Dossier: La mission
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Qu’est-ce que le succès dans l’évangélisation ?

Durant dix ans, ma femme Meg et moi, avons servi en France, à Paris, comme missionnaires avec The Evangelical Alliance Mission (TEAM). Notre objectif était clair : terminer l’implantation d’une église qui avait débuté des années auparavant avec d’autres missionnaires. Par la grâce de Dieu, durant les dix ans où nous étions là-bas, nous avons vu l’église devenir autonome. Aujourd’hui, vingt ans plus tard, l’église se porte bien.

Une drôle de chose m’est arrivée lorsque nous étions en phase de transition suite à ce ministère. Le désir de mon cœur avait toujours été de servir le Seigneur dans un ministère à Genève, en Suisse, où j’avais grandi. Mon père était un homme d’affaires américain à Genève, et pendant les quinze premières années de ma vie dans cette ville, je n’ai jamais entendu le véritable Évangile biblique de Jésus-Christ, même si Genève est l’endroit où Jean Calvin a prêché, il y a 500 ans !
Lorsque mes collègues français ont entendu parler de nos intentions d’un ministère à Genève, un frère bien intentionné m’a dit : « John, cela n’a aucun sens ! Pourquoi quittez-vous la France, pays dont les besoins sont énormes, pour vous installer dans un pays déjà évangélisé (en parlant de la Suisse) ? »
Je compris ce que ce frère français demandait. La France est, après tout, souvent considérée comme le cimetière des missionnaires. Elle est un terrain très difficile. Les Français sont athées de réputation, humanistes, pessimistes, intellectualistes et rationalistes. La plupart sont totalement fermés à l’Évangile. Nombreux sont les missionnaires ayant œuvré en France qui ont fini par être découragés.
Cette discussion souligne ainsi l’importance de comprendre ce qu’est le succès dans l’évangélisation. Qu’est-ce qui permet de conclure qu’une évangélisation a eu du succès ? Cette question est importante, surtout aux yeux de ceux qui ne voient que rarement des fruits. Examinons, pour y répondre, trois exemples de rencontres d’évangélisation rapportées dans le N.T. et qui, bien qu’approuvées de Dieu, n’offrent qu’un faible fruit apparent.

1. Jean-Baptiste

Dans Matthieu 3, le texte nous dit que, tout en prêchant dans le désert, le message de Jean-Baptiste était clair: « Repentez-vous, car le royaume des cieux est proche. » (v. 2) Des centaines, voire des milliers de personnes sont venues. Beaucoup se sont repenties publiquement et furent baptisées. Mais une chose étonnante se produit dans Matthieu 14. Jean-Baptiste réprimande sévèrement Hérode pour son péché d’adultère (v. 4). Quelle a été la conséquence de cette réprimande ? Je voudrais pouvoir dire qu’Hérode reconnut son péché, se repentit, et orienta sa vie en faveur du Sauveur ! Au lieu de cela, la réprimande de Jean-Baptiste se retourna contre lui… Hérode ordonna de le faire emprisonner, et plus tard, de le décapiter.
Jean-Baptiste, était-il un évangéliste performant ? Après tout, il aurait pu tenir sa langue et tout simplement laisser Dieu condamner Hérode ! S’il n’avait pas confronté Hérode à son péché, il aurait sans doute vécu plus longtemps et aurait pu continuer à prêcher l’Évangile ! Il aurait pu conduire des milliers d’âmes au Sauveur… Mais cela ne s’est pas déroulé ainsi. Si Hérode voulait s’attacher au Seigneur, alors, comme toute autre personne qui se tourne vers Christ, il était nécessaire qu’il se repente de son péché. Jean-Baptiste savait cela. De ce fait, il a confronté Hérode à son péché d’adultère pour qu’il s’en détourne. Et voilà comment il a compris ce qu’était le gain de l’évangélisation, au prix de sa vie.

2. L’apôtre Paul

Dans Actes 24, une chose étonnante se produit alors que Paul était en prison. Le passage nous dit que Félix et sa femme Drusille ont eu des entretiens réguliers avec Paul (v. 24, 26b). Le verset 24 nous dit qu’« il l’entendit sur la foi en Christ. » Remarquons la réaction de Félix au verset 25 : « Félix, effrayé, … ». Il se sentait coupable de son péché et savait au fond de lui-même qu’il méritait le jugement de Dieu. Paul a-t-il, comme Jean-Baptiste, payé le prix pour ce qu’il leur avait dit ? Le verset 27 nous rapporte que Paul est resté deux années supplémentaires en prison.

Réfléchissons un instant. Paul aurait pu garder le silence, ne pas se confronter à Félix et à sa femme, et espérer être libéré de prison. Après tout, aucune véritable charge judiciaire n’avait été portée à son encontre. Il aurait pu imaginer un avenir avec bien plus d’années de ministère. Mais ce n’est pas ce qui est arrivé. Il a partagé l’Évangile avec Félix et Drusille, malgré leur grandeur, comme il l’a fait avec tout le monde. Il a même osé les confronter à leur péché. Et il a payé pour cela.

3. Jésus

Matthieu 9.35 nous dit quelque chose d’étonnant au sujet de Jésus : « Jésus parcourait toutes les villes et les villages, enseignant dans les synagogues, prêchant la bonne nouvelle du royaume, et guérissant toute maladie et toute infirmité. » Au cours de son ministère galiléen, Jésus a fait une quantité considérable de miracles.

Alors Jésus fit une déclaration étonnante dans Matthieu 11.23-24. Il dit que les gens de Capernaüm ont eu beaucoup plus de possibilités de s’attacher au Christ, car, ayant vu ses nombreux miracles et entendu son enseignement, ils seront jugés plus sévèrement au séjour des mort (l’enfer), que Sodome, qui était connue pour sa débauche homosexuelle et son rejet pur et simple de Dieu.

Jésus était-il un bon évangéliste ? Il a fait plus de miracles dans Capernaüm que partout ailleurs, utilisant Capernaüm comme base d’opérations pour sa mission en Galilée. Plusieurs fois, il y a prêché et quel en fut le résultat ? Sauf quelques-uns qui l’ont reçu comme Sauveur, la majorité l’a rejeté. La ville entière est finalement condamnée à l’enfer.

4. La véritable prérogative

Le succès dans l’évangélisation semble être, dès lors, bien plus que de porter des fruits. Bien sûr, les fruits sont des résultats que nous souhaiterions tous récolter ! Cela a été notre force motrice durant nos trente années de ministère à Paris et à Genève. Mais, ce n’est pas la définition du succès dans l’évangélisation. Si cela était le cas, Jean-Baptiste, Paul et Jésus seraient des exemples d’échec, et vous et moi probablement aussi.

Qu’est-ce qu’alors le succès dans l’évangélisation ? C’est la proclamation fidèle de l’Évangile (Marc 16.15 ; Rom 1:16) à toutes les personnes, de manière à les mettre devant un choix : soit croire en Jésus-Christ comme Sauveur et Seigneur pour le pardon des péchés, soit rejeter Christ et porter la culpabilité de leurs propres péchés. N’est-ce pas, après tout, ce que déclare simplement Jean 3.16[1] ?

Nous devons nous rappeler une chose extrêmement importante lorsque nous proclamons l’Évangile, où que nous soyons : la plupart des gens qui entendent l’Évangile rejetteront l’Évangile. Voilà exactement ce que Jésus nous a dit dans Matthieu 7.13-14. Il a dit : « Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. Mais étroite est la porte, resserré le chemin qui mènent à la vie, et il y en a peu qui les trouvent. » Voyez, peu de gens croiront effectivement au Christ. Et si nous ne nous souvenons pas de cela, nous serons très vite découragés quand nous ne verrons que peu de fruits.

Par conséquent, nous avons été appelés à proclamer fidèlement et sans vergogne l’Évangile à tous, comme Jean-Baptiste, Paul et Jésus l’ont fait. Nous devons dire à tous qu’ils ont besoin de se repentir, de se détourner de leurs péchés et de se tourner vers le Sauveur, Jésus-Christ. Annonçons que Jésus est prêt à leur pardonner, s’ils croient en lui et lui font confiance. Si nous pratiquons cela, nous serons fidèles. Voilà ce qu’est le succès dans l’évangélisation, même si cela peut nous coûter la vie comme à Jean-Baptiste, Paul et Jésus !

Que nous soyons des missionnaires en France, en Suisse, au Maroc ou ailleurs dans le monde, notre tâche est la même : être des semeurs fidèles de la Parole afin que ceux que Dieu a choisis viennent à Christ.

[1] NDLR : voir aussi 2 Cor 2.14-17

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Glass John
John Glass est pasteur dans l’Église Évangélique Internationale de Genève et titulaire d’un doctorat en théologie du Master’s Seminary (Los Angeles). John Glass a écrit récemment un document très complet sur l’église émergente. Il a ainsi analysé ce que disent les principales figures de ce mouvement. Nous reproduisons le résumé de son évaluation de ce mouvement.