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Dossier
SOUFFRANCE ET AMOUR DE DIEU :
DEUX NOTIONS INCOMPATIBLES ?
Henry BRYANT
L'auteur de cet article est marié et père de 4 enfants.
Il a une double formation: en génie industriel et en théologie.
De nationalité américaine, il est en France depuis 1968
pour exercer un ministère d'enseignement, principalement auprès
des églises de la région grenobloise et à l'Institut
Biblique de Genève. Il est également chargé de
la construction et de la réfection de lieux de culte. Henri
Bryant est un conférencier apprécié et auteur
de trois commentaires bibliques solides (Matthieu, 1 et 2 Corinthiens)
et de plusieurs livres d'évangélisation.
L’écrivain René Barjavel, dans La faim du tigre,
exprime avec lucidité le problème. D’un côté il
reconnaît que l’examen de notre univers « sans parti
pris impose à notre logique la conclusion qu’il est le fruit
d’une intelligence inventive et d’une volonté planificatrice. » Toutefois
il ne croit pas en le Dieu de la tradition chrétienne car il constate
que « Entre la constitution du monde vivant et son fonctionnement,
entre les merveilles dont il est fait et l’horreur pour laquelle
il semble avoir été fait, il y a une contradiction suffocante. » En
effet, la Bible affirme que Dieu est tout-puissant et souverain dans
toute sa création, mais aussi qu’il est bon et juste dans
tout ce qu’il fait. Alors la question est pertinente : si c’est
le cas, pourquoi Dieu permet-il que ses créatures souffrent et
fassent souffrir autant ? S’il aime réellement sa création,
pourquoi n’y intervient-il pas pour enrayer le mal et l’affliction
qui semblent si souvent frapper à l’aveuglette le juste
et l’injuste ?
D’abord, il convient de noter que ce problème a troublé plusieurs
des prophètes et des croyants des temps bibliques, sans qu’ils
mettent en cause l’existence ni la bonté de leur Créateur.
Abraham (Gen 18.22-33), Job, David (Ps 94), Asaph (Ps 73), Jérémie
(Jér 12.1-6), Esaïe (Es 10.5-16), Habakuk, et Malachie (Mal
3.13-18) ont tous été confrontés à ces questions,
tout en exprimant leur confiance en Dieu.
Leurs paroles nous aident à comprendre mieux les « pourquoi »,
sans pour autant résoudre ce que la Bible appelle « le mystère
de l’iniquité» (2 Thes 2.7).
Que disent donc les Saintes Écritures sur ce sujet ?
I. La souffrance dans le monde :
« Il n’y a point de paix, dit l’Éternel,
pour les méchants. » Esaïe 48.22
Ce passage révèle deux vérités fondamentales
qui déterminent l’œuvre de Dieu dans notre monde.
-La première vérité, c’est que « tous
ont péché et sont privés de la gloire de Dieu » (Rom
3.23). La Bible ajoute que l’homme est entièrement responsable
pour cette « méchanceté » qui marque chacun.
Créé à l’image de Dieu et donc doté d’une
liberté de choix, il a décidé de se révolter
contre Celui qui est la source de toute véritable justice. Moïse
dit clairement : « Rendez gloire à notre Dieu ! Il
est le rocher ; ses oeuvres sont parfaites, car toutes ses voies sont
justes ; c’est un Dieu fidèle et sans iniquité,
il est juste et droit. S’ils (les êtres humains) se
sont corrompus, à lui n’est point la faute ; la honte
est à ses enfants, race fausse et perverse. » (Deut
32.3-5). Nous sommes toujours enclins à blâmer les autres
pour nos problèmes. Ce texte affirme que l’homme est entièrement
responsable pour l’injustice et ses conséquences.
-La deuxième vérité montre que Dieu
ne permet pas que l’homme, dans sa méchanceté,
puisse connaître une véritable paix. Car dans un
monde où tout être vivant est plus ou poins égoïste
et injuste, la souffrance est un mal nécessaire. Comme les douleurs
dans le corps sont nécessaires pour nous avertir qu’un
membre est malade ou doit être soigné, ainsi la souffrance
dans le monde est un appel pressant à l’homme de chercher
la délivrance auprès du Grand Médecin. C’est
pourquoi que Dieu affirme clairement qu’il est effectivement
celui qui permet et gère la souffrance : « Je suis
l’Éternel, et il n’y en a point d’autre. Je
forme la lumière et je crée les ténèbres,
je réalise la paix et je crée le malheur ; moi, l’Éternel,
je fais toutes ces choses. » (Es 45.6-7). Paul explique
que même toute la création a été « soumise à la
vanité » et à « la servitude de la corruption » par
Dieu, à cause du péché de l’homme, mais
dans l’attente d’une délivrance future (Rom 8.19-20).
L’homme peut réagir de deux manières face à cette
vérité :
-Beaucoup diront cyniquement, avec les Juifs du temps de Malachie, « Où est
le Dieu de la justice ? » (Mal 2.17) ou « Il n’y
a pas de Dieu ! » (Ps 14.1). La tragédie de cette
manière d’agir est évidente : elle nous éloigne
de Celui qui est le Père de miséricordes et le Dieu de
toute consolation – la seule source de véritable aide
dans la détresse (2 Cor 1.3).
-Il vaut beaucoup mieux écouter les conseils de Jérémie
: « N’est-ce pas de la volonté du Très-Haut
que viennent les maux et les biens ? Pourquoi l’homme vivant se
plaindrait-il ? Que chacun se plaigne de ses propres péchés.
Recherchons nos voies et sondons-les, et retournons à l’Éternel
; Elevons nos coeurs et nos mains vers Dieu qui est au ciel : nous avons
péché, nous avons été rebelles ! » (Lam
3.38-42).
Jésus donna un message similaire aux personnes troublées
par l’injustice du procurateur Pilate, dans Luc 13.1-5. Dans sa
réponse à leur question, nous pouvons voir deux vérités
importantes.
-Premièrement, les catastrophes n’arrivent pas
forcément aux gens parce qu’ils sont plus mauvais que d’autres.
Le livre de Job nous donne un petit aperçu d’un monde victime
de l’ennemi de Dieu capable de manipuler les éléments
naturels aussi bien que le cœur des hommes. Et c’est parfois
les « innocents » qui en souffrent, ou tout au moins ceux
qui ne sont pas les plus méchants.
-La deuxième vérité est plus importante
: ces choses arrivent comme un avertissement, comme le douleur dans le
corps. Elles sont autant de rappels solennels que tout homme va mourir
et passer devant le Juge de toute la terre. Dieu, dans son amour
pour l’humanité sait que le destin éternel de l’homme
est bien plus important que sa santé et son confort. Car
il prépare pour ceux qui se tournent vers lui « de nouveaux
cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera » (2
Pi 3.13) et où « la mort ne sera plus; il n’y
aura plus ni deuil, ni cri, ni douleur, car les premières choses
(aur)ont disparu » (Apoc 21.4).
II. La souffrance dans la vie d’un chrétien :
« Si tu m’as affligé, c’est par fidélité » Psaume
119.75 (Semeur)
L’affliction dans la vie d’un croyant, une preuve de la
fidélité de Dieu ? Peut-on vraiment l’affirmer, comme
le fit David dans ce psaume ? En tout cas, nous aurons plusieurs occasions
dans la vie d’en douter ! Car nous le savons : ce n’est
pas parce que nous sommes chrétiens que Dieu va éloigner
de nous l’épreuve. Au travers des siècles, les
croyants ont été exposés aux souffrances les plus
atroces – la persécution, la torture, l’hostilité et
même le martyr. Certes, cela ne nous surprend pas, car Jésus
lui-même nous a dit : « Si le monde vous hait, sachez
qu’il m’a haï avant vous. … Souvenez-vous de la
parole que je vous ai dite : Le serviteur n’est pas plus grand
que son maître. S’ils m’ont persécuté,
ils vous persécuteront aussi… » (Jean 15.18-20).
Mais même si nous acceptons de bonne grâce l’opprobre
du Seigneur, nous avons beaucoup plus de difficulté à admettre
que toutes les autres souffrances qui nous accablent sont la preuve de
la fidélité et de l’amour de Dieu. Car le chrétien
pourrait connaître tout autant de souffrances que son voisin non
croyant. Il pourrait contracter n’importe quelle maladie, être
la victime de la violence, avoir des accidents de voiture, tomber dans
la dépression, et subir tous les désagréments que
connaissent les autres.
L’exemple de Paul
Rappelons-nous seulement ce que l’apôtre Paul a dû supporter
durant sa vie. De toute évidence il a été accablé par
une maladie de longue durée, car après avoir reçu
une révélation quatorze ans plus tôt, il vivait avec
une « écharde dans la chair, un ange de Satan » pour
le souffleter (2 Cor 12.2-7). Serait-ce la maladie des yeux repoussante
dont il parle dans sa lettre aux Galates (4.13-15) ? De plus, il parle
librement de son grand découragement (2 Cor 4.8-9), de ses luttes,
de ses craintes, de son abattement (2 Cor 7.5-6), de ses peines et des
dangers auxquels il a été exposé (2 Cor 11.26-28).
On ne peut guère imaginer la frustration qu’il a dû connaître,
homme plein d’activité et d’ambition, pendant les
longs jours et années qu’il passait enfermé dans
une cellule de prison ! Pourtant selon ses propres affirmations et l’impact
de sa vie, nous sommes convaincus que toutes ces épreuves
faisaient clairement partie du plan de Dieu pour son bien et celui d’une
multitude d’autres.
Pourquoi la souffrance ?
Les diverses afflictions ne sont pas seulement physiques ou mentales,
elles sont pour le chrétien une épreuve de sa
foi. D’ailleurs le mot grec pour épreuve est le même
traduit par tentation. La souffrance suscite des questions difficiles
et nous tente de mettre en cause la bonté de notre Dieu, et la
véracité de ses promesses. Le psalmiste Asaph, se laissant
envahir par l’amertume en voyant le bonheur des méchants,
disait dans son moment de révolte : « C’est donc en
vain que j’ai purifié mon cœur, et que j’ai lavé mes
mains dans l’innocence. Chaque jour je suis frappé, tous
les matins mon châtiment est là. » (Ps 73.13-14).
Les Israélites du temps de Malachie disaient aussi cyniquement
: « C’est en vain que l’on sert Dieu; qu’avons-nous
gagné à observer ses préceptes, et à marcher
avec tristesse à cause de l’Eternel des armées ?
Maintenant nous estimons heureux les hautains; oui, les méchants
prospèrent; oui, ils tentent Dieu, et ils échappent ! » (Mal
3.14-15).
Ces critiques demandent une réponse. En effet, qu’en est-il
des promesses de Dieu qui nous assurent de sa protection et de sa provision
face à tous nos besoins ? Si le chrétien peut souffrir
autant que le non croyant, quel avantage de vivre pour lui ? La
Parole de Dieu nous donne des affirmations précieuses face à ces
questions.
-Premièrement, Dieu promet que nous ne serons jamais tentés
(éprouvés) au delà de nos forces, mais en lui et
par lui nous pouvons avoir la délivrance (1 Cor 10.13). David
annonce clairement la différence entre la souffrance d’un
croyant et celle d’un non croyant : « Le malheur atteint
souvent le juste, mais l’Eternel l’en délivre toujours.
Il garde tous ses os, aucun d’eux n’est brisé. Le
malheur tue le méchant, et les ennemis du juste sont châtiés.
L’Eternel délivre l’âme de ses serviteurs, et
tous ceux qui l’ont pour refuge échappent au châtiment » (Ps
34.19-22). Ce passage n’est certainement pas une garantie contre
le bris des os, mais la certitude que finalement le malheur n’est
pas nocif pour le croyant, comme il peut l’être pour celui
qui résiste à Dieu.
-En effet, le chrétien peut savoir que Dieu, « lorsqu’il
afflige, il a compassion selon sa grande bienveillance ; car ce n’est
pas volontiers qu’il humilie et qu’il afflige les fils
d’homme » (Lam 3.32-33). Autrement dit, les épreuves
que Dieu permet ne sont jamais vaines ou inutiles, même si elles
sont pénibles. Comme les corrections d’un père
sont la preuve de son amour pour son enfant, de même, l’affliction
dans la vie d’un chrétien n’est pas simplement utile,
mais nécessaire pour notre croissance en Christ (Héb
12.4-11). Notons brièvement ce à quoi la souffrance sert
dans la vie d’un enfant de Dieu :
1. Elle produit en nous de la compassion pour les autres (2
Cor 1.4). Celui qui n’a jamais souffert ne saura pas compatir (souffrir
avec) avec ceux qui souffrent.
2. Elle développe en nous le fruit de la persévérance (Jac
1.3 et Rom 5.3) et de la sainteté, sans laquelle personne ne
verra le Seigneur (Héb 12.10,14)
3. Elle peut être l’occasion du salut éternel pour ceux
qui voient votre témoignage (2 Cor 1.6). Un chrétien qui
a de la joie malgré ses épreuves rend un témoignage très
percutant. Alors sa souffrance n’est pas seulement pour lui, mais dans
l’intérêt des autres.
4. Elle nous amène à voir plus clairement la fragilité de
toute capacité humaine pour mieux nous confier en Dieu (2 Cor
1.8-9).
5. Elle est l’occasion pour les chrétiens de multiplier l’intercession et
de mieux connaître l’œuvre de Dieu à travers la prière
(2 Cor 1.11).
6. Elle est une médecine préventive contre l’orgueil dans
notre cœur qui bloque l’œuvre de Dieu en nous (2 Cor 12.7).
7. Elle agit pour que le croyant meure à lui-même afin que
Christ vive plus pleinement en lui et que la gloire revienne à Dieu
(2 Cor 4.7-11).
8. Elle est donc nécessaire pour que notre foi, étant éprouvée,
soit purifiée comme de l’or dans le four (1 Pi 1.6-7).
Ces vérités nous montrent que le chrétien peut
vraiment affirmer avec David « Je reconnais, ô Eternel,
que tes décrets sont justes : si tu m’as affligé,
c’est par fidélité. » (Ps 119.75 Semeur).
Toute véritable affliction est une source de tristesse, et elle
peut être l’occasion d’une défaite si nous nous
laissons gagner par l’amertume. Par contre, heureux l’enfant
de Dieu qui peut dire, dans le fort de la tempête :
« Si l’Eternel n’était pas mon secours,
mon âme serait bien vite dans la demeure du silence. Quand je
dis: « Mon pied chancelle ! » ta bonté, ô Éternel
! me sert d’appui. Quand les pensées s’agitent en
foule au-dedans de moi, tes consolations réjouissent mon âme » (Ps
94.17-19).
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