Dossier: 1 et 2 Pierre
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Trois aspects de la théologie de Pierre

Sans chercher à reprendre systématiquement tous les thèmes de la théologie de Pierre, cet article vise à relever quelques points de ses principaux accents — avant tout sa christologie, sa sotériologie et son eschatologie (sa vision de l’avenir).

1. Christ dans les Épîtres de Pierre

Pour Pierre, Christ est Dieu

  • Une affirmation directe : Face aux attaques répétées dont la divinité de Christ a fait l’objet depuis 20 siècles, le chrétien est toujours à l’affût de textes définitifs. Nous en trouvons un dans la salutation de la Seconde lettre : « par la justice de notre Dieu et Sauveur Jésus Christ » (1.1)1.Pierre n’a aucun doute que l’homme qu’il a côtoyé pendant trois ans était Dieu lui-même. Quelle force a ce témoignage !
  • Plus indirectement, Pierre traduit des textes de l’A.T. en substituant sans hésiter « Christ » ou « le Seigneur » à « l’Éternel » : par exemple, « sanctifiez dans vos cœurs Christ le Seigneur » (1 Pi 3.15) reprend Ésaïe 8.13 : « C’est l’Éternel des armées que vous devez sanctifier. »
  • Implicitement, par des parallélismes, Pierre indique que Jésus Christ est digne de la même louange que Dieu lui-même. Il suffit de comparer ses trois doxologies : deux sont à Jésus (1 Pi 4.11 et 2 Pi 3.18), l’autre dans des termes similaires à Dieu (1 Pi 5.11).

Pour Pierre, l’œuvre de Christ et son attitude pendant ses dernières heures sont la motivation du croyant pour sa conduite

  • En 1 Pierre 1, l’apôtre exhorte ses destinataires à être saints dans toute leur conduite (1.15) et à se conduire avec crainte ici-bas (1.17). Et quelle motivation présente-t-il ? Le sacrifice de l’Agneau sans défaut et sans tache. Si notre salut a coûté ce prix, pourquoi donc continuerions-nous à vivre comme autrefois ? Lorsque nous sommes tentés par le péché, souvenons-nous de ce que Christ a dû endurer pour nous en racheter.
  • En 1 Pierre 2, l’apôtre s’adresse aux domestiques. Certains d’entre eux vivaient sous la coupe de maîtres pénibles qui les faisaient souffrir. Pierre leur présente le modèle que Christ nous a laissé : lui aussi a accepté de souffrir injustement, jusqu’à porter même nos péchés sur la croix pour nous. Peut-être certains lecteurs vivent-ils des situations pénibles dans leur travail ; que l’exemple de notre Seigneur les encourage à persévérer.
  • En 1 Pierre 3, l’apôtre évoque les calomnies auxquelles sont en butte ses lecteurs, alors même qu’ils s’appliquent à faire le bien. Là encore, il met devant eux le chemin de Christ : il a souffert injustement car il était parfaitement juste, mais il a accepté ce chemin qui l’a conduit jusqu’à la gloire et au repos (3.22-4.1). Nos épreuves actuelles ne sont pas le fin mot de Dieu qui, nous aussi, nous « a appelés en Jésus-Christ à sa gloire éternelle » (5.10).

2. Le salut dans les Épîtres de Pierre

Pour Pierre, le salut est complet, du début à la fin

Le terme « salut », fréquent chez Pierre, a une acception bien plus large que celle que nous lui donnons souvent, le restreignant au salut « initial », par lequel nous sommes justifiés devant Dieu :

  • Pierre est très clair sur le fait que les croyants sont sauvés parce qu’ils ont été « élus selon la prescience de Dieu le Père » (1 Pi 1.2). Plus que cela, ils sont désormais « participants de la nature divine » — extraordinaire expression, unique dans le N.T., pour décrire le changement radical que la régénération divine a produit (cf. 1 Pi 1.23).
  • Mais notre salut ne s’arrête pas là.Les épreuves que Dieu permet pour affiner notre foi contribuent largement à notre croissance spirituelle, ce « salut des âmes » —âmes pourtant déjà sauvées dans le sens du salut initial (1 Pi 1.7-9). Notre appétit spirituel pour la Parole de Dieu et pour la communion avec le Seigneur, que Pierre compare à l’ardeur d’un bébé à vouloir têter, va aussi nous permettre de croître « pour le salut » (1 Pi 2.2) : notre salut doit se développer et ne pas rester embryonnaire !
  • Enfin, la révélation de Jésus Christ et notre entrée dans la gloire seront le parachèvement de notre salut : il est « prêt à être révélé dans les derniers temps » (1 Pi 1.5) et nous sommes exhortés à attendre patiemment ce moment (2 Pi 3.15). Alors nous serons définitivement délivrés de la « fournaise de l’épreuve » (1 Pi 4.12,18).

Si nous distinguons parfois ces trois phases du salut (initial, « de la course », final), notons que Pierre a plutôt tendance à les unifier, comme un processus qui va de notre élection jusqu’à notre glorification. L’œuvre de Dieu pour nous et en nous est une seule et même œuvre. De quel grand salut sommes-nous bénéficiaires ! « C’est pourquoi, frères, appliquez-vous d’autant plus à affermir votre vocation et votre élection ; car, en faisant cela, vous ne broncherez jamais. » (2 Pi 1.10)

Pour Pierre, le salut ne peut pas se perdre

La lecture du deuxième chapitre de la Seconde Épître en a arrêté plus d’un. Pierre avertit ses lecteurs par rapport à de « faux docteurs » qui renient « le maître qui les a rachetés ». Or la suite du chapitre montre que tout dans leur conduite laisse à penser qu’ils ne sont pas rachetés. Ils ont « connu la voie de la justice » et s’en sont détournés (2 Pi 2.21). Comment concilier ces deux aspects ? Est-il possible de croire, puis ensuite d’apostasier et perdre son salut ?

Le dernier verset du chapitre donne la clef : Pierre y cite deux proverbes, l’un biblique, l’autre populaire, pour indiquer que ces faux docteurs sont en fait retournés vers leur vraie nature : la truie était peut-être bien propre, mais elle était restée truie. Nous retrouvons ici une note fréquente dans plusieurs des Épîtres générales : il est possible que des personnes vivent et agissent pendant un temps au sein de l’Église comme si elles étaient vraiment converties avant de se détourner, soit en rejetant leur foi ouvertement, soit en la reniant par une conduite incompatible avec leur profession (cf. 1 Jean 2.19 ; Jude 19 ; Héb 6 ; 10). En réalité, ils n’ont pas perdu le salut puisqu’ils ne l’ont jamais vraiment eu, quelles qu’aient été les apparences !

En revanche, la persévérance de ceux qui sont réellement sauvésest assurée : nous sommes « gardés par la puissance de Dieu au moyen de la foi pour un salut prêt à être révélé dans les derniers temps » (1 Pi 1.5). La puissance même de Dieu agit pour fortifier notre foi — si besoin est, par diverses épreuves — et nous accompagnera jusqu’au bout (1 Pi 5.10-11). À nous de rester fermes en croissant « dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ » (2 Pi 2.18).

3. L’avenir dans les Épîtres de Pierre

Pour Pierre, l’espérance est le moteur de la vie chrétienne

Dans la louange qui débute sa première lettre, Pierre bénit Dieu : premièrement pour l’espérance qu’il nous donne et deuxièmement pour l’héritage qu’il nous réserve au ciel. Cet héritage, comme souvent lorsqu’il s’agit du ciel, est décrit avant tout par ce qu’il n’est pas : en contraste avec la mort, le péché et les imperfections qui marquent notre présent, notre futur, lui, ne pourra ni se corrompre, ni se souiller, ni se flétrir (1 Pi 1.5) !

Ce thème de l’espérance forme comme un fil d’or qui court le long de ces deux Épîtres. Mais si cette espérance est aussi certaine que l’est le fait historique de la résurrection de Christ qui la fonde, elle est aussi à saisir en pratique : c’est pourquoi Pierre, juste après, exhorte à « avoir une entière espérance » (1 Pi 1.13). Nous développerons cette espérance en vivant sobrement et en mobilisant nos facultés intellectuelles pour qu’elles soient dirigées vers le ciel et non vers des désirs purement terrestres.

Pour Pierre, l’heure du jugement va venir

Jésus est prêt à l’exercer car il est celui qui va « juger les vivants et les morts » (1 Pi 4.5). À ce moment, la séparation finale aura lieu. Le jugement (au sens d’examen purificateur) par lequel passent actuellement les chrétiens au travers de diverses épreuves qui peuvent aller jusqu’à la persécution, se prolongera par le jugement (au sens cette fois-ci de condamnation) des « impies et des pécheurs » (1 Pi 4.17).

En ce jour, la vérité sera enfin rétablie : les incrédules qui calomnient les chrétiens seront obligés de rendre gloire à Dieu pour les bonnes œuvres qu’ils n’ont pas voulu reconnaître à l’époque (1 Pi 2.12 ; 4.4-5).

Pour Pierre, la gloire va être révélée

  • Le retour de Christ en gloire sera un moment de joie incomparable : si le chrétien est encouragé à se réjouir aujourd’hui au sein même de ses souffrances parce qu’il suit ainsi le chemin de son Maître, la joie se transformera en allégresse à l’apparition du roi (1 Pi 4.13).
  • Le retour de Christ sera aussi le moment de distribution des récompenses, en particulier pour les anciens qui auront bien pris soin du troupeau (1 Pi 5.1,4).
  • Le retour de Christ marquera enfin lafin des souffrances:si nécessaires et pédagogiques soient-elles, soyons assurés que nos épreuves ne sont pas le mot final de Dieu et ne durent qu’« un peu de temps » — même s’il nous paraît long ! — au regard de l’éternité (1 Pi 5.10).

Pour Pierre, l’attente actuelle aboutit à une nouvelle création

Ébauchée par le prophète Ésaïe (65.17 ; 66.22), la perspective des « nouveaux cieux et de la nouvelle terre » trouve son plein développement dans la description qu’en donnent les deux derniers chapitres de la Bible (Apoc 21.1-22.5). Nous sommes heureux de trouver également l’annonce de la nouvelle création sous la plume d’un autre auteur : cette doctrine importante est ainsi confirmée par la règle des « deux témoins ».

Pierre annonce que :
– « les cieux et la terre d’à présent sont gardés et réservés pour le feu »,
– « en ce jour, les cieux passeront avec fracas, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre avec les œuvres qu’elle renferme sera consumée »,
– « nous attendons, selon sa promesse, de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera. » (2 Pi 3.7,10,13)

Mais Pierre ne s’arrête pas à cette annonce. Il en tire immédiatement une exhortation à une attente active qui peut même hâter la venue de ce jour tant attendu ! Comment ? En ayant une conduite sainte (en contraste avec la corruption que Dieu va juger) et une vie pieuse (dirigée vers le Dieu qui nous appelle à partager son éternité). Quelle motivation pour ne pas vivre uniquement pour des biens matériels qui vont tous finir dans le feu !

Y a-t-il une théologie propre à l’apôtre Pierre ?

La question est légitime, car, en parcourant rapidement ses deux lettres, le lecteur ne manquera pas d’être frappé par les nombreux points de contacts avec les autres écrits du N.T. : avec les lettres de son « bien-aimé frère Paul », en premier lieu, mais aussi avec Jacques, Jude bien sûr, l’Épître aux Hébreux, voire l’Apocalypse ou l’Évangile selon Jean. Ce constat est rassurant : la cohérence des théologies des neuf auteurs du N.T. l’emporte de beaucoup sur leurs différences. Pour reprendre les termes de Paul, « que ce soit moi, que ce soient eux [i.e. les autres apôtres], voilà ce que nous prêchons, et c’est ce que vous avez cru » (1 Cor 15.11).

Néanmoins les accents proprement pétriniens ne doivent pas être sous-estimés. Et tout d’abord le contexte éthique global dans lequel Pierre inscrit sa théologie. C’est avant tout comme un « pasteur », obéissant à la mission que Jésus lui a laissée (Jean 21), que l’apôtre rédige ses deux lettres. Son objectif est d’encourager des croyants souffrants (Première lettre) et d’enseigner des croyants en danger d’être entraînés par de fausses doctrines (Seconde lettre). Pour étayer son propos, Pierre fait de nombreuses incises riches d’une théologie profonde, mais rendue parfois compliquée par la concision de ses expressions (pensons à la fin de 1 Pierre 3 !).

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  1. De façon très surprenante, la NEG, que Promesses utilise en généralpour ses citations, traduit différemment : « par la justice de notre Dieu et du Sauveur Jésus Christ » contrairement à la plupart des autres versions françaises courantes (S21, BFC, NBS, PDV, Darby, etc.). Or en grec « Dieu » et « Sauveur » sont liés par un seul article, indiquant que Pierre parle bien d’une seule et même personne, d’autant qu’il a soin d’utiliser deux articles quand il dissocie les deux personnes divines (e.g. immédiatement après 2 Pi 1.2).
Prohin Joël
Joël Prohin est marié et père de deux filles. Il travaille dans la finance en région parisienne, tout en s'impliquant activement dans l’enseignement biblique, dans son église locale, par internet, dans des conférences ou à travers des revues chrétiennes.