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Misère et Grandeur du Postmodernisme

APOLOGÉTIQUE

Première partie

L’auteur a fait ses études en théologie à Lausanne et exercé un ministère dans le cadres des Groupes Bibliques Universitaires (GBU). Il a eu l’occasion d’observer de très près les tendances de notre société et de ses futurs leaders. Olivier Bangerter est titulaire d’un doctorat en théologie de l’université de Genève et sa spécialisation porte sur l’histoire de la Réforme en Suisse. Cet article est présenté en deux parties. Dans sa première partie, l’auteur décrit l’évolution de notre monde durant les 50 dernières années. Dans sa deuxième partie il continuera à décrire les caractéristiques de cette nouvelle vision du monde et tentera de définir le rôle du chrétien dans ce nouveau contexte.

1. Introduction

Il y a une douzaine d’années, je terminais mon gymnase (lycée). Actuellement, je travaille avec des étudiants qui fréquentent de telles institutions. Le moins que l’on puisse dire est que le climat a beaucoup changé: «Il y a vingt ans, pour intéresser ses élèves, on leur parlait de marxisme. Et pour les faire rigoler, on leur parlait de Dieu. Aujourd’hui, c’est l’inverse1. » Dans les sociétés occidentales, on découvre une ouverture au spirituel, même si ce spirituel n’est pas toujours chrétien, loin de là.

Lorsque j’en discute avec des personnes plus âgées, j’entends souvent dire que «tout fout le camp» et que la jeune génération est pire que la précédente. Ce discours m’étonne et je n’arrive pas à y croire. Il n’est pas sage de croire que le passé a été meilleur que le présent (Ecclésiaste 7,10). Il y a quelques années, certains s’insurgeaient contre leur société où l’athéisme, au moins pratique, régnait en maître; de nos jours les mêmes s’insurgent contre l’ouverture spirituelle très large de leurs contemporains. Est-ce tout à fait honnête?

1.1. Une question de vision du monde

La vision du monde postmoderne est une vision du monde parmi d’autres (moderniste, médiévale, animiste, confucianiste, pour n’en citer que quatre). Comme toutes les autres, elle contient des éléments positifs et des éléments négatifs. A nous de discerner les chances et d’évaluer les dangers plutôt que de rejeter en bloc ce que dit le monde et nous enfermer. Refuser ce travail de discernement aurait pour nous deux conséquences graves: passer à côté de possibilités apologétiques que Dieu nous donne (relisez Actes 17 pour voir comment la culture païenne a fourni à Paul des éléments pour annoncer Jésus-Christ) et nous laisser subrepticement influencer par cette vision du monde, un processus déjà bien entamé.

Depuis environ deux siècles, l’Eglise en Occident a été confrontée à une vision du monde très forte et souvent agressive, le modernisme, qui trouvait ses origines dans les Lumières et la Révolution. L’Eglise a réagi tant mal que bien à cette vision du monde dont les caractéristiques sont assez simples: notion de progrès, confiance dans des concepts définis, matérialisme, rationalisme, l’homme comme sujet pensant, centre du monde, bon. Emile Zola nous en a laissé une belle définition dans Le Docteur Pascal:

«Je crois que l’avenir de l’humanité est dans le progrès de la raison par la science. Je crois que la poursuite de la vérité par la science est l’idéal divin que l’homme doit se proposer. Je crois que tout est illusion et vanité, en dehors du trésor des vérités lentement acquises et qui ne se perdront jamais plus. Je crois que la somme de ces vérités, augmentées toujours, finira par donner à l’homme un pouvoir incalculable, et la sérénité, sinon le bonheur… Oui, je crois au triomphe final de la vie.»

Le modernisme a eu plusieurs incarnations, dont le marxisme et le libéralisme. C’est à travers cette philosophie que la colonisation a été justifiée; on a estimé que les nations les plus avancées avaient le droit et même le devoir d’en annexer d’autres pour leur apporter les bienfaits de la civilisation.

La question de la colonisation est un bon exemple pour montrer le rôle ambigu de l’Eglise face au modernisme. D’une part, elle a participé d’assez bon gré à ce processus paternaliste, en exportant des modèles occidentaux et en ne visant souvent pas à former des églises locales indépendantes; d’un autre côté, les chrétiens (évangéliques) ont été à l’avant-garde de la préservation des langues locales et de la lutte contre l’esclavage (Wilberforce en Angleterre). L’Eglise est toujours tentée de réfléchir et d’agir comme le monde: cela se passait au 19e siècle et se passe encore au 21e siècle. A nous de ne pas être dupes de notre époque, même si nous y sommes immergés.

1.2 Du modernisme au postmodernisme

Le premier coup porté au modernisme a été la Première Guerre Mondiale; il est en effet difficile d’imaginer que l’homme est bon après en avoir vu quelques millions s’étriper dans des tranchées pendant quatre ans, par tous les moyens, de la pelle de tranchée jusqu’aux gaz de combat. Un autre élément a été la théorie de la relativité qui a remis en case un des piliers de la pensée traditionnelle, la physique newtonienne. Plus près dans le temps, on trouve Hiroshima, qui a à nouveau mis en cause la bonté de l’homme, puis Mai 68, qui a secoué le carcan social aux niveaux de la morale et de la pensée, le choc pétrolier de 1973, qui a mis en cause l’idée de progrès sans fin. La notion de progrès a d’ailleurs pris un autre coup en 1975 lorsque le Club de Rome a annoncé que la croissance économique avait des limites.

En 1979, Jean-François Lyotard, en publiant un livre intitulé La condition postmoderne: rapport sur le savoir2, a inauguré le postmodernisme philosophique. On a commencé à parler de déconstruction. La linguistique a mis en doute l’importance du signifié en faveur de celle du signifiant. En simplifiant, on dira que la vérité est éjectée du champ de la recherche, au profit des histoires3. Pour finir notre voyage dans le temps, il y a eu 1989, la chute du Mur de Berlin qui a accéléré celle du communisme, dernière grande idéologie moderniste.

1.3. Le postmodernisme

Le postmodernisme, «galaxie mal définie d’idées – allant de l’art et de l’architecture aux sciences humaines et à la philosophie » (Alan Sokal) – est la vision du monde dans laquelle nous baignons en Occident. C’est le résultat de plusieurs éléments: d’abord et surtout la faillite du modernisme, esquissée ci-dessus; il faut chercher autre chose4! Il est dommage que les chrétiens n’aient pas été les premiers à mettre les clous philosophiques dans son cercueil, car ils en avaient l’appel et les moyens. La confiance illimitée en la science et en ses découvertes, qui se heurte à des limites méthodologiques (principe d’incertitude d’Eisenberg par exemple), se heurtait aussi à des limites théologiques: un cœur sur lequel on ne peut pas compter et une intelligence obscurcie.

Un autre élément a contribué à créer une nouvelle vision du monde: le boom des communications. Les informations vraies ou fausses circulent à une vitesse et dans une quantité inimaginables il y a 50 ans. Liaisons satellites, internet, migrations massives, possibilités de voyages, tout se conjugue pour amener à la portée du monde occidental des informations nombreuses et variées. De plus en plus, nous nous trouvons confrontés à d’autres cultures, que ce soit lors de nos vacances, par les étrangers qui viennent chez nous ou par les médias. Le brassage des personnes est complété par celui des idées: dans les années 60, seules quelques élites intellectuelles avaient accès aux religions orientales; aujourd’hui vous trouvez des centaines de livres sur le sujet dans votre librairie. Plus on a d’informations, plus on doit choisir entre ouverture (mondialisation ou réactions citoyennes) et fermeture (micro-identités, retour au tribalisme). Plus on a d’informations à disposition, moins on creuse. C’est dommage, mais c’est ainsi: la superficialité dans l’appréhension du monde et des autres est devenue la règle. Elle s’accompagne de ce qu’on appelle l’ouverture et de la compréhension de l’autre. Il est plus facile de comprendre ce dont on ne fait qu’effleurer la surface: «Toutes les religions disent la même chose» entend-on de gens qui ont peut-être lu un peu de Bible, mais ni Coran ni écrit bouddhiste. La connaissance des religions dont ils font preuve est insignifiante!

Avec la masse d’informations vient la complexité: qu’est-ce qui est vrai? que choisir? L’abondance de possibilités de choix rend tout choix difficile. Savoir quel programme une famille regardera à la télévision pour une soirée donnée s’apparente à un casse-tête. Autant acheter deux ou trois télévisions de plus, ce que beaucoup font! Tout choix devient une affaire de consommation, aussi pour la religion: il y a deux cent ans en Europe, vous pouviez choisir entre le christianisme et l’athéisme, point final. Aujourd’hui, vous pouvez vous tourner vers le christianisme, l’islam, le bouddhisme, l’hindouisme, le panthéisme façon New Age, des petites sectes en pagaille, sans parler d’un ensemble de philosophies plus ou moins religieuses, comme le taoïsme. Cette avalanche de possibilités cause une crainte de mal choisir, qui peut se transformer en refus de choisir. On préfère voler de fleur en fleur comme un papillon, plutôt que de se poser une fois. Le phénomène des chrétiens qui ne fréquentent que les conventions en est un résultat direct.

A force d’accumuler des connaissances superficielles et de ne jamais se donner les moyens de choisir, la personne perd son unité. Il devient dès lors possible, et même recommandé, d’être deux personnages différents au travail et dans les loisirs. La liberté est immense, mais il n’y a aucun cadre pour la structurer. Cela induit tout autant la tolérance à l’encontre de tout, ou presque, que le stress et la recherche d’endroits où l’on se sente bien. Que ces endroits soient la face nord du Cervin, un petit groupe d’amis, un engagement humanitaire ou une Love Parade, le but est le même: se sentir bien, s’évader dans l’expérience.

2. Cinq caractéristiques du monde postmoderne

Quittons le monde des grandes idées philosophiques pour descendre au ras des pâquerettes, là où les gens vivent. Je n’ai pas la prétention de définir ici tout habitant de l’Occident du début du 21e siècle; mais les tendances sont réelles et dessinent la société de demain; elles sont observées en particulier chez des jeunes…

2.1. Illusions perdues

On appelle souvent la génération actuelle la génération X, d’après le titre d’un ouvrage de Douglas Copland. Pour ma part, je l’appelle la génération des illusions perdues. Autant les jeunes que des gens d’âge mûr y sont sujets. C’est toujours un moment très douloureux, où tout ce en quoi on a cru se révèle n’être qu’un décor de carton-pâte.

Quel est le secret d’une vie réussie? Bien souvent, on le définit ainsi: «un bon diplôme, un bon travail, gagner bien de l’argent, trouver l’Amour, avoir une belle famille et pouvoir se payer des vacances.» «Mensonge éhonté» devraient dire les chrétiens; «mensonge éhonté» pensent bien des gens dans leur cœur, mais comme il n’y a rien d’autre, on essaie quand même. Reprenons ces éléments un à un:
1) Un bon diplôme? Il y a de plus en plus intérêt à ce que votre diplôme soit très bon si vous voulez une place de travail.
2) Un bon travail, bien travailler? Bien des gens de 50 ans ont beaucoup travaillé mais se retrouvent au chômage et bien des étudiants bardés de diplômes sont au chômage malgré tout.
3) Un bon salaire? Quand on voit de grandes entreprises annoncer en même temps des bénéfices records et des suppressions d’emplois, il est préférable d’avoir des actions!
4) L’Amour, avec un grand a? Ce point mérite un traitement à part.
5) La famille? Les relations parents-enfants ne sont pas toujours au beau fixe, c’est le moins qu’on puisse dire: «Cher père, Je t’en veux de m’avoir laissée, abandonnée et bien souvent oubliée. Je ne suis pas un objet à qui on donne des sous chaque mois. Je ne suis pas à vendre » écrivait une jeune fille à son … géniteur dans une lettre ouverte.
6) Les vacances? Cela marche encore, mais ne remplit pas une vie.

Revenons à l’Amour. Les médias idéalisent le Grand Amour, celui où tout va bien. Dans les beaux films romantiques, tout se termine dans le bonheur. Pourquoi «se termine » d’ailleurs, n’est-ce pas un aveu? Prenons quelques exemples: La Boum 1, La Boum 2, L’étudiante, Crocodile Dundee. Dans chaque cas, c’est le bonheur le plus épanouissant, mais remarquons qu’en trois films, Sophie Marceau aura trois grands amours et que Crocodile Dundee commencera le deuxième film au bord de la séparation d’avec celle qu’il aimait tant dans le numéro un. Amour toujours? Si vous êtes friands des titres des journaux populaires où l’on découvre les amours des stars, vous savez que l’amour, le vrai, le grand, dure rarement. L’amour est un sentiment délicieux, mais il ne rime plus avec toujours. Alors comme on n’y croit plus trop, on fait ce qu’on peut pour s’en donner l’illusion ou pour jouir de relations dont on craint qu’elles finissent vite. Et les statistiques parlent de 50% de mariages qui se terminent par un divorce. D’ailleurs la fidélité n’est pas une chose dont on puisse être sûr: si un beau milliardaire propose un million de dollars pour une nuit avec une femme mariée, que se passe-t-il? Le film Proposition indécente donne une réponse pessimiste. Dans un tel contexte, on peut comprendre ceux qui ne regardent pas plus loin que l’instant présent et veulent surtout profiter de ce qu’ils ont.

La société et l’autorité sont aussi remises en cause. «Que peut-on attendre de toi (la société)? Une vie bien rangée? Une femme, deux gosses et huit heures de travail par jour? N’y a-t-il pas d’alternative?»: la question de ce jeune mérite d’être posée et la réponse probable n’incite pas à la joie débordante.

L’autorité des professeurs et des parents est sapée lentement. Certes, la contestation en Mai 68 a passé par là, mais l’essentiel est ailleurs: comment voulez-vous avoir du respect pour l’autorité quand elle n’en est pas digne et qu’elle n’a pas cessé de déconstruire sa propre crédibilité? L’école en est un exemple, mais pas le plus frappant: si les «autorités» tendent à saper l’autorité des professeurs, ces derniers font souvent de leur mieux avec peu de moyens. Le monde politique est plus éclairant: le nombre de promesses électorales non tenues, d’affaires de corruption et de détournements de fonds, de compromissions avec l’injustice n’incite pas au respect («tous pourris»). Tout cela permet de comprendre bien des méfiances!

Les autorités des églises subissent le même mouvement, et il faut bien dire qu’elles y prêtent le flanc: on affirme que la Bible régit tout et que tout va bien dans nos cercles, mais… Il y a aussi des luttes de pouvoir, il y a des abus sexuels non sanctionnés (y compris dans des églises évangéliques), il y a des coutumes que l’on met avant la Parole de Dieu, il y a des faux-semblants et de l’hypocrisie. Il n’y a rien là d’anormal: l’Eglise est composée de pécheurs repentants, elle est imparfaite et l’a été de tout temps (relisez les épîtres en cas de doute). Le problème n’est pas là! Aussi étonnant qu’il y paraisse, les jeunes répondent bien à l’autorité quand elle est exercée pour le bien de celui sur qui elle a des effets, par l’exemple, dans le respect, avec intégrité. Le problème est dans le fait que toute autorité est sapée dans notre culture et que les chrétiens la vivent comme le monde: pour certains d’entre eux, la Bible est même devenue une autorité parmi d’autres (on lit «un texte» à haute voix, on étudie le dernier livre de l’auteur chrétien à succès, au même niveau que la Bible). L’autorité de Dieu dans nos vies est le premier pas pour convaincre ceux à qui nous parlons de lui.

La génération qui a perdu ou détruit ses illusions est encore incapable de les remplacer par quoi que ce soit de solide. «Il y a peu d’espoir dans la société actuelle; on aurait besoin d’un élan nouveau (…) pour changer et aller plus loin; j’ai l’impression qu’on stagne.» Lors d’une grève à l’université de Lausanne, j’ai demandé à un étudiant quel était son espoir pour l’avenir: «c’est là le problème; il y a encore de l’argent, mais plus d’espoir.» Cela peut se comprendre quand toutes les promesses se sont révélées fausses.

2.2. L’homme (je) est la mesure de toute chose

«L’homme est la mesure de toutes choses, pour celles qui sont de leur être, pour celles qui ne sont pas de leur non-être.» Cette phrase a été écrite bien avant le postmodernisme, mais elle pourrait être signée par nombre de nos contemporains. L’être humain est au centre. On en fait la mesure de toutes choses, l’élément ultime, la seule valeur qui semble encore ferme. Il est vrai que personne n’a encore été assez fou pour douter radicalement de l’homme. Le postmodernisme, au contraire, exalte l’homme: à force de tout déconstruire, seul reste le sujet et ses propres valeurs ou sa propre histoire. Par sa raison en partie, mais surtout par ses sens, il se fait ainsi le centre du monde ou, pour être précis, le centre de son propre monde. «Je, en tant que sujet, suis ma justification et ma raison d’être. Je peux donc choisir ce qui est vrai ou pas car je suis la mesure de toutes choses.» On peut le voir dans la définition pratique du vrai (nous verrons plus loin que sa définition théorique n’existe plus): «Est vrai ce qui marche pour moi maintenant». Il n’est pas obligatoire que cela marche encore demain. Toute notion de cohérence est bannie au profit d’un pragmatisme centré sur le sujet; ce qui me plaît est plus important que ce qui va ensemble. On vous dira «bien aimer» Jésus, mais aussi la réincarnation. C’est la conséquence logique de cette vision de l’homme. Les notions de vrai et de faux sont battues en brèche. Ce qui est important est la réalisation de soi, ou la recherche de plaisir!

En corollaire avec la montée de l’individualisme, des valeurs comme le sens du devoir et l’effort à long terme tendent à disparaître. Les entreprises qui le même jour annoncent des résultats records et des licenciements en sont l’exemple parfait: leurs actionnaires ne veulent pas entendre parler d’autre chose que de rentabilité à court terme, et surtout pas de responsabilité sociale. Si l’individualisme est la valeur dominante, cela n’a rien d’étonnant.

Une petite remarque: la notion même de valeur est un produit de la vision du monde postmoderne: il y a un siècle, on aurait parlé d’absolus moraux, on parle aujourd’hui de valeurs. Ces dernières sont par définition relatives les unes aux autres et surtout aux individus qui les tiennent pour bonnes. Cela posera de graves problèmes lorsqu’il faudra établir des normes sociales. Le chrétien ne doit pas s’étonner de cette situation: lorsqu’on éjecte Dieu du centre de la pensée pour y mettre l’être humain (en 6’000’000’000 d’exemplaires), l’unité de morale est impossible. Lorsque la société demande aux églises des valeurs, il y a un piège pour nous: proposer des valeurs qui soient acceptables pour le plus grand nombre plutôt que la volonté de Dieu. Cette dernière ne peut pas, par définition, être acceptable à ceux qui demandent des valeurs. Pour eux, même si l’être humain n’est pas fondamentalement bon, il n’est pas complètement mauvais. «C’est vrai, il n’est pas parfait, il commet quelques erreurs.» La notion de péché est évacuée!

Notes :

1 Jérôme Cottin, Construire, 51-52, 17 décembre 1997, p 16.
2 Paris, éditions de Minuit. D’autres noms d’auteurs qui vont dans le même sens ou sont revendiqués: Friedrich Nietzsche, Martin Heidegger, C.S. Peirce, Jacques Derrida, Hans-Georg Gadamer, Michel Foucault, Richard Rorty.
Le présent article sera centré sur l’aspect populaire du postmodernisme, pas sur ses représentants académiques.
3 Henri-Irénée Marrou, grand historien catholique, attaque dans un article de 1975 le relativisme de M. de Certeau et des lecteurs de Lévi-Strauss, Roland Barthes, Michel Foucault, mettant en doute la notion de vérité. Selon lui, la recherche de la vérité est la finalité de la recherche scientifique. En sciences humaines, cette affirmation est sérieusement remise en doute.
4 Dans son livre Les Enfants du Verseau, Marylin Ferguson l’affirme dans une belle formule: «Il nous faut pénétrer dans l’inconnu; le connu n’a déjà que trop failli aux espoirs que nous y avions fondés.»

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Bangerter Olivier
L’auteur a fait ses études en théologie à Lausanne et exercé un ministère dans le cadres des Groupes Bibliques Universitaires (GBU). Il a eu l’occasion d’observer de très près les tendances de notre société et de ses futurs leaders. Olivier Bangerter est titulaire d’un doctorat en théologie de l’université de Genève et sa spécialisation porte sur l’histoire de la Réforme en Suisse. Cet article est présenté en deux parties. Dans sa première partie, l’auteur décrit l’évolution de notre monde durant les 50 dernières années. Dans sa deuxième partie il continuera à décrire les caractéristiques de cette nouvelle vision du monde et tentera de définir le rôle du chrétien dans ce nouveau contexte.