont mentionnés ; ils seront tourmentés à jamais ! (Apoc 20.10). Au verset 15, Jean indique que ceux qui ne sont pas inscrits dans le livre de vie seront jetés dans l’étang de feu. Il nous est intellectuellement impossible d’aller à l’encontre de ces versets et prétendre y voir symboliquement la destruction de l’inimitié et la résistance à l’encontre de Dieu.

2.3- La justice de Dieu

La troisième affirmation se rapporte à la justice de Dieu. Selon Apoc 20.12, les morts seront jugés selon leurs œuvres. La durée de la punition sera proportionnelle au mal commis. Ce principe a été appliqué par les tribunaux de la loi juive (Ex 21.23-25).6

Cette affirmation n’est pas restreinte à la pensée annihilationiste et ne date pas d’hier (cf. la position universaliste et les défenseurs de la conversion post mortem). La gravité du péché dépend de la personne envers qui le péché a été commis. La torture d’un animal est un crime mais sa gravité n’équivaut pas à la torture infligée à une personne.

Lorsque la femme de Lot regarda en arrière vers Sodome et Gomorrhe, elle fut transformée en statue de sel (Gen 19.26). Lorsque Achan convoita puis déroba une robe, de l’argent et de l’or, lui et sa famille furent brûlés (Jos 7.24-25). Lorsque Uzzah rattrapa l’arche avec ses mains, Dieu le frappa et il mourut (2 Sam 6.6-7). Lorsque Ananias et Saphira mentirent au Saint-Esprit, ils subirent la peine capitale pour un mensonge ! (Act 5.1-10). À première vue, ces peines sont exagérées, mais l’examen de chacun des cas révèle que le péché a été commis envers Dieu. De même, le péché d’Adam n’a pas uniquement eu des conséquences temporelles mais surtout éternelles (Rom 5.15-19).

2.4- Les textes dits « universalistes » et la victoire finale

La quatrième affirmation a trait aux textes utilisés par les courants de pensées universalistes. Si Christ attire tous les hommes à lui (Jean 12.32), si Dieu unit toute chose sous l’autorité de Christ (Éph. 1.10) et s’il  amène tout genou à fléchir et à confesser la seigneurie de Christ (Phil 2.10-11), pour qu’à la fin Dieu soit « tout en tout » ou « tout en tous », pourquoi reste-t-il des personnes qui continuent de se rebeller en enfer ? Comment la victoire finale sur le mal serait-elle possible ?7

Nous devons premièrement être prudents dans ce domaine. La Bible ne nous explique pas tout jusque dans les derniers détails. Il est dès lors très facile d’y inclure des éléments de notre culture contemporaine. Si Dieu veut la victoire finale sur tout et si nous comprenons cette victoire sous l’angle anthropomorphique, alors comment Dieu peut-il être « tout en tous », si le « tous » n‘est pas total ?

Nous pouvons également nous interroger sur l’existence éternelle du feu, des vers et de la fumée des tourments. Mais l’objection à cette affirmation se trouve dans les derniers chapitres de l’Apocalypse. Si Dieu est « tout en tous », cela doit se comprendre qu’il règne sur les justes et les injustes ; cela ne sous-entend pas que les seconds sont anéantis. Dieu, par sa victoire, manifeste l’exécution de ses jugements et sa souveraineté universelle.  Le désordre relatif qui a régné durant le temps de sa patience prendra fin.

En dernier lieu, soulignons que cette affirmation, poussée à l’extrême, relève davantage d’une défense de l’universalisme que de l’annihilationisme.

3. Conclusion

L’annihilationisme trouve sa source dans un déséquilibre entre le bannissement, la punition et la destruction. Si nous ne donnons pas assez d’importance au bannissement ou au jugement, nous favorisons l’idée de l’annihilation des impénitents.  Force est de constater que dans certaines bonnes églises évangéliques, l’accent est davantage mis sur l’idée de bannissement ; il convient donc de veiller à garder un équilibre entre ces trois aspects. Soyons également attentifs à ne pas nous perdre dans des spéculations vaines et inutiles (2 Pi 1.16, 2 Tim 4.1-5).

Nous croyons que si le sujet des peines éternelles est particulièrement difficile à aborder, ce n’est pas sans raison. Ce sujet revêt une importance capitale pour chacun d’entre nous. Ce que nous en faisons dans la pratique ne peut que montrer si nous en avons vraiment compris la gravité. Si Jésus, lors de son ministère terrestre, a eu à cœur d’en parler ce n’est certainement pas pour que, 2 000 ans plus tard, nous ayons honte d’en faire de même.

 

 

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  1. L’annihilationisme se différencie du conditionalisme en ce que les conditionalistes vont amener un aspect supplémentaire lié à l’immortalité de l’âme. Pour ceux qui désirent approfondir cette question, nous recommandons l’ouvrage Universalism and the doctrine of Hell, Nigel M. et S. Cameron, Grands Rapids, Baker Books, 1992, p. 196-199.
  2. Christopher W. Morgan et Robert A. Paterson, Hell under fire, Zondervan, 2004, p. 197
  3. cf. David L. Edwards et John Stott, Evangelical Essentials : A Liberal-Evangelical Dialogue, Intervarsity Pr, 1988
  4.  cf. Ibid., p. 315
  5. cf. Ibid., p. 316
  6. cf. Ibid., p. 318
  7. cf. Ibid., p. 319
Dossier : Le paradis et l'enfer
 

Bastin Greg
Greg Bastin est diplômé de l’Institut Biblique Emmaüs, il a obtenu un master en théologie à Luther Rice University aux Etats-Unis et prépare actuellement un travail de doctorat sur le thème de l’annihilationisme. Il exerce en parallèle un ministère pastoral dans une église en Suisse Romande.