Dossier: La mission
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Naissance des misions évangéliques

La mission chrétienne outre-mer, qui bénéficiait jadis d’une idéalisation excessive, n’a plus très bonne presse. Elle n’évoque plus pour beaucoup, jusque dans les églises, que le casque colonial. Heureusement que les faits sont têtus : le survol de Jacques Blandenier les met opportunément en place dans cet article paru dans Fac Réflexion en avril 1987.

Alors que nous sommes à l’aube du 3ème millénaire de l’ère chrétienne, nous constatons que l’Évangile est répandu sur toute la surface de la terre, et que l’Église est devenue une réalité multiraciale.

Il est vrai que dans certaines régions, surtout dans les zones d’influence de l’islam et du bouddhisme, la présence chrétienne est une très faible diaspora, et qu’ailleurs encore, des milliers d’ethnies n’ont jamais entendu la Bonne Nouvelle dans leur langue – sans parler des immenses concentrations humaines des mégapoles du Tiers-Monde. Gardons-nous donc de tout triomphalisme ; la tâche est bien loin d’être achevée ; il faut que les efforts redoublent, de toute urgence, surtout lorsqu’on songe à l’explosion démographique des nations peu évangélisées. Et ce sont les chrétiens du monde entier qui doivent se mobiliser pour cette tâche.

Cependant, cette diffusion universelle de l’Évangile est une réalité, et c’est un phénomène récent, unique dans l’histoire du christianisme[1], et même dans l’histoire des religions en général. Si l’on confronte ce fait à la situation telle qu’elle se présentait à la fin du XVIIIème siècle, le changement apparaît radical. Il est dû à un renouveau de la vision missionnaire de l’Église qui n’a de comparable que l’élan missionnaire des trois premiers siècles.

L’éclosion, l’explosion missionnaire de ces 200 dernières années sont le fait des Églises occidentales de race blanche. Car, à part quelques exceptions (l’Église de l’Inde du Sud, celles d’Égypte et d’Éthiopie – pour ne rien dire de la christianisation superficielle de l’Amérique latine par les Conquistadores), le christianisme était devenu presque exclusivement européen depuis plusieurs siècles. Ce qui était loin d’être le cas à d’autres périodes de l’histoire de l’Église : développer cette question nous ferait sortir de notre sujet, l’écarter entièrement en fausserait la perspective et nous rendrait coupables d’un fâcheux ethnocentrisme occidental !

Au premier millénaire : évangélisation sur trois continents

Les Actes des Apôtres, c’est vrai, nous montrent comment l’Évangile, à partir de Jérusalem, est parvenu jusqu’en Europe et le récit se termine à Rome, capitale de l’Empire. Mais Luc, premier historien de l’Église, n’a jamais prétendu être exhaustif – s’il avait voulu l’être, son livre aurait été monumental, ou alors se serait réduit à une sèche énumération. L’axe missionnaire qu’il a choisi mène vers l’Europe pour des raisons évidentes (lui-même est Européen, et témoin privilégié des missions de l’apôtre Paul, choisi par Dieu pour écrire des pages fondamentales de la révélation néotestamentaire).

Mais d’autres axes, à partir de Jérusalem, ont conduit très tôt les messagers de l’Évangile vers le sud ; l’Égypte, puis l’Afrique du Nord, l’Arabie puis les Indes ; et, à partir d’Antioche vers les royaumes d’Orient (Edesse, Arménie, les Perses, les Parthes, l’Adiabène).

C’est ainsi qu’au IVème siècle, il y a d’innombrables églises en Mésopotamie, et bien au-delà. Il s’agit d’églises nestoriennes[2], donc séparées de Rome. Dans les siècles suivants, elles eurent une intense activité missionnaire dans toute l’Asie. Entre les VIIème et IXème siècles, elles fondent des monastères et de nombreuses églises en Chine qui disparurent par la suite. Au début du XIème siècle, elles atteignent divers groupes mongols, et la grande tribu des Keraïtes devient chrétienne peu après l’an 1000. Il se trouve même que le petit-fils du terrible Gengis Khan, Kublaï Khan, qui régna à Khanbaluk (Pékin) de 1266 à 1294 sur le plus grand empire que la terre ait connu, avait une mère kéraïte chrétienne. Il était lui-même très attiré par le christianisme, et par le truchement de l’explorateur vénitien Polo, il demanda au pape de lui envoyer cent missionnaires, exprimant le vœu d’être lui-même baptisé.

À son apogée, vers 1350, l’église nestorienne comptait environ 15 millions de membres, effectif probablement supérieur à celui de l’église d’Occident à la même époque ! Mais elle déclina rapidement, notamment à la suite des massacres perpétrés par le conquérant musulman Tamerlan qui réalisa en grande partie son projet d’éliminer le christianisme d’Asie.

Chrétienté en peau de chagrin

Dès lors, à partir du XVème siècle, une chrétienté en peau de chagrin se voit confinée à l’Europe[3]. Bastion du christianisme de l’Antiquité – l’Afrique du Nord est tombée depuis longtemps – les Turcs, après avoir conquis l’Asie Mineure (autre bastion chrétien antique !) s’emparent de Constantinople en 1453, puis de tout le sud-est de l’Europe (ils sont aux portes de Vienne en 1521) ; les Mongols musulmans ne sont chassés de Russie par Ivan III qu’en 1480, et les Arabes, du sud de l’Espagne qu’à la fin du XVème siècle (ils quittent Grenade en 1492).

L’Europe assiégée, mais en pleine ébullition culturelle grâce au mouvement de la Renaissance, trouve un exutoire outre-mer avec les grandes découvertes. D’emblée on voulut évangéliser ces nouveaux territoires, mais on sait avec quelle brutalité la christianisation accompagna cette colonisation.

Les réformateurs, qui sont au courant de la découverte de ces terres peuplées de païens, et qui savent que les Ordres religieux catholiques s’emploient à y implanter l’église romaine, n’ont, quant à eux, aucune vision missionnaire. Ce n’est pas le lieu ici d’exposer les raisons de cette carence.

Au cours du XVIIème siècle, les protestants restent fermés à toute vision missionnaire. Quelques précurseurs isolés font exception. Cependant, un théologien réformé, le Hollandais Gilbertius Voetius (1589-1676) jette les bases d’une mission protestante[4]. Un de ses compatriotes et disciples, Justus Hernius (1587-1652), peut être considéré comme le premier praticien protestant de la mission. Envoyé à Java comme aumônier par la Société Commerciale Unie des Indes Orientales, il s’engagea auprès des indigènes, apprit leur langue, traduisit des textes bibliques en javanais (première traduction protestante des Écritures en langue non européenne, en 1629), et fonda une église.

Parmi quelques autres, impressionnants par leur consécration, leur audace… et leur solitude, nous citerons le pionner par excellence, John Eliot (1604-1690). Puritain britannique, il s’en alla rejoindre en 1631 les Pères pèlerins du Mayflower au Massachusetts. Grâce à un travail inlassable auprès des Indiens Mohicans, il en amena plusieurs milliers à une réelle conversion et fonda des villages de « Praying Indians » (Indiens prieurs) organisés selon un modèle inspiré de l’ancien Israël. Même si son travail fut anéanti par les guerres indiennes, l’influence de ce véritable précurseur des missions évangéliques fut considérable. Par ses lettres de nouvelles, il fit découvrir aux Anglais que la grâce pouvait opérer dans le cœur des Indiens dont on pensait qu’ils étaient définitivement rejetés par Dieu, dégénérés, plus proches de l’animal que de l’homme.

Pour le XVIIème siècle encore, citons un Allemand de la noblesse, Ernest von Welz, dont l’échec est significatif du climat de l’époque. Plus d’un siècle avant Carey, il eut la vision de fonder une société missionnaire. Il multiplia les démarches auprès des autorités de l’église luthérienne et de la diète impériale, mais ne recueillit que railleries et critiques. De distingués théologiens écrivirent des brochures pour dénoncer sa folie : aller évangéliser les païens, c’était jeter les perles aux pourceaux ! Finalement, las d’être traité de déséquilibré, et désespérant de rencontrer quelque écho, von Welz vendit toutes ses terres et partit tout seul au Surinam (Guyane néerlandaise) en 1666, où il semble être mort martyr peu après son arrivée.

L’éveil de la conscience missionnaire

C’est au cours du XVIIIème siècle que la conscience missionnaire apparaît progressivement chez les protestants. Elle est un fruit direct du réveil piétiste et du mouvement morave en Allemagne, et du réveil wesleyen en Angleterre. Ce mouvement reste cependant limité et minoritaire. Il n’émane pas des autorités des églises établies, mais de groupes de convertis appartenant à diverses dénominations. Il aboutira, à la fin du siècle, à la création des premières sociétés missionnaires qui déploieront leur action décisive au XIXème puis au XXème siècle.

On doit au piétisme la conversion du roi du Danemark, Frédéric IV, qui devint un soutien efficace de la mission, au Groenland (avec l’admirable Norvégien Hans Egede) et en Inde où le Danemark avait un comptoir à Tranquebar. Plusieurs missionnaires y travaillèrent dès 1705. Le plus remarquable d’entre eux fut Christian Schwartz (1726-1798), qui quitta le comptoir danois pour s’implanter au cœur de la population hindouiste du royaume de Tanjore. Il y accomplit une œuvre extraordinaire.

Selon Jacques A. Blocher : « Schwartz a démontré qu’un missionnaire se contentant de prêcher l’Évangile en vue d’un salut individuel, à la mode piétiste, peut avoir une incroyable influence sociale, économique, politique, sur tout un peuple. » Quand Schwartz s’éteint en Inde en 1798, William Carey se trouve depuis peu dans le nord du même pays.

Avant d’évoquer cette figure de proue des missions évangéliques, il faut mentionner le travail considérable des missionnaires moraves. Touché par le témoignage d’un esclave noir et d’Esquimaux convertis par Egede, le comte Nicolas de Zinzendorf devint un ardent promoteur de la cause missionnaire au sein du mouvement dont il était l’âme. Aux Antilles danoises (dès 1732), au Groenland (1733), en Afrique du Sud (1739), puis dans les forêts d’Amazonie et parmi les Indiens d’Amérique du Nord, les Moraves travaillèrent avec un zèle inlassable, livrés à eux-mêmes, en butte à l’hostilité des colons et aux maladies tropicales. Leurs sacrifices ne portèrent pas d’emblée tous les fruits escomptés. Il manquait à ces premiers envoyés l’expérience, une stratégie missionnaire coordonnée, un soutien efficace depuis l’arrière, et surtout une formation suffisante. Mais les Moraves ont démontré que la mission n’était pas l’affaire de quelques originaux solitaires, ni même de groupes spécialisés. Chez eux, c’était la communauté des Frères dans son ensemble qui en était responsable. La pratique discutable du tirage au sort des envoyés l’exprimait à sa manière : n’importe quel membre de la communauté pouvait être désigné par le sort pour un départ en mission – chacun devait être préparé à l’accepter !

Un tournant décisif

Avec William Carey (1761-1834), nous ne sommes plus dans l’ère des précurseurs, mais des fondateurs. Cet humble cordonnier d’un petit village du centre de l’Angleterre va marquer profondément l’histoire de l’Église. C’est à lui qu’il allait appartenir de « convertir » les chrétiens à la cause de l’évangélisation des païens.

Passionnément ouvert sur le monde (il dévorait les récits de l’explorateur Cook, tapissait son échoppe de cartes de géographie et rassemblait tous les renseignements possibles sur les peuples vivant dans les pays d’outre-mer), il était surtout hanté par le sort des païens mourant sans Dieu et sans espérance. Consacré pasteur baptiste en 1787, il s’employa dès lors à convaincre ses collègues de la nécessité d’évangéliser toutes les nations – ce qui lui valut cette célèbre rebuffade du président de la pastorale : « Asseyez-vous, jeune homme. Lorsqu’il plaira à Dieu de convertir les païens, il le fera sans votre aide et sans la mienne. »

Par sa ténacité, par la force communicative de sa conviction, il finit cependant par gagner l’adhésion d’un petit groupe de collègues et c’est avec eux qu’il créa, en octobre 1792, la Société Baptiste Missionnaire – bien fragile, il est vrai, et disposant de moyens financiers dérisoires. Mais huit mois plus tard, Carey est sur le navire qui le conduit à Calcutta, avec sa femme, ses trois jeunes fils et un coéquipier, le Dr Thomas. Ils doivent débarquer clandestinement, en raison de l’opposition de la Compagnie des Indes qui considère les missionnaires comme des indésirables.

Ce n’est pas le lieu ici de retracer la carrière de William Carey, qui devint imprimeur, traducteur de la Bible, professeur de sanskrit à l’Université, orientaliste réputé, fondateur de plus de 150 écoles et collèges, de sociétés agricoles et horticoles, d’une caisse d’épargne…

Par rapport à ses prédécesseurs, Carey vécut certes dans une période plus favorable à l’éclosion d’une conscience missionnaire évangélique, l’église de son pays ayant été fertilisée par le puissant réveil wesleyen. Mais c’est avant tout à son rayonnement spirituel capable d’en entraîner d’autres dans son sillage, à sa vie de prière et à sa consécration qu’il faut attribuer le fruit de son labeur.

Comme le constate Arthur Grandjean[5], réveil spirituel et intérêt missionnaire vont de pair, réagissant constamment l’un sur l’autre.

Une saine théologie est indispensable, la prise de conscience de l’existence de peuples non évangélisés également. Mais sans des cœurs profondément convertis par l’amour de Dieu, sans une participation à la compassion du Seigneur pour ceux qui se perdent, la mission reste une entreprise périphérique et aléatoire, ou alors un aspect de la prise de pouvoir de la civilisation occidentale sur des peuples considérés comme « sauvages ». Tel est peut-être le premier enseignement de la vie de Carey et de tant d’autres qui l’ont suivi, en particulier de Hudson Taylor. C’est dans l’obéissance résultant d’une communion personnelle avec un Seigneur vivant qu’il faut chercher l’impulsion qui a donné naissance aux missions évangéliques. Il faut une prise de conscience, au travers de son propre vécu, de la perdition de l’homme sans l’œuvre expiatoire de Jésus-Christ, pour que jaillisse la volonté d’apporter, envers et contre tout, le message du salut à ceux qui en sont privés. Mais, à l’inverse, combien l’intérêt missionnaire stimule la foi, la prière, le zèle pour la conversion d’autrui !

Les premières sociétés missionnaires

Une brève évocation des débuts de la mission en Afrique en est l’illustration. Dès la naissance de la Société Baptiste Missionnaire, les nouvelles du travail de Carey et de ses compagnons au Bengale touchent profondément la conscience du peuple de Dieu en Angleterre. Dans ce qu’on a appelé alors une seconde Pentecôte – une rencontre rassemblant à Londres plusieurs centaines de pasteurs de diverses dénominations – on jeta les bases de la London Missionary Society (L.M.S.), au terme de trois jours de discussions et surtout de prière. C’était en 1795. Très vite, cette société recruta trente missionnaires.

D’autres suivirent quelques années plus tard. Notamment, en 1799, la Church Missionary Society (C.M.S.), regroupant l’aile évangélique de l’église anglicane, puis en divers lieux d’Europe, les Sociétés Missionnaires des Pays-Bas, de Bâle, de Paris, et tant d’autres, wesleyennes, presbytériennes, baptistes, luthériennes – ou inter dénominationnelles, voire même internationales[6].

Plusieurs d’entre elles s’engagèrent dans une aventure incroyable le long de la côte occidentale de l’Afrique. Il convient de rappeler ici que l’un des fruits du réveil religieux du XVIIIème siècle fut la création de diverses sociétés philanthropiques, dont l’un des premiers objectifs fut l’abolition de l’esclavage. Dès 1772, cette institution n’a plus droit de cité en Angleterre, et 15 000 Africains se trouvent libérés. Ceux qui se préoccupèrent de leur réinsertion songèrent à les renvoyer en Afrique, et c’est ainsi que 350 Noirs s’embarquèrent en 1787 pour la Sierra Leone où fut fondé l’établissement de Freetown, qui connut des débuts extrêmement difficiles. Au début du XIXème siècle, les Américains tentèrent une même entreprise au Libéria (1817).

Le prix à payer

Dès leur fondation, la London Missionary Society et d’autres sociétés missionnaires se sentirent responsables de la vie spirituelle de ces établissements, et surtout ils y virent la possibilité d’en faire une base de départ pour atteindre les populations autochtones païennes. Mais le coût de ces entreprises fut inimaginable, et c’est à cela que nous nous sommes référés plus haut en disant que sans un cœur brûlant de la compassion du Christ, il n’y a pas de mission. Les dangers liés au climat étaient tels que, entre 1815 et 1860 (lorsqu’apparurent des traitements à la quinine) l’espérance de vie (statistique) d’un missionnaire partant pour cette côte a varié entre deux ans et demi et trois ans. À elle seule, la Church Missionary Society a perdu en Sierra Leone 129 missionnaires entre 1815 et 1840[7].

Et le résultat visible de ces sacrifices fut extrêmement mince durant de longues années. Ce qui est le plus impressionnant, c’est que ces risques, loin de décourager les sociétés missionnaires et leurs envoyés, les firent redoubler d’efforts. Durant la première moitié du XIXème siècle, on assiste – selon l’expression de Louis Joubert – à un flux humain vers cette côte occidentale de l’Afrique.

« L’Afrique est une forteresse, disait un de ces missionnaires ; pour qu’elle soit forcée, il faut que le fossé soit comblé par les corps des missionnaires qui se seront donnés pour que l’Évangile soit annoncé là. »

Ces premières entreprises touchèrent surtout les régions côtières. Il faudrait un autre exposé pour décrire comment des Livingstone ou Coillard en Afrique, et en Asie, des Adoniram Judson (Birmanie) ou Hudson Taylor (fondateur en 1864 de la Mission à l’Intérieur de la Chine) et bien d’autres moins connus, mobilisèrent les chrétiens occidentaux, poursuivirent la tâche et quittèrent les côtes pour pénétrer profondément à l’intérieur de territoires jamais atteints auparavant.

Des missionnaires du monde entier et pour le monde entier

Et l’histoire continue. Ce qu’on a appelé le second réveil américain, à la fin du XIXème siècle, a donné naissance à diverses sociétés missionnaires pour la plupart internationales et inter ecclésiastiques, de tendance évangélique clairement affirmée. Parmi elles, l’Alliance Chrétienne et Missionnaire (1897), la Mission à l’Intérieur de l’Afrique, la Mission Unie du Soudan, la Mission à l’Intérieur du Soudan. Pour éviter de tomber dans le piège d’une nomenclature, réjouissante certes, mais fastidieuse pour le lecteur, nous nous abstiendrons de poursuivre cette énumération.

Notre conclusion sera avant tout la reconnaissance à la pensée de tant de lucidité chez des pionniers que l’esprit de leur temps ne poussait en aucune manière vers de telles aventures périlleuses, de tant de persévérante obéissance à une vision qu’ils savaient venir de Dieu. De tant de sacrifices aussi, non reconnus par leurs contemporains et souvent sans aucun résultat visible durant leur vie.

Dieu a honoré ce travail, malgré ses lacunes et ses infirmités que nous aurions peut-être dû relever également – veillons à ne pas idéaliser ces grandes figures pionnières !

Aujourd’hui, alors que l’Église semble s’amenuiser tragiquement en Occident, elle croît de façon impressionnante dans d’autres régions du monde. Les églises nées de la mission ont pris le relais, et non seulement elles évangélisent leurs propres concitoyens, mais elles envoient à leur tour des missionnaires à l’étranger. Depuis le début des années quatre-vingt, les chrétiens blancs sont à nouveau minoritaires dans l’Église. Mais tous ensemble, et sans distinction de couleur de peau, de partout vers partout, nous sommes appelés à poursuivre la tâche jusqu’au retour du Seigneur.

 

[1]  Fac Réflexion n°4, Avril 1987, p. 12-17, Il était une fois… l’évangélisation du monde (http://flte.fr/wp-content/uploads/2015/08/FR4-Dossier_evangelisation_monde.pdf consulté le 14.01.2015)

[2]    Les Nestoriens suivent en christologie Nestorius, condamné pour hérésie en 431 parce qu’il divisait le Christ, séparant ses deux natures.

[3]    Selon le statisticien David Barrett, les Blancs qui étaient minoritaires dans l’Église jusqu’en l’an 900 au moins, et guère plus de 60% en 1300, sont 92,6% en 1500.

[4]    Voir à ce propos, in Perspectives Missionnaires n° 12, l’étude de Jacques Blocher : « Un missiologue méconnu : Gilbertius Voetius » (p. 18-25).

[5]    Arthur Grandjean, La Mission Romande (Éd. Bridel, Lausanne, 1917).

[6]    Cf. le chapitre 2 du livre très stimulant du pasteur André ROUX, Missions des Églises, Mission de l’Église (Éd. du Cerf, Paris, 1984). Pour une présentation plus complète, Jean Faure Histoire des missions et églises.

[7]    Cf. Louis Joubert, « Un combat pour un monde nouveau », Journal des Missions Évangéliques, n° 10-12 de 1975, p. 11-21.

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Blandenier Jacques
Jacques Blandenier, pasteur, enseignant et conférencier, ancien responsable de la formation d’adultes de la Fédération Romande d’Églises Évangéliques, a été professeur d’histoire des Missions à la Faculté Libre de Théologie Évangélique de Vaux-sur-Seine et à l’Institut Biblique de Nogent-sur-Marne. Il effectue régulièrement des séjours d’enseignement en Afrique francophone.