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Quelques ouvrages récents rétablissant une interprétation chrétienne de l’histoire de l’Europe

QUELQUES OUVRAGES RECENTS
RETABLISSANT UNE INTERPRETATION
CHRETIENNE DE L’HISTOIRE DE
L’EUROPE

Il nous paraît utile de signaler quelques ouvrages historiques récents nous permettant enfin de percevoir clairement l’orientation foncièrement anti-chrétienne du développement et de l’interprétation courante de l’histoire européenne depuis la Renaissance des XVe et XVIe siècles. La plupart de ces ouvrages sont dus à la plume d’auteurs catholiques, car il n’existe guère d’ouvrages protestants ou évangéliques en français sur ces questions si importantes. Le lecteur fera les rectifications nécessaires.

Il nous faudrait d’abord avoir une juste perception de ce que fut l’histoire chrétienne de l’Europe. Toute l’oeuvre extraordinairement riche de l’historienne française, Régine PERNOUD (que certains considèrent comme l’un des premiers historiens de notre époque), depuis son premier ouvrage de synthèse, « Lumière du Moyen Age », datant de 1944 (Grasset, 1981), jusqu’à son admirable « La femme au temps des cathédrales » (Stock, 1980) et « Les Saints au Moyen Age » (PIon, 1984), nous a appris à revoir l’interprétation humaniste courante de l’histoire médiévale. Les institutions, la culture et toute l’histoire de la période que nous appelons, depuis la Renaissance, « Le Moyen Age », sont de manière absolument évidente marquées par l’influence profonde et durable du christianisme. Pour les historiens de la Renaissance, le « Moyen Age » représente une période de régression de la civilisation entre ces deux périodes « bienheureuses » qu’auraient été l’Antiquité romaine et grecque, païenne, et le renouveau païen de la Renaissance. Le Moyen Age, entre la chute de l’Empire romain et la Renaissance aux XVe et XVIe siècles, d’inspiration païenne de l’Antiquité, était considéré comme une période de ténèbres, d’obscurantisme, d’inculture et de barbarie. Pour ces historiens, qui nous ont tous marqués de leur interprétation de l’histoire, le retour aux valeurs antiques du paganisme représentait la « renaissance » de la vraie civilisation. Ainsi calomniait-on mille ans de civilisation chrétienne en Europe. En prolongeant dans le domaine culturel leur anti-catholicisme doctrinal, spirituel et ecclésiastique parfaitement justifié, les historiens réformés et évangéliques ont malheureusement trop souvent tout simplement adopté cette interprétation païenne et anti-chrétienne de l’histoire. C’est pour de telles raisons que le XVIIIe siècle, siècle anti-chrétien s’il en fut, avec son idolâtrie de la raison de l’homme libérée des contraintes de la Parole de Dieu, siècle révolté contre Dieu, est par tous nommé le siècle des « lumières ». De la même manière, le journal du parti communiste de l’Union Soviétique est appelé « Pravda », ce qui signifie « vérité » en russe. Cette interprétation de l’histoire est devenue l’interprétation officielle de notre passé. Elle valorise systématiquement toutes les conquêtes d’un humanisme anti-chrétien aux dépens du christianisme. L’aboutissement catastrophique en est aujourd’hui le nihilisme destructeur et suicidaire que nous voyons partout. La meilleure introduction à cette révision chrétienne de l’histoire médiévale est le petit livre de Régine PERNOUD, « Pour en finir avec le Moyen Age » (Points-Histoire, 1979), qui dégonfle admirablement toutes les baudruches éculées de l’historiographie humaniste. C’est un ouvrage à lire et à faire lire.

Le petit livre de Henri CHARLIER, « Création de la France » (Dominique Martin Morin, 1982), nous fait comprendre de façon admirable à quel point le christianisme imprégnait tous les aspects de la vie sociale, politique et culturelle de l’Europe chrétienne au Moyen Age. Si la Réforme fut une « réformation » des déformations doctrinales, spirituelles et ecclésiastiques de ‘Eglise de la fin du Moyen Age et du début de la Renaissance, sur le plan culturel elle marque une forte continuité avec le christianisme médiéval.

Jeanne d’Arc, avec son « Dieu premier servi », fut typiquement une figure médiévale les réformateurs avec leur « Soli Deo gloria » appartiennent à une même famille. En fait des Luther, des Calvin, des Viret, des Knox sont par bien des aspects des figures anachroniques dans un siècle marqué par la renaissance d’un humanisme orgueilleux. Des hommes comme Agrippa d’Aubigné et Gaspard de Coligny, et même un Henri IV, sont des preux qui ont survécu à l’âge de la féodalité, à l’honneur seigneurial. Tous avaient cette vision de la souveraineté de Dieu sur toutes choses qui marquait si fortement la vie de l’Europe médiévale jusqu’au début des temps modernes. Les catholiques de la Renaissance, par contre, s’étaient alliés de mille manières avec l’esprit moderne du nouvel humanisme paganisant. Par exemple, la Pléiade avait allié sans peine un catholicisme farouchement anti-réformé avec un attachement foncier aux valeurs impies de l’antiquité païenne. Par contre, la grande poésie réformée française du XVIe siècle allant de Clément Marot (1495-1544) et Théodore de Bèze (1519-1605) jusqu’à l’oeuvre immense et terrible d’Agrippa d’Aubigné (1552-1630), est beaucoup plus proche de la poésie religieuse et morale du Moyen Age telle qu’on la trouve chez un Rutebeuf (Xllle siècle), un Eustache Des-champs (XIVe siècle) ou même un François VilIon (XVe siècle), que de la tradition esthétisante de la Renaissance et d’une partie de la poésie des époques baroques et classiques (1). Il en est de même pour la musique du Psautier huguenot, si proche de la musique grégorienne. Cette continuité entre la civilisation chrétienne du Moyen Age et celle de la Réforme pourrait être démontrée de maintes manières.

Dans son dernier ouvrage, « Lettre ouverte à ceux qui ont mal à la France » (Albin Michel, 1985), le père R.-L. BRUCKBERGER, connu pour ses livres d’inspiration profondément biblique tels « La Révélation de Jésus-Christ » (Grasset, 1983), « Lettre ouverte à Jésus-Christ » (Livre de Poche, 1973) et son admirable traduction des Evangiles, « L’Evangile » (Albin Michel, 1976), pour n’en nommer que quelques-uns, nous livre aujourd’hui une révision déchirante de l’interprétation officielle de l’histoire de l’Europe depuis le XIVe siècle. Il voit en effet que le mal dont nous souffrons a commencé, non à la Réforme ou à la Renaissance, ou encore plus récemment à la Révolution française, mais déjà aux Xllle et XIVe siècles avec la réapparition dans les universités de l’enseignement du droit romain. A partir de cette époque, le droit romain a été utilisé, comme au temps de l’empire des Césars, à savoir pour justifier le droit d’user et d’abuser, non seulement de ses propres biens, mais aussi du pouvoir politique, ce qui est parfaitement contraire à l’enseignement de la Bible, qui affirme que, tout appartenant à Dieu, tout doit être géré par nous selon la loi divine. Bruckberger voit dans cette révolution légale commencée au XIVe siècle l’origine d’un capitalisme dénaturé, car libéré de la loi de Dieu, totalement égocentrique et ainsi en opposition au véritable capitalisme biblique de gestion des biens de ce monde pour Dieu et dans le but de faire fructifier la création pour le bien des hommes (voyez « Le capitalisme: mais c’est la vie! », PIon, 1983). Mais Bruckberger y voit également l’origine de l’Etat totalitaire moderne. Celui-ci, en passant en France par les légistes de Philippe le Bel, la monarchie de droit divin à la Louis XIV – inconnue au Moyen Age en dehors de la papauté -, a abouti à l’absolutisme des majorités démocratiques sans Dieu ni loi. La souveraineté, qui en fin de compte n’appartient qu’à Dieu, a ainsi été usurpée par les hommes. Son ouvrage, qui est la synthèse de nombreuses recherches historiques récentes sur ces questions, doit beaucoup à l’ouvrage monumental et indispensable de Régine PERNOUD, « Histoire de la bourgeoisie en France » (2 vols. Points-Histoire, 1981). Pour notre part, il nous semble qu’il faudrait chercher à pousser l’analyse plus loin encore, car le mal remonte, comme l’indique Francis SCHAEFFER dans son livre « Démission de la raison » (La Maison de la Bible, 1965), à l’introduction par Thomas d’Aquin (1225-1274) de la pensée d’Aristote dans la théologie de l’Occident. Il aurait également pu citer l’ouvrage magistral de Bertrand de JOUVENEL, « Du Pouvoir. Histoire naturelle de sa croissance » (PlurielPoche), qui retrace l’histoire du développement en Occident de la puissance absolue de l’Etat Moloch, sans Dieu ni loi, dont l’Apocalypse nous parle de manière impressionnante sous la figure d’une bête terrifiante.

Cette bête a fait sa première apparition spectaculaire sur la scène de l’histoire avec la Révolution française, prototype de tout le mouvement moderne contre le Christ et contre son influence dans notre monde. C’est ce caractère foncièrement et primordialement anti-chrétien de la Révolution française que décrit l’historien français Jean DUMONT dans son livre fortement documenté, « La révolution française, ou les prodiges du sacrilège » (Critérion, 1984). Il y démontre de façon convaincante que le coeur de la Révolution se trouvait dans son anti-christianisme. Face à d’autres manifestations de ce même esprit révolutionnaire, le grand théologien luthérien berlinois, converti du judaïsme au Christ, J-J. STAHL (1802-1861), écrivait en 1 852 ces paroles saisissantes:

« La Révolution est le rationalisme extérieur; le rationalisme est la révolution intérieure. L’un et l’autre sont la maladie mortelle de notre siècle. On dit que le rationalisme est de l’incrédulité: c’est faux, il croit en l’homme. On dit que la Révolution est le renversement de l’autorité: c’est faux, elle entend seulement que l’homme soit l’unique source du pouvoir et l’unique but de la société. L’un et l’autre affranchissent de Dieu l’homme ; l’un aboutit nécessairement à l’émancipation de la chair et au communisme ; l’autre à l’apothéose de la raison humaine tous deux à l’homme de péché prédit par St. Paul ». F.-J. Stahl: Was ist die Revolution ? (1852)

C’est cet immense danger que cherche à éclairer le père R.-Th. CALMEL dans son ouvrage « Théologie de l’histoire » (Dominique Martin Morin, 1984). Nous y trouvons un remarquable effort pour rejoindre la vision biblique de l’histoire telle qu’elle fut développée par Saint-Augustin dans la « Cité de Dieu ». C’est un ouvrage qui nous ouvre les yeux sur la présence si active et si puissante dans le monde moderne de l’esprit de l’anti-christ. Nous ne saurions trop recommander la lecture de ce livre, ceci malgré quelques aspects plus spécifiquement catholiques dont il faudra faire abstraction.

Pour terminer, nous vous signalons un ouvrage universitaire d’inspiration biblique et évangélique qui traite également des progrès inquiétants d’un esprit antichrétien dans notre civilisation. Il s’agit de la thèse remarquable de Jean-Pierre GRABER, « Les périls totalitaires en Occident » (La pensée universelle, 1983). J.-P. Graber cherche à identifier et à analyser les causes et les processus qui sont en train de conduire nos sociétés occidentales au totalitarisme. Le problème est analysé dans une perspective systématiquement chrétienne, ce qui est étonnant pour un ouvrage universitaire. Les causes de cet immense danger sont étudiées dans l’ordre suivant: l’évacuation de Dieu; la désagrégation des normes éthiques et des institutions traditionnelles ; le développement d’un droit purement sociologique ; la tension inévitable entre les tendances diverses d’une société pluraliste sans vrai consensus ; la régression de la liberté économique et de la propriété individuelle ; les virtualités totalitaires d’une société technicienne ; l’influence de la subversion ; finalement, la croissance constante de la puissance de l’Etat.

Comme Bruckberger, nous ne voyons pas la désintégration d’une civilisation qui a voulu se construire hors du dessein de Dieu, sans lui et en opposition ouverte à sa bonne Loi, comme une catastrophe irrémédiable. Un tel monde doit disparaître, car il a renié la source même de la vie et tous les fondements d’une véritable civilisation.

Ceux qui se tournent vers Dieu et qui gardent ses Paroles, c’est-à-dire sa Loi, par la force du Saint-Esprit qui leur a été donné, sont fondés sur un roc immuable, et sur ce roc peuvent construire pour l’avenir de manière durable. Mais, comme le dit Bruckberger dans son dernier ouvrage, pour sortir de l’impasse universelle actuelle:

« Il faut revenir à la religion, à la famille, à la propriété garantie de la liberté individuelle, à l’honneur du travail et de l’invention et à leur juste récompense, source fatale, mais tout à fait honorable, d’inégalités puisque tous n’ont pas le même génie et qu’il est juste que le laborieux réussisse mieux que le paresseux. »

Et il ajoute:

« Mais la confusion des esprits est telle, les résultats du socialisme et du communisme sont si désastreux pour la liberté et la dignité de l’homme, le Goulag est devenu une menace tellement proche pour le monde entier, qu’il nous faut commencer par le commencement, c’est-à-dire le retournement de l’homme vers Dieu. Soljénitsyne écrivait dans « Le Point » du 13 mai 1983: « Il est en vain de chercher une issue à la situation du monde, sans tourner notre conscience repentante vers le Créateur de toutes choses. Aucune autre issue ne s’éclairera, nous n’en trouverons pas, hors la quête opiniâtre de la douce main de Dieu que, dans notre inconscience, nous avons rejetée ». » (p. 124-125).

Jean-Marc BERTHOUD


(1) Sur la poésie réformée des XVIe et XVlle siècles, si méconnue aujourd’hui, il est utile de signaler les ouvrages suivants:
Albert-Marie SCHMIDT: Etudes sur le xvle siècle (Albin Michel, 1967)
Michel JEANNERET: Poésie et tradition biblique au X/le siècle (corti, 1969).
Jacques PINEAUX: La poésie des protestants de langue française de 1559 à 1598 (KlincKsieck, 1971)


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