Dossier: Le chrétien et la politique - Revue de livre
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L’Évangile et le citoyen, Essai sur le chrétien et l’Église en politique

Florent Varak et Philippe Viguier Éditions CLÉ, 2015

Ayant tous deux exercé des fonctions pastorales, Florent Varak et Philippe Viguier proposent un court essai, simple et pratique, inspiré par leurs prédications sur le thème des rapports entre l’Église et l’État. À l’origine de leur réflexion se trouve l’interrogation suscitée par les prises de position publiques de responsables d’églises au moment des élections françaises de 2012 et des débats sur la question de l’ouverture du mariage aux couples de même sexe. Néanmoins, loin de se limiter à une étude de cas, l’ambition de cet ouvrage est de conduire le lecteur, à la fois citoyen et chrétien, à s’interroger sur le rôle des croyants (pris individuellement) ou de l’Église (en tant qu’entité collective) vis-à-vis du pouvoir politique.

Pour cela, le premier chapitre présente une typologie des interactions entre l’Église et l’État. Outre les illustrations historiques qui étayent utilement le propos, les auteurs évaluent les forces et les faiblesses de chacun des modèles présentés à l’aune de la Parole de Dieu. Des croyants ont pu souhaiter imposer un « royaume chrétien » (modèle théocratique) ou exercer des pressions en vue d’établir des lois conformes à une perspective chrétienne. Par ailleurs, des actions politiques ont pu avoir une influence positive sur la société, grâce à l’influence de personnalités qui ont agi poussées par leur foi. Mais il convient, selon les auteurs, de distinguer les vocations individuelles de celle de l’Église, qui est d’abord et surtout de « refléter le corps de Christ » et d’ « incarner le message de l’Évangile », qui seul peut transformer les cœurs. Sans l’Évangile, il est vain de vouloir imposer au monde une éthique ou un mode de vie « chrétiens ». Pour autant, une séparation trop stricte entre les sphères spirituelles et politiques n’est pas non plus souhaitable. En restreignant exclusivement leur service à l’évangélisation et aux nécessités des chrétiens, les croyants courent le risque d’ignorer les souffrances et les besoins de leurs contemporains et se ferment à la possibilité d’avoir une quelconque influence sur les évolutions sociales. Ainsi, sans essayer de dominer l’État, mais sans y être passivement assujettis non plus, les croyants rassemblés en Église chercheront-ils à témoigner de Jésus-Christ afin que le monde perçoive ses caractères.

Ce témoignage se fera non seulement en parole, par l’annonce de l’Évangile, mais aussi par l’exemple donné, au sein de l’Église, d’une vie communautaire radicalement différente de celle du monde. Enfin, c’est par leur capacité à contribuer au bien de la société par un engagement séculier conforme à la vocation qu’ils ont reçue, que les chrétiens pourront incarner le message de l’Évangile.

Ces différents axes du témoignage sont ensuite développés à partir d’une étude détaillée des recommandations formulées par l’apôtre Pierre dans sa première épître (1 Pi 2.11-17). « Étrangers et voyageurs », les croyants sont néanmoins appelés à accomplir les œuvres que leur foi produit et, désirant toujours connaître davantage le Seigneur, ils seront également conduits à le faire connaître. Pour cela, l’amour du prochain passera toujours au-dessus d’objectifs politiques particuliers.

Ainsi, plutôt que d’être remarqués pour ce à quoi ils s’opposent, les croyants sont-ils encouragés à se signaler par une présence positive et active dans le monde. En manifestant la bonté de Dieu par leurs propres bonnes œuvres et en recherchant « la paix de la ville » (Jér 29.5-7), voilà comment les chrétiens « réduiront au silence » leurs détracteurs (1 Pi 2.15). Cette mission, chacun la reçoit personnellement et pourra, en étudiant l’exemple laissé par le Seigneur Jésus, trouver le service qui lui permettra de faire resplendir la lumière de l’Évangile dans les ténèbres de ce monde.

Ces œuvres, fruits manifestes de leur foi, les chrétiens ne peuvent les pratiquer que parce qu’ils ont été libérés des liens du péché par le sacrifice de Christ. « Libres » (1 Pi 2.16) dans un monde asservi, les chrétiens montrent la voie. Mais leur liberté est aussi celle de désobéir aux autorités lorsque la liberté de conscience ou l’éthique biblique sont menacées, sans toutefois jamais se soustraire au respect dû aux gouvernements institués par Dieu. En toute chose, c’est la Parole qui guidera l’action du croyant et lui donnera le courage de ne pas couvrir le mal pour choisir au contraire d’annoncer les vertus de Dieu. Enfin, quel que soit leur degré d’engagement dans la société, les chrétiens doivent veiller à l’impact que celui-ci pourrait avoir pour l’Église et marcher sur terre avec prudence, dans la crainte de Dieu, qui évaluera chacun de leurs pas.

Invitant les chrétiens à prendre du recul sur les questions sociales, souhaitant qu’ils soient connus avant tout pour leur attachement à Christ et à la manière dont ils vivent l’Évangile, les auteurs évitent l’écueil d’une approche trop directive sur un sujet souvent polémique. Le propos est didactique et, notamment à l’aide des questionnaires proposés, le lecteur pourra prendre conscience de la nécessité d’approfondir l’étude de ce thème afin d’en comprendre pleinement les enjeux.

Recension par Thibaud Harrois

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Dossier : Le chrétien et la politique
 

Varak Florent
Florent Varak est marié et père de trois enfants. Il est pasteur et enseigne aussi à l'Institut Biblique de Genève (IBG). Florent fait partie du comité de soutien de Promesses.