Dossier: La famille, un défi pour aujourd’hui
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Une famille monoparentale : l’histoire d’Agar et Ismaël

I. Introduction

Dans les Évangiles, nous lisons que Jésus avait un père terrestre, Joseph, dont la présence n’est pas mentionnée après la petite adolescence. Ce silence ne prouve rien, mais beaucoup supposent que Joseph est décédé alors que ses enfants étaient encore jeunes. Malgré cela, ses enfants sont devenus des gens extraordinaires : sans parler de Jésus, Jude et Jacques ont écrit des parties du Nouveau Testament.

Une situation fréquente

En France, « en 2005, 17,7 % des enfants de moins de 25 ans vivent dans une famille monoparentale, contre 7,7 % en 1968. » 1 Cette situation a longtemps été considérée comme embarrassante : parler d’une mère seule impliquait beaucoup de sous-entendus ; aujourd’hui elle est considérée comme normale.

De telles familles sont dans cette situation suite à un décès, un divorce, ou par l’abandon fréquent d’un parent.

Comment vivre cette situation

La Genèse nous présente l’histoire de la famille d’Abraham (dont le nom est Abram avant que Dieu ne le change).

En Genèse 15.1-6, Dieu promet à cet homme une grande récompense, un grand héritage. Mais Abram se dit : À quoi cela peut-il servir, puisque je n’ai pas d’héritier, ma femme Saraï ne pouvant pas enfanter ? Alors Dieu lui promet un héritier « issu de ses entrailles », bien qu’Abram ait presque 80 ans, et sa femme presque 70 ans.

Le temps passe, et Dieu n’accomplit toujours pas sa promesse. Abraham arrive à presque 90 ans et Saraï, qui en a presque 80, se dit : « Peut-être faut-il que l’on accomplisse cette promesse autrement. » Ils avaient une servante, et Saraï donne un mauvais conseil à son mari : elle lui propose de coucher avec cette servante pour obtenir d’elle la descendance promise. Abram suit ce conseil et va auprès d’Agar qui devient enceinte, mais aussi très fière de sa maternité.

Un conflit éclate avec sa maîtresse. Excédée, Saraï la renvoie. Agar part seule au désert. Dieu intervient une première fois en disant : « Reviens auprès de Saraï ; j’ai un plan pour toi. » Elle nomme l’endroit où Dieu lui a parlé « le puits du Vivant qui me voit » (Gen 16.4-16).

Il est encourageant de remarquer que Dieu voit, quelle que soit la profondeur de la détresse. Agar, qui se sépare une première fois du foyer, n’est pas abandonnée de Dieu ; lorsque Dieu vient vers elle, elle reconnaît que celui qui voit a vu ! Agar accouche d’un enfant, Ismaël, qui concurrencera l’enfant de la promesse, Isaac.

La promesse s’accomplit enfin ! À 100 ans, Abraham donne un fils à Saraï, âgée de 90 ans. Elle se dit qu’elle va être « la risée de tout le monde » ! Ce fils est appelé Isaac, un nom qui signifie « il rit ».

II. Un monde brisé (Genèse 21.8-11)

« L’enfant [Isaac] grandit, et fut sevré ; et Abraham fit un grand festin le jour où Isaac fut sevré. Sara vit rire le fils qu’Agar, l’Égyptienne, avait enfanté à Abraham ; et elle dit à Abraham : Chasse cette servante et son fils, car le fils de cette servante n’héritera pas avec mon fils, avec Isaac. Cette parole déplut fort aux yeux d’Abraham, à cause de son fils. » (Gen 21.8-11)

On constate que le monde d’Agar était brisé, comme dans beaucoup de situations de vie aujourd’hui. Cette situation aurait pu être évitée s’il y avait eu plus de pitié, plus de confiance en Dieu de la part d’Abraham.

Nous voyons à travers cette histoire que les familles monoparentales sont parfois victimes de ces situations. Ceci est vrai même en cas de décès d’un des parents, car la mort ne fait pas partie de l’ordre créationnel. La Bible dit que  « le salaire du péché, c’est la mort » (Rom 6.23). Cela ne signifie pas qu’une personne qui meurt paie directement son propre péché, mais que le monde entier est soumis à la loi du péché qui conduit inexorablement à la mort, et à de telles souffrances.

Lorsque ce n’est pas un jugement général, cela peut parfois être une situation liée au péché d’égoïsme. L’abandon du foyer par un père ou une mère a des conséquences tragiques.

Mais Dieu est rempli de grâce : Dieu change l’égoïsme de Sara pour apporter une bénédiction à ce foyer.

Mieux vaut construire sur un fondement solide qui ne change pas avec les circonstances : Jésus-Christ. Lui est capable de nous garder, même dans les circonstances difficiles.

Bâtir sagement, c’est bien sûr réaliser la part d’ombre et d’égoïsme qui nous habite et refuser de la laisser s’exprimer. Abraham n’aurait pas dû écouter Sara, il aurait dû avoir confiance en Dieu. Assumer ses responsabilités de père. Prenons garde à la manière dont nous bâtissons. Nos erreurs et nos fautes peuvent avoir des conséquences qui nous poursuivent toute notre vie, et même au-delà.

III. Un Dieu constructeur (Gen 21.12-21)

À partir du verset 12, nous voyons combien Dieu souhaite changer cette situation pour y amener une bénédiction. Dieu est le seul capable d’utiliser les « ordures » du monde pour en faire des trésors, d’utiliser nos erreurs pour en tirer des grâces.

Dieu s’occupe d’Agar (21.12-19)

« Mais Dieu dit à Abraham : Que cela ne déplaise pas à tes yeux, à cause de l’enfant et de ta servante. Accorde à Sara tout ce qu’elle te demandera ; car c’est d’Isaac que sortira une postérité qui te sera propre. Je ferai aussi une nation du fils de ta servante; car il est ta postérité. Abraham se leva de bon matin ; il prit du pain et une outre d’eau, qu’il donna à Agar et plaça sur son épaule ; il lui remit aussi l’enfant, et la renvoya. Elle s’en alla, et s’égara dans le désert de Beer-Schéba. Quand l’eau de l’outre fut épuisée, elle laissa l’enfant sous un des arbrisseaux, et alla s’asseoir vis-à-vis, à une portée d’arc ; car elle disait : Que je ne voie pas mourir mon enfant ! Elle s’assit donc vis-à-vis de lui, éleva la voix et pleura. Dieu entendit la voix de l’enfant ; et l’ange de Dieu appela du ciel Agar, et lui dit : Qu’as-tu, Agar ? Ne crains point, car Dieu a entendu la voix de l’enfant dans le lieu où il est. Lève-toi, prends l’enfant, saisis-le de ta main; car je ferai de lui une grande nation. Et Dieu lui ouvrit les yeux, et elle vit un puits d’eau ; elle alla remplir d’eau l’outre, et donna à boire à l’enfant. »

Agar est seule, comme veuve, et Ismaël devient presque orphelin. C’est un jeune homme sans père. La Parole de Dieu se soucie de la veuve et de l’orphelin :

– « L’Éternel, votre Dieu, est le Dieu des dieux, le Seigneur des seigneurs, le Dieu grand, fort et terrible, qui ne fait point de favoritisme et qui ne reçoit point de présent, qui fait droit à l’orphelin et à la veuve, qui aime l’étranger et lui donne de la nourriture et des vêtements. » (Deut 10.17-18)

– « Lorsque tu auras achevé de lever toute la dîme de tes produits, la troisième année, l’année de la dîme, tu la donneras au Lévite, à l’étranger, à l’orphelin et à la veuve ; et ils mangeront et se rassasieront, dans tes portes. » (Deut 26.12)

– Dieu promet qu’il sera un père pour les orphelins (Ps 10.14-18 ; 68.5-6). Dieu est capable de compléter les absences d’un père ou d’une mère.

Êtes-vous parent seul ? Connaissez-vous des parents seuls qui sont dans le désespoir ? Avez-vous un sentiment d’isolement, l’impression qu’il n’y a plus rien à faire ? C’est exactement ce qu’Agar ressentait : elle était seule, désespérée, son enfant était en train de mourir de soif. Ne voulant pas voir le décès de son fils, elle s’en va, pensant qu’il n’y a plus rien à faire.

Pourtant, le « Dieu-qui-voit » exhorte cette jeune femme : « Lève-toi, prends l’enfant, saisis-le de la main… »

Il y a un moment où il faut pleurer pour ce que l’on a perdu. Mais il y a un autre moment où il faut choisir de se lever, de regagner la réalité de la vie et de cheminer vers des solutions.

Dieu s’occupe de l’enfant (21.20-21)

« Dieu fut avec l’enfant, qui grandit, habita dans le désert, et devint tireur d’arc. Il habita dans le désert de Paran, et sa mère lui prit une femme du pays d’Égypte. »

Dieu a su bénir et garder l’enfant d’Agar. Le reste des Écritures nous apprend qu’il devint le père de douze princes. Dieu a su prendre soin et écouter les prières de cette femme.

Même dans le cas d’une famille monoparentale, Dieu est capable de soutenir et de faire d’un enfant abandonné par un père ou par une mère une personne pleinement épanouie.

IV. Quelques applications

Voici quelques éléments utiles pour des familles qui se trouvent dans cette situation :

Pour le papa et la maman :

?  Veillez à ne pas vous laisser envahir par l’amertume, car elle ronge les os et ne donne aucune solution (cf. Prov 14.30).

 On peut vivre des années dans l’amertume et connaître la même tristesse. Il faut la rompre par le pardon que l’on offre à celui ou celle qui nous a offensé(e). Il faut accepter que Dieu ait un plan qui dépasse notre compréhension.

Agar n’avait aucun moyen de savoir que Dieu allait la bénir, et dans ce moment-là, elle était effondrée. Pourtant, elle pouvait placer sa confiance en Dieu en disant : « Je ne comprends pas, mais je veux te faire confiance », et Dieu est intervenu.

De plus, l’amertume se communique aux enfants, et les marquera toute leur vie.

?  Être pris de remords, non plus, n’arrange rien. Là encore, il faut demander pardon pour ses propres fautes. En Christ, Dieu donne sa grâce en abondance à celui dont le cœur est brisé, et qui reconnaît ses erreurs (Col 2.13-14 ; 1 Jean 1.9).

Un autre danger est la crainte de discipliner : les enfants ont tellement souffert que l’on ne veut plus les éduquer, on veut avoir un enfant pour le plaisir et plus pour l’éducation. Pourtant, un parent seul a les mêmes devoirs qu’un autre !

 Jim Elliot, missionnaire en Équateur, a été accueilli par les flèches des Indiens et il en est mort. La première réaction de sa femme qui avait des enfants a été de dire : « Seigneur, donne-moi la force d’être père et mère à la fois. » Dieu peut donner cette force, à la fois dans la discipline et la tendresse.

Pour les enfants

?  Il est nécessaire de développer la communication, car un enfant développe vite une fausse culpabilité, il se sent responsable de ce qui s’est passé. Il a besoin d’être sécurisé, plus particulièrement dans ce domaine-là.

Il peut également vivre un sentiment de rejet, peut-être même a-t-il entendu dire qu’il était un enfant illégitime. La Bible dit qu’il n’y a pas d’enfant illégitime. Le Psaume 139 nous montre que notre Dieu a voulu chaque naissance. Chaque enfant a fait l’objet d’une pensée éternelle et aimante de Dieu. « Éternel ! tu me sondes et tu me connais, tu sais quand je m’assieds et quand je me lève, tu pénètres de loin ma pensée ; tu sais quand je marche et quand je me couche. […] C’est toi qui as formé mes reins, qui m’as tissé dans le sein de ma mère. Je te loue de ce que je suis une créature si merveilleuse. » (Ps 139.1-3,13-14)

 

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Varak Florent
Florent Varak est marié et père de trois enfants. Il est pasteur et enseigne aussi à l'Institut Biblique de Genève (IBG). Florent fait partie du comité de soutien de Promesses.