Dossier: L’Épître aux Romains au cœur de l'Évangile
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Quel est le but de l’Épître aux Romains ?

La situation de l’église à Rome

À partir d’éléments du livre des Actes et de l’Épître aux Romains, il est possible de reconstituer l’histoire de l’église à Rome.

On peut penser qu’elle a été fondée par des convertis du jour de la Pentecôte vers l’an 33 : plusieurs Juifs ou prosélytes habitant Rome y séjournaient pour la fête (Act 2.10) et ont été touchés par la prédication de Pierre.La première phase de l’église est donc sans doute judéo-chrétienne.

En 49, l’empereur Claude décide d’expulser les Juifs de Rome (Act 18.2)1. L’église à Rome devient majoritairement pagano-chrétienne. La longue liste des salutations envoyées par Paul (16.3-16) suggère que plusieurs païens convertis par Paul (directement ou non) se sont établis dans la ville.

À partir de 54, les Juifs sont autorisés à revenir à Rome et le retour de chrétiens d’arrière-plan juif a pu créer quelques tensions avec les chrétiens d’origine païenne, même si ces derniers restent majoritaires (cf.« vous, païens », 11.13,28)

C’est dans ce contexte que Paul, en 58, rédige de Corinthe cette lettre. Contrairement à plusieurs de ses Épîtres, Paul n’écrit pas pour contrer un danger imminent : l’église est globalement prospère et dynamique : leur « foi est renommée dans le monde entier » (1.8) ; ils sont « pleins de bonnes dispositions, remplis de toute connaissance, et capables de [s’]exhorter les uns les autres » (15.14).

Paul, quant à lui, estime son travail autour de la mer Égée arrivé à sa fin (15.23a) et désire porter l’évangile jusqu’en Espagne (15.24,28) en s’arrêtant à Rome au passage. Il profite donc du voyage de Phoebé pour envoyer cette lettre à Rome (16.1). L’Épître aura des résultats positifs si on en juge à l’accueil chaleureux que Paul, prisonnier, recevra de la part des frères de Rome, trois années plus tard (Act 28.15). Et l’église à Rome va continuer à se développer, tout en souffrant le martyre sous Néron. Elle produira une génération d’écrivains doués, tels Clément de Rome2.

Une lettre pour nous affermir

Dans son introduction, Paul donne le but premier de sa lettre :puisqu’il ne peut pas encore rendre visite physiquement aux chrétiens de Rome, il va leur écrire pour les « affermir » (1.11). Et dans ce but, il va leur prêcher l’Évangile, dans le plein sens du mot (1.15-17 ; 15.15-16) — cet Évangile qui va bien au-delà de la seule prédication du salut « initial » et qui englobetout le développement ultérieur de la vie chrétienne.

Affermir va aussi pour Paul avec réfuter : il semble que des opposants de l’apôtre lui aient attribué indûment des propos (3.8) ou aient tordu certaines de ses affirmations (d’où ses « Loin de là ! », 6.2,15 ; 7.7,13 ; 9.14 ; 11.1,11).

Affermir passe avant tout pour Paul par un exposé clair et ordonné de la vérité chrétienne. L’Épître aux Romains est sans doute la plus systématique de ses lettres, développant de façon logique l’état de perdition de l’homme devant Dieu (1.18-3.20), puis l’œuvre de justification de Dieu en notre faveur par l’œuvre de son Fils à la croix (3.21-5.11), ensuite l’œuvre de sanctification et de libération par l’Esprit (5.12-8.39). Il poursuit en examinant les liens entre l’œuvre de Dieu pour les Juifs et pour les nations (9.1-11.36), avant de s’attarder sur les applications pratiques de ces doctrines dans notre vie personnelle, d’église, publique ou fraternelle (12.1-15.13).

Notre foi se doit d’être intelligente. Même si le péché a obscurci les pensées de l’homme (1.20-21), la foi s’appuie sur ce que Dieu expose de façon claire et adaptée à l’intelligence qu’il nous a donnée, éclairée par le Saint Esprit.

L’Épître n’est pourtant pas un traité juridique ou un manuel de théologie. C’est un exposé « en situation », où l’on ressent la fraîcheur de la vie de l’auteur et des destinataires.

Romains aborde des thèmes bibliques fondamentaux, comme — dans le désordre — la justice de Dieu, le péché, le salut, la colère de Dieu, la sanctification, l’élection, l’œuvre du Saint Esprit, les plans de Dieu quant à Israël, etc. L’Épître aux Romains mérite donc sa place en tête des 21 lettres du canon3. Toutefois des thèmes importants ne sont pas touchés, ou à peine esquissés, dont plusieurs chers à Paul comme l’Église (il en parlera dans Éphésiens ou 1 Corinthiens), l’eschatologie (cf. 1 & 2 Thessaloniciens) ou la personne de Christ (plus développée en Colossiens).

Néanmoins, relisons fréquemment à cette riche lettre, car, même après des années de vie chrétienne, nous avons toujours besoin de revenir aux fondements et d’être mieux affermis dans la position où Dieu nous a mis, dans la liberté où l’Esprit nous introduit, dans la grandeur des plans de Dieu dans lesquels nous sommes inclus. Un commentateur encourageait à « se prêcher l’évangile chaque jour » — c’est sans doute un secret de la maturité chrétienne et du bonheur au quotidien. Redisons-nous :« Heureux ceux dont les iniquités sont pardonnées et dont les péchés sont couverts ! » (4.7) Relire cette lettre nous aidera également à savoir présenter l’Évangile de façon claire, dans toute l’étendue de la portée de ce terme.

Une lettre pour nous aider à vivre ensemble

Le N.T. se fait l’écho de tensions dans les églises du 1ersiècle. Cohabitaient des Juifs encore attachés à la loi de Moïse et à tous leurs privilèges (3.1-2 ; 9.3-5) et des païens encore influencés par leur ancien mode de vie laxiste (cf. la description de 1.18-32).

C’est pourquoi Paul fait de fréquents parallèles entre Juifs et Grecs :

– Tous sont également coupables :« Nous avons déjà prouvé que tous, Juifs et Grecs, sont sous l’empire du péché. » (3.9)

– Tous sont également sauvés :« Il n’y a aucune différence, en effet, entre le Juif et le Grec, puisqu’ils ont tous un même Seigneur, qui est riche pour tous ceux qui l’invoquent. Car quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. » (10.12-13)

Le salut n’est pas une question d’origine religieuse ou ethnique !« Il y a un seul Dieu, qui justifiera par la foi les circoncis, et par la foi les incirconcis. » (3.30)

Ainsi les chapitres 9 à 11, loin d’être une parenthèse, participent pleinement au développement de l’Épître. Et on peut voir la section 12.1 à 13.13 comme une préparation au dernier sujet majeur que Paul a devant lui : améliorer la cohabitation entre chrétiens de convictions différentes sur des sujets pratiques (14.1-15.13).

Les tensions se traduisaient par des dissensions entre « faibles » et « forts » : certains se permettaient des choses que d’autres condamnaient. Paul enjoint qu’il n’y ait :

– ni jugement :« Que celui qui ne mange pas ne juge point celui qui mange, car Dieu l’a accueilli » (14.3) ;

– ni mépris :« Que celui qui mange ne méprise point celui qui ne mange pas » (14.3)

Au contraire, nous sommes invités à nous accueillir « les uns les autres, comme Christ [nous] a accueillis, pour la gloire de Dieu » (15.7). Chacun a sa place dans l’Église, vue sous l’image d’un corps dont les membres sont interdépendants (12.3).

Même si les opinions divergentes aujourd’hui ne portent plus sur les viandes sacrifiées au temple ou sur les jours de la semaine, les différences d’origine géographique, ethnique, de rang social, d’habitudes, de styles familiaux, etc., peuvent facilement créer des incompréhensions, voire des dissensions, au pire des divisions dans les églises locales (cf. 16.17-19). Aussi apprenons de cette lettre à voir d’abord l’unité que crée entre nous notre commun salut et accueillons la diversité des modes de vie sur les questions secondaires.

Une lettre pour nous réveiller

Un troisième but peut être perçu dans l’exhortation vigoureuse que Paul adresse à la fin du chapitre 13 :« Cela importe d’autant plus que vous savez en quel temps nous sommes : c’est l’heure de vous réveiller enfin du sommeil, car maintenant le salut est plus près de nous que lorsque nous avons cru. La nuit est avancée, le jour approche. Dépouillons-nous donc des œuvres des ténèbres, et revêtons les armes de la lumière. Marchons honnêtement, comme en plein jour, loin des orgies et de l’ivrognerie, de la luxure et de la débauche, des querelles et des jalousies. Mais revêtez-vous du Seigneur Jésus-Christ, et n’ayez pas soin de la chair pour en satisfaire les convoitises. » (13.11-14)

Même si les chrétiens de Rome avaient une foi plutôt vivante, ils sont invités à ne pas se relâcher dans leur vie pratique.

Paul les exhorte aussi indirectement (10.14-17) et directement (15.24) à réveiller leur zèle missionnaire. Il désire faire de l’église de Rome sa nouvelle tête de pont dans le but d’évangéliser la partie occidentale du bassin méditerranéen.

Les projets ont été partiellement compromis et le N.T. n’indique nulle part s’il a pu aller plus à l’ouest que Rome ou si le zèle missionnaire des Romains a été réveillé, mais il est certain que l’Épître aux Romains a suscité ou provoqué de nombreux réveils au cours de l’histoire de l’Église :

– Vers 386, Augustin se convertit en entendant une voix lui dire :« Prends et lis ! » Il ouvre Romains 13.13-14 et cède. Quelques années plus tard, vers 411, c’est la controverse pélagienne :Pélageaffirme que l’homme est innocent et bon à sa naissance et ne devient pécheur que par imitation. Augustin réfute fermement cette erreur et développe la doctrine du péché originel et de la nécessité de la grâce, à partir de l’Épître aux Romains.

– Au début du XVIe siècle, Luther se convertit à partir de Romains 1.16-17 qu’il était en train d’exposer. L’Épître aux Romains est au cœur de ses écrits et du début de la Réforme.

– Wesley, insatisfait de ses exercices spirituels, se convertit en 1738 en entendant lire la préface du commentaire de Luther sur l’Épître aux Romains. La doctrine du salut et surtout de la sanctification qu’il prêche ensuite est l’occasion d’un réveil extraordinaire en Grande-Bretagne et aux États-Unis.

– Le prédicateur écossais Haldane est à l’origine du réveil de Genève (1817). C’est l’exposé systématique fait dans sa chambre d’hôtel par ce chrétien qui fut à l’origine de la conversion ou de l’affermissement des pionniers du réveil en Europe continentale (Empeytaz, Malan, Monod).

Alors que nous fêtons le 500e anniversaire de la Réforme et le 200e anniversaire de ce dernier réveil, la même Épître vient nous stimuler pour nous réveiller de notre matérialisme, de notre conformisme, de notre légalisme ou de notre laxisme. Au milieu des difficultés inhérentes à la condition intermédiaire dans laquelle nous sommes (8.18-25), elle vient nous proposer une vie dans la puissance du Saint Esprit qui peut faire abonder dans chacun de nous la justice, la paix et la joie (14.17) pour la gloire de Dieu.

 

 

Un plan détaillé de l’Épître aux ROMAINS

Introduction                                                                                                1.1-17

Salutations                                                                                                           1.1-7

Actions de grâces et annonce de sa visite                                                      1.8-15

Le thème de l’Épître : l’Évangile                                                                     1.16-17

Condamnation : la culpabilité de l’homme                                  1.18 – 3.20

La culpabilité des païens                                                                                 1.18-32

La culpabilité des païens éduqués                                                                  2.1-16

La culpabilité des Juifs                                                                                      2.17 – 3.8

La culpabilité de tous les hommes devant Dieu                                          3.9-20

Justification : l’œuvre de Dieu pour nous                                     3.21 – 5.11

La justice de Dieu pour tous les hommes par l’œuvre de Christ               3.21-30

Les exemples d’Abraham et de David                                                             4.1-25

Abraham et David justifiés sans les œuvres                                                   4.1-8

Abraham justifié sans la circoncision                                                             4.9-12

Abraham justifié sans la loi                                                                              4.13-16

Abraham justifié par sa foi en une promesse                                               4.17-22

Application à ceux qui ont la même foi qu’Abraham                                  4.23-25

La certitude de la justification et ses effets                                                     5.1-11

Sanctification : l’œuvre de Dieu en nous                                     5.12 – 8.39

Le règne de la grâce par la justice                                                                      5.12-21

La sanctification quant au péché                                                                       6.1-23

Unis avec Christ dans sa mort et sa vie                                                             6.1-11

Libérés pour servir volontairement Dieu                                                         6.12-23

La sanctification quant à la loi                                                                          7.1-25

L’autorité de la loi                                                                                                 7.1-6

Le rôle de la loi                                                                                                       7.7-13

L’impuissance de la loi pour la sanctification                                                  7.14-25

La sanctification par la puissance de l’Esprit                                                   8.1-17

Le but de la sanctification au travers des épreuves                                        8.18-39

Les souffrances actuelles et l’espérance                                                             8.18-28

Le dessein de Dieu                                                                                                  8.29-30

L’assurance de l’amour de Dieu                                                                            8.31-39

Dispensation : l’œuvre de Dieu pour Israël et les nations      9.1 – 11.36

La souveraine élection de Dieu dans le passé                                                      9.1-33

Les sentiments de Paul pour les Israélites                                                           9.1-6

Le libre choix de Dieu dans l’histoire d’Israël                                                      9.7-19

Le libre choix de Dieu dans l’élection                                                                    9.19-33

L’égalité du salut pour Juifs et païens dans le présent                                       10.1-21

Le salut obtenu par la foi confessée                                                                         10.1-13

L’annonce du salut                                                                                                       10.14-21

Le rejet temporaire d’Israël et son rétablissement dans le futur                        11.1-36

Le rejet n’est pas complet                                                                                           11.1-10

Le rejet n’est pas final                                                                                                  11.11-24

Le rétablissement futur d’Israël                                                                                11.25-32

Doxologie : louange à la sagesse de Dieu                                                                11.33-36

Application : l’œuvre de Dieu par nous                                                12.1 – 15.13

Dans notre vie personnelle                                                                                        12.1-2

Dans la vie de l’Église                                                                                                  12.3-16

Quant à l’usage des dons spirituels                                                                            12.3-8

Quant à l’amour en pratique                                                                                        12.9-21

Dans la vie publique                                                                                                      12.17 – 13.14

Par rapport à nos ennemis                                                                                           12.17-21

Par rapport aux autorités                                                                                              13.1-7

Par rapport à notre prochain                                                                                        13.8-10

Se réveiller dans la perspective du retour de Christ                                                13.11-14

Dans nos relations fraternelles avec les « faibles »                                                     14.1 – 15.13

Le principe de liberté : ne pas juger                                                                             14.1-12

Le principe de fraternité : chercher le bien de l’autre                                               14.13-23

L’accueil réciproque à l’exemple de Christ                                                                  15.1-13

Conclusion et salutations                                                                               15.14 – 16.27

Le service et les projets de Paul                                                                                     15.14-33

Salutations aux chrétiens de Rome                                                                               16.1-16

Épilogue et louange finale                                                                                                16.17-27

Avertissement sur les diviseurs                                                                                       16.17-20

Salutations des chrétiens présents avec Paul                                                               16.21-24

Louange finale                                                                                                                     16.25-27

 

 

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  1. Voir pour plus de détails l’excursus de Ben Witherington III, The Acts of the Apostles, a Social-RhetoricalCommentary, p. 539-545.
  2. Un des principaux « pères apostoliques », probablement mort martyr en 98 et auteur d’une Épître aux Corinthiens qui était tellement appréciée qu’elle avait été intégrée un moment dans le canon du N.T. avant d’en être retirée.
  3. En fait, elle figure en premier lieu car c’est la plus longue. Les lettres de Paul sont en effet classées par ordre décroissant de longueur, sans logique ou signification particulière.
Dossier : L’Épître aux Romains au cœur de l'Évangile
 

Prohin Joël
Joël Prohin est marié et père de deux filles. Il travaille dans la finance en région parisienne, tout en s'impliquant activement dans l’enseignement biblique, dans son église locale, par internet, dans des conférences ou à travers des revues chrétiennes.