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LES BÉATITUDES
LES BÉATITUDES
Introduction
Jean-Pierre SCHNEIDER
Préambule
Depuis un bon demi siècle, les béatitudes par lesquelles
Jésus commence son Sermon sur la montagne me préoccupent.
Le livre de Martyn Lloyd-Jones, «Studies in the Sermon on the Mount»,
dont les quelque 660 pages parurent en 1959 chez Intervarsity Fellowship
à Londres, s’est révélé très
suggestif sur plusieurs points, ce qui m’a permis de sensiblement
enrichir mes propres réflexions. Une précision: j’utilise
le terme «chrétien» pour désigner quelqu’un
qui appartient à Christ, qui est son enfant.
Quelques considérations préliminaires
Le Sermon sur la montagne, que relatent les chapitres 5 à 7 de
l’Évangile de Matthieu, est à la base de tout l’enseignement
de Jésus. Notons bien que Jésus ne dit pas: «Vivez
ainsi et vous deviendrez des chrétiens.» Il entend plutôt:
«Parce que vous êtes des chrétiens, vivez ainsi.»
Ce que Jésus enseigne dans le Sermon sur la montagne, c’est
comment les chrétiens devraient vivre.
Ce sermon n’est en fait qu’une grande élaboration
de son nouveau commandement: s’aimer les uns les autres comme il
nous a aimés. Le Sermon sur la montagne nous montre comment le
faire.
Il est utile de préciser ici que les exemples de la loi de Moïse
que Jésus choisit (meurtre, adultère, parjure, la loi du
talion) ne sont que des illustrations du principe qui exprime cet axiome
fondamental:
Vivre toute notre vie chrétienne en relation directe et vivante
avec Dieu.
Ceci n’est possible que par l’Esprit de Dieu qui habite
en nous, cet Esprit qui verse en nous, non seulement un grand amour pour
Dieu et les hommes, mais aussi une sainte et saine crainte d’offenser
Dieu: Ainsi, mes bien-aimés, comme vous avez toujours obéi,
travaillez à votre salut avec crainte et tremblement... Car c’est
Dieu qui opère en vous le vouloir et le faire selon son dessein
bienveillant (Phil 2.12-13).
Il faut être clair sur ce que le «royaume de Dieu»
et son équivalent, «royaume des cieux», veut dire.
Dans un sens, il n’a pas encore été établi
sur la terre, il est encore à venir. Dans un autre sens, il est
déjà venu: «Le royaume de Dieu est parmi vous»
et il est «en vous». Le royaume est là où Christ
règne, donc dans chaque véritable chrétien, dans
chaque église qui se réclame de son nom. On peut dire: le
royaume de Dieu est venu, il vient, et il est encore
à venir.
Pratiquement pour nous: Jésus-Christ est mort à la croix
pour nous rendre capables de vivre selon le Sermon sur la montagne, qu’il
est impératif pour tout chrétien d’étudier
à fond. Tite 2.14 s’exprime ainsi: «Il s’est
donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute
iniquité, et de se faire un peuple qui lui appartienne, purifié
par lui et zélé pour les oeuvres bonnes».
Voulez-vous être bénis (= heureux)? Voulez-vous être
remplis, rassasiés de justice? Ne cherchez pas une expérience
mystique; ne courez pas à toutes les conférences en espérant
«recevoir» la plénitude. Il n’y a pas de raccourcis.
Le chemin consiste à s’imprégner de la parole de Dieu,
et en particulier de la parole que Jésus fait entendre dans le
Sermon sur la montagne. Voilà du pratique à la portée
de tout chrétien soucieux de ressembler à son Maître.
Plus nous faisons l’enseignement de Jésus nôtre, plus
il pourra nous bénir.
Si souvent, on essaye de faire l’expérience de la sanctification
en laissant ce Sermon de côté. Ce n’est pas la méthode
biblique. Pour que le Saint-Esprit puisse faire son oeuvre de sanctification
en nous, écoutons cette prédication de toutes les prédications,
en commençant par une réflexion approfondie des
Béatitudes: Matthieu 5.1-12
Elles introduisent le Sermon. Je suis persuadé qu’il faut
d’abord en avoir compris les implications avant de pouvoir saisir
la portée des enseignements qui suivent. Tout comme les épîtres
des apôtres, Jésus s’adresse à des enfants de
Dieu, je le répète.
Posons-nous la question fondamentale: qu’est-ce qui caractérise
le chrétien? Voici ma réponse en 3 points:
1. Le chrétien a le souci de vivre selon la loi de Dieu.
Jésus est venu pour nous en rendre capables: «Dieu, en envoyant
à cause du péché son propre Fils dans une chair semblable
à celle du péché, a condamné le péché
dans la chair (la chair de son Fils); et cela, pour que la justice
prescrite par la loi soit accomplie en nous, qui marchons, non selon
la chair, mais selon l’Esprit» (Rom. 8.3-4).
2. Le chrétien vit dans la présence de Dieu.
Le monde ne vit pas ainsi; c’est la grande différence. Le
chrétien accomplit chaque action dans une relation intime avec
Dieu. Le chrétien ne peut disposer de lui-même comme il l’entend;
il en est redevable à Dieu, son premier désir étant
de lui plaire. C’est pourquoi son optique est si différente
de celle de l’enfant du monde. Tout le NT insiste sur cela. L’enfant
de Dieu ne se tracasse pas pour la nourriture (recherche des restaurants
gastronomiques) et l’habillement (assister à des défilés
de mode), bien que nourriture et habillement aient leur importance relative,
car il ne vit pas pour cela. Il appartient à un
autre royaume.
3. Le chrétien marche dans la crainte de Dieu, dans
la révérence et la piété. Il est continuellement
conscient que le Dieu d’amour est aussi un Dieu de jugement. Par
la Parole, il sait que ce qu’il bâtit sera un jour jugé
par Dieu. Il ne bâtit donc pas n’importe comment. «Car
il nous faut tous comparaître devant le tribunal du Christ, afin
qu’il soit rendu à chacun d’après ce qu’il
aura fait dans son corps, soit en bien, soit en mal» (2 Cor 5.10).
Cette perspective solennelle nous rendra prudents dans toutes nos actions.
En vue de tout cela, je terminerai cette introduction par l’affirmation
que le Sermon sur la montagne n’est pas un code moral mais une description
du caractère de l’enfant de Dieu. Il faut se garder d’en
faire une sorte de «nouveaux dix commandements ». Pour faire
comprendre ce que nous devrions être en tant que chrétiens,
Jésus illumine certains aspects particuliers. Les exemples que
donne Jésus illustrent l’esprit dans lequel nous
devons agir, ce qui pourrait se résumer ainsi: «Ce que je
suis, ce que j’ai lui appartient, à lui, et non pas à
moi».
Avant d’étudier la première béatitude, il
est important de retenir quelques principes qui découlent
de l’étude des béatitudes dans l’ensemble:
• Tous les chrétiens doivent être conformes aux caractéristiques
des béatitudes. Elles ne valent pas plutôt pour les serviteurs
de Dieu, car s’il y a différentes fonctions, il
n’y a qu’un type de chrétien: celui que Jésus
décrit.
• Tous les chrétiens devraient manifester toutes ces
caractéristiques, qui peuvent être plus ou moins prononcées
selon les circonstances (p.ex. être affligé, procurer la
paix, etc.).
• Aucun des traits évoqués par Jésus ne se
rapporte à ce qu’on pourrait nommer des «tendances
naturelles». Personne ne se conforme naturellement, de son propre
gré, aux exigences évoquées par les béatitudes.
Il y a des gens qui apparaissent «pauvres en esprit» de nature,
mais ce n’est pas ce qui est en vue ici.
• Les béatitudes affirment qu’il y a une différence
essentielle entre chrétiens et non-chrétiens, car ils
appartiennent à deux royaumes (ou domaines) essentiellement différents.
En tant que chrétiens, nous sommes bien dans ce monde, mais nous
ne lui appartenons pas. Quand l’Eglise est toute différente
du monde, elle peut être témoin de Christ et de son amour.
C’est parce qu’elle est devenue mondaine qu’elle n’a
plus d’impact.
Notre ambition est-elle d’être comme Jésus-Christ?
Cela constitue un contraste évident avec ceux qui ne lui appartiennent
pas.
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