Dossier: Musique et chants dans l’Église
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Célébrer les bienfaits de Dieu (Psaume 103)

John Wesley avait environ 21 ans quand il partit étudier à l’université d’Oxford. Il venait d’une famille chrétienne, était intelligent et bien de sa personne. À cette époque, il était un peu snob et sarcastique. Une nuit cependant, un événement commença à changer le cœur de Wesley. Alors qu’il parlait à un porteur de bagages, il découvrit que le pauvre homme n’avait qu’un seul manteau et qu’il vivait dans de si pauvres conditions qu’il n’avait même pas de lit. Pourtant, cette personne était inhabituellement joyeuse, pleine de gratitude envers Dieu. Wesley, quelque peu immature, se moqua sans tact de l’infortune de cet homme :« Pour quelles autres raisons remerciez-vous Dieu ? » demanda-t-il avec un brin de sarcasme. Le porteur sourit et, dans un esprit d’humilité, répondit avec joie :« Je le remercie de ce qu’il m’a donné la vie et un corps, un cœur pour l’aimer, et, par-dessus tout, un constant désir de le servir ! » Profondément touché, Wesley reconnut que cet homme connaissait la signification de la vraie reconnaissance.

De nombreuses années plus tard, en 1791, John Wesley était allongé sur son lit de mort à l’âge de 88 ans. Ceux qui l’entouraient réalisaient à quel point il avait retenu cette leçon de remercier Dieu en toutes circonstances. Malgré son extrême faiblesse, il commença à chanter un cantique :« Je prierai mon Créateur tant que je respirerai. »

Comment louer Dieu ? (103.1-2)

« De David.  Mon âme, bénis l’Éternel ! Que tout en moi (bénisse) son saint nom !  Mon âme, bénis l’Éternel, Et n’oublie aucun de ses bienfaits ! »

On pourrait intituler cette section : de l’intérêt de se parler à soi-même ! David s’encourage à célébrer les bienfaits de Dieu. Comme si un matin, l’un d’entre nous se levait et, se regardant dans un miroir, se disait :« Bon, mon petit, loue Dieu ce matin ! »

David parle de son « âme, » c’est-à-dire la partie la plus interne, la plus intime de son être, « tout ce qui est en [lui] ». C’est de notre être intérieur que nous sommes appelés à louer son saint nom (Deut 6.5 ; Ps 138.1 ; Col 3.16).

Notre cœur, par nature, est prompt à se plaindre. Compter les bienfaits, c’est maintenir une perspective positive qui plaît à Dieu. Qui veut vivre auprès de ceux qui se plaignent constamment ? David invite donc à n’oublier « aucun de ses bienfaits ».

D’une certaine manière, la vie est difficile et suscite bien des complaintes, ce que souligne 2 Corinthiens 5.2 :« Aussi nous gémissons dans cette tente, désireux de revêtir notre domicile céleste par–dessus l’autre ». Mais, d’un autre côté, Dieu nous rappelle par Jérémie :« Pourquoi l’homme vivant se plaindrait-il ? Que chacun se plaigne de ses propres péchés. » (Lam 3.39) Notamment, dans nos rapports mutuels, Jacques à ne pas nous plaindre les uns des autres (Jac 5.9). Énumérer les bienfaits de Dieu est un encouragement puissant contre notre tendance naturelle et charnelle à nous appesantir sur nos problèmes.

David énumère alors ce que Dieu fait afin destimuler nos louanges…

Pourquoi louer Dieu ? (103.3-7)

C’est lui qui pardonne toutes tes fautes,
Qui guérit toutes tes maladies,
Qui rachète ta vie du gouffre,
Qui te couronne de bienveillance et de compassion,
Qui rassasie de biens ta vieillesse,
Qui te fait rajeunir comme l’aigle.

L’Éternel fait justice, Il fait droit à tous les opprimés.
Il a fait connaître ses voies à Moïse, ses hauts faits aux fils d’Israël.

Regardez la liste poétique des actions de Dieu :

  • Il « pardonne toutes tes fautes » : Un verbe qui ne s’applique ici qu’à Dieu. Dieu seul pardonne les transgressions des hommes. Supposons que le péché puisse être mesuré en terme d’infractions. Supposons que nous ne péchions que 10 fois par jour. Cela fait tout de même plus de 255 000 fois en 70 ans ! Et le calcul est faux car le péché est plus vaste qu’une transgression. L’Épître aux Hébreux nous assure que Christ nous a obtenu une rédemption éternelle.
  • Il guérit toutes tes maladies : Il ne s’agit pas de croire que le Seigneur guérira toute maladie physique… De grands hommes de Dieu sont morts de maladie (notamment Élisée, 2 Rois 13.14). Certains chrétiens affirment qu’avec le salut, Dieu donne toujours la guérison. Ils s’appuient notamment sur Ésaïe 53.5 (« C’est par ses meurtrissures que nous sommes guéris »). Cependant, Pierre cite ce passage en le reliant à la guérison des péchés (« lui qui a porté nos péchés en son corps sur le bois, afin que, morts à nos péchés, nous vivions pour la justice ; lui dont la meurtrissure vous a guéris », 1 Pi 2.24).Il s’agit donc bien là d’une guérison spirituelle, intérieure, même si Dieu peut aussi guérir le corps quand il le souhaite.
  • Il « rachète ta vie du gouffre » : Dieu ne te laissera pas, dans le passage vers la mort, au plus profond d’un gouffre.
  • Il « rassasie de biens ta vieillesse » :la peur la plus cruelle est celle d’être isolé quand vient le moment où l’on devient dépendant. Dieu est celui qui prendra soin. Dieu est celui qui pourvoit.
  • Il « te fait rajeunir comme l’aigle » :Ésaïe 40.31 confirme :« Ceux qui espèrent en l’Éternel renouvellent (leur) force. Ils prennent leur vol comme les aigles ; ils courent et ne se lassent pas. Ils marchent et ne se fatiguent pas. »
  • Il fait justice et droit : Dieu intervient dans nos affaires pour établir ce qui est juste et droit. Si ce n’est pas dans cette vie, du moins ce sera le cas dans celle qui est éternelle.
  • Il enseigne Israël :autrefois Dieu a donné sa Loi et a envoyé des prophètes. Aujourd’hui il donne à son peuple des enseignants, et il permet que sa Parole (« ses voies ») donne un sens à la vie.

Quel Dieu louons-nous ? (103.8-14)

L’Éternel est compatissant et il fait grâce,
Il est lent à la colère et riche en bienveillance ;
Il ne conteste pas sans cesse, Il ne garde pas (sa colère) à toujours ;
Il ne nous traite pas selon nos péchés
Et ne nous rétribue pas selon nos fautes.
Mais autant les cieux sont élevés au-dessus de la terre,
Autant sa bienveillance est efficace pour ceux qui le craignent ;
Autant l’orient est éloigné de l’occident,
Autant il éloigne de nous nos offenses.
Comme un père a compassion de ses fils,
L’Éternel a compassion de ceux qui le craignent.
Car il sait de quoi nous sommes formés,
Il se souvient que nous sommes poussière.

Le verset 8 est rempli d’affirmations sur la bonté et la bienveillance de l’Éternel :

  • Sa compassion est son amour profond, chaleureux, qu’Esaïe compare à la tendresse d’une mère (És 49.15)
  • Sa « grâce »ici n’est pas le mot habituel, mais plutôt l’affirmation que Dieu se plaît à répondre aux besoins de ses enfants.
  • Sa lenteur à la colère signifie que sa rétribution est rarement immédiate : si Dieu a jugé Ananias et Saphira avec rapidité, c’est plutôt rare. La norme, c’est la lenteur de sa colère.
  • Il est « riche en bienveillance » : sa grâce, sa bonté, est abondante.

Pour illustrer le pardon de Dieu, le psalmiste utilise des images physiques (cieux-terre, est-ouest). Pour illustrer sa compassion, il le compare à un Père. Jésus reprendra cette image :Dieu est comme un père qui répond aux attentes de son enfant qui lui demande du pain (Luc 11.11-13).

Qui peut louer Dieu ? (103.15-19)

L’homme ! ses jours sont comme l’herbe,
Il fleurit comme la fleur des champs.
Lorsqu’un vent passe sur elle, elle n’est plus,
Et le lieu qu’elle occupait ne la reconnaît plus.
Mais la bienveillance de l’Éternel (dure) d’éternité en éternité pour ceux qui le craignent,
Et sa justice pour les fils de leurs fils,
Pour ceux qui gardent son alliance
Et se souviennent de ses préceptes, afin de les accomplir.
L’Éternel a établi son trône dans les cieux,
Et son règne domine sur toutes choses.

Le contraste est grand avec la fragilité de l’homme qui est comparé à de la poussière, facilement disséminée et qui rappelle la fragilité et la mortalité de l’être humain et à une fleur si vite fanée.

Ayant exhorté à la louange, David rappelle à qui il est donné le privilège de louer : Dieu aime entendre cette louange qui vient de l’homme, si faible soit-il.

Mais il l’apprécie surtout de la part de « ceux qui gardent son alliance ». Dans le langage de l’Ancien Testament, ce sont ceux qui aiment Dieu et comprennent qu’ils sont liés à lui par alliance (Deut 4.23), c’est-à-dire ceux qui sont sauvés. Dieu s’est offert pour racheter un peuple, duquel il attend l’obéissance. L’Épître aux Hébreux se conclut par la même idée :« Que le Dieu de paix–– qui a ramené d’entre les morts le grand berger des brebis, par le sang d’une alliance éternelle, notre Seigneur Jésus, vous rende aptes à tout ce qui est bien pour faire sa volonté ; qu’il fasse en nous ce qui lui est agréable par Jésus–Christ, à qui soit la gloire aux siècles des siècles ! Amen ! » (Héb 13.20-21)

Les croyants, malgré leur fragilité, peuvent vivre selon Dieu, qui n’écartera pas sa bienveillance envers eux. Ils sont associés à Dieu.

Acclamez Dieu ! (103.20-22)

Bénissez l’Éternel, vous ses anges,
Qui êtes puissants en force et qui exécutez sa parole,
En obéissant à la voix de sa parole !
Bénissez l’Éternel, vous toutes ses armées,
Qui êtes à son service et qui faites sa volonté !
Bénissez l’Éternel, vous toutes ses œuvres,
Dans tous les lieux où il domine !
Mon âme, bénis l’Éternel !

Le livre des Psaumes compile cinq livres, et chaque section se termine avec cette invitation à bénir l’Éternel. Le 4e livre (qui se termine avec le Psaume 106) contient quatre psaumes qui ont chacun cette invitation pressante à louer l’Éternel.

Dieu, le Créateur, reçoit l’adoration de tout l’univers : ses anges, ses serviteurs, son armée — même sa création !

Et le Psaume se termine comme il a commencé, en exhortant à se parler à soi-même en bien de l’Éternel :« Mon âme, bénis l’Éternel… »

Cet encouragement résonne encore aujourd’hui. Voilà sans doute pourquoi ce Psaume est le plus adapté pour des cantiques de tout le Psautier !

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Varak Florent
Florent Varak est marié et père de trois enfants. Il est pasteur et enseigne aussi à l'Institut Biblique de Genève (IBG). Florent fait partie du comité de soutien de Promesses.