Dossier: 1 et 2 Pierre
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L’infiltration des faux prophètes (2 Pierre 2.1-3)

Pierre aborde ici l’une des questions centrales de sa Seconde lettre : les faux prophètes. Leur ministère est un peu comme un jeu de miroirs déformants. Ils renvoient une image partiellement vraie, partiellement fausse. Et les chrétiens, tout comme les églises, doivent les identifier.

1 Il y a eu des faux prophètes parmi le peuple ; de même il y a parmi vous de faux docteurs qui introduiront insidieusement des hérésies de perdition et qui, reniant le maître qui les a rachetés, attireront sur eux une perdition soudaine. 2 Beaucoup les suivront dans leurs dérèglements et, à cause d’eux, la voie de la vérité sera calomniée. 3 Par cupidité, ils vous exploiteront au moyen de paroles trompeuses mais depuis longtemps leur condamnation est en marche et leur perdition n’est pas en sommeil.

Leur venue (1.1a)

Un prophète porte la parole devant les hommes et devant Dieu. Les prophètes de la Bible donnent une parole inspirée par l’Esprit (cf. 1.20-21), et donc totalement vraie et sûre. Mais il y a aussi eu de faux prophètes.

Moïse a donné dans la loi des instructions pour les démasquer (Deut 13) :

– Un signe, un miracle ou une prophétie réalisée, n’est pas suffisant pour authentifier un vrai prophète.

– Il faut que ses propos soutiennent une juste conception de Dieu, et s’alignent sur la parole que Dieu a déjà posée.

Au temps du N.T., il y a eu des faux prophètes, et notamment à l’intérieur même de l’Église. Voici quelques exemples :

  • Jean avertit : « Plusieurs faux prophètes sont venus dans le monde. Reconnaissez à ceci l’Esprit de Dieu : tout esprit qui confesse Jésus-Christ venu en chair est de Dieu ; et tout esprit qui ne confesse pas Jésus, n’est pas de Dieu, c’est celui de l’antichrist, dont vous avez appris qu’il vient, et qui maintenant est déjà dans le monde. » (1 Jean 4.1-3)
  • Paul avertit également : « Ces hommes-là sont de faux apôtres, des ouvriers trompeurs, déguisés en apôtres de Christ. Et ce n’est pas étonnant, car Satan lui-même se déguise en ange de lumière. Il n’est donc pas étrange que ses serviteurs aussi se déguisent en serviteurs de justice. Leur fin sera selon leurs œuvres. » (2 Cor 11.13-15)
  • Jésus reproche à l’église de Thyatire de laisser une femme « qui se dit prophétesse » parler et corrompre l’église (Apoc. 2.20).
  • Lorsque Paul a quitté les responsables de l’Église d’Éphèse, il leur a dit : « Je sais que parmi vous, après mon départ, s’introduiront des loups redoutables qui n’épargneront pas le troupeau, et que du milieu de vous se lèveront des hommes qui prononceront des paroles perverses, pour entraîner les disciples après eux. » (Act 20.29-30). Parce qu’Éphèse a été prévenue, elle a su rester ferme pendant 40 ans (voir Apoc 2.1-7).
  • Jésus prévient qu’il y en aura avant l’invasion de Jérusalem (Mat 24.11).
  • Paul également avertit que « dans les derniers temps quelques-uns abandonneront la foi pour s’attacher à des esprits séducteurs et à des doctrines de démons » (1 Tim 4.1).

Pierre s’inquiète. Les faux prophètes d’autrefois venaient de l’intérieur même d’Israël — des Juifs qui, pour différentes raisons, parlaient faussement au nom de Dieu (voir par ex. Jér 5.13-14 ; 6.13 ; 23.13-14). Pierre met en garde l’Église : c’est de l’intérieur, « parmi vous », que viendront des faux docteurs, c’est-à-dire de faux enseignants.

Leur doctrine (1.1b)

Leur doctrine sera sournoisement amenée — c’est-à-dire qu’elle sera présentée avec finesse et ce ne sera pas évident de les identifier. Mais l’apôtre avertit : ce sont des hérésies !

Le mot « hérésie » provient du verbe « choisir ». Les hérétiques élèvent des points secondaires ou dévoyés pour fonder une doctrine particulière. Ils ne respectent pas l’autorité de toute la Bible. Certains de leurs propos sont très justes. Mais il y a certains passages, ou certains enseignements qu’ils refusent de respecter ou de reconnaître — ils choisissent ce qu’ils croient. Les hérétiques ont des « dadas » qu’ils ressassent, qu’ils mettent en avant à l’exclusion d’autres passages de l’Écriture.

Dans le cas présent, l’apôtre Pierre dit que ces hommes renient le maître, c’est-à-dire le Christ. Comment renier Christ ?

  • Lorsque son identité d’homme pleinement Dieu ou de Dieu pleinement homme est contestée. Au temps des apôtres, une secte judaïque, les Ébionites, enseignait que Jésus était un homme normal, qu’il était devenu Messie à cause de sa piété, et qu’il avait reçu un esprit supérieur lors de son baptême. Il y en a eu bien d’autres : les Témoins de Jéhovah aujourd’hui renient le Christ, tout comme certains soi-disant prophètes contemporains.
  • Lorsque ses exigences sont minimisées. Un mouvement commençait à poindre le jour à cette époque également. Ses adeptes se faisaient connaître sous le nom de gnostiques. Ils enseignaient un dualisme erroné se manifestant de deux manières différentes : soit par un ascétisme très strict, soit au contraire, par un laxisme moral complet.
  • Lorsqu’une personne est divinisée à la place du Christ. C’est le cas, par exemple, de l’Église Kimbaguiste qui considère que le second fils du fondateur, Charles KisolekeleLukelo, est la seconde personne de la trinité. C’est le cas également, au Bénin, de la secte de Banamè, d’inspiration catholique, où une jeune femme se fait passer pour Dieu.

Ces faux docteurs sont un danger. Ils renient Jésus « qui les a rachetés ». Ces faux docteurs sont-ils de vrais chrétiens qui auraient perdu le salut ? Le terme « racheté » équivaut-il à « sauvé » ? Cette expression est un des nœuds de l’Épître, et plusieurs compréhensions ont été avancées :

  • Ces faux enseignants auraient perdu leur salut — mais c’est une impossibilité au regard de nombreux textes de l’Écriture (Jean 10.28-29 ; Rom 8.28-39).
  • Certains limitent le mot « racheté » à la profession de leur foi. Ils disent être rachetés. Cette interprétation est possible, mais difficile à soutenir à partir du texte — elle ressemble un peu à une pirouette.
  • Le mieux est de voir dans le rachat l’œuvre de Dieu pour tous les hommes. 1 Jean 2.2 dit que « Jésus Christ est lui-même une victime expiatoire pour nos péchés, et non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier ». Christ a payé pour les fautes de tous, mais tous n’en profitent pas ! Il faut qu’une personne admette son besoin de Jésus et se tourne vers lui. Ainsi, le salut est disponible pour tous les hommes (et tous les hommes sont appelés). Mais il n’est efficace que pour un certain nombre (tous les élus qui se repentent avec confiance).

Leur succès (1.2)

L’impact des faux prophètes sera important. De nombreuses personnes suivront les faux docteurs. Jean l’affirme : « Eux, ils sont du monde ; c’est pourquoi ils parlent d’après le monde, et le monde les écoute. » (1 Jean 4.5). De tout temps, l’Évangile et l’autorité de la Parole ont été contre-culturels. En sorte que la majorité des gens est toujours attirée vers quelque chose de plus simple ou de plus confortable ou de plus spectaculaire que l’Évangile et la Bible.

Les exemples abondent :

  • Les prophètes étaient des centaines à la table de Baal, et Elie, seul pour oser se confronter à eux. Malgré quelques milliers d’hommes demeurés fidèles, les serviteurs étaient plus nombreux du côté de Baal que du côté de Dieu.
  • Jérémie a prophétisé pendant 23 ans sans que personne ne l’écoute (Jér 25.3). Et tout autour de lui, de nombreux faux prophètes disaient le contraire de son message, entraînant la foule.

Ces faux docteurs se caractériseront par leurs dérèglements, c’est-à-dire par leurs vices et leur débauche morale. Fausse doctrine et immoralité vont souvent de pair. Comme ces gens se présenteront en bons chrétiens, leur comportement jettera le discrédit sur l’ensemble de la chrétienté. C’est « la voie de la vérité » qui sera ternie, cette voie qui passe par une personne, Jésus-Christ, qui est le chemin (c’est-à-dire le seul passage vers le Père), la vérité et la vie.

Leur cupidité (1.3a)

Une autre marque des faux docteurs est qu’ils sont souvent motivés par l’argent. Leurs services sont facturés.

  • Exactement comme dans le cas de Balaam que les Moabites payèrent pour maudire Israël.
  • Exactement comme Guéhazi, l’assistant d’Élisée, qui voulut capitaliser sur le service spirituel de son maître auprès de Naaman le Syrien.

Aujourd’hui encore, l’erreur et l’argent vont parfois de pair. Ainsi une famille dont un enfant était gravement malade, s’entendit dire par le pasteur qu’il était malade parce que la famille ne donnait pas la double dîme !

La conquête de l’argent est le propre des sectes. Un prédicateur connu était de passage il y a quelques années à Genève. Des milliers de personnes s’étaient rassemblées. Il prêchait la prospérité et la guérison. Et puis il demanda les sujets de prière. Des milliers de personnes gribouillèrent sur un bout de papier prévu à cet effet leur sujet de prière. Il proposa ensuite qu’on soutienne son ministère par un petit chèque. Le tout dans une enveloppe. Après la collecte, derrière l’estrade, le staff américain ouvrait les enveloppes, jetait les sujets de prière, et encaissait les chèques. Et le pire c’est que le lendemain, ce soi-disant prophète s’est mis en colère parce qu’il n’y avait pas eu suffisamment d’offrandes.

Leur destinée (1.3b)

Avant de donner des exemples passés de jugement, l’apôtre annonce clairement leur jugement :

  • Condamnation : Leur jugement est déjà en marche ! C’est une certitude. Jude rappelle que Hénoc l’avait déjà prophétisé il y a des millénaires (Jude 14-15).
  • Ruine: Ce terme est synonyme de destruction et dépérissement.

Tout ceci décrit l’enfer, « le feu qui ne s’éteindra point » (És 66.24), « la honte éternelle » (Dan 12.2) ; « le châtiment éternel » (Mat 25.46), « une ruine éternelle » (2 Thes 1.9).

Conclusion

Paul exhorte Timothée : « Efforce-toi de te présenter devant Dieu comme un homme qui a fait ses preuves, un ouvrier qui n’a pas à rougir et qui dispense avec droiture la parole de la vérité. » (2 Tim 2.15)

Que vous discutiez avec vos enfants d’un passage de l’Écriture ou que vous animiez un groupe de maison, vous avez cette responsabilité : dispenser avec droiture la parole de la vérité. Ce sera la meilleure arme pour éviter de tomber dans les pièges des faux docteurs.

Ayons le même réflexe que les Juifs de Bérée qui examinaient chaque jour la Bible pour vérifier ce que disait l’apôtre Paul.

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Varak Florent
Florent Varak est marié et père de trois enfants. Il est pasteur et enseigne aussi à l'Institut Biblique de Genève (IBG). Florent fait partie du comité de soutien de Promesses.