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Le nihilisme culturel et la désintégration de la MUSIQUE

La brochure et la cassette du père Jean-Paul Régimbal, consacrées aux méfaits de la musique rock (1), après avoir connu un vif succès, commencent à susciter des réactions, non seulement dans la presse profane(2), mais également dans les milieux évangéliques(3). Que les partisans de la musique rock réagissent ainsi aux nombreuses critiques contenues dans cette brochure n’est guère surpre­nant, mais, ce qui l’est davantage, c’est qu’ils reçoivent le soutien inespéré des chrétiens. Le travail pionnier du père Régimbal l’a certes entraîné dans certaines exagérations et contient quelques imprécisions regrettables. En particulier, toute la question des effets de messages subliminaux enregistrés à rebours dans une langue souvent inconnue de l’auditeur, prête à discussion. Ce point resterait à démontrer: cependant, en focalisant l’attention des éventuels lecteurs ou audi­teurs sur le sensationnel lui-même, elle risque d’être détournée du même coup de questions bien plus essentielles relatives à la forme musicale et au contenu conceptuel d’une telle musique. L’utilisation effective de ces messages sublimi­naux par certains groupes pose tout de même un grave problème éthique qu’il serait extrêmement regrettable d’escamoter(4). Mais l’effort courageux de ce prêtre, soucieux avant tout de venir en aide à une jeunesse livrée sans défense (du moins de la part de nos dirigeants chrétiens) à la pression commerciale, artistique et spirituelle de médias connus pour leur manque total de scrupules, méritait mieux que des attaques unilatérales.

1 Jean-Pierre Régimbal : Le rock’n’roll. Viol de la conscience par les messages subliminaux. Editions Croisade. Genève, 1984.
2 Voyez, entre autres, les articles non signés suivants :
« Le rock, musique diabolique ? » Nouvelliste du Valais 5.4.1984 et « Le rock, entreprise maléfique », Coopération, N°28, 12.7.1984.
3 voyez les articles suivants :
Alain Kreis : Courrier des lecteurs, réponse en défense de la musique rock suite à un article intitulé. « Le rock perverti ou l’horreur banalisée ». L’aide familiale, Lausanne, février et mai 1984.
William Edgar : « Comment juger la musique ? », Ichthus, N°123, mai 1984.
Dans une lettre personnelle, William Edgar précisait sa pensée avec beaucoup de justesse, à notre sens, ainsi : « Pour moi il y a beaucoup dans le rock qui est encore plus inquiétant que le « satanisme » et même que le « communisme ». Qu’est-ce qui pourrait être pire ? Et bien, par exemple, une star comme Micbael Jackson. Il est ni homme ni femme, il invite la jeunesse à retarder ses décisions quant à l’avenir, il est moralisant, il est ni noir ni blanc… C’est ce que Schaeffer appelait « our real enemy » (notre véritable adversaire), celui qui abolit les normes objectives. »
4 Les effets physiologiques et affectifs de l’utilisation des messages subliminaux font l’objet d’un débat scientifique parfaitement sérieux. Voyez la revue « L’union médicale du Canada », vol. 109, décembre 1980 (p.1694-1700) et vol.110, janvier 1981 (p. 19-22), ainsi que la revue bien connue « Science », vol.207, du 1.2.1980. Chaloult, Boreat et Chalbot écrivent dans l’E.M.C. de décembre 1980 : « Un stimulus, même subliminal, semble pouvoir exercer un rôle activateur sur les pulsions ou les besoins préexistants chez un individu et favoriser éventuellement le déclenchement d’une réponse comportementale » (p.1691), affirmation allant à l’encontre des négations conte­nues dans les articles de presse cités. La revue Ichthus semble, de son côté, nier l’efficacité réelle des méthodes de manipulation des masses par conditionnement des réflexes. Le fait que de telles méthodes aient en fait une certaine efficacité ne nie aucunement la libre responsabilité de l’homme. Voyez, entre autres, l’ouvrage de Serge Tchakotine : « Le viol des foules par la propagande politique », Gallimard, Paris, 1952, 605p.
Sur les contextes dans notre civilisation du phénomène rock, voyez l’ouvrage de James Hitchcock : « What is Secular Humanism ? », Servant Books, Ann Arbor, 1982. Les méthodes de conditionnement politique des masses ne diffèrent pas beaucoup de celles employées pour leur conditionnement culturel.


Il est déplorable que certains de nos intellectuels évangéliques aient tendance à s’attacher avant tout aux défaillances de ceux qui cherchent à défendre le peuple de Dieu contre les attaques tant culturelles que spirituelles d’un monde de plus en plus hostile à l’Eglise(5). Feu Francis Schaeffer eut à subir des attaques de cet ordre de la part de philosophes évangéliques lors de la parution de « Démission de la raison ». Quelques imprécisions terminologiques suffisaient, aux yeux de ces critiques, à disqualifier l’immense service rendu au peuple de Dieu par l’attaque absolument décisive que Schaeffer lançait contre cette citadelle de Satan -pour parler comme saint Paul- qu’est l’idéalisme philosophique. Nul doute qu’à l’époque certains n’auraient pas manqué de le taxer de manichéen(6) pour sa prétendue négation de toute philosophie idéaliste et existentialiste dite « moderne ».

L’affirmation de l’influence néfaste de la musique rock sur notre civilisation conduit pareillement à traiter ceux qui osent émettre un jugement aussi témé­raire de « manichéens ». En réponse à de tel les critiques, il est peut-être utile de formuler les quelques considérations suivantes.

1/ Il est absolument indéniable qu’une grande partie de la musique que l’on appelle « hard-rock » véhicule actuellement une propagande forcenée en faveur du satanisme. Pour certains groupes tels que « Black Sabbath », ceci est vrai depuis le début des années soixante-dix. Bon nombre de ces groupes témoi­gnent d’une évidente connaissance expérimentale de l’ésotérisme sous ses formes les plus avancées, allant jusqu’à « composer » leurs nouvelles chansons sous inspiration médiumnique lors de transes. Ce n’est pas pour rien qu’un important magazine français du hard-rock s’appelle « Enfer Magazine ». J’en recommande l’acquisition à tous les parents chrétiens dont les enfants sont adeptes de cette musique. Un groupe venant de Californie vient de donner des concerts en Suisse romande. Il porte le nom charmant de « Christian Death » (Mort chrétienne). On commentait sa visite ainsi : « Symboliste par l’aspect et le look travesti, baroque, ils le sont aussi dans la forme musicale. Leur musique est parsemée d’échos rituels, de lointains tam-tams, d’évocations de transes. » Malcolm Maclaren, fondateur des Pistols, prétendait que le point commun de toutes les démarches rock était l’Antichrist. Rien que ça. Il ne s’agirait plus que de retrouver la magie, le rite, le paganisme perdus. L’Eglise et le progrès technolo­gique répriment-ils les forces occultes de la vieille Europe ? Qu’à cela ne tienne !

5 Voyez le dernier ouvrage capital de Francis Schaeffer : »The Great Evangelical Disaster », Crosssway Books. Westchester, 1984, et celui de son fils Franky Schaeffer : « A Time for Anger » (idem) 1982. De tels ouvrages devraient être rapidement traduits en français.
6 Manichéisme : religion syncrétique du Persan Menès (3e s.), alliant à un fonds chrétien des éléments bouddhistes, résultant en une doctrine selon laquelle le bien et le mal sont deux principes fondamentaux, égaux et antagonistes. La matière, c’est à dire entre autres le corps humain, la création et la culture, est identifiée au mal.


Le rock se charge de les réveiller, de vous réapprendre le sacré, cette « liberté noire » chère à Arthaud (7). Même si ce phénomène fait partie d’une mode et certains groupes ne font que jouer une sinistre comédie, c’est une mode si dangereuse pour nos enfants que je doute que l’on puisse exposer impunément sa famille à de telles influences. C’est cette mode anti-chrétienne qui a conduit certains groupes tels AC/DC et KISS à donner une signification satanique nouvelle à leurs noms dont le sens ancien était devenu par trop banal(8).

2/ Dans un ouvrage datant de 1974, David A.Noebel (9) démontre de manière précise et convaincante la façon dont les forces subversives aux Etats-Unis et ailleurs ont utilisé tant la musique folk que le rock des années soixante pour véhiculer une idéologie révolutionnaire. Quand au rock’n’roll de l’époque d’Elvis Presley, il propageait surtout la révolte contre la famille et ses prétendus tabous sexuels. Que la jeunesse américaine, et même mondiale, ait adhéré si facilement à cette mode en dit long sur la santé des familles. Ces faits, et surtout cette progression dans la contestation exprimée par la musique de la jeunesse, sont pour le moins inquiétants. Une étude, même sommaire, des paroles chantées par les groupes actuellement en vogue ouvrira mieux les yeux des parents sur l’aspect profondément néfaste de cette culture que tous les argu­ments que nous pourrions présenter. En voici un exemple banal tiré d’un excellent article sur la musique rock, paru dans la revue de la « Société pédago­gique de la Suisse romande », société que l’on ne saurait traiter de réactionnaire. Il s’agit des paroles d’une chanson intitulée, « Je tue les enfants » du groupe « The Dead Kennedy’s »:
« Je tue les enfants
J’aime les voir mourir
Je tue les enfants
Je fais pleurer leurs mamans
Je les écrase sous mon auto
Je veux les entendre crier, etc. »(10)
Un jeune ami, grand connaisseur de cette musique et remarquable batteur dans un groupe de « rockabilly », me faisait observer que cette contestation toujours plus profonde des valeurs chrétiennes était portée par un rythme de plus en plus agressif et des effets toujours plus violents. Ces moyens musicaux lui semblaient exacerber une négation de toutes les valeurs.

7 « La Liberté », Fribourg, le 13.6.1984.
8 Le sigle AC/DC signifiait d’abord, en anglais, courant alternatif courant continu. Maintenant que I’antichristia­nisme est à la mode dans les milieux de la chanson rock, on lui a donné le sens de Antichrist/ death to christ (Anti-Christ/Mort au Christ). De même KISS, le nom d’un autre groupe, provenait d’un parc de ce nom près du lieu où s’est constitué ce groupe; maintenant, il s’est affublé du titre prétentieux de Knights In Satan’s Service (Chevaliers au service de Satan).
9 David A.Noebel « The Marxist Minstrels ». A Handbook of Comunist Subversion of Music. American Christian College Press, Tulsa, 1974.
10  »Educateur », du 3 mai 1984. une société qui depuis 1973 a permis la destruction de plus de 15 millions d’enfants par avortement ne devrait pas s’étonner d’entendre les survivants d’un tel massacre s’exprimer ainsi.


3/ En fait, la question des états de transe qui seraient partiellement provoqués par diverses musiques n’est pas simplement d’ordre académique. Sans doute les musiques du passé de nombreux peuples étaient-elles souvent susceptibles de faciliter l’entrée en état de transe(11). Mais ici encore il faudrait préciser. Au Zaïre, par exemple, on peut affirmer qu’il existe plusieurs types de musique. Celle, par exemple, qui est chantée le soir lors des veillées devant les feux joue un rôle semblable à la musique des ballades de jadis. Cette musique au rythme varié est une de celles qui, partiellement influencée par la musique chrétienne occidentale, prévaut aujourd’hui dans les Eglises au Zaïre. Mais il y a aussi une musique religieuse noire qui est employée lors des cérémonies païennes où il faut que les participants entrent en transe. Cette musique, comme la musique rock, est caractérisée par un rythme monotone, obsédant et hypnotisant.
Ces musiques initiatiques avaient, dans l’ensemble, un but foncièrement reli­gieux, et la communion mystique avec l’esprit adoré faisait partie du culte. Nous n’avions jamais vu, jusqu’à ce jour, des missionnaires et encore moins les Eglises africaines adopter de tels rythmes et de telles musiques sans modification pour le culte chrétien. Le problème urgent auquel nous devons faire face si nous voulons garder nos enfants, c’est qu’à nos portes, et même dans nos foyers, se trouve à leur portée une musique qui tend à les initier à de tels états de transe. Pour les protéger contre une telle offensive religieuse paganisante, il nous faut offrir à nos enfants une véritable alternative musicale, et cette alternative n’est guère éloignée, ni au Zaïre ni en Europe. Pour nous Européens, il nous faudrait résolument reprendre la tradition musicale de notre Occident chrétien et la développer dans l’orientation véritable de son génie bafoué par une musique devenue apostate depuis bien longtemps.

4/ Sur le plan proprement musical, quelle que soit l’appréciation de chacun sur les diverses formes musicales du 20e siècle, qu’il s’agisse de la musique concrète « classique » ou les diverses formes de la musique dite « populaire », l’évolution de la création musicale à tous les niveaux est pour le moins inquié­tante. Le grand chansonnier vaudois Pierre Dudan récemment décédé n’avait pas tort d’intituler sa critique féroce des moeurs écoeurantes du monde de la chanson, « Show-biz, bordel ! »(12). Le musicologue et chef d’orchestre suisse, Ernest Ansermet constatait l’impasse totale dans laquelle était tombée la mu­sique sérielle qu’il ne considérait plus comme faisant partie de la tradition musicale humaine(13). Michel Landowski, dans un article retentissant paru dans le Figaro en janvier 1984, ne faisait que confirmer ce jugement pessimiste( 14). Les connaisseurs du hard-rock estiment également de leur côté que ce genre de musique se trouve dans une impasse analogue provoquée par l’impossibilité d’avancer plus loin dans l’exacerbation des moyens utilisés. Au début des années soixante-dix, les concerts rock se contentaient de produire de temps à autre une distorsion du son. Maintenant, à cette distorsion s’est fréquemment ajouté, aux points culminants de certains concerts, un effet Larsen. Sur le plan uniquement physiologique, des sons d’une telle intensité provoquent à la longue des dégâts irrémédiables pour l’appareil auditif.

11 voici le titre complet du livre cité par William Edgar Gilbert Rouget :La musique et la transe. Esquisse dune théorie générale des relations de la musique et de la possession. Gallimard, Paris, 1980, 197p.
12 Pierre Dudan Show-biz bordel!), Lefebure, Nice.
13 « Ernest Ansermet » , La Baconnière, Neuchatel, 1961.
14 Michel Landowski : « Les terrorismes du lanqaqe musical. » Le Figaro, 2 et 3 janvier 1984.


5/ Si l’on compare les divers aspects de la musique actuelle la plus courante à notre héritage de musique populaire traditionnelle, force nous est de constater un immense appauvrissement, tant dans le domaine des moyens musicaux utilisés que dans celui de la qualité et de la diversité des sentiments exprimés. Notons en passant que l’ensemble des spécialistes s’accordent à reconnaître qu’aucun instrument musical réellement nouveau n’a été inventé au 20e siècle. Un autre fait, encore plus grave, est la rupture complète que l’on constate aujourd’hui entre la musique des masses et la musique classique, que l’on pourrait appeler « musique de conservatoire ». Il en résulte un grand appauvris­sement réciproque. Avant l’époque de Bach, et encore à celle de Schubert, les deux traditions musicales, savante et populaire, s’interpénétraient et s’enrichis­saient. Au 20e siècle, des compositeurs comme Kodaly et Bartok, travaillant sur un fond folklorique encore vivant, parvenaient de manière certes fragmentaire, à cette interpénétration culturelle si courante auparavant. Tous deux consta­taient l’incapacité de la plupart des compositeurs de leur temps à composer une simple mélodie. Pourtant la mélodie, grande absente de la quasi-totalité des formes de musique moderne, demeure, avec le rythme, une des composantes essentielles de la musique. Tant en ce qui concerne la musique hyper-intellec­tuelle que celle des masses, nous assistons à une perte de sens, à une déshuma­nisation, à une « brutalisation » de la musique. Cela n’augure rien de bon pour notre avenir culturel à tous les niveaux, à moins qu’un redressement se pro­duise, redressement qui ne pourrait avoir sa source que dans un renouveau spirituel chrétien irradiant tous les aspects de la vie, et en particulier les arts. Ces derniers, pour survivre et redonner à l’homme saveur de vie, sont appelés à une profonde transfiguration, par laquelle il pourraient retrouver tout leur sens et toute leur richesse.
Jean-Marc BERTHOUD
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