Dossier: Musique et chants dans l’Église
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La musique : cadeau ou danger ?

Cet article est traduit de l’allemand, avec l’autorisation de l’auteur.

La musique chrétienne contemporaine (Contemporary Christian Music, ou en abrégé MCC) est une vague qui déferle depuis l’Amérique du Nord sur l’Europe de l’ouest. Avec des styles comme le rock, le jazz, le hip-hop, le rap et le punk, des musiciens contemporains essayent de stimuler la louange dans des communautés chrétiennes, ou d’évangéliser plus populairement. On n’imagine plus un événement chrétien, une librairie ou des périodiques chrétiens pour la jeunesse, même une collection privée de CD chrétiens, sans MCC.

Les rockers chrétiens imitent les stars de monde

Les musiciens chrétiens contemporains ne se distinguent quasiment pas, quant à leur apparence, des stars du monde. Beaucoup jouent la même musique, utilisent les mêmes instruments, ont la même coiffure. Ils imitent les concerts du monde et la commercialisation mondaine. Ils ont leurs fans, qui les portent aux nues et qui accrochent dans leur chambre des posters grandeur nature. L’instruction de la Bible : « Ne vous conformez pas à ce siècle » (Rom 12.2) est laissée de côté. Malheureusement, ils deviennent par là un exemple pour leurs fans, qui imiteront leur style de vie, leur habillement, leur comportement. Ces musiciens ne poussent pas dans le chemin du vrai disciple et de la ressemblance au Seigneur Jésus.
Ce danger n’est pas à sous-estimer dans un temps où les jeunes cherchent des repères, et ne trouvent souvent pas d’exemples crédibles. Il est alors d’autant plus important que chacun, jeunes ou plus âgés, soyons en exemple par notre vie. Et il est encore possible aujourd’hui pour des jeunes gens de trouver des hommes ou des femmes de foi. Bien évidemment, le plus important est d’avoir le Seigneur Jésus comme exemple.
Pour beaucoup de musiciens chrétiens, on ne peut que se demander si leur but est d’attirer leurs auditeurs à Christ ou à eux-mêmes.

L’évangile avec quels moyens ?

« Qu’y a-t-il donc à redire à du rock chrétien ? L’essentiel n’est-il pas que le texte soit basé sur la Bible ? » pourrait-on penser. Mais ce n’est pas si simple. Une pierre de touche essentielle pour évaluer si une musique est bonne est l’intégration du « message » avec son « contenant », autrement dit, la musique s’accorde-t-elle avec le texte ou bien vont-ils chacun son chemin, voire l’un contre l’autre ? Imaginons un texte au caractère de louange, qui serait joué intégralement en mode mineur. Ou bien dans l’autre sens, imaginons une musique qui, par son côté excitant et son rythme entraînant, nous mettrait « en transe », et qui en même temps nous parlerait du jugement éternel de Dieu. Si le texte et la musique ne s’accordent pas, le chant manque son but .
La figure déjà évoquée de la syncope est un élément très bénéfique pour donner de la fraîcheur à un chant, et peut vraiment le structurer de manière heureuse. Or la musique actuelle ne peut plus se passer de ce moyen. L’usage de la syncope à « haute dose » amène à une très forte stimulation corporelle. Si, en plus, les syncopes sont désynchronisées d’avec le texte, l’accentuation des mots devient complètement différente du langage habituel. Ces deux effets peuvent contrecarrer le sérieux du message.
Ceci légitime la question de savoir si un texte de cantique s’accorde avec le style de musique rock. Au-delà du fait que la musique rock limite la capacité à une écoute attentive par la très grande place qu’elle donne aux émotions et aux stimulations corporelles, on peut se demander si l’intégration entre message et support n’est pas franchement détériorée. Est-ce que la vie chrétienne est vraiment quelque chose de si rocky, groovy ou freaky, comme cette musique le laisserait penser ?

Du rock chrétien pour l’évangélisation

Ce contraste que nous venons d’évoquer entre message et support est à prendre en compte lorsqu’on envisage de s’adresser à des incrédules à l’aide du rock chrétien. On va les chercher avec leur « musique de soirée », et on risque fort de laisser penser que maintenant « la fête continue avec Jésus ». La musique parle à la chair, et y éveille des émotions charnelles. N’y a-t-il pas le danger que la vie chrétienne se dénature en une vie de « foi » charnelle ? Une conversion peut même être empêchée par cela. Nous avons une illustration bien parlante en Mathieu 13.20-21 : la parole est accueillie avec joie (the party goes on, la fête continue), mais il n’y a pas de racines, et donc pas d’effets durables. Avant de me faire goûter à la joie du salut, Dieu veut d’abord produire en moi la tristesse et la repentance sur ma vie passée de pécheur. C’est pour cela qu’il faut réfléchir soigneusement sur la place qu’a le chant de cantiques lors d’un temps d’évangélisation. Un évangéliste actuel répondait une fois à la question, si une chorale pourrait chanter lors de ses réunions d’évangélisation : «Je n’ai pas besoin de chorale, parce que c’est la parole de Dieu qui doit être annoncée. Mais si Dieu vous a chargé de ce service, vous pouvez bien volontiers chanter. »Paul donnait une grande place à la prédication : « Ainsi la foi est de ce qu’on entend et de ce qu’on entend par la Parole de Dieu. » (Rom 10.17)
Si, malgré tout, l’un ou l’autre des auditeurs a été amené à la repentance par l’évangile présenté de cette manière, nous en sommes reconnaissants. Mais il ne faut pas pour autant en conclure que la musique en serait responsable. Nous sommes en effet « régénérés par la vivante et permanente parole de Dieu » (1 Pi 1.23), et pas par de la musique, sous quelque forme qu’elle soit présentée.

Paul et la musique rock

« Je suis devenu toutes choses pour tous, afin que de toutes manières, j’en sauve quelques-uns. » (1 Cor 9.22) On cite volontiers ce verset pour dire que la Bible autorise toute méthode d’évangélisation (et donc aussi la musique rock), adaptée à chaque public. Mais est-ce à dire que Paul aurait utilisé les styles de discours préférés de chaque public ? A-t-il pratiqué la rhétorique des Grecs ? A-t-il joué du théâtre ou de la pantomime comme les Romains ? Non ! Il adaptait ses prédications, avec le vocabulaire, les images et les comparaisons, donc ce qui touche au contenu, au contexte et aux capacités de compréhensions de ses auditeurs (cf. le discours à Athènes, Actes 17). Mais il laissait délibérément de côté ce qui est du ressort de l’art oratoire et de toutes les techniques humaines de communication, pour ne pas risquer que la foi de ses auditeurs ne soit fondée sur les bases mouvantes de la sagesse humaine (cf. 1 Cor 1-2). Ses prédications trouvaient leur force dans la parole et l’Esprit de Dieu. Aurait-il eu des succès plus grands et plus durables dans son travail missionnaire, s’il avait connu et usé de la si grande efficacité de l’évangélisation des rockers chrétiens ? Certainement pas. Le chrétien qui veut être un porteur de la bonne nouvelle n’a pas besoin de mettre sa confiance dans le divertissement du rock. Il devient de plus en plus difficile d’inviter des gens à des réunions d’évangélisation. On n’attirera évidemment pas par d’anciens cantiques des jeunes dont la consommation musicale est à 100 % du rock ou du pop. Ceci devrait nous motiver à rechercher des méthodes d’évangélisation adaptées à notre temps et qui présentent l’évangile de la croix dans toute sa dignité. Cela ne va pas enthousiasmer les foules, mais nous pouvons être assurés que le Seigneur Jésus approuvera notre service. Et assurément, un témoignage vrai, non enrobé, portera du fruit qui demeure.

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