Edito
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Allonge tes cordages et consolide tes piquets

Dans un nouvel élan d’espérance, Esaïe, après avoir décrit prophétique-ment les souffrances et la mort expiatoire du Messie, présente dans le chapitre suivant (54) Israël, son peuple, et sa victoire finale basée sur cette oeuvre divine. Esaïe encourage son peuple à allonger ses cordages et à consolider les piquets de la tente de Dieu (v. 2). N’est-ce pas aussi l’injonction urgente du Seigneur ressuscité à ses disciples, à son Eglise en Mat 28.18-20: Allez, faites de toutes les nations des disciples, baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et enseignez-/es à garder tout ce que je vous ai prescrit... L’Eglise bâtie sur le Roc, sur la confession de Pierre et sur le fondement des apôtres et des prophètes, Jésus-Christ lui-même étant la pierre d’angle (Mat 16.16-18; Eph 2.20), résistera à tous les assauts de Satan et de ses acolytes. Le Seigneur a vaincu la mort et le diable qui en avait la puissance (Héb 2.14). Forte de cette promesse glorieuse, que rien ne pourra contre elle – pas même les portes du séjour des morts -, l’Eglise a résisté contre vents et marées tout au long de son existence depuis bientôt 20 siècles. Que de combats! que de martyres! que de victoires sur les persécutions et sur les fausses doctrines!

Face à ces deux impératifs d’évangéliser et de consolider, nous sommes sérieusement interpellés. Des questions vitales se posent à l’Eglise, si elle veut gagner du terrain sur l’ennemi qui a changé de tactique de nos jours. A. Solanas pose quelques questions pertinentes dans son excellent article «L’Eglise demain»: «Comment se fait-il que le christianisme évangélique soit si peu influent dans notre société (pensée, valeurs, mode de vie) et qu’en même temps, certains types de vie religieuse comme des sectes, des communautés, des groupes de prière ou d’action, exercent un tel attrait sur une partie de nos contemporains? Avons-nous une pensée, une philosophie élaborée, et les moyens de la faire connaître?… Notre langage, nos discours traditionnels ont-ils un sens pour nos contemporains? Sommes-nous seulement écoutés ou compris?… Comment utiliser et maîtriser les fabuleux moyens de communication dont nous pouvons disposer aujourd’hui?… Pourquoi une telle multiplication des oeuvres para-ecclésiastiques?… (1)

J. Petersen parle «d’un virage culturel» de notre société qui se fait aussi sentir dans les églises qui subissent l’influence de la sécularisation. (2) Mais comment consolider et multiplier nos églises? C’est une tâche difficile qui nous incombe, à nous qui vivons à la fin des temps. Mais l’application de la parole de Dieu, seule norme de notre foi dans tous les domaines de la vie, la rend possible. Fn voici quelques points suggestifs:

1. Notre société culturellement postchrétienne a rejeté les valeurs morales chrétiennes basées pendant des siècles sur la Bible. Tout est relativisé, flou. Cette idéologie de «softness» (mollesse) a gagné aussi une partie des églises. C’est l’âge de la tolérance. Dans ce contexte, par exemple, les mots «amour», «paix», «liberté», prennent une connotation diamétralement opposée à celle de la Bible. La dialectique hégélienne de la synthèse a aussi fait son chemin dans l’Eglise. Comme Francis Schaeffer nous y enjoint dans son livre pionnier «Dieu, illusion ou réalité?», nous avons l’obligation impérieuse de «maintenir clairement et intégralement les doctrines du christianisme historique.» (3) s’agit des fondements de la foi chrétienne, tels que nous les trouvons dans les symboles des Apôtres, d’Athanase, de Nicée, ainsi que dans les formulations fondamentales de Chalcédoine et des grands Réformateurs. (4)

2. Nous avons à nous opposer à la dialectique, forme erronée de «raisonnement qui nie les oppositions absolues et irréconciliables, bien-mal, juste-faux, vérité-mensonge, orthodoxie-hérésie, toutes choses faisant partie du processus de révélation progressive de la soi-disant vérité par l’évolution de l’histoire», comme l’a si bien défini J.-M. Berthoud. (5) Par opposition à la théologie moderne, nous devons enseigner et vivre en pratique le système de l’antithèse, c’est-à-dire appeler le noir noir et le blanc blanc. L’énonciation claire et sans compromission de la foi chrétienne, de ses bases doctrinales dans nos églises et dans l’évangélisation, a de l’impact et est payant à la longue. Enseignons donc systématiquement les grandes vérités de la Bible sur Dieu, Jésus-Christ, le Saint-Esprit, la création, l’homme, la chute, l’oeuvre expiatoire de Jésus-Christ, la grâce, l’élection, le salut éternel, et le châtiment éternel.

3. Apprenons dans nos églises «à penser en termes d’apologétique culturelle globale». (6) Instruisons-nous pour comprendre notre génération, pour percevoir les courants de pensée, pour les analyser afin de créer une approche compréhensible auprès de nos contemporains. Ceux parmi nous qui ont le désir d’enseigner les vérités bibliques sans compromission ne devraient-ils pas réfléchir ensemble et organiser des groupes de réflexion, des séminaires, des conventions et d’autres rencontres fraternelles? Le monde a besoin d’une culture chrétienne évangélique francophone qui exerce son influence en tant que sel de la terre et lumière du monde.

4. Cela nécessite la formation des disciples du Seigneur dans les églises locales. A ce sujet, je suis un peu inquiet, car l’Eglise de nos jours fait plutôt figure «d’une église d’enfants, plus sensibles à l’image qu’à la parole, à l’émotion qu’à la réflexion». (7) Depuis le début du 20e siècle, elle a été pénétrée par la doctrine erronée de la «seconde expérience» avec ses implications désastreuses. Il n’est pas étonnant que notre génération déjà attirée par l’irrationnel et le mysticisme y trouve son compte dans «une religion de communautés émotionnelles». (8) Dieu nous a donné une raison pour réfléchir, pour laisser pénétrer sa Parole dans nos coeurs et y obéir. Il va sans dire que nos sentiments de notre volonté y sont impliqués, étant parties intégrantes de notre personne.

Nos prédications devraient se concentrer sur l’exposition systématique de toute la Bible, donc des 66 livres divinement inspirés. Mettons sur pied des cours sur la défense de la foi chrétienne, sur les idées maîtresses de notre temps, sur l’éthique, sur nos responsabilités face au monde contemporain. Nous devons être à même de répondre honnêtement à ceux qui nous posent des questions honnêtes.

5. Dans nos églises locales, tout le monde doit être mobilisé. Il est un combat à livrer contre les puissances des ténèbres (Eph 6) pour renverser les raisonnements de toute hauteur qui s’élèvent contre la connaissance de Dieu (2 Cor 10.3-5). Le témoignage individuel, de chaque famille, de l’église locale tout entière doit être mis en évidence. Nous devons essayer d’atteindre la classe moyenne, celle des ouvriers et celle des intellectuels. Cherchons ensemble de nouveaux modes, de nouveaux moyens d’approche pour leur apporter Jésus-Christ. Chacun est concerné.

Il y a encore des régions qui n’ont pas été atteintes par 1’Evangile. Que faisons-nous pour cela? Avons-nous pensé à une stratégie d’évangélisation, d’implantation de nouvelles églises là où il n’y a pas encore de témoignage?

 Que Dieu nous aide à allonger nos cordages et à affermir nos piquets. Nous voulons aimer le Seigneur avec passion parce qu’il nous a aimés le premier et s’est donné pour nous.

Henri Lüscher

(1) «l’Eglise demain» d’Albert Solanas, dans «La Revue Réformée, mars 1990, p. 20; nous recommandons la lecture de cet article stimulant la réflexion des églises qui veulent s’équiper pour le futur.
(2) «2000 ans après» de J. Petersen, Navpress, p. 20, ouvrage que chacun devrait posséder. L’auteur force le lecteur à se mettre en question sur notre façon d’approche de nos contemporains et le stimule à revoir comment nous pouvons apporter l’Evangile à notre prochain.
(3) «Dieu, illusion ou réalité» de Francis Schaeffer, éditions Kerygma, p. 142; excellent ouvrage d’apologétique moderne. Devrait être étudié par chaque pasteur et responsable d’église. Il nous aide à comprendre les raisons du développement de la culture post-chrétienne et nous apprend à défendre notre foi devant toutes les classes en leur apportant un Evangile qui «colle» à la réalité de ta vie.
(4) voir «Confessions et catéchismes de la foi réformée», éd. Labor et Fides.
(5) «Quelle base commune pour le combat?» de J.-M. Berthoud dans «Promesses» 1985/2, No 73 p. 15. Nous recommandons également la revue «Résister e: Construire» de J.-M. Berthoud fervent défenseur de la foi chrétienne et des valeurs éthiques chrétiennes. Une revue pour tous ceux qui sont prêts à relever le défi que nous jette la société contemporaine post-chrétienne.
(6) Francis Schaeffer id. p. 144.
(7) Albert Solanas id. p. 9.
(8) Albert Solanas id. p. 8.

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Lüscher Henri
Cofondateur de la revue, il y a 48 ans, Henri Lüscher se consacre encore à plusieurs tâches administratives et rédactionnelles en faveur de Promesses.