Dossier: Témoignage - Témoignage
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Violoniste : des feux de la rampe à la lumière de Christ

Depuis plus de 400 ans, le violon exerce une fascination particulière, non seulement à cause de ses formes superbes, mais surtout en vertu de la sonorité exceptionnelle que surent lui conférer les grands luthiers italiens du xviie siècle (comme Antonio Stradivarius). Ma sœur et moi n’échappions pas à cette attirance.

Lorsque j’avais 6 ans, mon père offrit un violon à ma sœur aînée, et l’autorisa à prendre ses premières leçons chez notre grand-mère. Quant à moi, qui brûlais du désir d’en jouer, je dus me contenter de la promesse que mon tour viendrait, mais plus tard.

Bien que les sonorités du violon sur lequel ma sœur faisait ses premières gammes ne fussent pas toujours très harmonieuses, j’éprouvais du plaisir à l’entendre. Deux ans plus tard, lorsque j’atteignis enfin l’âge suffisant, mon père déclara : « Ta sœur Anne-Marie joue déjà du violon, toi tu vas jouer du piano. » Je refusai. On m’avait promis le violon, je m’y tenais. J´étais une petite fille assez têtue, et je crois que j’ai conservé cet esprit « jusqu’au-boutiste ».

En possession de mon violon à l’âge de 8 ans, j’eus dès lors le privilège de sortir de l’école un quart d´heure plus tôt que les autres élèves, le mercredi, pour me rendre chez ma grand-mère, où je reçus mes premières leçons. Au fil des ans, j’appris à maîtriser mon instrument de mieux en mieux, et j’éprouvai toujours plus de joie à en jouer. Je commençai aussi à comprendre que cet instrument m´ouvrait de nouvelles portes, qu’il me permettrait de sortir de notre canton, puis de notre pays : le monde s’offrait à moi.

À l’âge de 16 ans, je me décidai à entreprendre des études professionnelles au Conservatoire de Fribourg. Mais comme la musique était un mauvais gagne-pain, mon père, dans de bonnes intentions, me proposa de poursuivre des études commerciales en parallèle. Ce n’était pas du tout ce dont je rêvais. Il me suffisait de devenir violoniste, car je pensais que cet instrument me rendrait tout à fait heureuse. J´attendis donc avec impatience le moment de déserter les bancs d´école.

Enfin, à 18 ans, mon rêve se réalisa. J’étais prête à tout affronter pour mon instrument, même les examens les plus difficiles des Conservatoires de Fribourg et de Genève. À 21 ans, je travaillais le violon 6 à 7 heures par jour. Je ne faisais que cela, hormis les cours théoriques de musique. J’étais prête à tout sacrifier pour une carrière de virtuose. Le violon était devenu mon « Dieu ». Paul écrit dans sa Lettre aux Galates (5.19) : « On sait bien comment se manifeste l’activité de notre propre nature : dans l’immoralité, l’impureté et le vice, le culte des idoles [cela me concernait, mon idole était en bois], et la magie. »

Je n’arrivais plus à converser normalement : je n’avais que violon et musique en tête. Je ne trouvais même pas le temps d’écouter des nouvelles ou de lire les journaux. J’évoluais dans un autre monde, et me sentais souvent très seule. Par la suite, lorsque je donnai des concerts, en solo ou en orchestre de chambre, j’obtins beaucoup de succès, mais le bonheur constant dont j’avais rêvé enfant semblait m’échapper. À peine un concert était-il terminé qu’il fallait recommencer à travailler pour le prochain concert ou pour des examens.

Extérieurement, je progressais. À 23 ans, grâce à un concours, je reçus une bourse d’étude qui me permit, après ma virtuosité au Conservatoire de Genève, d’approfondir ma formation à l’Université de Vienne. Là-bas, je fis la connaissance de Christian, un Autrichien qui étudiait la contrebasse à l´Université. C’est lui qui, quelques années après, allait devenir mon mari… et me donner un premier enfant.

Alors que je continuais de gravir les marches de la pyramide du succès, et que je poursuivais mon travail avec acharnement, au prix de ma santé, je commençai à perdre pied. Après la naissance de notre deuxième enfant, je sombrai dans une profonde dépression. Dans cet état, ni mon violon, ni ma famille, ni la musique, ni les médecins ne pouvaient plus rien pour moi. Le surmenage m’avait jetée dans un trou noir sans issue.

Peu à peu, je me rendis compte que je n’étais pas en ordre avec Dieu, que j’avais péché, que j’avais besoin de quelqu’un qui me sauve, qui me pardonne. Tandis que le secours tardait, je perdais toute envie et toute force de vivre. Et comme j’ignorais ce qu’il adviendrait de moi si je mourais, cette pensée m’angoissait.

Tout « par hasard », une amie qui gardait mes enfants lorsque je travaillais m´invita un soir à une rencontre biblique dans un village de la région. Ce soir-là, chacune des participantes reçut un verset préparé par l’organisatrice du groupe. Ce verset-là me tombait entre les mains à un moment où j’avais perdu tout repère : « Jésus-Christ dit : Oui, je vous le déclare, c’est la vérité, celui qui écoute ma parole [la Bible] et croit à celui qui m´a envoyé [Dieu le Père], a la vie éternelle. Il ne sera pas condamné mais il est déjà passé de la mort à la vie. » (Jean 5.24)

Pendant que je lisais ce verset, je sentis que Quelqu’un en moi me disait : « Ceci est la Vérité, crois en moi et suis-moi. » Je fus convaincue que Jésus m’appelait à devenir son enfant et à le suivre. Une chaleur nouvelle m’envahit. C’était la plus grande révélation de ma vie. Alors que j´étais seule dans ma chambre, je me mis à genoux. Je demandai à Jésus-Christ, du plus profond de mon cœur, de pardonner mes péchés et de guider totalement ma vie, comme il le désirait. Dès cet instant, je n’ai plus trouvé de raison de craindre l’avenir ou la mort puisqu’il habite en moi par son Esprit Saint, et qu’il assure la vie éternelle, le paradis, à celui qui croit en lui. Il n´a pas dit : « Celui qui écoute ma parole et croit à celui qui m´a envoyé, aura la vie éternelle », mais « a la vie éternelle. » Et dans sa Première Épître, Jean souligne pareillement (4.15,16a) : « Si quelqu’un reconnaît que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu. Et nous, nous savons et nous croyons que Dieu nous aime. » L’accès à la vie éternelle était effectif dès le moment où j’avais cru au Seigneur ; il vivait en moi par son Esprit Saint. Mon péché était pardonné, et je me trouvais désormais sous la protection d’un Dieu qui m’aime quoique, par nature, je ne sois rien de plus qu’une petite créature pécheresse.

Appartenant au Seigneur Jésus-Christ, je me demandais quelle forme allait prendre mon activité professionnelle à venir : ne fallait-il pas abandonner la pratique du violon, de peur que mon idole ne me rattrape ? Le danger de retomber dans mon péché était réel.

J’ai donc prié Jésus-Christ de me montrer son chemin. Comme il m’arrivait d’être sollicitée pour participer avec mon violon à  des soirées d´évangélisation, à des offices religieux et à des rencontres bibliques, j´ai remarqué que par la musique Jésus-Christ touchait aussi le cœur des gens. Je me suis souvenue que le message évangélique avait aussi inspiré de grandes œuvres liturgiques de compositeurs bien connus : J.-S. Bach, G.-F. Händel, L. van Beethoven. Dès lors, je me suis sentie libre de poursuivre la pratique de mon instrument, mais je savais que cet exercice ne serait utile que sous le contrôle de la Parole et de l’Esprit de Dieu.

Maintenant, je puis affirmer que le Seigneur m’a délivrée de mes peurs ; il me donne la joie, le bonheur de vivre chaque nouvelle journée ; il renouvelle son pardon et ma paix intérieure ; il m’apprend l’amour du prochain. Ma vie a un but. Et si un jour je ne peux plus jouer de mon instrument, je conserve l’espérance de rencontrer mon Sauveur dans sa gloire, et d’entrer dans son bonheur éternel.

Un soir que je parlais de mon bonheur à mon mari, il me dit : « C’est bien que tu aies trouvé le bonheur, mais tu ne fais rien pour les autres. » Il avait raison : il fallait que je parle de Jésus-Christ à mes enfants, à ma famille, à mes voisins, à mes élèves de violon à l’université.

Quand un (ou une) étudiant(e) arrive dans ma classe avec un visage morose, je me souviens de ce que j’éprouvais avant ma conversion. Je tente de lui transmettre quelque chose de la joie et de la lumière de Dieu, car « le fruit de l’Esprit est amour, joie, paix… » (Gal 5.22), et Jésus dit en Jean 8.12 : « Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit aura la lumière de la vie, et il ne marchera pas dans l’obscurité. »

Quant à moi, si certains jours, tout ne réussit pas comme je le souhaiterais, bien que je me donne de la peine, je reviens à ce verset clé : « Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure uni à moi, et à qui je suis uni, porte beaucoup de fruits, car sans moi vous ne pouvez rien faire.» (Jean 15.1-2) Non, je ne peux rien faire sans Jésus-Christ, je dépends de lui complètement.  

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