Livres
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L’oecuménisdme, une nouvelle religion ?

CHRONIQUE DE LIVRES
Titre: L’OECUMENISME, UNE NOUVELLE RELIGION ?
Auteur: Gabriel Mützenberg
Editeur: Farel, No 1987
Jean-Jacques DUBOIS

En donnant un tel titre à son livre, l’auteur, connu par ses ouvrages sur la Réforme, annonce en quelque sorte la couleur. Il va tester l’oecuménisme pour en montrer le vrai visage, pour administrer la preuve que l’unité n’a de fondement que dans la vérité, et que « la poursuite de l’unité a des exigences strictes », incontournables. Comme le dit la postface du livre « L’unité sans vérité n’est qu’illusion. Artificielle, elle ne fait que masquer les divisions derrière le paravent de monumentales façades et préparer d’autres déchirures ».

Dans un premier temps, Mützenberg fut ouvert, « au milieu des écueils, à la possibilité d’un dialogue sérieux entre catholiques et protestants, voire d’un chemin vers une certaine unité ». Il avait fondé quelques espoirs sur le renouveau apporté par le mouvement charismatique et l’instauration d’un climat de confiance entre les confessions. Toutefois, il lui fallut déchanter devant la réalité ! Le catholique n’avait pas changé et la hiérarchie avait simplement récupéré à son profit les effets de la vague charismatique.

Au fil des années, l’auteur s’est interrogé sur la nature de l’oecuménisme. Il a compris que le pluralisme de nos sociétés, « la cohabitation raciale, ethnique, sociale, politique, religieuse », imposait en quelque sorte une forme de tolérance. Les chefs religieux, oecuméniques et romains, recherchent un consensus qui implique, de la part des différentes Eglises, un alignement sur une base de foi minimale. A cela s’ajoute la pression des foyers mixtes, dont le nombre s’est multiplié et qui militent en faveur de l’intercommunion. Et que dire de la « catholicisation des protestants » à travers l’influence des frères de Taizé, qui voient dans le pape le berger capable de réunir les chrétiens en un seul troupeau Non, il ne faut pas sacrifier à l’euphorie des « retrouvailles » entre catholiques et protestants, elles ne sont qu’un mirage ! Il ne faut pas confondre la « mystique de l’unité », chère aux oecuméniques. avec l’unité pour laquelle le Seigneur a prié. Unité qui « est l’oeuvre de Dieu et n’est pas à négocier, à calculer, à organiser. Elle vient par l’action souveraine de l’Esprit-Saint, d’une conversion de l’homme déchu et perdu à Jésus-Christ ».

Après avoir analysé le problème, Mützenberg s’emploie à dissiper les illusions. Malgré tout ce qu on a pu penser et dire depuis Vatican II, il faut se rendre à l’évidence : le catholique ne change pas. Dans son fond il reste soumis à l’Eglise et, s’il lit l’Ecriture, c’est « avec les lunettes que lui prête son Eglise». Les catholiques charismatiques ne se séparent pas des erreurs romaines telles que : le culte à la Vierge, le culte des saints. des images et des reliques, la célébration de la Messe, etc.

L’Eglise catholique ne change pas. L’auteur a fait une constata lion très significative : si certains historiens catholiques traitent plus objectivement de la Réforme, « ils n’en adoptent pas les thèses » car « ils ne cessent pas d’être catholiques ». Sur un autre plan, G. Mützenberg dénonce la pratique du double langage jusque dans les sphères les plus élevées de la hiérarchie. D’un côté l’oecuménisme est prôné et, en coulisse, le clergé émet des avertissements relatifs au danger de l’influence protestante Rome persiste à croire et à dire que des dogmes sont intangibles ! Dans ce cas la poursuite du dialogue n’est-elle pas une tromperie ?

« L’aggiornamento » de Vatican II « ne touche pas le fond de la doctrine. Il constitue un assouplissement des méthodes, une aération de la maison… une adaptation et une modernisation de certaines pratiques ressenties comme désuètes ». La messe reste la messe, avec la négation du caractère unique du sacrifice et de la passion de Jésus-Christ. Le pape reste le pape, avec toutes ses prérogatives spirituelles et temporelles. Jean-Paul II se considère comme « le père de tous les chrétiens ! » Quant à l’auteur, voici ce qu’il en pense : « Le pape n’est rien pour moi. Il n’est que le chef de l’Eglise romaine ; et pour être dans la ligne de la sainte Ecriture, il devrait donner sa démission ». Si seulement tous les protestants avaient la même conviction ! Grâce à Dieu – et le livre le montre – il y a en a encore qui protestent !

Marie reste la Reine du Ciel, que ce soit dans la théologie romaine ou dans la piété populaire. L’attitude de Paul VI et de Jean-Paul II confirme amplement cette analyse. L’auteur donne maintes preuves de l’actualité du culte rendu à Marie et déplore l’absence de réactions de certaines autorités ecclésiastiques réformées. Ecoutons-le. « Mais quand on commence à penser qu’il est besoin de voiler son identité et de s’excuser d’être ce qu’on est, pour ne pas heurter -ne sachant peut-être plus très bien non plus » qui « on est alors toutes les démissions sont possibles ».

Les indulgences n’ont pas été abolies. En effet, les évêques réunis à Rome pour le Concile de Vatican II ont dû jurer de rester fidèles aux décrets du Concile de Trente ! De Jean XXIII à Jean-Paul II, en passant par Paul VI, des indulgences ont été accordées pour marquer certains événements de l’Eglise ouverture du Concile, année sainte, etc.

La base de l’Eglise, les laïcs, les groupuscules n’auront pas raison de la hiérarchie romaine. Après la récupération du mouvement charismatique, la reprise en mains gagne du terrain. Si parfois la papauté fait mine de plier, elle ne rompt pas. Elle réussira à intégrer toutes les dissidences car, écrit l’auteur, « on ne réforme pas l’Eglise de l’intérieur. On en sort ».

En conclusion de ce chapitre, Mützenberg reconnaît à Dieu le pouvoir d’unir les siens, mais il distingue cette unité essentielle, en Christ et dans la vérité, de la collaboration entre les Eglises « dont plusieurs, sinon toutes, se révèlent plus ou moins infidèles à la Parole de Dieu », ce qui est le cas dans l’oecuménisme. Celui qui veut obéir à l’Evangile ne peut, en conscience, collaborer avec une Eglise (Rome) qui maintient toutes ses erreurs. Une telle collaboration signifie, pour les gens de l’extérieur au moins, « une approbation tacite de son credo ».

Dans le chapitre 3, intitulé Le dialogue, l’auteur va courageusement jusqu’au bout des conséquences de la fidélité. Les divisions ne sont pas scandaleuses si elles procèdent de l’obéissance à la vérité. Prenons garde à la dérive de la pensée quand elle veut concilier ce qui est inconciliable « l’unité ne saurait se faire au mépris de la vérité ». Ne confondons pas unité et ralliement. Rome attend le ralliement « des frères séparés » qu’elle appelait autrefois « les frères égarés ». Il est donc tout à fait juste d’écrire : « L’unité est en Christ. Ceux qui l’ont trouvé comme Sauveur et Maître la vivent, ou qu’ils soient, dans l’attente de son retour. Elle est spirituelle et il ne convient pas de chercher à devancer des temps en l’institutionnalisant ». Certes, le dialogue existe, utile et fécond, d’homme à homme, dans la liberté. Le chrétien y témoigne de sa foi dans le but de gagner des âmes à Christ. Telle est la mission qu’il a reçue. Les unions d’Eglises qui se font au prix du compromis ne correspondent pas au dessein de Dieu.

Que le Seigneur bénisse la lecture de ce livre lucide, loyal, courageux et fidèle ! C’est un son de trompette qui peut réveiller bien des gens bercés d’illusions et encourager des chrétiens à s’engager dans le bon combat de la foi. L’auteur dénonce l’erreur sans manquer à la charité envers les hommes.

Jean-Jacques DUBOIS
Pasteur de l’Action biblique, Genève
Tiré du témoin, mars-avril 1988
avec l’autorisation de l’auteur


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