Dossier: Pauvreté et richesse
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La dot est-elle indispensable pour un vrai mariage ?

Cette nouvelle rubrique vous permet de poser une question à la rédaction de Promesses. Vous pouvez écrire vos questions à editeur@promesses.org.

La dot fait partie des cultures traditionnelles de nombreux pays d’Asie et d’Afrique. Le futur marié remet à la famille de la jeune fille la somme d’argent et les objets qui lui ont été demandés. Dans le passé, c’était parfois l’inverse : par exemple, en France, la famille de la mariée offrait un montant au nouveau couple.
Cette pratique traditionnelle est contestée par une forme de modernité, qui la voit comme un archaïsme tribal, un obstacle à la liberté individuelle, une complication angoissante, inutile, coûteuse en temps et en argent. Et les traditions s’affaiblissent : l’urbanisation coupe les personnes de leurs familles, divers écrans font miroiter d’autres façons de vivre.
Ces tensions se retrouvent parmi les chrétiens. Ils en débattent bien sûr avec des arguments « bibliques ». Certains invoquent la soumission aux autorités et l’honneur dû aux parents. D’autres insistent sur la liberté en Christ et la non-conformité aux habitudes du monde.

Intérêt et risques de la dot

  1. La dot a du sens

La dot traditionnelle établit une alliance entre les deux familles qui stabilise le couple ; elle impose un temps de réflexion avant le mariage ; elle exprime une appréciation du mari pour sa femme ; elle est un geste de reconnaissance pour la famille de l’épouse qui donne une partie d’elle-même, une force vive, un soutien pour la vieillesse. Quand son montant est raisonnable, la dot a du sens.
Il serait donc peu judicieux de balayer la dot comme une tradition dépassée.

  1. La dot comporte des risques

La dot fait intervenir les familles et leur permet ainsi de faciliter et stabiliser un mariage. Elle leur donne aussi un moyen de pression pour imposer un mariage ou au contraire s’y opposer, pas toujours pour de bonnes raisons.
Dans certains cas, les montants exigés sont inaccessibles pour des revenus modestes ; ou bien les procédures propres à la culture communautaire comprennent de nombreuses étapes, chacune impliquant de nouvelles négociations, de nouveaux coûts et un nouveau délai. Le jeune homme risque alors de se décourager et de renoncer au mariage ; ou bien il doit lutter pendant des années pour satisfaire les exigences ; ou bien il se dit qu’il n’a pas le choix : il se met en ménage avec la personne qu’il aime et respecte comme son épouse, espérant finaliser plus tard le mariage coutumier. Souvent le mariage civil est alors bloqué, faute de consentement unanime des familles.
Par ailleurs, la dot ne valorise pas toujours la femme ; dans certaines négociations, elle se sent comme un produit marchandé entre un vendeur et un acheteur. Parfois la dot est totalement dévoyée et tourne à l’escroquerie sordide.

La dot dans la Bible

La dot est-elle fondée sur des principes ou des exemples bibliques ?

  1. L’Ancien Testament n’établit pas la dot

  • Rachel (Gen 29) : Jacob a offert sept ans de service à Laban pour épouser sa deuxième fille Rachel. Laban le dupe et exige encore sept ans de service en plus. Rachel et sa sœur Léa se sont senties « vendues » par leur père (Gen. 31.15). Cette arnaque ne peut pas être qualifiée de dot !
  • Rebecca (Gen 24.53) : le serviteur d’Abraham distribue des cadeaux à son arrivée, notamment à Rebecca. Ce n’est pas une dot négociée avec sa famille.
  • Dina (Gen 33.17-34.8) : Sichem, un cananéen, enlève Dina, fille de Jacob, et couche avec elle. Le père de Sichem offre de payer une forte dot pour arranger la situation. C’est une coutume des Cananéens, pas des Hébreux.
  • La loi de Moïse (Ex 22.16-17) : une dot est exigée quand un homme séduit une vierge non fiancée, qu’il y ait ensuite mariage ou non.
  1. La dot n’apparaît pas dans le Nouveau Testament

Les textes qui parlent du mariage ne mentionnent pas de dot.
Jésus a payé un grand prix pour acquérir l’Église, son épouse, mais pas en argent ou en or : « Ce n’est pas par des choses périssables, par de l’argent ou de l’or, que vous avez été rachetés de la vaine manière de vivre que vous aviez héritée de vos pères, mais par le sang précieux de Christ, comme d’un agneau sans défaut et sans tache » (1 Pi 1.18-19 ; cf. Éph 5.25).

  1. Quelques repères bibliques

La Bible ne justifie pas et n’interdit pas la dot. Voici donc quelques repères pour aider chacun(e) à trouver son chemin :

  • Être soumis aux autorités (Tite 3.1 ; 1 Pi 2.13), tant que cela n’est pas contraire à la volonté de Dieu (Act 5.27).
  • Vivre et transmettre l’amour, la bienveillance, la grâce et la justice de Dieu (Rom 14.17 ; Éph 4.2).
  • Protéger les « petits » (Mat 10.42 ; 18.6).
  • Ne pas être une occasion de chute (Rom 14.13).
  • Ne pas irriter (i.e. provoquer) les enfants (Éph 6.4 ; Col. 3.21) notamment par des demandes irréalistes, égoïstes, manipulatrices ou abusives.
  • Ne pas être cupide (Col 3.5).

Conclusion

La dot n’est ni biblique ni anti-biblique. Elle peut être acceptée dans son principe comme une marque de respect envers les familles et envers les autorités, comme un témoignage public d’amour et d’engagement.
Mais elle ne doit pas devenir une occasion de chute ou de découragement pour les jeunes. Au contraire, les parents chrétiens aiment leurs enfants, l’église aime ses jeunes ; ils se réjouissent de favoriser leur union !

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Dossier : Pauvreté et richesse
 

Lacombe Jean
Jean Lacombe a été pendant de nombreuses années missionnaire en République Démocratique du Congo, puis au Burkina-Faso. Il est depuis quelques années en Suisse, où il a rejoint une équipe qui coordonne l’activité de centres bibliques dans divers pays d’Afrique. Il est marié et père de quatre fils. Il est ancien de son église locale et s’implique également dans l’enseignement biblique. Cet article est extrait d’un livre publié par Jean, Sauvé ! J’en suis sûr, en particulier à destination des chrétiens africains.