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Misère et Grandeur du Postmodernisme (Deuxième partie)

APOLOGÉTIQUE

Deuxième partie

Cet article constitue la deuxième partie de l’exposé d’Olivier Bangerter sur la nouvelle vision du monde: le postmodernisme. Il expose les trois dernières caractéristiques de ce courant qui influence également l’Eglise. Sa conclusion nous amène vers le rôle et la conduite du chrétien fidèle à Dieu et à sa Parole au milieu de ce monde. L’Evangile n’est pas une philosophie, mais une puissance permanente qui sauve encore aujourd’hui l’homme pécheur pour le transformer et lui procurer un bonheur indestructible en Christ.

2. Cinq caractéristiques du monde postmoderne

2.3. Tout est relatif

Une série occulte de ces dernières années s’intitule X-Files. Deux enquêteurs, un homme et une femme, se penchent sur des cas de «paranormal» Ce feuilleton fait tout pour ne pas donner d’opinion trop claire: même les héros ne sont pas d’accord entre eux, Mulder est pour et Scully est contre. «On ne voit que ce qu’on veut bien voir», comme le dit un des premiers épisodes. Mais, comme l’affirme le générique, la vérité est de toute façon inatteignable, «la vérité est ailleurs.»

A chacun sa vérité, à chacun ses croyances, on n’a pas attendu X-Files pour l’affirmer. Les affirmations populaires vont dans ce sens, dans le cadre d’une grande tolérance. Mais ce n’est pas tout: le concept de vérité n’est pas pertinent, pas plus en milieu académique (sciences humaines) que dans les conversations de tous les jours: ce qui importe, c’est ce qui me plaît. J’exagère à peine: lorsqu’on demande à un ancien professeur d’université polytechnique ce qu’il pense de certains phénomènes spirituels, il répond: «Ce n’est pas ma tasse de thé, mais je ne crache pas dans la tasse des autres1

L’objectivité a été victime de la perte des illusions, non sans quelques raisons au vu de ce que l’on a fait avaler aux gens sous prétexte d’objectivité scientifique. La vérité est contestée, que reste-t-il? Le scepticisme et le relativisme. Le scepticisme s’attaque à l’usage de la raison, reléguée à des domaines bien particuliers (sciences dures). Le relativisme en tire les conséquences. Comme le dit une étudiante, «Il y a différents points de vue, alors, au lieu d’argumenter, on ferait mieux de travailler ensemble pour aider». Dans son travail de sape, le relativisme est aidé par la superficialité: personne ne sait ce que disent les diverses religions, mais comme elles parlent toutes de Dieu à ce qu’il paraît, elle disent la même chose.

Le relativisme a des limites. A force de dire que tout est bon, on finirait par être obligé d’accepter n’importe quoi. Mais tout être humain sait au fond de son cœur que tout n’est pas acceptable. Quand rien n’est absolu, on est tenté d’utiliser la contrainte pour faire entrer en vigueur ce en quoi croit la majorité, car alors les autres opinions sont menaçantes. Le relativisme se présente comme une forteresse imprenable, mais c’est un colosse aux pieds d’argile.

On assiste à l’émergence d’une forme d’orthodoxie relativiste, dont la rigueur contredit le relativisme: oui à l’avortement, à l’homosexualité, à la solidarité, aux droits de l’homme, à l’écologie; non au fanatisme, à la pédophilie, à l’intolérance, à l’exclusion, au racisme. Certains de ces mots sont vides de sens mais ils font de bons drapeaux. En tout état de cause, les réactions à l’encontre de ceux qui battent en brèche cette orthodoxie sont d’autant plus violentes que l’argumentation en sa faveur est plus faible. Telle est l’utilité du «politically correct». Je vous en donne un exemple tiré du courrier des lecteurs d’un hebdomadaire féminin. Son auteur répond à une lettre de lectrice: «Ce n’est pas à cause de la participation des femmes au marché du travail que les choses vont mal, mais à cause de propos comme les vôtres, apparemment anodins, mais qui empêchent le dialogue, la tolérance et la différence d’exister2.» Cette dame ne menace pas la différence d’exister, mais elle refuse le dialogue qu’elle prône, car elle a raison… Sa véhémence cache un manque certain d’arguments pour défendre sa vérité. La faiblesse du relativisme risque d’en faire un totalitarisme politiquement correct et les chrétiens pourraient en être une victime de choix.

2.4. Des expériences

Le point commun de nombreux jeunes et de moins jeunes est la soif d’expériences. On pourrait résumer ça par le mot «fun». Le fun, ça peut être tout et n’importe quoi, tant que cela permet de passer un bon moment pour s’évader: une rave party, la descente du Cervin en snowboard, être amoureux, un concert classique, sauter en bas d’un pont attaché à un élastique, aller à l’église, n’importe quoi.

Cela aide à alléger un peu la pression qui pèse sur les épaules de beaucoup, mais surtout à donner à un homme morcelé l’impression de vivre. De plus, comme il n’y a pas d’espoir, pas de vérité, pas d’absolus, cela aide à ne pas trop penser à l’avenir. Si la génération postmoderne devait choisir un verset biblique pour se définir, ce serait Esaïe 22.13: «Mangeons et buvons, car demain nous mourrons».

Un exemple: même si les illusions sur l’amour ont disparu, on aime encore beaucoup l’état amoureux. Mais lorsqu’on ne ressent plus d’amour, on laisse tomber l’autre. Le baromètre de la viabilité du couple est ce que l’on ressent pour l’autre. Quand on ne ressent plus rien, on passe au suivant ou à la suivante. Des notions comme l’engagement à vie ou la lutte à deux pour faire marcher un couple sont mises au rancart au profit de l’expérience, du ressenti.

Si vous regardez la publicité, vous verrez qu’on vous promet souvent une incroyable sensation avec le produit: Mac- Donalds vous promet une atmosphère que l’on ne peut vivre que chez eux («ça se passe comme ça chez MacDonalds»). Nescafé utilise depuis plusieurs années le slogan «Open Up», s’ouvrir aux autres. «Peugeot. Pour que l’automobile soit toujours un plaisir.» On pourrait continuer la liste encore longtemps, les qualités que ces publicités veulent faire ressortir n’ont rien à voir avec le produit mais avec la sensation que le produit offre. La publicité de Peugeot ne serait reniée par aucun fabricant de voitures et celle de Nescafé pourrait servir à bon nombre d’autres produits.

Le modernisme était une tyrannie de la raison; le postmodernisme est une tyrannie des sentiments. Les deux sont voués à la chute, car ils ne prennent en compte ni l’ensemble de la personne humaine, ni le péché.

2.5. Vive la spiritualité!

Ces dix dernières années, il est devenu tout à fait normal de parler de spirituel. Un sondage effectué à Lausanne dans une résidence d’étudiants pour scientifiques en 1996 montre qu’au moins 2/3 des étudiants interrogés disent croire en Dieu. Une nouvelle génération se lève, la méfiance à l’égard du spirituel laisse place à une ouverture.

Des livres sur les religions (Le Roi, le Sage et le Bouffon), sur Dieu (Conversations avec Dieu) ou tout autre sujet spirituel peuvent être de vrais succès de librairie. Un auteur à succès comme Christian Jacq peut inclure des éléments surnaturels dans ses romans (Ramsès) et ne pas voir cet aspect critiqué.

Chacun a le droit de se bricoler sa petite religion. On prend un peu de ceci et un peu de cela, un dieu du christianisme et la réincarnation du bouddhisme par exemple. On se sert de ce qu’on veut de chaque message, comme dans un buffet. On se bricole une religion: le relativisme a passé par là, mais aussi une certaine ignorance des enjeux. Ainsi une étudiante avec qui je discutais du paradis et de l’enfer m’a dit qu’elle ne voulait pas aller au paradis. La conversation a montré qu’elle n’avait pas d’image de paradis, elle ne savait pas ce que c’était mais ne voulait pas y aller. Pire, la plupart des gens croient connaître le christianisme et savoir que c’est ennuyeux et non pertinent (souvenirs de catéchisme et de rares cultes/messes).

L’image de Dieu et de la religion ressemble à l’image du monde: certes Dieu existe, mais n’est qu’un invertébré gazeux flottant négligemment dans l’espace intersidéral. «S’il y a quelque chose, c’est dispersé, en tout cas pas rassemblé, compact.» Ce n’est donc pas un Dieu personnel. Quelque chose existe, c’est vrai, mais c’est tellement lointain qu’on ne voit pas comment ça pourrait avoir la moindre influence sur notre vie, sauf comme aide morale3. D’autres choses spirituelles ont plus d’intérêt, comme les méthodes de divination et de guérison «magiques », car elles permettent des expériences et des résultats mesurables et concrets. Est vrai ce qui marche pour moi maintenant… Cependant, l’homme actuel voudrait bien connaître et expérimenter Dieu. Dans la ligne de la recherche d’expériences, Dieu est considéré comme un trip qui mérite d’être vécu. Cela explique le regain d’intérêt pour des retraites dans des monastères ou les grands pèlerinages comme celui de St Jacques de Compostelle. La spiritualité dont nous parlons est décalée par rapport à une relation avec Dieu dans un sens biblique: elle a pour but la réalisation personnelle de celui qui la pratique et se définit par rapport à lui. Comme le dit Roland Campiche, elle est «une forme religieuse qui ne s’engage pas.» Elle est donc centrée sur soi et pas sur Dieu!

Le modernisme
était une tyrannie
de la raison; le
postmodernisme
est une tyrannie
des sentiments.

La tentation pour les chrétiens est de critiquer cette ouverture au (monde) spirituel, qui peut aussi ouvrir la porte à des démons selon la pratique. De même, nous pouvons être tentés de rejeter cette approche de la spiritualité qui remplace la foi et rend les mots péché, repentance, commandement, cohérence, seul chemin, incompréhensibles et choquants. Ce serait une grave erreur! Paradoxalement, ce mouvement place l’Eglise dans une situation avantageuse: des gens désirent faire l’expérience d’une certaine spiritualité, nous pouvons leur offrir une vie avec Dieu (pour autant que nous ayons cette vie et pas seulement des églises rationalistes ou un enthousiasme sans fond, mais c’est une autre question). Des gens sont prêts à apprendre qui est Dieu, nous pouvons le leur montrer: de petits groupes où chacun peut s’exprimer librement sont un bon outil, car ils offrent une «expérience» (inter)personnelle. Après tout, bon nombre de personnes font déjà des expériences avec le monde spirituel et en ressortent terrorisées. A ceux-là, la Bonne Nouvelle de la victoire de Jésus sur Satan doit être annoncée personnellement.

3. Les chrétiens dans tout ça

3.1. Dans le bain avec les autres

Chacun des points traités ci-dessus se retrouve dans l’Eglise, à des degrés divers et de manières variées. Nous avons beau ne pas être du monde, nous sommes en plein dedans. Le défi est de savoir comment réagir. Mais avant de nous y mettre, voici une rapide revue de diverses manières dont l’Eglise a intégré cette vision du monde.

La perte des illusions atteint les chrétiens comme les non-chrétiens, mais se révèle un peu différente. Ainsi, de plus en plus, nous nous rendons compte que l’Eglise n’est pas parfaite, que nos responsables ont bien des insuffisances et que le fait d’être chrétien ne supprime pas les problèmes. C’est une bonne chose que ces illusions s’écroulent, car elles n’ont rien à voir avec la Bible.

La superficialité des chrétiens peut être effarante. Non seulement la connaissance de la Bible est de moins en moins profonde (au profit de la louange qui permet de s’éclater), mais on ne s’en afflige guère. Certains livres chrétiens ne nourrissent pas car ils se contentent de donner quelques conseils vaguement psychologiques habillés de 2-3 versets. Quant à certains prédicateurs, le contenu de leurs messages plaît, mais n’édifie guère.

L’humanisme et l’individualisme touchent aussi l’Eglise. Une fraction de plus en plus grande de chrétiens affirme qu’on peut très bien être chrétien tout seul, avec seul le culte dominical comme lien avec les autres. D’autres recherchent de petits groupes sympas où l’individu est au centre. Par contre l’engagement au service de Dieu et des autres est bien souvent oublié. De nos jours, il est assez facile de trouver des gens qui s’engagent dans des projets à court terme, mais il est difficile de trouver des gens qui s’engagent à long terme. Le court terme peut rester centré sur l’individu, pas le long terme… Il nous faudra toujours reposer une question de base, «qui est au centre de votre vie, Dieu, ou vous?». Cela sera d’autant plus nécessaire que progresse l’Evangile de la Prospérité, une hérésie qui mesure notre distance avec Dieu en proportion inverse du grand nombre de bénédictions matérielles que nous recevons. Ce qui est satisfait dans ce discours est bel et bien la chair, même lorsque le vernis est chrétien.

Passons au relativisme. Il touche les chrétiens d’Occident autant que l’individualisme. Nous avons reconnu qu’il y a plusieurs religions et qu’elles ne racontent pas que des stupidités, c’est bien. Mais nous avons fait un pas de plus: nous avons peur, je cite quelque chose que j’entends souvent, «d’imposer aux autres nos convictions». Ce qui se trouve derrière cette affirmation n’est pas du respect mais un manque de confiance que Jésus est le seul chemin vers Dieu. Le même relativisme se retrouve à propos de la manière de vivre; nous refusons de plus en plus d’appeler un chat un chat, un péché un péché. Il paraît qu’il ne faut pas juger les gens. Et pourtant, j’ai été plus respecté comme chrétien lorsque j’ai eu une position biblique claire sur, par exemple, la sexualité, que lorsque j’ai délayé ce que dit la Bible pour être accepté.

L’Eglise a aussi été influencée par la société dans la place de l’expérience. Je vous en donne un seul exemple. Le 90% des chrétiens sont satisfaits d’un moment de louange quand ils se sentent bien après. Qu’ils aient effectivement loué Dieu ou pas n’entre pas dans leurs critères d’évaluation. Ce n’est pas de la louange, c’est se focaliser sur soi et pas sur Dieu. Et souvent les chants auront comme sujet ce que nous sommes (Assaillons les Villes pour donner un titre; celui-ci n’a au moins pas cédé à l’individualisme du «je») ou la sensation que nous pouvons avoir avec Dieu (Je te veux dans mon cœur, Me réjouir, Viens remplir ma vie). Louer Dieu en parlant de nous? Il y a pourtant dans les mêmes recueils nombre de superbes chants de louange (Le Seigneur règne, Louons et adorons, Lent à la colère pour ne donner que trois exemples récents).

L’erreur dans tout cela serait de réagir de manière moderne au postmoderne. Je crois que Dieu utilise le changement de vision du monde pour montrer à son Eglise des aspects qu’elle a négligés: la louange (relisez Eph 1.3-14), la capacité de Dieu de nous faire vivre des expériences fortes, l’importance de groupes où chacun peut être accueilli et bien d’autres. Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain: une Eglise qui garde le meilleur de ce qu’elle a appris ou réappris de Dieu dans un monde moderne (importance de la Bible, enseignement solide, sérieux et engagement, évangélisation, importance du fait de notre salut) avec ce que Dieu veut lui apprendre dans un monde postmoderne (importance de l’expérience, célébration joyeuse, dons de l’Esprit) sera bien mieux armée pour affronter tant le postmodernisme que sa chute.

3.2. Ce que nous ne devons pas accepter

Le postmodernisme est une philosophie qui contient plusieurs éléments que les chrétiens doivent rejeter s’ils veulent rester en communion avec Dieu. L’Evangile n’est pas menacé par le postmodernisme: depuis 2’000 ans, bien d’autres philosophies ont passé et trépassé, et l’Evangile est encore debout. Ce qui est menacé, ce sont des hommes et des femmes. Pour rester sur le chemin étroit, il y a des choses que nous devons refuser au niveau personnel et communautaire:

Nous ne devons pas accepter de mettre l’homme au centre de l’univers, donc Dieu en périphérie, un loisir, subordonné à notre bon plaisir. Quoiqu’on en dise et qu’on en pense, Dieu régit l’univers et notre bon plaisir n’a pas d’effet sur lui.

Nous ne devons pas accepter un système qui fait de Dieu un invertébré gazeux flottant négligemment dans l’espace intersidéral. Dieu n’est pas une chose ou un objet: il est définissable car il s’est révélé, mais il est aussi une personne vivante et par là échappe à notre investigation et à notre avis.

Nous ne devons pas accepter un système qui fait de Jésus-Christ un chemin parmi d’autres. Soit il est ce que la Bible affirme, Dieu, seul Sauveur et seul Seigneur, soit il ne l’est pas. S’il ne l’est pas, il n’est pas intéressant car il ment à son propre sujet. S’il l’est, il n’y a pas de place à côté de lui pour aucun autre.

Nous ne devons pas accepter le relativisme éthique; il y a des normes bibliques et ce que nous ressentons n’est pas une bonne raison pour ne pas en tenir compte. La compromission de nombreuses églises face au péché vient en bonne partie d’un manque d’enseignement clair.

Nous ne devons pas accepter un système qui affirme la dignité de l’homme sans pouvoir la fonder, tout en n’en faisant qu’un patchwork sans consistance. La dignité de l’homme provient de deux faits: il est à l’image de Dieu et Jésus est mort pour lui. Mais nous ne devons pas accepter non plus un système qui nie le péché. Car sans péché, Jésus n’aurait pas eu besoin de mourir et sa mort serait donc absurde.

Nous ne devons pas accepter un système qui prétende nous enseigner mieux que l’Ecriture, surtout si ce système prétend que la Bible contient des choses qu’un homme actuel ne peut accepter. Soit la Bible est inspirée et révèle la personne et la volonté de Dieu, soit nous laissons tout tomber.

«Je vous demande de vous offrir vous-mêmes comme un sacrifice vivant, réservé à Dieu et qui lui est agréable. C’est là le véritable culte que vous lui devez. Ne vous conformez pas aux habitudes de ce monde, mais laissez Dieu vous transformer par un changement complet de votre intelligence. Vous pourrez alors comprendre ce que Dieu veut: ce qui est bien, ce qui lui est agréable et ce qui est parfait» (Rom 12.1b-2).

Toutefois, nous ne devons pas accepter de rejeter en bloc tout ce que dit notre société. Il serait stupide de nous enfermer dans notre tour d’ivoire en attendant que ça passe. Dieu peut utiliser le postmodernisme pour parler à son peuple. Nous ne pouvons pas a priori refuser d’être interpellés par le monde, car nous sommes appelés à examiner toutes choses et à retenir ce qui est bon (1 Thes 5.21).

4. Conclusion

4.1. Toucher cette génération

Une des erreurs que commettent le plus souvent les chrétiens, c’est de croire qu’on devient chrétien quand on accepte intellectuellement un certain nombre d’idées. Devenir chrétien, c’est autre chose, c’est rencontrer Jésus et voir sa vie transformée par lui. L’Evangile n’est pas une philosophie, mais une puissance (Rom 1.16). C’est un des malentendus les plus fréquents; le chrétien dit Jésus mais le non-chrétien comprend religion. Pour cela, notre défi est de vivre avec Dieu, sous son autorité, avec notre personne entière. Vivre avec Dieu implique puissance et persécutions. L’un ne va pas sans l’autre. Pour cela, l’Eglise n’a guère de choix, elle doit vivre ce qu’elle dit.

Une étudiante reproche à son pasteur: «quand il parle, on a l’impression qu’il ne met pas son cœur dedans». C’est un reproche dur mais (s’il est justifié) juste. Soyons cohérents dans ce que nous vivons et ce que nous disons, et vivons la passion que Dieu nous donne. Cela nous donnera un gros atout face à nos contemporains. Ils disent des choses mais n’arrivent pas à les vivre jusqu’au bout, ils ont désespérément besoin de relations vraies, de quelque chose de vrai tout court. Jésus- Christ a été jusqu’au bout de ce qu’il a dit, il leur offre une relation vraie, il est la vérité.

4.2. Il y a de l’espoir

Douglas Coupland, l’auteur de Génération X, a écrit un nouveau livre en 1997: La vie après Dieu. A la fin, il dit (cité dans L’Avènement, n°115, janvier 1998):

«Voici mon secret: je le raconte avec une authenticité que je pourrais difficilement retrouver – c’est pourquoi je prie pour que vous soyez dans une pièce calme à l’instant où vous entendrez ces paroles. Mon secret, c’est que j’ai besoin de Dieu, que je suis malade et que je ne pourrais plus m’en sortir très longtemps par moi-même. J’ai besoin de Dieu afin qu’Il m’aide à donner, parce que je ne me sens plus capable de donner; qu’Il m’aide à être aimable, car je ne me sens plus capable d’offrir de l’amitié; et qu’Il m’aide à aimer, car je me sens bien éloigné de pouvoir aimer.»

Tout n’est pas perdu pour cette génération: à force de scier les branches sur lesquelles elle est assise, elle finira par tomber de haut et par avoir besoin de Dieu pour la relever.

Notes :
1 Jacques Neirynck, interview à la RSR, 23.06.97.
2 Courrier des lecteurs de Femina, 17.8.97.
3 «Je puise dans la Bible des choses qui m’aident à vivre, mais je ne base pas ma vie sur la Bible» me disait une mère de famille

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Bangerter Olivier
L’auteur a fait ses études en théologie à Lausanne et exercé un ministère dans le cadres des Groupes Bibliques Universitaires (GBU). Il a eu l’occasion d’observer de très près les tendances de notre société et de ses futurs leaders. Olivier Bangerter est titulaire d’un doctorat en théologie de l’université de Genève et sa spécialisation porte sur l’histoire de la Réforme en Suisse. Cet article est présenté en deux parties. Dans sa première partie, l’auteur décrit l’évolution de notre monde durant les 50 dernières années. Dans sa deuxième partie il continuera à décrire les caractéristiques de cette nouvelle vision du monde et tentera de définir le rôle du chrétien dans ce nouveau contexte.