Dossier: Genèse
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La richesse surprenante d’une généalogie : Genèse 36

Étudier sa généalogie est un des passe-temps les plus passionnants qu’il soit. Beaucoup de gens cherchent à tracer leur lignage familial pour mieux connaître leur identité, pour découvrir comment ils s’intègrent dans la grande fresque de l’histoire humaine.

Je concède qu’étudier sa propre généalogie peut être une expérience enrichissante, mais étudier la généalogie de quelqu’un d’autre peut être terriblement ennuyeux. Cependant la Bible est remplie de généalogies. Non seulement il est particulièrement difficile de prêcher sur ces textes ; mais leur simple lecture est déjà difficile à cause de noms compliqués.

Même si vous êtes un lecteur régulier de la Bible, Genèse 36 n’est pas un chapitre sur lequel vous allez méditer longtemps. Si vous êtes honnête, c’est plutôt le genre de chapitre au sujet desquels vous vous demandez ce qu’ils font dans la Bible. Il y a une liste de noms qui ne nous disent rien et desquels nous pouvons très peu apprendre. Ces gens ont vécu et sont morts il y a presque 4000 ans. C’est un peu comme lire l’annuaire du téléphone dans une langue étrangère ! Toutefois le fait demeure : Dieu a considéré la généalogie d’Ésaü suffisamment importante pour l’inclure dans le canon des Écritures (2 Tim 3.16-17). Voici au moins quatre raisons :

Pour témoigner de l’accomplissement des promesses que Dieu avait faites. Bien qu’Ésaü ait méprisé son droit d’aînesse, Dieu avait promis à Abraham que ses descendants deviendraient des nations (17.5-7). Dieu est un Dieu fidèle en qui nous pouvons avoir confiance : il garde ses promesses.

Pour protéger les descendants d’Ésaü. Les premiers lecteurs de ce chapitre étaient les Israélites sur le point de traverser le Jourdain pour prendre possession du pays de Canaan et en exterminer les Cananéens (Deut 1.8 ; 20.16-18). Parmi ceux que Dieu voulait protéger, il y avait un peuple, les Édomites, descendants d’Ésaü (Deut 2.2-5). Pour éviter l’anéantissement de ce peuple, il était essentiel que les Israélites du temps de Moïse sachent qui étaient les Édomites et disposent d’un document retraçant les générations d’Ésaü — à savoir Genèse 36.

Pour prouver que le Messie viendrait d’une famille particulière. Les généalogies bibliques incluent des personnes et en éliminent d’autres, s’arrêtant finalement à la seule branche restante de la famille de David. C’est la famille où Jésus est né. Toutes les généalogies aident à inclure ou exclure ceux qui font partie de cette lignée.

Pour nous rappeler que toute personne compte aux yeux de Dieu. La généalogie de quelqu’un d’autre peut bien n’être d’aucun intérêt pour vous, mais elle est précieuse pour les familles concernées. Chacun de ces noms représente la vie d’un homme ou d’une femme — d’individus faits à l’image de Dieu qui ont eu des espoirs, des rêves, des aspirations, tout comme vous et moi.

 En étudiant cette généalogie, mon souhait est que vous soyez conduits à réfléchir à la vraie signification de la vie et du succès. Si nous réussissons selon les critères du monde mais faillissons selon ceux de Dieu, nous faillirons dans ce qui est vraiment important. Ésaü et ses descendants ont réussi selon ce monde, mais ont terriblement failli à la lumière de l’éternité. Genèse 36 nous révèle quatre principes riches d’instruction.

1. Une jolie famille, qui a réussi selon les critères du monde, ne signifie pas une famille bénie par Dieu (36.1-6,9-14)

Le chapitre commence par : « Voici la postérité d’Ésaü, qui est Édom. » Le nom Édom signifie « rouge ». Ce surnom rappelle la folle décision d’Ésaü d’échanger son droit d’aînesse et la bénédiction de son père contre un plat de potage rouge (25.30). Ésaü était un homme qui vivait pour la satisfaction à court terme. Cela le conduisit à faire de graves erreurs qu’il paya cher.

Une des erreurs les plus importantes d’Ésaü se trouve aux v. 2 et 3 : « Ésaü prit ses femmes parmi les filles de Canaan : Ada, fille d’Elon, le Héthien ; Oholibama, fille d’Ana, fille de Tsibeon, le Hévien ; et Basmath, fille d’Ismaël, sœur de Nebajoth. » D’abord, notons qu’Ésaü a pris plus d’une femme. En pratique, il va sans dire que ce n’est jamais une bonne idée. Au début, la pensée de Dieu était une femme pour toute la vie. Vous pouvez rétorquer que vous n’êtes pas polygame. Certes, mais je vous demande : « Êtes-vous sûr de ne pas regarder d’autres femmes que la vôtre avec convoitise, de ne pas avoir un “harem visuel” ? » Que nous soyons mariés ou célibataires, Dieu nous appelle, vous et moi, à un haut degré de pureté.

Les épouses d’Ésaü étaient sans doute de belles femmes, comme leurs noms en témoignent. Les noms n’étaient pas donnés parce qu’ils sonnaient bien ; ils avaient un sens. Ada signifie « ornement », Oholibama, « tente élevée », c’est-à-dire « grande, majestueuse » et Basmath, « parfumée ». Notez que chacun de ces noms concerne des aspects extérieurs de la beauté. Ésaü était amateur de belles femmes. Si vous êtes célibataire, cherchez une femme qui soit spirituellement attrayante, dotée d’un esprit doux et paisible (1 Pi 3.4). Et vous qui êtes mariés, ne vous focalisez pas sur la cellulite de votre épouse, mais regardez-vous vous-même dans la glace et aimez-la (Éph 5.25).

Plus tragiquement, Ésaü a pris des femmes cananéennes, ce qui était strictement interdit. Son grand-père Abraham avait pris toutes les dispositions pour que son fils Isaac trouve une épouse qui ne soit pas cananéenne (24.1-9). Mais Ésaü a sciemment méprisé cet exemple en choisissant deux femmes hittites qui rendirent la vie amère à Isaac et Rebecca (26.35). Le choix d’une épouse révèle les valeurs d’un homme et est presque toujours le facteur déterminant de sa propre trajectoire de vie. Homme ou femme, choisissez votre futur conjoint sagement, « seulement dans le Seigneur » (1 Cor 7.39).

De ces unions naquirent cinq fils. Les fils d’Ésaü étaient des leaders, talentueux et forts. Cependant il n’y a aucune indication qu’Ésaü les ait élevés pour connaître l’Éternel. Dans ce chapitre, 81 descendants sont listés ; cependant seuls deux suggèrent une connaissance du vrai Dieu : Réuel (36.4,10), petit-fils d’Ismaël, signifie « ami de Dieu » et Jeush, fils d’Oholibama, signifie « l’Éternel aide ».

Le plus important que vous puissiez transmettre à vos enfants n’est pas de savoir comment remporter du succès dans le monde. Ils peuvent réussir les meilleures études, remporter les plus beaux succès sportifs, atteindre les emplois les mieux payés. Mais s’ils ne suivent pas Dieu, tout cela est sans importance. Nous devons instiller dans l’esprit de nos enfants ce que signifie réussir selon Dieu, les encourager spirituellement. Vos enfants aiment-ils venir à l’église ? Lisent-ils personnellement la Bible ? Sont-ils impliqués dans le groupe de jeunes ? Si tel est le cas, vous pouvez être fiers. Soutenez-les dans leurs projets spirituels et stimulez-les à l’amour et aux bonnes œuvres (Héb 10.25).

Alors que de nombreuses épouses ont été stériles (Sara, Rebecca, Rachel), les femmes d’Ésaü lui ont enfanté des enfants sans difficulté. Ésaü représente l’homme par nature — fort, indépendant, capable de résoudre les problèmes de la vie par ses propres ressources. A-t-on besoin de dépendre de Dieu quand on est capable de prendre soin de soi-même ? Abraham, Isaac et Jacob et leurs femmes stériles montrent la façon d’agir de Dieu. Il humilie notre orgueil en permettant des problèmes que nous sommes incapables de résoudre — comme la stérilité face à des promesses de descendance nombreuse. Alors, quand nous faisons appel à lui, il prouve qu’il est puissant pour sauver.

2. La prospérité matérielle ne signifie pas la prospérité spirituelle (36.6-8)

« Ésaü prit ses femmes, ses fils et ses filles, toutes les personnes de sa maison, ses troupeaux, tout son bétail, et tout le bien qu’il avait acquis au pays de Canaan, et il s’en alla dans un autre pays, loin de Jacob, son frère. Car leurs richesses étaient trop considérables pour qu’ils demeurent ensemble, et la contrée où ils séjournaient ne pouvait plus leur suffire à cause de leurs troupeaux. Ésaü s’établit dans la montagne de Séir. Ésaü, c’est Édom. »

Ésaü avait commencé à s’établir parmi les connaissances de ses femmes, en Séir, avant que Jacob revienne de Padan-Aram. Mais après la mort de son père, il se fixa définitivement là pour deux raisons :

– il n’y avait pas suffisamment de pâture et d’eau pour les troupeaux d’Ésaü et de Jacob,

– Ésaü avait finalement accepté que la terre de Canaan, promise par Dieu à Abraham, revienne à Jacob.

Ésaü était devenu un homme très bienveillant. Alors qu’il avait été prêt à tuer son frère pour sa tromperie, maintenant que leurs prospérités respectives le nécessitaient, il s’éloignait gentiment du chemin de son frère. Mais, tristement, Ésaü n’avait aucune compréhension des promesses de Dieu à Abraham concernant Canaan. Dieu avait promis : Canaan était la terre qu’il donnerait aux descendants d’Abraham. Pour Ésaü, toute terre faisait l’affaire. Il n’avait pas de vision spirituelle. Il vivait pour lui-même, pas pour le projet de Dieu. Il était matériellement riche, mais spirituellement pauvre.

À son crédit, Ésaü n’était pas cupide. Quand il rencontra Jacob, après 20 ans de séparation, il déclina son cadeau en disant : « Je suis dans l’abondance, mon frère ; garde ce qui est à toi. » (33.9) Il est possible d’être généreux, satisfait de ce qu’on a, mais de vivre quand même pour les biens matériels et non selon Dieu. Le danger est que notre prospérité matérielle nous engourdisse par rapport à notre besoin infini de Dieu. Le Seigneur avertit l’église de Laodicée : « Tu dis : Je suis riche, je me suis enrichi, et je n’ai besoin de rien, et parce que tu ne sais pas que tu es malheureux, misérable, pauvre, aveugle et nu… » (Apoc 3.17) Nous, chrétiens occidentaux, qui avons été si bénis matériellement, avons besoin d’être riches selon Dieu en amassant des trésors dans le ciel (Luc 12.13-34).

3. La puissance politique ne signifie pas la puissance avec Dieu (36.15-43)

Ésaü et ses descendants furent des hommes politiquement très importants. Ils sont appelés des « chefs » (36.15 et suivants, 40 et suivants). Ces hommes régnèrent comme rois sur Édom « avant qu’un roi règne sur les enfants d’Israël » (36.31). Alors que les petits-enfants d’Ésaü voulaient devenir dirigeants, ceux de Jacob restèrent d’humbles bergers pendant des générations (47.3). Les premiers auraient pu regarder les seconds et se moquer : « Où est votre Dieu et ses promesses ? »

Les apparences ne sont-elles pas souvent : le monde gagne tandis que le peuple de Dieu perd ? Nous régnerons avec Christ un jour, mais entretemps, l’Église est souvent persécutée et méprisée par les leaders politiques qui se moquent de Dieu. La puissance selon Dieu est bien différente de la puissance politique. Le monde peut se vanter maintenant de sa puissance politique, mais celui qui siège dans les cieux s’en moque (Ps 2.4). C’est le Seigneur « qui renverse et qui établit les rois » (Dan 2.21). Bien qu’il puisse être opportun pour des chrétiens de s’impliquer en politique, gardons les choses en perspective. Le pouvoir politique doit toujours rester subordonné à Celui qui « domine sur le règne des hommes et qui le donne à qui lui plaît » (Dan 4.17). Le vrai pouvoir est de l’avoir avec Dieu. À court terme, les Édomites sont devenus des chefs et des rois de ce monde, mais à long terme, les descendants de Jacob seront les rois du Dieu très haut. Il est si important pour vous et moi d’attendre patiemment la réalisation du plan de Dieu.

Le royaume d’Ésaü, Édom, causa plus tard de grandes difficultés à Israël. Les guerres furent fréquentes entre les deux nations. Édom se réjouit des attaques contre le peuple de Dieu (Ps 137.7 ; livre d’Abdias). Amalek, petit-fils d’Ésaü (36.12), devint le fondateur d’un peuple qui fut l’ennemi persistant d’Israël (Ex 17.8-16).

L’insistance, en Genèse 36, sur le fait qu’Ésaü, c’est Édom (36.1,8,9,19,43), semble indiquer que Dieu veuille montrer à son peuple les résultats d’une vie vécue en dehors de lui. De ce seul homme, Ésaü, extérieurement bon et recommandable, qui réussit selon la perspective du monde, sortit une nation impie, Édom, qui fut souvent une plaie pour le peuple de Dieu. C’est comme si Dieu disait : « Souviens-toi : Ésaü, c’est Édom ! »

4. La réputation temporelle ne signifie pas la reconnaissance éternelle selon Dieu (37.1)

« Jacob demeura dans le pays de Canaan où avait séjourné son père. » (37.1)

Alors qu’Ésaü partait conquérir le pays d’Édom, fondant une nation, engendrant des rois et s’acquérant le succès selon le monde, Jacob vivait paisiblement sur une terre qu’il ne posséda jamais, la terre où ses pères avaient séjourné. Alors que les descendants d’Ésaü étaient des chefs puissants, célèbres à leur époque, les descendants de Jacob partirent en Égypte, soumis à l’esclavage du Pharaon. Aux jours de Moïse, environ 400 ans plus tard, Israël était une nation d’esclaves fugitifs, récemment sauvés d’Égypte, ne possédant aucune terre. Édom était un royaume établi qui pouvait refuser à Israël le passage sur ses terres. Mais Genèse 36 nous montre que c’est Dieu et non l’homme qui écrit le chapitre final de l’histoire. Ces noms autrefois célèbres ne disent rien aujourd’hui, mais le nom d’Israël est dans le journal presque chaque jour. Ces hommes, qui avaient réussi selon la mesure du monde, ont quitté la scène et furent vite oubliés, tandis que d’autres s’empressaient de prendre leur place. Aujourd’hui nous ne savons rien de plus sur eux que ce qui est écrit ici. La célébrité est éphémère. Les Édomites survécurent jusqu’aux temps du Christ où ils étaient connus comme les Iduméens. Ils disparurent de l’histoire en l’an 70, lors de la destruction de Jérusalem.

Ce qui importe vraiment, c’est d’être reconnu par Dieu et non par ce monde. Nous vivons dans une culture qui adore la célébrité. Si un athlète, un chanteur ou un acteur devient chrétien, nous nous précipitons pour publier sa biographie et le mettre en avant. Cette personne peut être un bébé en Christ, qui ne connaît rien à la Bible, mais nous écoutons chacun de ses propos comme s’il avait une autorité spirituelle. Or, la reconnaissance qui importe viendra bientôt, quand nous nous tiendrons devant le Seigneur Jésus-Christ et que nous l’entendrons dire : « C’est bien, bon et fidèle serviteur ; entre dans la joie de ton maître. » (Mat 25.21,23) Ce jour-là, les succès et les échecs réels seront dévoilés. Jusque là, soyons attentifs à ne pas surestimer le succès ou l’échec terrestres. Seul Dieu sait qui est vraiment vainqueur (1 Cor 4.1-5).

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Krell Keith
Keith R. Krell est pasteur principal de l’Église Fourth Memorial à Spokane, aux États-Unis. Il est aussi professeur associé au Moody Bible Institute de Spokane. Il a obtenu un doctorat de théologie de l’Université de Bristol et de la Talbot School of Theology (DMin). Il diffuse ses enseignements sur le site www.timelessword.com.