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Lettre de J.M. Berthoud à F.A. Schaeffer

Lausanne, le 31 décembre 1982

Cher Monsieur Schaeffer,

Mercredi, nous avons eu le plaisir d’avoir Pierre (1) chez nous pour la soirée. Plus tôt dans la journée, il était monté à l’Abri rendre visite à Larry et Nancy (2). Nous avons parlé du débat suscité dans les milieux évangéliques par votre ouvrage « A Christian Manifesto » (3) et mon frère suggéra de vous communiquer les points principaux de notre conversation. J’ai évidemment une connaissance plutôt superficielle de l’histoire américaine, bien que j’aie pu, de temps à autre, tirer grand profit de la tradition puritaine et calviniste de votre pays au travers des écrits d’hommes tels que Dabney (4) et Thornwell (5), ainsi que par des études de F. Nymeyer (6) sur Calhoun (7). Je dois beaucoup aux écrits du Dr. R. J. Rushdoony (8) dont les travaux ont si fortement oeuvré à rétablir une pensée calviniste sur les questions publiques.

Il semblerait que la discussion sur votre livre tourne principalement autour de deux points:
– Quelle était l’orientation du consensus chrétien à l’époque de la guerre américaine d’indépendance?
– Les arguments d’hommes tels que le pasteur Witherspoon (9), ainsi que ceux d’autres pères fondateurs, n’avaient-ils pas été de nature essentiellement rationaliste et humaniste, se fondant sur les « Droits de l’homme » plutôt que sur la révélation divine ?

Les problèmes que vous soulevez sont, bien sûr, également propres à l’histoire européenne et, plus particulièrement, à l’histoire de la Suisse, bien que notre contexte et nos circonstances particulières soient manifestement autres que celles qui ont prévalu aux Etats-Unis.

J’aimerais dire d’emblée que ma connaissance du rapport entre la foi chrétienne et la vie de la société dans le contexte européen me conduit à confirmer, avec reconnaissance envers Dieu, ‘analyse générale que vous exposez dans le « Manifesto ». Je serais peut-être plus réservé sur les conditions qui rendent nécessaire, ou même obligatoire, la désobéissance civile des chrétiens qui veulent rester fidèles à la foi. Mais ici beaucoup dépend de l’intensité de la tyrannie exercée par les autorités civiles. N’ayant aucune connaissance des écrits de Witherspoon, je ne peux guère m’exprimer sur l’orthodoxie calviniste de sa pensée politique. Mais, partant de notre contexte suisse et européen, je pourrais formuler quelques réflexions sur la possibilité d’un consensus historique chrétien.

Il est certain que, dès le IVe siècle, les institutions et le système légal de l’Empire romain ont été profondément influencés, et même modifiés par l’Evangile de Jésus-Christ. Au fur et a mesure que progressait l’évangélisation de l’Europe, cette influence chrétienne sur les affaires publiques s était répandue sur tout le continent européen, des îles britanniques à la Russie. La vision chrétienne de la loi de Dieu influença profondément le droit commun ainsi que les institutions de la chrétienté médiévale. Cette influence chrétienne sur le droit et sur la politique européenne du Moyen Age pourrait sans doute être documentée de manière détaillée, mais je me limiterai à un seul exemple. Le lien féodal entre le Seigneur et son vassal est tout à fait incompréhensible hors du contexte établi par l’alliance biblique. Michel Villey (10), dans de nombreux livres et articles, a documenté cette influence de manière détaillée. Les écrits de cet auteur sont particulièrement significatifs du fait qu’il est un adversaire décidé de toute influence directe de la révélation sur le droit, défendant plutôt le retour à un type de droit naturel fondé sur le modèle romain.

Mais avec le retour du droit romain et la redécouverte de la pensée politique d’Aristote (11) par Thomas d’Aquin (12), et plus particulièrement avec le nominalisme (13) de ses successeurs, Marsile de Padoue (14) et Guillaume d’Ockham (15), une vision autonome de la politique et du droit gagnait du terrain. Comme l’histoire de ce développement n’est pas simple, il n’est pas possible ici d’entrer dans les détails mais selon Villey, les pays de la Réforme ont vu un renouvellement très important de l’influence biblique sur le droit. Les écrits de Luther (16), et encore plus les écrits de Bucer (17), de Calvin (18) et de Viret (19) confirment indiscutablement l’appréciation de Villey. Dans une certaine mesure, la contre-réforme est allée dans une direction semblable. Cette influence biblique sur le droit semble avoir été particulièrement importante dans les colonies puritaines de la Nouvelle Angleterre. Il me semble qu’un consensus chrétien général aurait prévalu aux Etats-Unis jusqu’à la guerre d’Indépendance et au-delà. Il est également important de se rappeler que la révolution américaine, fondamentalement différente de la Révolution française, fut précédée par un grand réveil, conséquence de la prédication d’hommes tels que Jonathan Edwards (20) et George Whitefield (21).

Un tel consensus chrétien a prévalu en Suisse jusqu’au milieu du XIXe siècle, et cela en dépit de l’apostasie spirituelle et théologique d’un grand nombre de pasteurs libéraux dans nos cantons réformés. Mais petit à petit, des influences étrangères à la Bible commençaient à dominer la culture générale de notre pays. Le système légal suivit ce déclin de l’influence chrétienne, quoique de manière moins rapide. Cette influence rationaliste sur notre droit devint plus marquée lors de l’unification des systèmes légaux propres à nos différents cantons dans la première moitié de ce siècle. Mais même dans le code pénal et civil fédéral ainsi remaniés, l’on peut clairement discerner l’influence profonde du christianisme. Les défenseurs de notre héritage légal chrétien pendant cette période venaient essentiellement des cantons catholiques. Leurs arguments étaient tirés d’un droit naturel de type chrétien. La plupart des protestants étaient marqués ou par le dualisme kantien, ou par le piétisme spiritualiste. En France, le Code Napoléon, bien que contenant encore des éléments de l’héritage chrétien, était fondé sur une philosophie rationaliste fortement marquée par des éléments de droit romain. Les fruits de cette déchristianisation de notre système légal ne se sont cependant clairement manifestés que récemment. Des lois sont maintenant préparées, avec l’approbation d’experts ostensiblement « chrétiens », tels que le professeur Louis Rumpf, qui fut pasteur de la défunte Eglise libre du canton de Vaud et, après l’union des églises, professeur d’éthique à la Faculté de théologie de Lausanne, et de conseillers fédéraux catholiques tels que Kurth Furgler. Ces hommes, animés par l’esprit néo-orthodoxe et moderniste apostat, minent ainsi notre héritage chrétien commun.

Je crois que nous pouvons en conséquence affirmer que ce consensus chrétien était une réalité historique clairement documentée tant en Europe qu’aux Etats-Unis. Le thème principal de l’histoire de l’Occident depuis 250 ans est celui de l’érosion graduelle de cette base chrétienne de nos diverses sociétés. Cette déchristianisation du droit est donc essentiellement due à un courant de pensée rationaliste d’origine nominaliste, courant qui a abouti à couper la société de toute influence transcendante. Une telle coupure est caractéristique de l’idéalisme kantien (22). Cet idéalisme philosophique a provoqué autant de dommages dans le droit que dans la théologie, la philosophie et les sciences elles-mêmes. Le chemin qui aboutit à notre sécularisation actuelle passe par l’humanisme culturel de Thomas d’Aquin. Villey décrit de façon remarquable cette histoire tragique de la révolte juridique de l’homme contre Dieu, le législateur souverain des nations de ce monde.

Je voudrais maintenant examiner un deuxième argument contre votre « Manifesto », à savoir l’affirmation que la pensée des pères fondateurs de la république américaine était faussée par le naturalisme rationaliste du siècle des lumières. Il est évident que personne ne peut nier que les « lumières » aient en effet exercé une influence considérable sur la pensée de certains des pères fondateurs. Benjamin Franklin (23) et Thomas Jefferson (24) en sont les exemples principaux. Mais la pensée de ces hommes doit être comprise dans le cadre intellectuel calviniste de l’époque. Le consensus chrétien qui prévalait alors considérait l’homme comme déchu et foncièrement enclin au mal il affirmait qu’il fallait en conséquence établir dans le nouvel état une division des pouvoirs. Ainsi fut établie la séparation des pouvoirs judiciaires, exécutifs et législatifs. Dans cette perspective pessimiste de la nature déchue de l’homme, perspective foncièrement chrétienne, il devenait également important de maintenir la fragmentation des colonies en autant d’Etats confédérés souverains. La popularité immense des « Federalist Papers », où était farouchement défendue la séparation des pouvoirs et l’autonomie substantielle des Etats confédérés, témoigne de manière éclatante en faveur de l’existence aux Etats-Unis, à la fin du XVIIIe siècle, d’un tel consensus profondément chrétien. Ces mêmes principes fédéralistes et séparatistes sont à la base de la Confédération helvétique ils sont à l’antipode de la bureaucratie centralisant caractéristique de la tradition d’optimisme naïf issu de la Révolution française, inspirée par l’humanisme. L’homme d’état et philosophe anglais Edmund Burke (25) comprit parfaitement cette opposition. Au Parlement anglais, il soutint la révolution américaine en appuyant les revendications des colonies. Remarquablement conséquent dans sa pensée politique, il s’opposa quelques années plus tard, avec encore plus de force, à l’utopie rationaliste et totalitaire de la Révolution française.
Quelques remarques relatives aux « Droits de l’homme » seraient sans doute ici utiles. Une doctrine des « Droits de l’homme », dont la première formulation publique se trouve dans la « Déclaration des droits » promulguée pendant la révolution américaine, est une notion dont l’emploi est fort dangereux. Elle ne peut être utilisée par les chrétiens que si elle est explicitement fondée sur les droits préalables de Dieu et de l’homme tels qu’ils sont définis par la loi divine. Même le prétendu « Droit à la vie » n’est pas un absolu abstrait. Un tel droit doit être lié explicitement à l’enseignement détaillé de la loi de Dieu, afin de ne pas mettre l’embryon innocent sur le même plan que le meurtrier qui l’assassine. La loi de Dieu autorise la peine de mort, la légitime défense et la guerre défensive. Certains disent que le thème des droits de l’homme a été importé en Europe d’Amérique pour y devenir un levier universel de révolution. Il me semble plutôt que cette théorie tire son origine de la pensée du siècle des lumières et, plus précisément, des cercles où fermentait l’idéologie révolutionnaire si justement analysée par Augustin Cochin sous le nom de « Sociétés de pensée » (26). Des Américains comme Benjamin Franklin (un franc-maçon notoire) ayant assimilé ces idées pendant leur séjour en France, les introduirent dans les colonies américaines, où elles furent adoptées dans une perspective plus chrétienne. Des Français comme Lafayette (27), qui avaient participé à la guerre d’Indépendance, rapportèrent en Europe les formulations américaines des droits de l’homme maintenant auréolées du prestige d’une révolution réussie. Mais Burke ne fut pas trompé par cette ressemblance apparente. Il prit parti pour les colonies américaines, qui défendaient en réalité non des « droits » rationnels abstraits, mais leurs droits historiques contre l’usurpation totalitaire de la couronne et du Parlement anglais. Burke s’opposa à l’idéologie des droits de l’homme de la Révolution française, vu que ces droits n’avaient de fondement ni dans l’histoire de la France ni dans la loi de Dieu. Ils étaient devenus la machine de guerre intellectuelle d’une révolution totalitaire sanguinaire. D’une manière très semblable, le polémiste et écrivain catholique anglais, G.K. Chesterton, n’hésita pas, au début de ce siècle, à s’opposer aux visées impérialistes du nationalisme d’inspiration hégélien de son pays lors de la guerre des Boer. Par contre, quand cet impérialisme nationaliste racial poussa l’Allemagne à des visées expansionnistes lors de la première Guerre mondiale, il défendit vaillamment son propre pays.

Il me semble qu’à l’époque de la guerre d’Indépendance, il existait en Amérique un consensus essentiellement chrétien accompagné de quelques éléments humanistes. Par contre, le consensus derrière la Révolution française – et cela même dans le clergé et l’aristocratie – était surtout celui de l’humanisme du siècle des lumières. En i 789, l’héritage politique chrétien avait pratiquement disparu de la vie publique française. Ceci fut sans doute l’un des fruits les plus amers de la Révocation de l’Edit de Nantes, de ce mépris pour la loi et la justice dont témoigne l’usage abusif de la « raison d’Etat », qui plaçait la royauté française au-dessus des lois du royaume et même de la loi de Dieu. La conséquence d’une telle divinisation de l’Etat fut une persécution sauvage de la foi chrétienne. Nous voyons aujourd’hui que le pouvoir en France favorise fortement cette tradition tyrannique. La volonté générale, la voix de la « majorité », se place au-dessus de toute loi transcendante, et au-dessus des lois du pays elles-mêmes. Nous avons là un signe certain de l’auto divinisation de l’homme.
Mais nous devons poursuivre ce raisonnement un peu plus loin. D’un point de vue biblique et chrétien, le droit naturel n’est pas en soi inévitablement erroné. Après tout, même si la « nature » est aujourd’hui dans un état corrompu, elle reflète encore néanmoins de nombreux aspects positifs de la création de Dieu. La loi divine est la loi établie par Dieu pour sa création ; dans ce sens, elle peut être légitimement appelée « la loi de la nature ». La tradition rationaliste autonome de notre occident commence indubitablement avec Thomas d’Aquin. Dans un sens, le nominalisme est héritier du réalisme thomiste dont les universaux ne sont plus uniquement ceux de la Bible, mais un mélange d’universaux grecs (Aristote et Platon) et bibliques. En conséquence, la pensée thomiste ne correspond pas de manière satisfaisante ni à l’ordre de la création ni à la pensée de Dieu. Mais Thomas d’Aquin, dans son ambiguïté complexe, a également été à l’origine d’une autre tradition de pensée de droit naturel en harmonie avec la loi de Dieu. C’est ce que nos amis catholiques traditionalistes appellent « le droit naturel et chrétien ». Ainsi le juriste suisse L. Bagi affirme, dans une défense remarquable de la légitimité du droit de propriété écrite dans la perspective de ce droit naturel: « Nous sommes convaincus que la légitimité et le caractère obligatoire d’une règle juridique procèdent de certains principes supérieurs de justice et d’une conformité avec l’ordre établi par le Créateur. Nous sommes fermement convaincus de la force obligatoire des prescriptions du droit naturel fondé sur une justice transcendant la volonté humaine » (28). De même Jean Madiran, dans le quotidien français « Présent », attaque le remboursement des frais d’avortement par la Sécurité Sociale du point de vue du droit naturel, en citant explicitement le sixième commandement: Tu ne commettras pas de meurtre. Dans un numéro plus récent de ce même journal, Jean Madiran écrit: « Au regard des valeurs absolues, tous les partis sont à gauche, plus ou moins. – A gauche de qui ou de quoi ? – A gauche du droit naturel (et chrétien)… Fondamentalement, les partis se distinguent les uns des autres en ce qu’ils grandissent plus ou moins, ou tout à fait, le droit naturel (et chrétien): c’est-à-dire le Décalogue intégral » (29). Et il ajoutait quelques semaines plus tard: « On nous parle des droits de l’homme comme si les hommes étaient nés enfants trouvés et destinés à mourir célibataires. On passe toujours sous silence le premier droit des peuples, condition des autres droits: le droit d’être gouverné selon la loi naturelle et en vue du bien commun naturel. Ce premier droit est l’indispensable condition politique de la juste définition et du sage exercice de tous les autres droits » (30).

Comme la création appartient à Dieu, la loi de cette création ne peut pas ne pas être la loi de Dieu. C’est pour cela que la création sera libérée de la servitude de la corruption pour avoir part à la liberté glorieuse des enfants de Dieu, de ceux donc qui ont la foi et l’obéissance (Rom 8.21). La révélation générale, quoique ayant besoin des précisions et des corrections qu’a apportées la Bible, révélation spéciale de Dieu, ne s’oppose jamais à la Parole écrite de Dieu. Ainsi Burke, partant du point de vue d’un droit naturel radicalement opposé au naturalisme du siècle des lumières, est parvenu à des conclusions que nous chrétiens tirons directement de la Bible. La raison n’est pas en elle-même notre ennemi. Thomas d’Aquin lui-même distinguait la droite raison d’une raison corrompue. Notre raison est faussée par le péché et a une tendance à l’erreur. En conséquence, elle n’est pas finalement digne de confiance, mais il ne faut cependant pas en conclure que cette faculté, que Dieu nous a donnée et dont la finalité légitime est de connaître la vérité, soit en elle-même mauvaise. Le péché dérègle notre usage de la raison et notre chair refuse volontairement le témoignage de notre raison, mais le péché n’abolit ni ne détruit cette faculté créée par Dieu. Ainsi la foi ne s’oppose pas à la raison, mais la fonde, l’éclaire et la rectifie.

Il me semble que le débat engagé sur cette question du consensus chrétien avec nos frères évangéliques américains n’est pas d’abord de nature historique. Il s’agirait bien plutôt d’un désaccord fondamental de nature théologique. La question n’est pas: « Y avait-il un consensus chrétien dans les colonies américaines à l’époque de la guerre d’ Indépendance ? » mais plutôt: « Y a-t-il jamais eu, peut-il jamais y avoir dans ce monde méchant et déchu, un consensus chrétien dans une nation ? » Nous verrons sans doute ces mêmes évangéliques s’opposer à l’idée qu’une nation chrétienne soit possible, c’est-à-dire qu’une nation puisse être influencée par la loi chrétienne jusque dans ses structures juridiques et politiques. La notion de chrétienté leur est totalement réfractaire. Pour eux, ce qu’ils appellent « l’Eglise constantinienne » est sans doute la pire des corruptions du christianisme. Cette perspective historique et théologique est évidemment accompagnée d’une notion foncièrement individualiste tant du salut que de la vie en société, et d’une méconnaissance complète de l’idée biblique, si importante, d’alliance divine. Le Dieu de ces chrétiens ne semble pas être le Seigneur des seigneurs, le Maître souverain des nations ou le Créateur et le Sustentateur de l’univers. Ainsi est éliminée à priori toute possibilité même d’une vision économique, politique, juridique ou sociologique fondée sur la loi de Dieu. Mais quoi que puissent dire ou faire les hommes, Dieu demeure le Seigneur souverain de toutes ses créatures.

Il se pourrait que votre étude contienne quelques imprécisions historiques. Peut-être que Witherspoon avait certaines tendances rationalistes ou plutôt inclinait vers une pensée de droit naturel comme celle de Burke. Je n’en sais rien. Quelques corrections de détail sont peut-être nécessaires pour une édition ultérieure. Mais d’une chose je suis sûr. De telles erreurs de détails éventuelles ne sont aucunement la cause véritable des objections parfois acerbes de nos frères évangéliques. Ce sont des prétextes qui servent a justifier un refus beaucoup plus profond de l’idée même d’un Dieu souverain de toute la création et en particulier d’un Dieu providence de toutes les nations. En réalité, ces nations, comme la création tout entière, appartiennent à Dieu qui, lui, est capable dans sa grâce et au travers de la fidélité du peuple de l’alliance, de les rendre bien plus conformes à sa Parole que nous ne pouvons me-me l’imaginer. Je dois confesser que pendant un certain nombre d’années j’ai moi-même rejeté certains de vos arguments philosophiques les plus essentiels et les plus justes sous le prétexte qu’on y trouvait des incohérences. Mais la raison véritable de mon refus se trouvait dans un désir d’échapper aux implications de votre réfutation fondamentale de l’idéalisme philosophique. Dieu soit loué qu’aujourd’hui je suis parvenu à des positions plus sensées et je dois vous remercier pour la sûreté biblique, et la précision et l’équilibre de vos positions dans les domaines de la philosophie, la science, le droit et la politique. Je ne comprends que trop bien la violence des réactions que vos écrits peuvent susciter dans des cercles chrétiens, ayant moi-même éprouvé des sentiments agressifs semblables à l’égard des positions si fidèles à la Bible que vous avancez. Je ne peux que louer le Seigneur de ce qu’il vous a donné la force, le courage et la sagesse d’avancer dans ces terrains difficiles, où il fallait affronter des disciplines qui n’étaient pas les vôtres professionnellement et où il est impossible pour l’amateur chrétien de parvenir à une compétence véritablement académique. Dieu emploie en effet les choses faibles et folles de ce monde pour confondre les sages et les puissants.

Que le Seigneur vous donne de le glorifier encore davantage à mesure qu’il vous accorde force et sagesse dans la nouvelle année: c’est ce que Rosemarie et moi vous souhaitons.

Avec mes salutations les plus cordiales en Christ,
Jean-Marc Berthoud

1 Pierre Berthoud, ancien collaborateur de Francis Schaeffer à l’Abri: professeur d’Ancien Testament à la Faculté Libre de Théologie Réformée d’Aix-en-Provence dont il est actuellement le doyen.

2 Larry Snyder, collaborateur de l’Abri.

3 Francis Schaeffer: « A Christian Manifesto », Crossway Books, Westchester, 1982.

4 Robert Dabney (1820 – 1898), théologien calviniste du sud des Etats-Unis, auteur de nombreux ouvrages descendant d’Agrippa d’Aubigné.

5 J.H. Thornwell (1812 – 1862), théologien réformé du sud des Etats-unis.

6 Frederic Nymeyer, économiste et apologiste calviniste contemporain.

7 Politicien et philosophe américain du XlXe siècle.

8 R.J. Rushdoony, théologien et philosophe réformé américain contemporain.

9 Pasteur réformé de la fin du xvIIIe siècle.

10 M. villey: « La formation de la pensée juridique moderne », Montchrestien, Paris, 1975, p. 718.

11 Aristote, philosophe grec du Ve siècle av. j-c.

12 Thomas d’Aquin (1225 – 1274), théologien et philosophe du Xllle siècle.

13 Nominalisme: système de pensée où les mots ne se rapportent pas ~ l’essence des choses mais seulement au sens que nous voulons leur donner.

14 Marsile de Padoue, théoricien politique du XIVe siècle.

16 Martin Luther (1483 -1546).

17 Martin Bucer (1491 – 1551), célèbre réformateur strasbourgeois.

18 Jean calvin (1509 – 1564).

19 Pierre viret(1511-1571), réformateur du pays de Vaud, ami et collègue de calvin

20 Jonathan Edwards (1703 – 1758>, théologien et évangéliste réformé américain.

21 George Whitefield (1714 – 1770), prédicateur et évangéliste réformé anglais qui exerça une partie importante de son ministère dans les colonies américaines.

22 L’idéalisme kantien coupe tout rapport entre la pensée des hommes et l’essence des choses, qui pour lui est inaccessible. Ainsi la « justice » est un impératif catégorique de l’homme seul la justice véritable, celle de Dieu, est totalement inaccessible a l’homme.

23 Benjamin Franklin (1706 – 1790). politicien et homme d’état américain.

24 Thomas Jefferson (1743 – 1826), un des fondateurs des Etats-Unis et l’un de ses premiers présidents.

25 Edmund Burke (1729 – 1797), politicien et écrivain britanique.

26 Augustin cochin (1876 – 1916): « Les sociétés de pensée et la démocratie moderne », copernic, Paris, 1978.

27 Marquis de La Fayette (1757 – 1834), soldat et homme politique français.

28 L. Bagi: « La garantie constitutionnelle de la propriété ». Nouvelle bibliothèque de droit et de jurisprudence (Lausanne), 1956, p. il

29 Présent No. 683 (5.10.1984).

30 Présent No. 704 (5.6.12.1984).

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