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Sommaire du n° 23 jul - sep 1972

 



L'exemple d'Abraham

Romains 4
R. F. Doulière

Au chapitre 3, verset 21 de l'épître aux Romains, Paul a affirmé que la loi et les prophètes avaient déjà attesté ou rendu témoignage à la justice de Dieu manifestée indépendamment de la loi. Nous savons que les Juifs divisaient l'Ancien Testament en trois séries de textes qu'ils appelaient la Loi, les Prophètes et les Psaumes (cf. Luc 24 : 44). Les Prophètes ont été cités en 1 : 17, l'apôtre se référant à Habakuk. ici, il va citer la Loi pour ce qui est d'Abraham et les Psaumes, pour ce qui concerne David.

Comme le chapitre 3, celui-ci commence par une question. Là, il s'agissait de l'avantage du Juif ; ici au chapitre 4, il s'agit de l'avantage d'Abraham. Que dira-à-on qu'Abraham ait obtenu selon la chair ? De tous les exemples possibles, celui-ci est le plus probant.
D'une part parce qu'Abraham en sa qualité de père des croyants est donné en exemple, d'autre part parce que les Juifs le plaçaient sur le pavois, connaissant le témoignage rendu par Dieu lui-même au patriarche : « Abraham a obéi à ma voix, il a observé mes ordres, mes commandements, mes statuts et mes lois » (Gen. 26 : 5). Si quelqu'un pouvait espérer gagner quelque chose par ses mérites, c'était bien Abraham ; aucun de ses descendants n'aurait osé s'attribuer plus de sainteté que lui. Et pourtant, a-t-il « selon la chair » (c'est-à-dire sur le principe d'une observance légaliste) obtenu quoi que ce soit ? L'Ecriture répond par la négative, puisqu'elle affirme que c'est sa foi qui lui fut compté comme justice. En est-il autrement du pécheur notoire ? L'exemple de David intervient ici. Son péché ne pouvait être remis en question. Et pourtant, il avait expérimenté le bonheur du pardon. Il avait été acquitté sur la seule base de la reconnaissance de son péché et de l'abandon à la seule miséricorde divine.

Dira-t-on que ce privilège ne concerne qu'Abraham et sa postérité circoncise ? Certains, en effet, insistant sur la nécessité de circoncire les païens convertis, disaient que sans cela ils ne pouvaient se réclamer des bénédictions promises à Abraham et à ses descendants. L'apôtre répond que l'effet ne peut précéder la cause. Or, Abraham fut justifié quatorze ans avant que la circoncision intervint et reçut la promesse quatre cent trente ans avant que la loi fût donnée à ses descendants (cf. GaIates 3 : 17) . Dieu pouvait-il faire de la circoncision une condition à la promesse faite quatorze ans plus tôt... ou de la loi l'élément déterminant d'une justice accordée quatre cent trente ans auparavant ?
Non, Abraham ne fut pas justifié
par les oeuvres (versets 4 à 8)
ni en vertu de sa circoncision (v. 9 à 12)
pas plus que par la loi (v. 13 à 17),
mais par la foi au Dieu qui ressuscite les morts.

Le mot clé de ce passage est le mot grec logizomaï qui s'y trouve onze fois. Il a deux sens bien différents selon qu'il est employé seul ou avec la préposition « eis » (a).

Dans le premier cas, il veut dire : « compter » ou « tenir compte de ». Les Septante l'emploient pour traduire 2 Samuel 19 : 19-20 : « Que mon seigneur ne tienne pas compte de mon iniquité, qu'il l'oublie, car ton serviteur reconnaît qu'il a péché ». Avec la préposition, il signifie « considérer comme » ou « tenir pour ».
Une chose est alors mise pour une autre, acceptée en son lieu et place. Ainsi les Septante l'emploient pour traduire Job 13 : 24 : « Pourquoi caches- tu ton visage et me considères-tu comme ton ennemi ? ». La version Segond révisée montre bien la distinction par les deux traductions « compter » ou « mettre au compte de » et « compter comme ». Dans le premier cas, il y a imputation d'une chose réelle ou virtuelle. C'est le péché qui n'est pas mis en compte (verset 8), le salaire (v. 4) ou la justice qui sont comptés (v. 6 et 11).

Dans le second cas, bien plus qu'une simple reconnaissance, c'est une décision de Dieu. C'est la foi tenue pour justice, considérée comme telle. Commentant 3 : 26, nous avons écrit : la foi n'est pas la justice exigée, mais elle est comparable à un chèque tiré sur la justice du Christ. En affaires, le chèque tiré sur la banque nationale et revêtu de la signature du trésorier doit être tenu comme l'équivalent de la somme qui s'y trouve portée. En soi, ce n'est qu'un bout de papier sans réelle valeur, mais au moment de l'encaissement, la preuve est faite qu'il était juste de l'honorer sans réclamer d'autre paiement.

La foi qui est regardée « comme » justice, c'est la traite tirée sur la mort du Sauveur qui garantit le pardon des offenses. La justice, qui est portée en compte, c'est celle que manifeste la résurrection et dont s'empare la foi au Dieu qui ressuscite les morts.

La foi n'a pas plusieurs natures, mais elle a plusieurs objets. Elle s'empare de la propitiation ou rachat (3 : 24-25), et Dieu la tient pour justice ; elle s'empare de la résurrection et le croyant est justifié, la justice même de Dieu lui étant comptée.

Verset 24 : « C'est aussi à cause de nous ». L'histoire d'Abraham ne peut nous laisser indifférents. Ce qui est dit de lui, ce qui lui a été dit et promis, tout cela nous concerne nous aussi si, à son exemple,

verset 25 : « nous croyons en celui qui a ressuscité d'entre les morts Jésus notre Seigneur ».
Se disent parfois croyants, aujourd'hui, des hommes et des femmes qui nient la résurrection corporelle du Seigneur Jésus-christ... Pourtant la seule foi qui justifie est la foi en un Sauveur livré et ressuscité.

« Livré pour nos offenses et ressuscité pour notre justification ».
Si la justice est acquise par son sang, elle ne devient effective que par la résurrection. Le sang manifeste la justice de Dieu qui ne peut laisser le péché impuni. Mais la mort du Christ est aussi la possibilité donnée au pécheur de mourir « en Lui », à la loi et au péché. De sorte qu'ayant satisfait en Jésus (et « avec » Lui) à la justice divine, il ressuscite avec Jésus pleinement justifié. C'est cela que l'apôtre développera longuement dans les chapitres 6 et 7.

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a Il demande alors un accusatif et un datif.
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