Dossier: La Bible, parole de Dieu ou paroles d'hommes ?
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La Bible : un livre sacré parmi beaucoup d’autres ?

La démarche de l’auteur s’inscrit dans une autre perspective que celle de l’article précédent. Elle correspond à l’apologétique réformée calviniste. On la nomme « présuppositionnaliste », parce qu’elle met en avant le fait que toute vision du monde, y compris celle de la foi chrétienne, repose sur un certain nombre de présupposés, de partis pris. Aussi, la manière la plus efficace de « démontrer » la divine autorité de la Bible, c’est de conduire l’incroyant à la lire en laissant à Dieu la possibilité de se révéler en elle et de convaincre ce lecteurde la vérité de l’Évangile.

 

  1. Possibilité et crédibilité d’une révélation divine

Comme la Bible n’est pas le seul livre à affirmer être Parole de Dieu, nous aimerions faire quelques remarques en lien avec la possibilité qu’un Dieu qui ne ment pas se révèle à l’être humain, ainsi qu’avec lacrédibilité d’une telle affirmation.

Concernant la possibilité d’une telle révélation, nous ne pouvons pas, a priori, répondre à cettequestion. En effet, si le dieu qui existe est une force impersonnelle, alors une telle révélation n’estpas possible. Par contre, si le Dieu qui existe est un Dieu personnel, qui connaît les besoins del’homme et l’aime, alors il faut s’attendre à ce qu’un tel Dieu se révèle à lui. D’une certaine façon,nous pouvons dire que ce n’est qu’une fois que l’être humain est en possession d’une « soi-disantrévélation divine », qu’il peut juger si le dieu qui se présente dans cette révélation esteffectivement un dieu susceptible de se révéler.

Venons-en maintenant à la question de la crédibilité d’une telle révélation : tout dépend de soncontenu. Par exemple, si elle affirme que la réalité n’est qu’illusion, alors ce n’est pas à partir denos sens que nous allons pouvoir juger de sa crédibilité. Cette idée mériterait d’êtredéveloppée, mais comme notre sujet concerne la Bible en tant que révélation divine, c’estuniquement dans ce cadre-là que nous allons prolonger un peu cette réflexion. La Bible seprésente comme Parole d’un Dieu d’amour, personnel, créateur, omniscient et souverain qui nement pas : en tant qu’être doué de personnalité, le Dieu de la Bible est donc susceptible d’entreren relation avec l’être humain ; en tant que Créateur omniscient, il est à même de connaître lesbesoins profonds de l’être humain, et en tant que Dieu souverain qui « n’est pas un homme pour mentir » (Nom 23.19) et qui aime sacréature, il est à même de lui amener une réponse véritable qui comble ses besoins ! Le fait que leDieu de la Bible se révèle à l’être humain est donc non seulement crédible, mais même tout à faitprobable !

Si nous nous penchons maintenant sur la révélation qu’un tel Dieu pourrait faire, nouspouvons affirmer qu’elle doit être l’autorité absolue, puisqu’elle émane d’un Dieu souverainomniscient qui ne ment pas. Cela implique donc que nous devons renoncer à faire appel à touteautre autorité que la Bible elle-même1, pour statuer quant à sa crédibilité de révélation divine ;s’appuyer sur la logique, sur l’exactitude historique, etc., pour « prouver » que la Bible est la Parole deDieu, c’est placer l’autorité de la logique, de l’histoire, etc., au-dessus de celle de la Bible.Commele souligne fort bien le théologien Jules-Marcel Nicole, « l’autorité souveraine par définition ne peut dépendre que d’elle-même, autrement elle ne serait pas suprême ».2En effet, « tous les arguments visant à démontrer l’autorité absolue de quelque chose doivent tôt ou tard faire appel à cette autorité pour asseoir leur légitimité : autrement cette autorité ne serait ni absolue ni souveraine ».3 Il n’est donc pas surprenant de constater que la Bible souligne la nécessité que l’homme soit éclairé par l’Esprit de Dieu pour recevoir ce qui vient de Dieu(1 Cor 2.14). Si la Bible est la vérité absolue qu’elle prétend être(Jean 17.17), ce n’est que par ses affirmations, éclairées par le Saint-Esprit, que nous pourrons être convaincus de son statut de Parole de Dieu, comme le relève justement le théologien Wayne Grudem :« C’est une chose d’observer que la Bible revendique à plusieurs reprises la qualité de Parole de Dieu. C’en est une autre d’être convaincu qu’elle possède vraiment une telle qualité. » Et, poursuit-il, « nous ne sommes vraiment convaincus de l’origine divine des paroles de la Bible que si le Saint-Esprit parle à notre cœur dans et par ces paroles et nous donne l’assurance intérieure que ces paroles nous sont adressées par notre Créateur. »4 En fait, « la Bible se montrera plus convaincante si notre perception de la réalité, de nous-mêmes et de Dieu est correcte. Le problème est qu’à cause du péché notre perception et notre analyse de Dieu et de la création sont erronées. Le péché est irrationnel et il fausse notre perception de Dieu et de la création.[…] Il est donc nécessaire que le Saint-Esprit agisse en nous et annule les effets du péché pour que nous puissions être persuadés que la Bible est bien la Parole de Dieu, comme elle le revendique elle-même. »5

Cela ne signifie pas que divers arguments en faveur de la véracité des Écritures ne puissent pas être avancés, mais ces arguments ne peuvent que rester seconds par rapport à l’autorité de la Bible. Par exemple, le fait que la Bible soit historiquement exacte, le fait qu’elle reflète une cohérence interne ainsi qu’avec la réalité, le fait que des prophéties se soient accomplies, le fait qu’elle transforme des vies, etc., ne constituent pas une preuve absolue de son origine divine.6 En effet, beaucoup de livres rapportent des faits qui sont vrais, mais cela n’en fait pas pour autant des écrits inspirés par Dieu ! Néanmoins, si la Bible émane effectivement du Dieu de la Bible,7 alors elle doit être historiquement exacte, alors elle doit manifester une cohérence interne ainsi qu’une cohérence avec la réalité, alors ses prophéties doivent s’accomplir, etc.

 

  1. Nécessité d’une révélation écrite

Le Dieu de la Bible étant radicalement différent de l’être humain et de tout ce qui existe dans la création, il faut qu’il se révèle à l’homme pour que ce dernier puisse le connaître. Cette nécessité est également liée à la présence du péché qui conduit l’homme à avoir une perception faussée de la réalité(Rom 1.21). Nous pouvons encore ajouter, que pour avoir une connaissance certaine de la vérité, l’homme doit avoir accès à une révélation inspirée par ce Dieu qui ne ment pas. En effet, lui seul connaît avec exactitude tous les états passés, présents et futurs de ce qui existe ; or pour posséder une connaissance absolument sûre, une telle omniscience est indispensable, sinon rien ne permet de garantir que ce qui est estimé comme une vérité sûre ne sera pas corrigé par une nouvelle donnée à venir ! 8

La Bible affirme que Dieu s’est révélé à l’être humain de diverses façons :
–par la création qui témoigne de sa gloire(Ps 19.1), de sa puissance et de sa divinité(Rom 1.20), et au travers de laquelle il témoigne de ses bienfaits envers les hommes(Act 14.16-17) ;
–par la conscience de l’homme qui révèle quelque chose de la volonté divine, puisque même les païens ont une certaine notion du bien et du mal(Rom 2.14-15).
En théologie, on parle de la révélation générale de Dieu : elle témoigne à tout homme de l’existence de Dieu, de sa puissance et de sa gloire, ainsi que de l’existence du bien et du mal.

Dieu se révèle aussi de façon plus précise, au travers d’événements surnaturels : les théologiens parlent de la révélation spéciale de Dieu. Ainsi Dieu se manifeste dans l’histoire, que ce soit par le biais d’événements comme l’Exode(Ex 9.16), ou que ce soit directement à des personnes comme Abraham(Gen 12.1), Moïse(Ex 33.11)et bien d’autres. Ces manifestations qui peuvent se faire par le biais d’apparitions physiques de Dieu(Gen 18.1-2), de voix audibles(Deut 5.24), de visions ou de rêves(Nom 12.6), ou encore par l’intermédiaire d’anges(Héb 2.2), ont un caractère ponctuel : par exemple, au temps de Samuel, la parole de l’Éternel était rare et les visions peu fréquentes (1 Sam 3.1). Elles ne concernent pas non plus tous les hommes : nous avons mentionné que Dieu s’était révélé à certaines personnes, et l’Écriture affirme qu’il a révélé ses paroles à Jacob, ses ordonnances à Israël et qu’il n’a pas agi de même pour toutes les nations qui ne connaissent pas ses ordonnances(Ps 147.19-20). Ces révélations de Dieu aux Israélites se sont faites tout au long de l’histoire de ce peuple : Dieu ne s’est pas dévoilé en une seule fois, mais de façon progressive, révélant toujours plus de choses au fil du temps, et permettant que beaucoup de ces révélations soient rapportées dans sa révélation écrite, la Bible.

Toutes ces manifestations préparaient la révélation ultime de Dieu, qui, après avoir parlé à plusieurs reprises et de plusieurs manières, a finalement parlé en Jésus-Christ dans les derniers jours (Héb 1.1-2) : il est l’image du Dieu invisible(Col 1.15), celui qui fait connaître ce Dieu que personne n’a vu(Jean 1.18), celui qui donne l’intelligence pour connaître le Dieu véritable (1 Jean 5.20), ou encore celui qui révèle le Père(Mat 11.27).

Pour que l’ensemble de ces révélations nous soient accessibles et compréhensibles, Dieu a choisi de se révéler à nous par sa Parole écrite, la Bible. Cette « nécessité » choisie de Dieu nous paraît être en lien avec plusieurs points. Tout d’abord, les révélations dans l’histoire ainsi que celle en Jésus-Christ, ont eu lieu à un moment donné de l’histoire et ne sont pas directement accessibles à toute personne qui vit à une autre époque : par sa Parole écrite, Dieu permet qu’elles traversent les âges.

Ensuite, cela nous paraît aussi être lié à la présence du péché dans le monde. En effet, suite à la chute en Éden le sol a été maudit(Gen 3.17)et la création a été soumise aux effets du péché et aspire à en être délivrée(Rom 8.20-21) : la création qui s’offre à nos yeux est donc « un chef d’œuvre endommagé »,9 Il faut néanmoins garder à l’esprit que notre état de pécheur, qui peut nous conduire à mal interpréter les autres révélations divines, peut aussi nous conduire à des interprétations erronées de la vérité divine exprimée dans l’Écriture.

Pour terminer, nous relèverons qu’à travers sa Parole écrite, Dieu explicite et développe les autres révélations en y inscrivant des pensées qui ne seraient jamais venues à l’esprit de l’homme (1 Cor 2.9-10). Si la révélation générale témoigne de Dieu, elle ne permet pas à l’homme de savoir comment il peut être réconcilié avec Dieu ;la Bible, elle, permet de connaître le chemin du salut en Jésus-Christ : elle nous apprend que c’est par la grâce de Dieu, par le moyen de la foi en Jésus, que nous pouvons être sauvés(Éph 2.8), et que la foi naît de la parole du Christ entendue(Rom 10.17). Cette révélation écrite nous est aussi nécessaire pour vivre le salut qu’elle révèle : c’est par elle que nous sommes régénérés (1 Pi 1.23), nous avons besoin des paroles de Dieu pour vivre(Mat 4.4), c’est par « le lait non frelaté de la parole » que nous grandissons dans le salut (1 Pi 2.2), c’est par elle que Dieu nous révèle ce qu’il attend de nous pour que nous le pratiquions(Deut 29.28), etc.

La brève réflexion que nous venons d’avoir montre qu’il est tout à fait probable que le Dieu de la Bible se révèle à l’être humain, et que, si la Bible est réellement sa Parole comme nous le croyons, c’est uniquement en nous mettant à son écoute avec l’aide de l’Esprit, que nous pourrons avoir une certitude à son sujet.

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  1. Ou Dieu lui-même puisque la Bible est sa Parole
  2. J.-M. Nicole,Précis de doctrine chrétienne, (IBN, 1994), p. 30
  3. Cette impossibilité de « prouver » que la Bible est Parole de Dieu par la raison humaine est renforcée par un autre facteur : puisque l’être humain est marqué par le péché dans toutes les dimensions de son être, cela signifie entre autres que sa raison ne peut prétendre être source de vérité absolue.[note]Il est important de garder cela à l’esprit, car c’est principalement sur la base de la raison humaine qu’au XVIIe siècle, des philosophes et théologiens ont commencé à contester l’autorité et la fiabilité de l’Écriture
  4. W. Grudem, op.cit., p. 62
  5. W. Grudem, op.cit., p. 64-65
  6. Ces remarques indiquent que l’auteur conçoit l’approche « évidentialiste » (voir l’article précédent) comme complémentaire de la sienne. Nous croyons que la Bible elle-même, en parlant des choses de Dieu, cherche à nous toucher tantôt par des arguments « évidentialistes », tantôt par des invitations à laisser tomber nos présupposés pour les remplacer par les vues de l’Esprit. Il y a complémentarité de moyens persuasifs, sans hiérarchie. (NDLR)
  7. Le Dieu de la Bible se présente comme le Dieu créateur de toutes choses, comme un Dieu qui connaît toutes choses (passées, présentes et futures), comme un Dieu qui ne ment pas : la Bible ne peut donc qu’être en cohérence avec la réalité
  8. Par exemple, une personne peut être « certaine » que des choses sont de la même teinte, jusqu’au jour où elle va apprendre qu’elle est daltonienne.
  9. J.-M. Nicole,op.cit., p. 16{/note] qui témoigne de son Créateur de façon imparfaite.

    De plus, l’homme est marqué par le péché, ce qui le conduit à interpréter de façon erronée les autres révélations qu’il peut avoir à sa disposition : par exemple, face au témoignage de la création, les hommes « se sont égarés dans de vains raisonnements, et leur cœur sans intelligence a été plongé dans les ténèbres »(Rom 1.21) ; face aux miracles de Jésus, certains en ont conclu qu’il agissait par le prince des démons(Mat 12.24), et malgré le témoignage de la conscience, les hommes appellent parfois le mal bien(És 5.20), etc. L’homme avait donc besoin d’une référence claire qui lui permette d’interpréter correctement les différentes révélations de Dieu et c’est, nous semble-t-il, ce que Dieu apporte à travers la Bible. Ainsi, comme le remarque W. Grudem :« Le chrétien qui considère la Bible comme la Parole de Dieu échappe au scepticisme philosophique quant à la possibilité d’acquérir une connaissance certaine avec notre intelligence limitée. En ce sens donc, il est correct de dire que, pour nous qui ne sommes pas omniscients, la Bible est nécessaire pour connaître quelque chose avec certitude. »[note]W. Grudem, op.cit., p. 111

Dossier : La Bible, parole de Dieu ou paroles d'hommes ?
 

Juston Philippe
Philippe Juston, diplômé de l’Institut biblique de Nogent-sur-Marne, est à plein temps pour l’œuvre du Seigneur en région parisienne. Il travaille pour une association humanitaire chrétienne, La Gerbe ; il a également un ministère par internet de réponses à des questions bibliques.