Dossier: 1 et 2 Pierre
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Soyez sur vos gardes

La fin de toutes choses est proche. Soyez donc sages et sobres, pour vaquer à la prière. Avant tout, ayez les uns pour les autres un ardent amour, car l’amour couvre une multitude de péchés. Exercez l’hospitalité les uns envers les autres, sans murmures. (1 Pierre 4.7-9)Sachez avant tout que, dans les derniers jours, il viendra des moqueurs avec leurs railleries, et marchant selon leurs propres convoitises. (2 Pierre 3.3)

Le Seigneur ne tarde pas dans l’accomplissement de la promesse, comme quelques-uns le croient ; mais il use de patience envers vous, ne voulant pas qu’aucun périsse, mais voulant que tous arrivent à la repentance. (2 Pierre 3.9)

Vous donc, bien-aimés, qui êtes avertis, tenez-vous sur vos gardes, de peur qu’entraînés par l’égarement des impies, vous ne veniez à déchoir de votre fermeté. Mais croissez dans la grâce et dans la connaissance de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. A lui soit la gloire, maintenant et pour l’éternité ! Amen ! (2 Pierre 3.17-18)

1. Le contexte historique

La première lettre de Pierre fut sans doute rédigée entre vers l’an 60 ou 64. On ne peut affirmer avec exactitude si sa rédaction a précédé ou suivi l’incendie de Rome. Sa deuxième lettre fut rédigée, sans doute quelques 3 ou 4 ans plus tard, alors qu’il était en prison à Rome et que Néron régnait encore sur l’Empire romain. Il écrivit celle-ci peu de temps avant de mourir comme martyr. Ses lettres étaient destinées à des églises qui entraient dans la deuxième, voire la troisième génération ; nous sommes en effet une trentaine d’années après la première Pentecôte.

À cette époque sous la dynastie julio-claudienne, le climat politique était pénible. Néron fut adopté en l’an 50 par son beau-père, l’empereur Claude, puis marié à Octavie, l’une des filles de Claude, mais le couple allait très mal. Néron organisa la mort de sa femme en l’isolant sur l’île de Pandataria afin qu’elle s’y suicide par obligation ; puis il organisa la mort de sa propre mère car elle le gênait dans la relation qu’il entretenait avec sa maîtresse Poppée Sabine. Plus tard, il épousa celle-ci et la malmena jusqu’à la mort. Néron{note]NDLR : Néron tenta également de se marier avec Claudia Antonia, sa demi-sœur par adoption et fille de Claude, mais elle refusa. Il la fit exécuter sous prétexte qu’elle fomentait un complot. On lui attribue également la mort de Britannicus (son demi-frère et fils de Claude), peu avant la majorité de celui-ci. Il se maria également avec Sporus, un jeune homme qu’il fit castrer. Lors de ce mariage, il le présenta en public comme sa femme. s’est marié à une troisième femme[/note], StatiliaMessalina, dont il avait fait préalablement tuer le mari.

Devenu empereur à l’âge de 17 ans sur la nomination du Sénat, Néron était un empereur modéré durant ses premières années. Il était conseillé par sa mère, Sénèque et d’autres. Mais les conseils prodigués par ces derniers ne lui permettaient pas de se réaliser. Son envie était de développer sa mégalomanie, de se voir davantage comme acteur au travers des jeux du cirque, plutôt que de gouverner l’empire. Il liquida donc progressivement tous ses conseillers. Devenu seul maître à bord, il pouvait gouverner l’empire à sa guise, mais sa manière de gérer les affaires se transforma rapidement en désastre. Malgré son suicide, des luttes intestines allaient se poursuivre, faisant encore davantage de morts au sein de l’Empire.

Le sombre tableau de cette période nous montre un gouvernement centralisé, aux projets mégalomanes, où l’éthique personnelle des gouvernants n’était plus crédible, où l’immoralité leur permettait de détruire des humains sans gêne et sans regret. Nul ne peut affirmer avec certitude que Néron ait orchestré l’incendie de Rome, afin de vider son centre des pratiques religieuses et d’y construire son propre palais. Mais nous savons que Néron a orienté les soupçons sur les chrétiens. Ce fut la première persécution chrétienne organisée à grande échelle, où nos frères et sœurs ont servi entre autres de lampadaire dans des jeux du cirque nocturnes.

2. Pierre et la situation de l’Église

L’Église avait grandi. Au travers de ses voyages missionnaires de l’an 46 à l’an 61, Paul avait transmis l’Évangile. Son ambition n’était pas en priorité d’implanter des églises, mais que l’Évangile soit connu des hommes, partout où il passait. Il visait également la formation de disciples et la consécration des âmes à une entière dépendance à Jésus-Christ.

Alors que Pierre écrivait ces lignes, Paul se trouvait peut-être aussi à Rome, mais ils étaient sans doute séparés physiquement l’un de l’autre. Ils ont enduré le même genre de condition et partageaient le même fardeau. Et finalement ils ont connu tous deux le martyre.

2.1. Qui est le chef de l’Église ?

Un des buts de Pierre dans sa première lettre était de rappeler aux chrétiens que Jésus est la pierre angulaire (1 Pi 2.4-5). Il avait été le choisi de Dieu pour annoncer la bonne nouvelle à la première Pentecôte, celui qui amena une foule importante à la repentance, à la foi en Jésus, puis au baptême. Il avait été l’outil de Dieu mais il connaissait aussi ses fragilités. Il savait qu’il avait été pardonné par Jésus suite à son reniement, conscient qu’on ne pouvait pas forcément compter sur lui et qu’il pouvait déraper. Au travers de sa fragilité, il pouvait être vrai. Comme il était au crépuscule de sa vie, certains voulaient faire de lui en quelque sorte l’apôtre de leur église, car il avait été trouvé fidèle. Mais Pierre renvoie à Jésus qui est la pierre angulaire (1 Pi 2.1-8). Quelles que soient les circonstances dans l’histoire et indépendamment de toute contrainte politique, l’Église doit garder ce réflexe : « approchez-vous de la pierre vivante ».

2.2. Un comportement approprié

Pierre ressentait aussi que le temps de la liberté dans l’Empire commençait à s’effriter : « La fin de toutes choses est proche. » (1 Pi 4.7) Il pressentait qu’une période de souffrance allait arriver, son Épître avait donc pour but d’encourager les chrétiens à affronter ces souffrances : « Soyez donc sages et sobres, pour vaquer à la prière. » La sagesse commence par la crainte de l’Éternel (Ps 110.10, Prov 1.7). Elle nous permet d’entrer des situations afin d’expérimenter la patience et la force de Dieu ; elle est le résultat d’une intelligence sobre et équilibrée. La sagesse et la sobriété devraient conduire à vaquer à la prière.

2.3. Esclave de Christ

Dans sa deuxième lettre, Pierre a un autre souci. Il commence sa lettre différemment de la première. Il se présente : « Simon Pierre, doulos et apôtre de Jésus-Christ ». Le mot grec doulos signifie « esclave ». Pierre ressentait-il que l’on voulait mettre des grades dans l’Église ? Il se rappelait peut-être les paroles de Jésus lorsque celui-ci lui a posé trois fois la question : « Pierre, m’aimes-tu ? » Jésus, à la suite de ces questions, a annoncé à Pierre qu’un jour, il serait lié et conduit quelque part où il ne voudrait pas aller (Jean 21.15-18). Jésus savait que Pierre allait mourir comme martyr. Il a dû se préparer à cela. Le meilleur moyen pour lui a été de se rappeler qu’il était un esclave volontaire de Jésus, entièrement consacré à son maître. Pierre montre par ce moyen que nous avons tout reçu en Jésus. Il exhorte les uns et les autres à faire tous leurs efforts, pour joindre à la foi, la maîtrise de soi et jusqu’à l’amour (2 Pi 1.5-7), pour que, ce qu’ils ont reçu au travers de leur engagement, porte du fruit dans leur existence.

2.4. Les faux docteurs

Au chapitre 2, Pierre aborde la question des faux prophètes en Israël et des faux docteurs qui vont se lever au sein de l’Église. Ce sont des gens qui sont dans l’Église, qui ont de la connaissance, ont renié leur maître, ont une vie déréglée et immorale et dissocient leur message de leur vie pratique. À cause d’eux, « la voie de la vérité sera calomniée », littéralement « blasphémée » (v. 2) ; de plus, ils sont cupides, recherchent les désirs charnels, méprisent l’autorité du Seigneur et blasphèment le nom de Jésus. Ils vont jusqu’à « injurier les gloires » et insulter le monde invisible (v. 10-11). Le monde invisible occulte est plus fort que nous ; il est moins fort que nous lorsque nous sommes ancrés en Christ, mais il reste plus fort que nos exploits personnels et notre manière de regarder ce monde invisible. Nous ne devons pas mépriser l’autorité du Seigneur dans nos vies personnelles mais l’accepter avec un grand respect.

Ces docteurs séduisent les âmes mal affermies (v. 14). Ils promettent la liberté mais sont eux-mêmes esclaves de la corruption (v.19). Ils se sont égarés en suivant la voie de Balaam (v. 15). Balaam vivait dans une relation de compromis. Il cherchait un terrain pour bénir tant les païens qu’Israël. Plutôt que de s’attacher à Dieu, il convoitait les honneurs. Sa position confuse a eu un écho sur le peuple d’Israël, lui donnant une bonne conscience pour entrer dans le compromis. C’est comme s’il avait déjà été marqué par ce que l’on appelle dans le Nouvel âge l’élargissement de la conscience. Cette pensée moderne a pour incidence de ne pas rester attaché à une seule vérité, ne pas respecter et adorer un seul Dieu, sauveur et maître.

Nous qui sommes responsables dans une église, nous avons une grande responsabilité et devons être très attentifs, ne donnant pas aux membres de l’église une bonne conscience lorsque notre vie personnelle est compromise. Cela me fait trembler et je comprends Jacques lorsqu’il écrit que ceux qui enseignent seront jugés plus sévèrement (Jac 3.1). Les faux frères qui étaient dans l’église avaient bien commencé, mais ils ont mal fini (2 Pi 2.20-22).

3. Soyez sur vos gardes

3.1. La persévérance

En tant qu’enfant de Dieu, fidèle au Seigneur, nous vivons une tourmente dans le monde qui nous entoure. Le juste Lot vivait déjà cela dans les villes de Sodome et de Gomorrhe. Il était profondément attristé par la conduite dissolue et sans frein des hommes. Pierre rappelle que le Seigneur sait délivrer ceux qui vivent dans cette tristesse et dans cette bataille (2 Pi 2.6-10). Soyons donc sur nos gardes et ne pensons pas comme les païens. Christ nous a délivrés pour être des enfants de Dieu, pour nager contre le courant, pour vivre en accord avec ce qui est écrit. Nous ne vivons pas contre le mal mais nous vivons pour le bien en Christ.

3.2. Accepter de veiller dans la grâce

Nous voulons rester sur nos gardes, fermement ancrés en Christ (2 Pi 3.17-18). La fermeté ne consiste pas à rester dans l’entêtement, mais à accepter les conseils, à réfléchir ensemble, pour arriver à des convictions, puis les maintenir dans sa vie personnelle sans les utiliser comme arme contre les autres. Pour demeurer ferme, Pierre dit : « croissez dans la grâce », dans la fermeté de ce que nous n’avons pas mérité c.-à-d. le cadeau de la grâce de Dieu, du pardon, de la vie éternelle et d’être ses enfants bien aimés. Nous sommes encouragés par l’exemple de nos frères, que le Saint-Esprit a secourus et protégés, et qui nous ont précédés. Pierre, en écrivant encore sa deuxième Épître, sans doute peu de temps avant de mourir comme martyr, était persuadé qu’il devait encourager l’Église afin qu’elle garde les principes essentiels : construire sur Jésus, la pierre angulaire, et poursuivre en comptant sur la grâce de Dieu, voici notre grand privilège.

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Herrmann Daniel
Daniel Herrmann s’investit avec son épouse dans l’implantation d’églises, dans la formation de disciples et d’anciens d’églises. Missionnaire de « France pour Christ », il est aussi enseignant à l’Institut Biblique de Genève.