Dossier: Le royaume de Dieu
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Jean-Baptiste, un grand témoin du royaume

« A leur départ, Jésus se mit à dire aux foules, à propos de Jean : Qu’êtes-vous allés contempler au désert ? Un roseau agité par le vent ? Mais qu’êtes-vous allés voir ? Un homme vêtu somptueusement ? Mais ceux qui portent des vêtements somptueux sont dans les maisons des rois. Qu’êtes-vous donc allés (faire) ? Voir un prophète ? Oui, vous dis-je, et plus qu’un prophète. Car c’est celui dont il est écrit : Voici, j’envoie mon messager devant ta face, pour préparer ton chemin devant toi. En vérité je vous le dis, parmi ceux qui sont nés de femmes, il ne s’en est pas levé de plus grand que Jean-Baptiste. Cependant le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui. Depuis les jours de Jean-Baptiste jusqu’à présent, le royaume des cieux est soumis à la violence, et ce sont les violents qui le ravissent. Car tous les prophètes et la loi ont prophétisé jusqu’à Jean ; et, si vous voulez l’admettre, c’est lui qui est l’Élie qui devait venir. »

Matthieu 11.6-13

Héraut du royaume

Jean est en prison depuis près d’un an. Il entend parler du Christ, de ses discours, de ses miracles, mais il est inquiet. Il doute. Il ne voit pas l’accomplissement des prophéties messianiques. Jésus n’a toujours pas imposé la justice au monde. Et lui est toujours en prison. Jean envoie des émissaires à Jésus pour lui demander : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mat 11.3)

Pour rassurer son ami, Jésus réalise sur le champ plusieurs miracles (Luc 7.21) qui authentifient son rôle de messie. Puis il prononce les paroles les plus élogieuses jamais sorties de sa bouche. Le témoignage du Christ en faveur de Jean-Baptiste est impressionnant.

Le ministère de Jean-Baptiste a été extrêmement influent. Marc 1.4-7 indique que « tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui ; et ils se faisaient baptiser par lui dans le fleuve du Jourdain en confessant leurs péchés. » Parmi la foule, certains n’étaient que curieux de voir le premier prophète depuis Malachie, après 400 ans de silence ; d’autres se repentaient sincèrement.

La prédication de Jean-Baptiste était orientée résolument vers les gestes concrets qui accompagnent la foi (Luc 3.10-14). Mais avant tout elle annonçait un être supérieur à lui, qui baptiserait d’Esprit saint ceux qui se tourneraienont vers Dieu, et de feu ceux qui refuseront refuseraient de le faire (cf. Mat 3.121). Jésus marque de son sceau d’approbation le ministère de Jean- Baptiste, exposant par là même la motivation de certains des spectateurs qui n’appréciaient pas son ministère.

Jean-Baptiste n’était pas une girouette s’agitant en vain — à l’instar des roseaux qui poussent facilement sur les berges d’un fleuve, et qui se couchent dans le sens du vent. Jean-Baptiste n’était pas un dignitaire de la société suscitant l’admiration des foules — ses vêtements étaient primitifs, son mode de vie frugal. Lorsque Jésus pose la question « qu’êtes-vous donc allés voir ? », il invite le peuple indécis à se positionner. Car Jean- Baptiste est prophète, et même,  « plus qu’un prophète ».

Une supériorité qui tient au fait qu’il fait lui-même l’objet d’une prophétie : « Voici que j’enverrai mon messager ;; il ouvrira un chemin devant moi. Et soudain entrera dans son temple le Seigneur que vous cherchez ; et le messager de l’alliance que vous désirez, voici qu’il vient, dit l’Éternel des armées. » (Mal 3.1). Mais également parce que Jean-Baptiste est l’annonciateur, le héraut, du Roi des rois. Les autres prophètes de l’Ancien Testament n’ont pas eu ce privilège et ne faisaient qu’investiguer sur une époque future (1 Pi 1.10-12).

Témoin par anticipation du royaume

Selon Jésus il n’y a pas eu d’homme plus grand que Jean-Baptiste depuis Adam. Ni Job, ni Abraham, ni David, ni Daniel ne peuvent rivaliser avec lui. L’honneur que Christ attribue à Jean-Baptiste est spectaculaire.

Mais il ajoute : « Cependant le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui. » Une parole énigmatique ! Don Carson recense deux interprétations à écarter, car trop isolées du contexte2 :

– Comprenant le « royaume des cieux » dans un sens futur, certains voient le contraste entre Jean-Baptiste maintenant, et le croyant plus tard dans le royaume des cieux. La phrase dirait donc : « Le plus petit dans le royaume des cieux de demain est plus grand que lui aujourd’hui. »

– Comprenant les rapports dans un sens temporaire immédiat, certains entendent : le plus petit dans le sens de « plus jeune » : « Le plus jeune [c’est-à-dire Jésus] est plus grand que lui, bien qu’il que celui-ci soit plus âgé. »

D’autres y voient un contraste entre les croyants de l’Ancien Testament, et les croyants du Nouveau Testament, ces derniers bénéficiant d’un statut spirituel supérieur. Mais c’est une manière étrange de séparer les sauvés, qui le sont par la même œuvre substitutive du Christ.

Deux perspectives sont à considérer :

– 1. Jean-Baptiste est le plus grand homme, mais avec le sacrifice du Christ, les chrétiens reçoivent par grâce une justice par la grâce qui est supérieure à celle des plus grands hommes.

– 2. L’illumination du Christ modifie la hiérarchie entre les prophètes. Jean-Baptiste était une « lampe » qui éclairait Jésus- Christ. Mais après la mort et la résurrection de Jésus, la venue du Saint-Esprit sur les hommes a donné aux chrétiens une lumière bien plus vive ! C’est comme comparer une lampe de poche à une lampe halogène. Parce qu’ils ont l’Esprit saint, et qu’ils reflètent le Christ, les chrétiens ont une fonction de « poteau indicateur » supérieure à celui celle de Jean-Baptiste (cf. 2 Cor 5.14-21).

Mais les implications sont importantes ! Il n’existe pas de plus grand appel que de faire connaître le saint Évangile du Christ. Il n’y a pas d’existence plus « « prophétique » que celle qui se consacre à être témoin de Jésus Christ.

Précurseur du royaume

Selon le Seigneur, le royaume est « soumis à la violence ». Le temps grammatical du verbe peut se traduire de deux façons :

– Au sens passif : le royaume des cieux est « violenté ». Jean-Baptiste, puis Jésus plus encore, sont sujets à une critique violente, contestés par les chefs religieux. Une opposition nette, une rivalité précise s’est établie entre le royaume des cieux et le royaume du monde.

– Au sens actif : le royaume des cieux exige des gens violents, c’est-à-dire des gens passionnément désireux d’y entrer. Jésus ferait remarquer ici la difficulté de faire partie de ce royaume ; les tièdes ne peuvent y entrer parce que leur cœur est rempli de compromis.

Ces deux sens se complètent. En venant sur terre, Jésus vient pour arracher avec force des hommes au monde des ténèbres (Col 1.13). Les démons empêchent les gens de comprendre l’Évangile (Mat 13.19). Satan aveugle les pensées des hommes de notre temps (2 Cor 4.4). Dieu propose un royaume qui est rudement contesté, car ses valeurs sont opposées aux valeurs du monde (1 Jean 2.16).

Seuls les gens qui « poussent », y mettant toute leur énergie, pénètrent dans le royaume des cieux. Bien évidemment, il ne s’agit pas d’une flambée d’œuvres mais d’un cœur confessant clairement son attachement à Jésus- Christ. Jésus use d’une image qui n’invalide en rien les doctrines de la grâce !

Jean-Baptiste est le brise-glace qui ouvre le chemin au Christ, il est le service d’ordre qui force un passage, il est l’éclaireur qui révèle le cœur des hommes et leur besoin de Jésus.

Il est aussi « Élie qui doit venir » (Mal 4.5). Est-ce à dire que Jean-Baptiste est la réincarnation d’Élie ? C’est une lecture bizarre que l’on trouve aujourd’hui dans divers cercles ésotériques. Mais c’est impossible :

– Tout d’abord Jean-Baptiste dit lui-même qu’il n’est pas Élie (Jean 1.21).

– Ensuite, parce qu’Élie n’est jamais mort — il est monté au ciel. Jean-Baptiste est né d’une femme ; ses jours ont commencé d’une manière naturelle qui ne fait pas suite à la vie d’Élie.

– Enfin et surtout parce que la Bible enseigne clairement qu’on ne meure qu’une fois, et que notre sort éternel est déterminé par notre justification qui ne dépend que de notre union à Christ (Dan 12.2-3 ; Héb 9.27 ; 1 Jean 5.11-13).

En fait, Jean-Baptiste est venu « avec l’esprit et la puissance d’Élie » (Luc 1.17). Il y a dans sa personne et son œuvre les caractéristiques de la fonction d’Élie. En sorte que si Israël l’avait reconnu, les conditions étaient réunies pour l’accomplissement des prophéties.

La promesse du retour d’Élie se rattache probablement à un passage surprenant d’Apocalypse 11 où deux témoins sont suscités, dont l’un accomplit les miracles faits par Élie autrefois (Apoc 11.5-6), même si l’identité de ces deux témoins n’est pas explicitement révélée.

Jésus conclut par une mise en garde solennelle : « Que celui qui a des oreilles entende ! » En acceptant Jean-Baptiste comme précurseur du Seigneur, on accepte dès lors que Jésus est soit le Seigneur ; l’horloge prophétique se met en marche et le royaume peut s’établir dans sa plénitude. Mais en refusant d’admettre Jean-Baptiste dans son rôle, alors on refuse la messianité de Jésus. Le Roi des rois est rejeté, et l’avènement public du royaume est reporté. C’est ce qui s’est passé. Un jour, comme le disait Jean-Baptiste, Jésus triera entre les hommes et répartira départagera entre ceux qui sont sauvés et ceux qui ne le sont pas.

Dieu s’est déplacé en la personne de Jésus. Il a envoyé son précurseur pour attester sa venue. Son appel à se repentirla repentance nous invite à changer radicalement notre manière de penser au sujet de la vie, du péché, de Dieu, et à nous engager à sa suite…

Un grand homme

La grandeur d’un homme ne se mesure pas à son apparence ! La grandeur d’un homme n’est pas anéantie par un moment de déprime ou de doute. La grandeur d’un homme ne se mesure pas à sa popularité auprès des personnalités reconnues.

Voici ce qui fait la grandeur de Jean-Baptiste :

– il était consacré à Dieu — pas de superflu dans son style de vie ;

– il ne faisait pas de distinction de personnes, comme l’atteste ses propos courageux à Hérode et aux prêtres ;

– il savait conseiller ceux qui venaient à lui, même des soldats œuvrant pour un gouvernement corrompu ;

– il avait l’humilité de reconnaître les limites de son appel : « Il faut qu’il croisse, et que je diminue. » (Jean 3.30)

1 La notion de tri entre le blé et la paille milite en faveur de cette interprétation.
2 « Matthew », Expositor’s Bible Commentary, vol. 8, Zondervan, 1984, p. 264.

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Varak Florent
Florent Varak est marié et père de trois enfants. Il est pasteur et enseigne aussi à l'Institut Biblique de Genève (IBG). Florent fait partie du comité de soutien de Promesses.