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Le réveil : une utopie?

Les réveils se font rares dans le protestantisme en Occident depuis trop longtemps… Est-ce que cela nous interpelle ? Que devrions-nous en penser ?

Un réveil est nécessaire après un état de sommeil ou de lassitude. Il se manifeste par une reprise d’activité plus ou moins vigoureuse. Une équipe jugée inerte au début d’une compétition peut finalement se réveiller et gagner !

Dans le domaine spirituel, le mot « réveil » concerne les individus ou les communautés. Sous l’influence de l’Esprit, une vitalité nouvelle se produit et l’inactivité, l’indifférence et le laxisme font place à un enthousiasme porteur de projets nouveaux. Pendant les périodes de sommeil, rien ne se passe ; avec le réveil, c’est-à-dire avec la conscience vive de la présence de Dieu, le désir et la vision d’accomplir de grandes choses en son nom surgissent et stimulent l’esprit d’initiative.

Les églises constituées de personnes spirituellement mortes ne connaissent pas de vrai réveil spirituel, car il n’y a en elles aucune vie à réveiller. Elles ont simplement besoin d’une vie nouvelle. Dans un réveil, la vie, présente mais inerte, s’embrase soudainement et se concrétise par un témoignage rayonnant. Le réveil touche d’abord la vie intérieure d’une communauté croyante et peut s’étendre, par la suite, à la conversion de personnes périphériques ou à des non-croyants. C’est uniquement par le renouveau des individus et le grand nombre de ceux-ci que le réveil peut arriver à atteindre la vie d’une société, comme cela s’est produit au xviiie siècle, dans l’Europe protestante et en Amérique du Nord.

L’anti-routine

Il y a donc réveil lorsque le Saint-Esprit accomplit une œuvre extraordinaire parmi les croyants. Illuminés par la grandeur de Dieu, par sa patience et sa grâce, convaincus, comme au premier jour, de sa vérité et touchés au plus profond d’eux-mêmes par son amour, les fidèles accomplissent un service et rendent un témoignage en plein essor, lesquels rompent avec la vie ordinaire de l’Église… Le réveil, c’est l’anti-routine de l’institution ecclésiastique, c’est ce qui interrompt son ronron.

Dire d’une personne ou d’une église qu’elle a besoin d’être réveillée implique un jugement négatif sur un « vécu » présent par rapport à un idéal, à une expérience passée, ou à un modèle biblique (comme celui de la Pentecôte). Ce jugement négatif est, cependant, tempéré par la crainte des excès de zèle, voire des débordements difficiles à contrôler, qui ont parfois caractérisé les réveils du passé. Aussi la question est-elle posée : la notion de réveil est-elle biblique ? Selon les tempéraments ou les expériences personnelles, on hésitera à répondre nettement et on préférera le terme de « réforme » à celui de « réveil », comme si la Réforme n’avait pas été le plus grand réveil de l’histoire de l’Église !

Le peuple de Dieu, tout au long de l’A.T., a connu des renouveaux sous l’influence des prophètes et de leaders fidèles comme les juges. Un des textes les plus évocateurs à ce sujet est celui d’Ésaïe 63.15 à 64.11, qui rend compte des errements du peuple loin de Dieu et de sa patience. Il exprime aussi l’aspiration humaine que l’on trouve à l’origine de tout renouveau religieux :

« Ah ! Si tu déchirais les cieux et si tu descendais, les montagnes s’ébranleraient devant toi. » (És 63.19)

Le réveil biblique est lié à l’ardeur avec laquelle on l’attend. Dans le N.T., les églises de l’Apocalypse semblent avoir assez vite perdu le souffle de la Pentecôte (Apoc 2.3) et sont exhortées à retrouver leur premier état, c’est-à-dire une vie saine de l’église selon le modèle des Actes. Actes 3 décrit l’événement de la Pentecôte comme une grande conversion du peuple de Dieu et laisse supposer que des périodes de « rafraîchissement » analogues interviendront jusqu’au jour où Jésus reviendra. « Repentez-vous donc et convertissez-vous pour que vos péchés soient effacés, afin que des temps de rafraîchissement viennent de la part du Seigneur, et qu’il envoie celui qui vous a été destiné, Jésus-Christ que le ciel doit recevoir jusqu’aux temps du rétablissement de toute choses » (Act 3.19-21). Ce texte laisse entrevoir que, dans le futur et jusqu’à la fin des temps, des renouveaux se produiront, des moments où l’Évangile sera proclamé non seulement en paroles « mais avec puissance, avec l’Esprit-Saint et avec une pleine persuasion » (1 Thes 1.5) comme c’était le cas durant le ministère de l’apôtre.

Ces textes suggèrent qu’il y aura des moments où le peuple de Dieu vivra dans l’oubli et dans l’ignorance de la puissance de la vérité, qu’il y aura des temps où un retour à la prédication de la conversion sera nécessaire et où il faudra chercher à nouveau la présence du Seigneur. L’Église a connu des hauts et des bas, mais Dieu est intervenu pour la maintenir en vie. C’est à ces moments extraordinaires que sa vie est spirituellement renouvelée et qu’elle progresse dans son témoignage. Un champ a besoin d’une pluie régulière, mais un arrosage d’appoint favorise une récolte plus abondante. Les réveils sont le résultat de cette intervention de Dieu lorsqu’il inonde son peuple de bénédictions.

Attente et prière

Le réveil est la conséquence d’une attitude d’attente et de prière « par l’Esprit » c’est-à-dire une prière constante (Éph 6.18), en forme de lutte avec Dieu dans la nuit des incertitudes, comme celle de Jacob, afin de recevoir une bénédiction. Mais le surgissement du réveil ne dépend que de Dieu et de son intervention, qui est inattendue et parfois inespérée. Les endroits où les réveils se produisent, par l’ironie de Dieu, sont souvent des lieux sans prestige, inconnus. Non pas Notre-Dame de Paris, l’Abbaye de Westminster ou St-Pierre de Rome, mais Wittenberg, Cambuslang en Écosse, les vallées minières du Pays de Galles, Northampton dans la Nouvelle-Angleterre, les bourgades de la Drôme ou des Alpes, Séoul et des îles perdues en Indonésie.

Les réveils soulignent ainsi l’impuissance de l’homme seul, même s’il se pare des apparences magnifiques du formalisme religieux. S’il recherche Dieu, il peut s’attendre à de grandes choses. En conséquence, il est clair que les tentatives faites pour organiser et programmer des réveils depuis plus d’un siècle se sont fourvoyés. Entre le « réveil » et le « revivalisme » qui s’efforce d’organiser l’intervention divine par des campagnes et des statistiques, il existe une différence majeure. Le réveil est inattendu. L’homme ne peut ni le commencer ni l’arrêter : il est une manifestation de la puissance de l’Esprit. L’Église est incapable de provoquer un réveil, mais elle peut en favoriser la venue en remplissant deux conditions : l’attendre avec ardeur dans la prière et veiller à ce que l’enseignement qu’elle dispense et sa prédication honorent la croix du Christ. Cela se vérifie historiquement.

En tant que fidèles, il nous appartient donc de bien prendre la mesure de notre responsabilité individuelle et collective.

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Wells Paul
Paul Wells est doyen et professeur de théologie systématique à la faculté de théologie Jean Calvin (Aix-en-Provence, France).